{"id":181235,"date":"2025-02-27T12:37:53","date_gmt":"2025-02-27T11:37:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=181235"},"modified":"2025-02-27T12:49:39","modified_gmt":"2025-02-27T11:49:39","slug":"boost-03-corps-caverneux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-03-corps-caverneux\/","title":{"rendered":"#Boost #03 | Corps caverneux"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Paul a peur. Peur des plaques d\u2019\u00e9gout en \u00e9quilibre sur l\u2019ab\u00eeme, peur du taille-haie du cantonnier, peur de la lame de son rasoir, peur de la passerelle, peur du coupe-papier de la secr\u00e9taire, peur des berges sombres le long du fleuve, peur du zip de sa Fermeture \u00e9clair, peur de la paire de ciseaux, peur des baies vitr\u00e9es, peur des pales de ventilateur, peur des flaques sans fond, peur du tranchant de la feuille de papier, peur des caniveaux o\u00f9 tout s\u2019\u00e9vacue, peur des toboggans, peur des \u00e9pines, des aiguilles, des lames.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Paul imagine ce que sa main pourrait faire. \u00c9tir\u00e9 sur la planche \u00e0 d\u00e9couper, son p\u00e9nis est un bout de viande. Le couteau dans la main, il imagine la r\u00e9sistance des corps caverneux sous la lame, des corps spongieux sous les corps caverneux, et l\u2019ur\u00e8tre comme un tube qu\u2019on pourrait sectionner en petits tron\u00e7ons ou bien effiler dans la longueur. Le long de la hampe, il prom\u00e8ne la lame. Paul a peur d\u2019en \u00eatre capable. Cette pens\u00e9e le tourmente depuis quelque temps. Quand il regarde des \u00e9missions culinaires \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, au restaurant soudain lorsqu\u2019un convive l\u00e8ve son couteau, \u00e0 l\u2019atelier devant la plieuse hydraulique, hier encore chez le boucher devant la trancheuse \u00e0 jambon. Il y pense beaucoup. Beaucoup trop. Quelque chose ne va pas, Paul en a bien conscience. Et ce soir, au bistrot, apr\u00e8s cinq Picon bi\u00e8res, il ne pensait plus qu\u2019\u00e0 \u00e7a. Il pourrait bien se couper la queue, qui l\u2019en emp\u00eacherait&nbsp;? Martine&nbsp;peut-\u00eatre. Mais \u00e0 sa d\u00e9marche mal assur\u00e9e, il a su qu\u2019ils ne finiraient pas la nuit ensemble. Martine s\u2019est mise \u00e0 pleurer. Elle a commenc\u00e9 \u00e0 se traiter de salope. Plus il essayait de la consoler, plus elle l\u2019insultait. Il \u00e9tait comme tous les autres. Il ne pensait qu\u2019\u00e0 sa bite. Ce qui \u00e9tait la v\u00e9rit\u00e9. Elle a pris son sac et l\u2019a laiss\u00e9 payer l\u2019addition. Tout le monde s\u2019est bien marr\u00e9. Ce n\u2019\u00e9tait pas la premi\u00e8re fois. Paul est rentr\u00e9 chez lui peu apr\u00e8s. Il est saoul. Le lent va-et-vient de la lame sur la peau \u00e9rectile de son membre l\u2019excite. Le c\u0153ur pulse, l\u2019art\u00e8re honteuse interne frappe, le sang afflue, le p\u00e9nis se tend par \u00e0-coup saccad\u00e9 sur la planche \u00e0 d\u00e9couper. Un coup pr\u00e9cis suffirait. Il ne sentirait peut-\u00eatre rien d\u2019abord, puis il pisserait le sang en de puissants jets pulsatiles. Il se souvient. Les concours de bites \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole, ces moments o\u00f9, devant les pornos, ils se mesuraient entre eux. La premi\u00e8re fois, ivre, les suivantes, toujours ivre. Les \u00e9jaculations trop rapides, les filles qui lui demandaient plus, comme si \u00e7a ne suffisait jamais, comme si quelque chose manquait, comme si c&rsquo;\u00e9tait lui le probl\u00e8me. Merde, c\u2019est pas lui le probl\u00e8me. Le couteau lui \u00e9chappe des mains et tombe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son sexe. La lame refl\u00e8te son visage. Il se voit regarder son p\u00e9nis et la lame alternativement. T\u00eate de gland&nbsp;! Et si tu te finissais plut\u00f4t \u00e0 la vodka&nbsp;? Au moment o\u00f9 il glisse le couteau de cuisine dans son bloc, son sexe dans son cale\u00e7on, un tremblement attire son regard sur le sol. \u00c0 ses pieds, sur le carrelage, une tache sombre s\u2019\u00e9tend. Sans prendre le temps ni de reboutonner son pantalon ni de ranger le couteau, il tombe \u00e0 &nbsp;genoux et observe la t\u00e2che qui se r\u00e9pand lentement. Il tend la main. Rien. Pas de surface, pas de r\u00e9sistance. Juste du vide. Un putain de trou, l\u00e0, dans le sol de sa cuisine. Un souffle glac\u00e9 s\u2019en \u00e9chappe, remonte le long de ses paumes, s\u2019enroule autour de ses bras, emprisonne ses tempes, veinule sa poitrine, enserre ses bourses, ratatine son sexe, raidit ses cuisses, enraye ses genoux, fige ses mollets, bleuit ses pieds. Puis, dans un cr\u00e9pitement, le trou se r\u00e9sorbe et le sol redevient le sol sous ses doigts. Mais ce n\u2019est pas ce que Paul attendait d\u2019un sol.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-constrained wp-block-group-is-layout-constrained\">\n<p class=\"has-black-color has-light-gray-background-color has-text-color has-background has-link-color has-small-font-size wp-elements-fb87410544839ac2063035525bffd473\"><mark style=\"background-color:#f7f2f2\" class=\"has-inline-color\"><strong>Codicille<\/strong>\u00a0:<br><em>De la consigne pr\u00e9c\u00e9dente, j\u2019ai gard\u00e9 le souvenir de ce client que je croisais souvent dans un bistrot sur ma tourn\u00e9e de facteur. De lui, je savais peu de chose\u00a0: il enquillait une dizaine de caf\u00e9s le matin, passait au blanc \u00e0 midi et finissait bourr\u00e9 en fin de journ\u00e9e. Je ne lui connaissais pas d\u2019activit\u00e9 professionnelle. Effac\u00e9 \u00e0 jeun, presque timide et le regard inquiet, il devenait grossier lorsqu\u2019il avait bu. Du genre \u00e0 t\u2019expliquer la vie en posant sa main sur ton avant-bras. Apparemment, il sortait plus ou moins avec l\u2019esth\u00e9ticienne du coin, dont les piliers de bar laissaient entendre qu\u2019elle recevait beaucoup d\u2019hommes\u2026 Un jour, j\u2019ai appris qu\u2019il avait saut\u00e9 du douzi\u00e8me \u00e9tage d\u2019une barre d\u2019immeuble dont j\u2019\u00e9tais \u00e9galement le facteur et o\u00f9 habitait ladite esth\u00e9ticienne. Ils \u00e9taient plusieurs \u00e0 jouer aux cartes ce soir-l\u00e0 dans l\u2019appartement. Le type s\u2019est lev\u00e9, il a dit \u00ab\u00a0ciao\u00a0\u00bb et s\u2019est jet\u00e9 dans le vide. J\u2019ai repens\u00e9 \u00e0 son visage de chien battu. J\u2019ai pens\u00e9 \u00ab\u00a0cou coup\u00e9\u00a0\u00bb. Du cou, je suis pass\u00e9 \u00e0 son p\u00e9nis\u2026 Bref, j\u2019ai suivi le fil sans trop savoir o\u00f9 cela pouvait me mener. La symbolique derri\u00e8re n\u2019est pas finaude, mais pas plus que ne le sont les postures masculinistes qui s\u2019assument ostensiblement en ce moment. Et j\u2019avais \u00e7a en t\u00eate \u00e9galement, ce milliardaire qui joue avec des saluts nazis et brandit une tron\u00e7onneuse dont il ne s\u2019est jamais servi de sa vie. La symbolique est tellement \u00e9vidente, \u00e7a ne va pas chercher plus loin, il nous montre ses parties g\u00e9nitales. Et pourquoi le fait-il\u00a0? Parce qu\u2019il est rong\u00e9 par la peur. Peur de mourir, peur d\u2019\u00eatre insuffisant, peur des femmes, peur de ne pas contr\u00f4ler. Enfin, je viens de terminer le roman de C. Delaume, Phallers, o\u00f9 des phallus sont r\u00e9duits en charpie.<\/em><\/mark><\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paul a peur. 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