{"id":181301,"date":"2025-02-28T03:01:09","date_gmt":"2025-02-28T02:01:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=181301"},"modified":"2025-02-28T03:18:27","modified_gmt":"2025-02-28T02:18:27","slug":"entremele","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/entremele\/","title":{"rendered":"Entrem\u00eal\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p>Au d\u00e9but, il me faisait peur, sa pente, ses plantes qui r\u00e9gnaient en ma\u00eetre. Pardon, je vais faire une digression, car je suis aspir\u00e9 par mes souvenirs, je plonge dans ces moments o\u00f9 la marche est un besoin, o\u00f9 l\u2019effort n\u2019existe plus. Reprends, s\u2019il te pla\u00eet, ne l\u00e2che pas le fil, je t\u2019en prie. \u00c0 le contempler, il me faisait penser \u00e0 une t\u00eate dans laquelle se serait install\u00e9e toute une colonie de bestioles, \u00e7a sent le fris\u00e9, les locks, je sais de quoi, je parle. C\u2019\u00e9tait un petit jardin en pente qui menait \u00e0 un petit bois. Les plantes rampantes me faisaient des croche-pieds alors que j\u2019envisageais avidement le bas de la pente, ce petit bois mythique de mon enfance. Je glisse encore dans les tuyaux, je suis un adolescent agit\u00e9, j\u2019ai \u00e9puis\u00e9 les reproches en direction de ma m\u00e8re qui est la seule \u00e0 m\u2019\u00e9couter. L\u2019eau chaude de la douche, du bain dans lequel je me glissais pour tenter d\u2019y diluer mon anxi\u00e9t\u00e9 n\u2019a plus aucun effet, il me faut apercevoir la colline car ensuite, il y aura les premiers arbres, ils m\u2019envelopperont, sous la lune, je suis une machine en tension vers ce que j\u2019ai toujours cru \u00eatre la libert\u00e9. Ces quelques moments o\u00f9 le temps disparait. \u00c0 8 milles kilom\u00e8tres de l\u00e0, venant d\u2019un pass\u00e9 lointain ce situe le souvenir de ce grand arbre o\u00f9 j\u2019\u00e9tais mont\u00e9 \u00e0 la force de mes petits bras, je le jure.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019est un fruit \u00e0 pain, monsieur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je sais madame&nbsp;! Je connais les fruits de mon \u00eele.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Eh, non, justement, vous n\u2019y connaissez rien, c\u2019est bien \u00e7a le probl\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p><a>\u2014<\/a> Vous comprendrez messieurs les jur\u00e9s pourquoi ce monsieur doit \u00eatre puni s\u00e9v\u00e8rement, il ne sait pas qui il est, il ne sait pas d\u2019o\u00f9 il vient et encore moi ce qu\u2019il dit.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais s\u00fbr qu\u2019au fond, vers le bas o\u00f9 se trouvait le petit bois de mon enfance, il y avait des r\u00e9ponses alors, je me suis acharn\u00e9 contre toutes les plantes qui me barraient le passage. Je l\u2019ai fait \u00e0 menottes nues. Des cloques sont apparues, ont disparues et mon souffle n\u2019a pas tenu. Je ne suis jamais arriv\u00e9 \u00e0 entrer dans le petit bois. Tout au plus, j\u2019ai fr\u00f4l\u00e9 l\u2019entr\u00e9e, je l\u2019ai contourn\u00e9 et je me suis plant\u00e9 devant l\u2019arbre \u00e0 fruit \u00e0 pain.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Monsieur le juge, messieurs les jur\u00e9s, vous voyez bien qu\u2019il n\u2019est pas d\u2019ici, il ne connait pas le nom de nos arbres.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 J\u2019avoue tout, je n\u2019arrive pas \u00e0 manger les mangues au bon moment, c\u2019est-\u00e0-dire que quand on me les donne la probabilit\u00e9 qu\u2019ils se d\u00e9gradent enfle, je n\u2019ai pas le fruit vert, c\u2019est ainsi que les fruits \u00e0 pain ramollissent, les bananes noircissent, les mangues se retirent dans le frigidaire o\u00f9 elles d\u00e9priment.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Madame C, veuillez nous raconter comment cet homme dont je tairais le qualificatif qui lui conviendrait le mieux a syst\u00e9matiquement g\u00e2ch\u00e9 les fruits et les l\u00e9gumes que vous lui apportiez.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ah, \u00e7a c\u2019est vrai, ne mens pas\u00a0et ne me fais pas tes petits yeux d\u2019animal de cour\u00a0! Voil\u00e0 toute l\u2019histoire, j\u2019ai l\u2019habitude de prendre soin de son p\u00e8re pendant que ce petit malfrat vit sa plus belle vie dans l\u2019hexagone profitant du temps hivernal et des buches de No\u00ebl, sans lever le plus petit pouce, honte \u00e0 lui. Mon Dieu, Jesus Marie Joseph, depuis qu\u2019il est l\u00e0, je passe le voir et je lui dis, toi l\u00e0, je t\u2019ai laiss\u00e9 un petit sac bleu avec tout un tas de bons l\u00e9gumes, fais-les cuire pour ton p\u00e8re, tu \u00e9crases et tu lui donnes \u00e0 manger. Eh bien, quelques temps plus tard, je passe pour dire bonjour \u00e0 son p\u00e8re et je fais un tour dans la cuisine pour voir si tout est bien en ordre, si personne n\u2019a besoin de secours et c\u2019est l\u00e0 qu\u2019au fond de la poubelle, j\u2019aper\u00e7ois, les victimes, les bananes, les oranges, les ignames crucifi\u00e9es au milieu du plastique et de la poussi\u00e8re. Je n\u2019ai plus rien \u00e0 d\u00e9clarer tellement \u00e7a me fait de la peine. Tchip\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p>Ah&nbsp;! J\u2019y montais bien avant, quand j\u2019\u00e9tais tout petit. Je me rappelle \u00eatre mont\u00e9 dans l\u2019arbre, j\u2019ai tout de m\u00eame massacr\u00e9 une bonne partie de la v\u00e9g\u00e9tation pour retourner aupr\u00e8s de mon arbre, mais je glisse le long de son tronc \u00e0 chacune de mes tentatives, j\u2019ai peur de casser la branche. Hier, j\u2019ai mis deux pierres pour me faciliter la t\u00e2che sans avoir \u00e0 m\u2019humilier et sortir une \u00e9chelle. Peut-\u00eatre bien que mon p\u00e8re m\u2019aidait \u00e0 monter. Je me rappelle le voir me regarder.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis plus loin \u00e0 travers la mer, dans la for\u00eat, il fait nuit, c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que je la pr\u00e9f\u00e8re, elle est myst\u00e9rieuse, ind\u00e9pendante, elle se fout des dogmes, et c\u2019est \u00e0 ce moment que ma voix sort le mieux, je crois que je danse aussi et tous les griefs que j\u2019ai contre le monde entier, en commen\u00e7ant par mes parents sont derri\u00e8re moi bien cach\u00e9 au fond de ma rancune, je sais bien qu\u2019au son de l\u2019\u00e9lastique, je ressortirai cette vall\u00e9e d\u2019\u00e9motions d\u00e8s que je retournerai chez moi pour l\u2019instant, il n\u2019en est pas question. \u00c0 l\u2019\u00e9poque \u00e0 la maison, je veux dire l\u2019appartement, il y avait une atmosph\u00e8re d\u2019objectifs non-accomplis, d\u2019essais parsem\u00e9s de ronces, les m\u00e2les de tous \u00e2ges se retrouvaient dans l\u2019alcool, la cigarette et la seule femme, celle qui faisait tourner la maison, triait les dol\u00e9ances de tout ce petit monde. Ils \u00e9taient les uns sur les autres, leurs inconsciences leur permettaient de lutter contre le froid glacial de leurs destins contrari\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 la porte de l\u2019appartement quelques fois, je me ravisais, je ressortais, je fumais, je rageais et j\u2019escaladais par le devant de l\u2019appartement, balcon apr\u00e8s balcon, j\u2019atterrissais sur le n\u00f4tre, \u00e7a me permettait d\u2019affirmer ma mentalit\u00e9 de pirate des pots de fleurs que j\u2019\u00e9crasais sur mon passage. Quand je compare ces diff\u00e9rents espace-temps, je crois que le patchwork me convient assez bien, je contemple toujours la for\u00eat de B, m\u00eame si le stade est venu tenter bien maladroitement de comparer sa prestance avec ma for\u00eat bien aim\u00e9e o\u00f9 je t\u2019ai enterr\u00e9 mon cher F, il n&rsquo;est pas de ce monde l&rsquo;\u00e9difice qui \u00e0 mes yeux t&rsquo;effacera de ma m\u00e9moire, je t&rsquo;aime de terre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je plaide coupable d\u2019avoir laiss\u00e9 filer le temps trop rapidement, de n\u2019avoir pas pu tenir la corde, de n\u2019avoir pas pris le temps d\u2019observer les pots de fleurs de mon enfance, de n\u2019avoir pas grav\u00e9 l\u2019image des bras qui m\u2019aidaient \u00e0 monter dans l\u2019arbre \u00e0 pain, de n\u2019avoir pas su me frayer un chemin plus respectueux \u00e0 travers les herbes hautes du jardin de mes anc\u00eatres, peut-\u00eatre aurais-je pu apprendre \u00e0 \u00e9couter les fruits et l\u00e9gumes de mon \u00eele. Pour \u00eatre franc, je ne sais comment je pourrais r\u00e9parer le temps qui passe, \u00e0 chaque fois que j\u2019essaie, il s\u2019emm\u00eale, les souvenirs se bousculent, les \u00e9motions me taclent et les paysages, les odeurs, les horaires fusionnent, je tourne autour du pot de fleurs de mon enfance sans pouvoir ni freiner, ni domestiquer la courbe, je tourne, alors que vous me voyez sur le banc des accus\u00e9s, coupable repentant et pourtant libre de n\u2019en faire encore qu\u2019\u00e0 ma t\u00eate, car sans crier gare, elle a pris le contr\u00f4le. \u00c9tait-ce au d\u00e9but de la page, dans le petit bois o\u00f9 je ne suis jamais entr\u00e9 depuis que je m\u2019en suis fix\u00e9 l\u2019objectif, en haut de l\u2019arbre \u00e0 pain, pendant que j\u2019arrachais les herbes, que mes mains recevaient leur ch\u00e2timent, quand je laissais tomber le contenu des sacs bleu au fond de la poubelle, quand je fixais la lune allant vers la for\u00eat de B\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p>Ou au milieu du temps, de l\u2019\u00e9ternit\u00e9, poussi\u00e8re de cosmos, qui ne s\u2019extirpera peut-\u00eatre jamais du trou noir dans lequel cette question l\u2019engouffre o\u00f9 elle se d\u00e9compose afin de tenter de rena\u00eetre pour r\u00e9v\u00e9ler enfin  le secret du rythme exact de la germination \u00e0 l\u2019absorption. Je saurais un jour, un jour, je serais en harmonie avec elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Mais oui, tu y parviendras, dit une voix affectueuse que seuls les m\u00e9cr\u00e9ants, les inconscients, les \u00e2mes perdues peuvent entendre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Au d\u00e9but, il me faisait peur, sa pente, ses plantes qui r\u00e9gnaient en ma\u00eetre. Pardon, je vais faire une digression, car je suis aspir\u00e9 par mes souvenirs, je plonge dans ces moments o\u00f9 la marche est un besoin, o\u00f9 l\u2019effort n\u2019existe plus. 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