{"id":182369,"date":"2025-03-12T07:26:30","date_gmt":"2025-03-12T06:26:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=182369"},"modified":"2025-03-12T07:26:31","modified_gmt":"2025-03-12T06:26:31","slug":"boost-05-antonin-artaud-avant-le-cri","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-05-antonin-artaud-avant-le-cri\/","title":{"rendered":"#boost #05 | Antonin Artaud |\u00a0\u00a0avant le cri"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Codicille&nbsp;: Oui le cri cette possible extinction avant le r\u00e2le \u00e7a me parle tout comme Antonin Artaud<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Tapiss\u00e9, enfoui, pr\u00eat. De nos entrailles il nous vient, il nous racle, il nous laboure.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cri avant le cri. L\u2019os avant la moelle. Il griffe en nous ce qui \u00e9tait, avant le premier spasme, avant la fente qui s\u2019ouvre dans la nuit du ventre et que l\u2019air fouette d\u2019un coup.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le ventre tenu \u00e0 distance que je force \u00e0 rentrer en moi&nbsp;\u00bb A.A.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est l\u00e0, projet\u00e9 hors de moi, suspendu \u00e0 mes chairs comme un fardeau exil\u00e9, r\u00e9calcitrant. Je le tiens, l\u2019attire, le contrains \u00e0 retrouver la matrice, \u00e0 s\u2019y fondre, \u00e0 s\u2019y dissoudre \u00e0 s\u2019y recoudre. Il se cabre, il se tend sous mes doigts, il veut se d\u00e9rober, mais je l\u2019enlace de toute ma force je l\u2019\u00e9trangle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019oppose. Il est le rejeton perdu, l\u2019organe dissident, l\u2019amas visc\u00e9ral qui s\u2019\u00e9loigne de son centre et s\u2019\u00e9rige en refus. Pourtant, je le contrains \u00e0 rentrer, je l\u2019\u00e9crase contre mon \u00e9pine, je l\u2019englue dans le sang ti\u00e8de de mes profondeurs. Il faut qu\u2019il fusionne, qu\u2019il r\u00e9int\u00e8gre, qu\u2019il cesse d\u2019\u00eatre hors de moi, \u00e0 distance, \u00e0 l\u2019\u00e9cart.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il palpite, il convulse, il remue, chose vivante qui lutte contre son absorption. Je sens ses pulsations, ses secousses, lames de rejet. Il est mon propre cri, incarn\u00e9, d\u00e9gorg\u00e9, que je cherche \u00e0 ravaler, \u00e0 r\u00e9absorber dans la cavit\u00e9 d\u2019o\u00f9 il a jailli.<\/p>\n\n\n\n<p>Et le cri dans l\u2019ombre, m\u00e9connaissable est-ce encore le n\u00f4tre, est-ce celui du ventre qui se referme, ou celui du corps que nous avons arrach\u00e9 au-dedans&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il monte, il gonfle. Une cloque de sang, une poche trop pleine qui distend la peau, menace. \u00c7a va \u00e9clater. \u00c7a doit \u00e9clater. Il faut que \u00e7a perce, que \u00e7a cr\u00e8ve, que \u00e7a gicle, que \u00e7a emporte avec la coul\u00e9e toute la m\u00e9moire plaqu\u00e9e inject\u00e9e tatou\u00e9e dans les fibres du ventre. Tout est l\u00e0, tout est log\u00e9, tout est entass\u00e9 dans la carne qui craque et refuse de rompre.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant la derni\u00e8re contraction, il faut que \u00e7a sorte avant que notre souffle n\u2019expire il faut que sorte, celui qui \u00e9tait tapi, celui qui \u00e9tait pr\u00eat, celui qui d\u2019un bond va nous \u00e9ventrer et disperser nos chairs aux quatre vents. Dedans, il est coll\u00e9 aux parois, vit sous les ongles, a racin\u00e9 dans les tendons. Je suis ses filaments, son entrelacs&nbsp;; je l\u2019ai nourri et ai abreuv\u00e9 son feu de mon feu.<\/p>\n\n\n\n<p>Il pousse. Il broie.<\/p>\n\n\n\n<p>De ses vrilles sous la peau il serre la gorge fait trembler la colonne, de ses \u00e9pines sous la langue un chant d\u2019acier fuse et lac\u00e8re l\u2019air. Est-ce la fi\u00e8vre ou la chute, le souffle ou l\u2019asphyxie, est-ce le cri ou la fin du cri&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9chirure.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le ventricule gauche de mon ventre.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u00e0 que \u00e7a s\u2019ouvre. C\u2019est l\u00e0 que \u00e7a saigne, oui une fente rouge, un gouffre, un puits qui boit. Les mains plongent, cherchent, fouillent la plaie comme on fouille un r\u00eave, toucher ce qui bat, sentir ce qui se d\u00e9verse. Une crue de sang, le c\u0153ur nu, le muscle \u00e0 vif palper l\u2019ab\u00eeme, savoir ce qu\u2019il cache, ce qui roule dans ses replis. Ce qu\u2019il pulv\u00e9rise dans ses m\u00e2choires de silence.<\/p>\n\n\n\n<p>Et \u00e7a cogne, mart\u00e8le les parois du corps, sortir, bondir, fracturer l\u2019enceinte, \u00e9gratigner la cage. Il faut que \u00e7a vienne au monde jaillisse et que \u00e7a meure en naissant.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais nous le cadenassons, nous l\u2019\u00e9pinglons \u00e0 la trame de nos nerfs, \u00e0 la paroi de nos r\u00eaves.<\/p>\n\n\n\n<p>Trop tard.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0, \u00e7a s\u2019\u00e9panche. D\u00e9j\u00e0, \u00e7a coule. D\u00e9j\u00e0, \u00e7a inonde. Les murs du corps l\u00e2chent. La br\u00e8che s\u2019\u00e9largit. Un grand vent passe, qui emporte les chairs comme un feu de brindilles.<\/p>\n\n\n\n<p>Un cri, un hurlement sec, \u00e9trangl\u00e9, perc\u00e9 d\u2019\u00e9clats. On est l\u00e0, les mains ouvertes, les os bris\u00e9s, la peau retourn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>On regarde ce qui s\u2019\u00e9chappe, un cri encore, plus bas, plus profond. Il rampe du dessous, il gronde du dedans, il cherche&#8230; Une b\u00eate f\u0153tale, un r\u00e2le de ventouses devenu clameurs. \u00c7a ne finit pas \u00e7a se r\u00e9pand dans les b\u00e9ances du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Est-ce nous qui sommes dedans&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Qui sortons&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Qui saigne ?<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Codicille&nbsp;: Oui le cri cette possible extinction avant le r\u00e2le \u00e7a me parle tout comme Antonin Artaud Tapiss\u00e9, enfoui, pr\u00eat. De nos entrailles il nous vient, il nous racle, il nous laboure. Le cri avant le cri. L\u2019os avant la moelle. 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