{"id":182736,"date":"2025-03-19T10:02:06","date_gmt":"2025-03-19T09:02:06","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=182736"},"modified":"2025-03-19T10:02:08","modified_gmt":"2025-03-19T09:02:08","slug":"boost-05-henri-michaux-qui-regarde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-05-henri-michaux-qui-regarde\/","title":{"rendered":"#boost #05 | Henri Michaux | qui regarde\u00a0?"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Codicille&nbsp;: partager la mort de son vivant une exp\u00e9rience \u00e0 tenter, Bouvier de Cachard un ami peintre a dessin\u00e9 sa femme les huit derniers jours de sa vie, poignant\u2026<\/em><strong><em><\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>7 jours avant\u2026 un portrait, un dernier \u00e9clat ou un dernier effacement, le peintre l\u2019a-t-il fig\u00e9e trop tard&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>De ce portrait je ne vois qu\u2019une obsession \u00e0 tracer la vie. Une chevelure de jeune fille s\u00e9ch\u00e9e, relev\u00e9e en d\u00e9sordre sur son cr\u00e2ne des yeux immense comme la carte d\u2019un pays disparu, le squelette de ses mains aux doigts sans fin retenant par le pouce un chardon vid\u00e9 de sa s\u00e8ve&nbsp;; une morte vivante avant le basculement, seuil incertain quand l\u2019ombre commence \u00e0 grignoter la chair. Trop longtemps nous nous regardons\u2026 N\u2019est-ce qu\u2019une sensation quelque chose de discret qui court sur ma nuque, s\u2019infiltre, l\u2019\u0153il vacille. Sa peau trop mate et sourde ne la touche plus vraiment, mati\u00e8re d\u2019une profondeur qui n\u2019a plus de fond. Ses yeux oui, surtout les yeux, deux lacs de silence trop ouverts.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aimerais passer ma main, effleurer la toile, v\u00e9rifier si la peinture est s\u00e8che. Difficile de d\u00e9tourner mon regard. Le portrait me suit et m\u2019absorbe, je tombe en elle. Qui regarde ? Son regard s\u2019imprime sous mes paupi\u00e8res.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On ne tue pas un regard qui ne s\u2019\u00e9teint pas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sanguine<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la sanguine, il a trac\u00e9 l\u2019empreinte de son propre effacement. L\u2019\u00e9clat vif du trait \u00e9pouse la courbe de sa clavicule, l\u2019ombre de sa m\u00e2choire tendue, l\u2019arc fragile de ses c\u00f4tes visibles sous la peau. La ligne h\u00e9site, un souffle retenu. D\u2019une main f\u00e9brile, il a fix\u00e9 la tension de ses tendons, la torsion de ses poignets, les veines affleurant \u00e0 la surface.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019oreille tendue capte ce que je n\u2019entends pas, une parole gliss\u00e9e entre le papier et l\u2019absence. Il s\u2019efface dans le mouvement m\u00eame du dessin, dans la fuite de la sanguine qui \u00e9pouse le grain, sature les creux, illumine d\u2019un rouge \u00e9teint ce qui d\u00e9j\u00e0 dispara\u00eet. Il a voulu capturer l\u2019instant de sa propre disparition, et pourtant son trait insiste vif, palpitant, comme un dernier battement retenu sur la page.<\/p>\n\n\n\n<p>Et cette marque qui titube, le rouge s&rsquo;efface \u00e0 mesure qu&rsquo;il s&rsquo;inscrit. L\u2019image palpite sous mon regard, comme si elle respirait encore, \u00e0 la lisi\u00e8re de mon propre souffle. Il a trac\u00e9 son effacement, et pourtant, je le retrouve, intact. L\u2019ombre des tendons, la lumi\u00e8re sur l\u2019os, le frisson du papier sous la sanguine me captivent. Je m\u2019y perds, \u00e0 la recherche de moi-m\u00eame Plus qu\u2019une disparition une persistance : celle du geste, du souvenir, de l\u2019\u00e9motion qui m\u2019ancre et me hante \u00e0 la fois.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Codicille&nbsp;: partager la mort de son vivant une exp\u00e9rience \u00e0 tenter, Bouvier de Cachard un ami peintre a dessin\u00e9 sa femme les huit derniers jours de sa vie, poignant\u2026 7 jours avant\u2026 un portrait, un dernier \u00e9clat ou un dernier effacement, le peintre l\u2019a-t-il fig\u00e9e trop tard&nbsp;? De ce portrait je ne vois qu\u2019une obsession \u00e0 tracer la vie. 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