{"id":182759,"date":"2025-04-11T19:31:46","date_gmt":"2025-04-11T17:31:46","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=182759"},"modified":"2025-04-11T19:33:25","modified_gmt":"2025-04-11T17:33:25","slug":"boost00-01-03-04-05","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost00-01-03-04-05\/","title":{"rendered":"#Boost#00# \u00e0 #09"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>46\u00b027&rsquo;47&Prime;N 5\u00b048&rsquo;02&Prime;E 871m<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">A cet endroit pr\u00e9cis o\u00f9 l\u2019asphalte de la rue va devenir celui de la route qui sort du village, une explosion de couleurs. Tous les dahlias pomponnent ou \u00e9clatent dans la lumi\u00e8re de la mi journ\u00e9e vers laquelle ils se haussent imperceptiblement.&nbsp;A travers la&nbsp;r\u00e9verb\u00e9ration lumineuse de leurs \u00e9toiles on pourrait presque entendre la voix du roi po\u00e8te qui chantait \u00ab&nbsp;M\u00eame quand les fleurs jauniront et se faneront elles trouveront place dans la grande maison de l\u2019oiseau au plumage d\u2019or&nbsp;\u00bb. Impossible de ne pas se perdre dans ce voyage du regard fascin\u00e9 par&nbsp;la floraison de ces&nbsp;bulbes venus des berges du lac de Texcoco et des march\u00e9s de Tenochtitl\u00e1n.&nbsp;&nbsp;Les&nbsp;deux tournesols&nbsp;qui encadrent ce&nbsp;chatoiement&nbsp;de couleurs&nbsp;et qui ont pouss\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame limite du muret de pierres&nbsp;qui d\u00e9limitent&nbsp;le jardin&nbsp;et qui laissent&nbsp;jaillir,&nbsp;ici ou l\u00e0, des bouquets de lavande, se sont br\u00fbl\u00e9s&nbsp;\u00e0 force de vouloir atteindre le soleil,&nbsp;et c\u2019est miracle qu\u2019ils tiennent encore sur leurs tiges. A travers la v\u00e9g\u00e9tation, sous la ramure d\u2019un prunus vient briller fugacement un \u00e9clat de verre&nbsp;qui semble faire \u00e9cho aux voix qui r\u00e9sonnent sous un auvent cach\u00e9 par d\u2019autres arbustes.&nbsp;La fa\u00e7ade de la maison apporte un contrepoint terreux \u00e0 toute cette v\u00e9g\u00e9tation. D\u2019autres maisons s\u2019\u00e9tagent en haut du jardin mais finissent par se dissoudre dans les rayons du soleil qui font comme deux flashs au milieu de l\u2019azur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019asphalte est comme une fronti\u00e8re entre le monde fleuri et celui d\u2019un potager, puis des pr\u00e9s et de la for\u00eat d\u2019\u00e9pic\u00e9as et&nbsp;de feuillus qui cro\u00eet et s\u2019\u00e9panouit \u00e0 mesure que la terre se redresse en pente douce d\u2019abord, puis en pente plus raide,&nbsp;comme une vague pr\u00eate \u00e0 d\u00e9ferler avec sa cr\u00eate rocheuse&nbsp;sous un ciel travers\u00e9 par des nuages qui la font para\u00eetre plus haute qu\u2019elle n\u2019est.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le pommier, les granges et le tracteur gar\u00e9 devant, loin de barrer l\u2019horizon, le laissent encore mieux entrevoir.&nbsp;Il appara\u00eet comme un bout d\u2019oc\u00e9an cach\u00e9 par la v\u00e9g\u00e9tation et la pierre, mais il est bien l\u00e0 et le virage qu\u2019amorce l\u2019asphalte laisse augurer d\u2019autres images&nbsp;encore plus prometteuses&nbsp;et pourtant tout aussi fugaces que celles qu\u2019on vient de traverser.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Codicille&nbsp;:&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Je suis pass\u00e9 de nombreuses fois&nbsp;<\/em><em>en voiture&nbsp;<\/em><em>\u00e0 cet endroit depuis mon enfance jusqu\u2019\u00e0 il y a peu. Je l\u2019ai travers\u00e9 en toutes saisons&nbsp;<\/em><em>mais celle o\u00f9,&nbsp;<\/em><em>\u00e0 chaque foi<\/em><em>s,&nbsp;<\/em><em><\/em><em>j\u2019ai ressenti de l\u2019\u00e9motion li\u00e9e \u00e0 la force de vie dont il est plein&nbsp;<\/em><em>c\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9.&nbsp;<\/em><em>Pour moi ce lieu est \u00ab&nbsp;charg\u00e9&nbsp;\u00bb d\u2019\u00e9nergie. Pris par le temps, j\u2019ai commenc\u00e9 un texte qui demande \u00e0 \u00eatre remis sur le m\u00e9tier. Impression d\u2019\u00e9chouer \u00e0 dire toutes ses sensations et\/ou \u00e9motions, qui viennent avant tout du corps.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Dans l\u2019\u00e9motion ressenti<\/em><em>e<\/em><em>, bien s\u00fbr il y a la joie mais aussi de<\/em><em>&nbsp;la nostalgie \u00ab&nbsp;avant l\u2019heure&nbsp;\u00bb car, apr\u00e8s le virage, l<\/em><em>a route redevient banale et beaucoup plus triste.<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#Boost#01#<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong><br>ST1<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De l\u2019argile boueuse s\u2019\u00e9croule. De l\u2019argile boueuse et caillouteuse vient&nbsp;rebondir&nbsp;sur le bois et puis se tasse, naturellement, sous l\u2019effet de chaque pellet\u00e9e de cette terre humide et maronnasse.&nbsp;Terre prise dans un double mouvement&nbsp;giratoire et de chute&nbsp;qui&nbsp;charrie des fragments de fossiles, de&nbsp;minuscules&nbsp;cailloux de calcaire,&nbsp;des gravillons&nbsp;et,&nbsp;sans doute,&nbsp;des \u00e9clats de gypses&nbsp;et&nbsp;de pyrites&nbsp;sertis&nbsp;dans&nbsp;les mottes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>ST2<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Terre \u00e9trang\u00e8re et famili\u00e8re,&nbsp;pourtant. Terre qui se plisse, s\u2019\u00e9tend, se creuse, s\u2019engloutit dans des ab\u00eemes, avant de ressurgir plus rocheuse encore,&nbsp;recouverte de cr\u00eates, de plateaux, de vall\u00e9es, de combes,&nbsp;de monts, de vaux, de cluses.&nbsp;Terre qui se s\u00e9dimente, s\u2019\u00e9chancre, se tasse,&nbsp;s\u2019\u00e9l\u00e8ve,&nbsp;s\u2019\u00e9croule,&nbsp;se s\u00e9pare&nbsp;et puis&nbsp;s\u2019\u00e9tend.&nbsp;Terre qui se gentiane, se crocus et se myrtille. Terre qui se caborne, s\u2019encascade,&nbsp;ou bien&nbsp;se&nbsp;p\u00e9trifie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>ST3<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les pieds dans la terre. Le froid qui monte de cette terre mouill\u00e9e de neige et de pluie et qui te force \u00e0 prolonger le souffle sur l\u2019expir.&nbsp;Sensation de la terre que&nbsp;tu&nbsp;tiens dans la main et qui se r\u00e9chauffe peu \u00e0 peu au contact de ta peau.&nbsp;Sensation&nbsp;fugace&nbsp;de t\u2019enfoncer toi aussi dans cette masse terreuse&nbsp;au bord du trou b\u00e9ant. Alors tu y jettes toi&nbsp; aussi ta poign\u00e9e de terre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Rel\u00e8ve ton regard et vois, par del\u00e0 cette fosse bient\u00f4t recouverte tous ces pr\u00e8s, ces&nbsp;roches,&nbsp;ces&nbsp;for\u00eats&nbsp;de&nbsp;feuillus et d\u2019\u00e9pic\u00e9as&nbsp;qui continuent \u00e0 puiser la vie \u00e0 pleines racines.&nbsp;Vois tout cela qui bient\u00f4t sera englouti dans les abysses de ta m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#Boost#03<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Sens-la-peur.m4a\"><\/audio><figcaption class=\"wp-element-caption\">Boost, \u00e0 partir de Christine Jeanney.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Sens la peur<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">T\u00f4t ce matin, ils sont arriv\u00e9s et ont rassembl\u00e9 les prisonniers dans les coursives. Le capitaine charg\u00e9 de l\u2019ex\u00e9cution&nbsp;des condamn\u00e9s a sorti sa liste et, comme chaque fois, il a commenc\u00e9 par lire les pr\u00e9noms des condamn\u00e9s par ordre alphab\u00e9tique en prenant soin de faire une longue pause&nbsp;avant de lire&nbsp;leurs noms de famille. &nbsp;Il a fini la s\u00e9rie des Jos\u00e9 et des Pedro.&nbsp;\u00ab&nbsp;Manuel&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;commence&nbsp;t\u2019il \u00e0 crier avant de suspendre&nbsp;sa voix dans l\u2019air&nbsp;d\u00e9j\u00e0 chaud de ce mois de juillet, tr\u00e8s&nbsp;satisfait&nbsp;de l\u2019effroi et de la peur qu\u2019il lit sur tous ces visages creus\u00e9s par les privations, le manque de sommeil et l\u2019\u00e9puisement des travaux impos\u00e9s,&nbsp;non sans&nbsp;provoquer&nbsp;les rires des quelques soldats qui l\u2019accompagnent. \u00ab&nbsp;Manuel&nbsp;!&nbsp;\u00bb reprend t-il, et cette fois-ci le silence se fait plus court,&nbsp;<em>mis\u00e9rable fils de pute, crache le, ce nom, qu\u2019on en finisse&nbsp;! De toute fa\u00e7on mourir de tuberculose dans ce<\/em><em>tte prison<\/em><em>&nbsp;ou&nbsp;<\/em><em>bien&nbsp;<\/em><em>fauch\u00e9 par vos balles de sales fascistes qu\u2019est-ce que \u00e7a change&nbsp;?!&nbsp;<\/em>Et cette fois-ci il&nbsp;crie&nbsp;\u00ab&nbsp;Manuel\u2026&nbsp;Manuel\u2026&nbsp;Brosed Brosed&nbsp;!&nbsp;\u00bb&nbsp;<em>Voil\u00e0, tu l\u2019as obtenu ton petit effet, putain de crevure, va&nbsp;!&nbsp;<\/em><em>Bien s\u00fbr, comme tous les autres&nbsp;<\/em><em>j\u2019ai&nbsp;<\/em><em>esp\u00e9r\u00e9 et redout\u00e9 pendant<\/em><em>&nbsp;ce maudit silence que tu as laiss\u00e9&nbsp;&nbsp;<\/em><em>avant d\u2019encaisser le choc de mon nom que tu viens de crier.&nbsp;<\/em>Manuel&nbsp;soupire,tourne la t\u00eate et&nbsp;croise&nbsp;le&nbsp;regard&nbsp;de l\u2019instituteur. Lui non plus ne verra pas le soleil monter dans le ciel&nbsp;demidi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Vois&nbsp;;&nbsp;Vois&nbsp;sous la col\u00e8re,&nbsp;la peur&nbsp;qui jusque l\u00e0 \u00e9tait rest\u00e9e tapie au plus profond de toi se r\u00e9veiller et d\u00e9plier lentement ses mille tentacules.&nbsp;Ressens&nbsp;l\u2019impossibilit\u00e9 de penser que dans quelques heures, \u00ab&nbsp;tu ne seras plus&nbsp;\u00bb.&nbsp;Vois le raidissement du corps qui anticipe malgr\u00e9 lui l\u2019impact des balles qui vont&nbsp;te&nbsp;faire exploser&nbsp;le coeur ou la t\u00eate.&nbsp;Sens la peur de la douleur, des quelques secondes&nbsp;ou&nbsp;minutes&nbsp;d\u2019agonie.&nbsp;Peur de ne pas pouvoir affronter leurs regards, de&nbsp;pleurer, de&nbsp;perdre ta dignit\u00e9.&nbsp;&nbsp;Ton corps enfoui dans la terre et sans doute recouvert par l\u2019oubli.&nbsp;Sens la peur qui vient te sucer le sang et te ronger les os avant de jeter les morceaux de toi-m\u00eame aux quatre vents. Sens l\u2019emprise de ses mains invisibles qui tentent d\u2019\u00e9touffer tes derniers d\u00e9sirs.&nbsp;Son souffle qui tente d\u2019\u00e9teindre l\u2019\u00e9clat de ton regard.&nbsp;Ses l\u00e8vres p\u00e2les et minces qui&nbsp;murmurent \u00e0 tes oreilles des pens\u00e9es comme des&nbsp;poignards&nbsp;et qui voudraient&nbsp;te&nbsp;faire&nbsp;boire&nbsp;les derniers balbutiements des mourants.&nbsp;Tu ne seras plus. Tu ne seras plus. Tu ne seras plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sens la peur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sens-la.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sens.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>C<\/em><em>odicille&nbsp;: Je suis parti d\u2019un per<\/em><em>sonnage qui, au d\u00e9part, a bel et bien v\u00e9cu mais dont j\u2019aimerais raconter la trajectoire sous la forme d\u2019un r\u00e9cit ou bien d\u2019un<\/em><em>e<\/em><em>&nbsp;<\/em><em>fiction<\/em><em>, je ne sais pas&nbsp;<\/em><em>encore<\/em><em>. Travailler \u00e0 partir du texte de Christine Jeanney&nbsp;<\/em><em>et sur Manuel m\u2019a ramen\u00e9 \u00e0 la&nbsp;<\/em><em><u>sensation de peur<\/u><\/em><em>&nbsp;ressentie lorsqu\u2019on m\u2019a annonc\u00e9 la pr\u00e9sence d\u2019une tumeur canc\u00e9reuse dans mon corps et qu\u2019il fallait d\u00e9zinguer au plus vite. Ce qui est chose faite depuis quelques mois.&nbsp;<\/em><em>J\u2019ai bien senti que mon texte allait me faire passer assez vite de la peur \u00e0 la douleur de perdre la vie, j\u2019ai donc essay\u00e9 de garder le focus sur la peur.&nbsp;<\/em><em>C\u2019est un texte que je reprendrai sans doute si je m\u00e8ne \u00e0 bien mon projet.&nbsp;<\/em><em>Les proc\u00e9d\u00e9s du capitaine sadique viennent d\u2019un reportage de la t\u00e9l\u00e9 espagnole sur la r\u00e9pression franquiste pendant et apr\u00e8s la guerre civile espagnole dans la prison de Zaragosse. Manuel&nbsp;<\/em><em>Brosed Brosed&nbsp;<\/em><em>est l\u2019une des milliers de victimes de la guerre civile et il a son nom sur le m\u00e9morial du cimeti\u00e8re de Huesca. La fin du texte est inspir\u00e9e du po\u00e8me d\u2019Alejandra Pizarnik, \u00ab&nbsp;el miedo&nbsp;\u00bb,&nbsp;<\/em><em>\u00ab&nbsp;la peur&nbsp;\u00bb, en fran\u00e7ais.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#Boost#04#<\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Oublieuse m\u00e9moire<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Oublieuse-memoire.m4a\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Tenir t\u00eate \u00e0&nbsp;l\u2019oublieuse m\u00e9moire&nbsp;\u2014&nbsp;son haleine pue le crime \u2014 la pourriture de ses ge\u00f4les&nbsp;\u2014&nbsp;Sa langue&nbsp;a tremp\u00e9 dans l\u2019encre&nbsp;du pouvoir \u2014&nbsp;petit ou grand \u2014&nbsp;en rem\u00e2che et recrache les \u00ab&nbsp;\u00e9l\u00e9ments de langage&nbsp;\u00bb \u2014 \u00e0&nbsp;table \u2014 \u00e0 la t\u00e9l\u00e9 \u2014&nbsp;sur les ondes ubi et orbi \u2014&nbsp;<em>Bombarder pour se d\u00e9fendre au risque de tuer des civils \u00e7a n\u2019est pas la m\u00eame&nbsp;chose \u2014 En r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u2014&nbsp;il&nbsp;fallait bien pacifier le pays&nbsp;\u2014&nbsp;Ce n\u2019\u00e9tait pas un coup d\u2019\u00c9tat mais un soul\u00e8vement \u2014&nbsp;<\/em>Vomit ce qu\u2019elle nomme&nbsp;autoflagellation&nbsp;repentance&nbsp;victimisation&nbsp;\u2014&nbsp;&nbsp;Coupe la parole et&nbsp;vient vous couler dans la t\u00eate du plomb fondu \u2014&nbsp;du d\u00e9foliant&nbsp;si besoin&nbsp;\u2014&nbsp;Parle&nbsp;du&nbsp;\u00ab&nbsp;devoir de m\u00e9moire&nbsp;\u00bb \u2014&nbsp;proclame&nbsp;\u00ab&nbsp;plus jamais \u00e7a \u00bb\u2014&nbsp;mais&nbsp;te fait&nbsp;pr\u00e9senter&nbsp;les armes devant les colliers d\u2019oreilles \u2014&nbsp;donne des noms&nbsp;de g\u00e9n\u00e9raux sanguinaires&nbsp;aux&nbsp;rues&nbsp;et avenues&nbsp;\u2014 Refuse de rouvrir des fosses communes\u2014&nbsp;Chut \u2014 Pas parler \u2014 pas pleurer \u2014 Personne vous croira \u2014 Apr\u00e8s tout ils&nbsp;et elles&nbsp;l\u2019ont bien cherch\u00e9 \u2014&nbsp;Il n\u2019y a pas de fum\u00e9e sans feu \u2014&nbsp;Porte plainte pour outrage \u2014&nbsp;Se tord dans une moue de m\u00e9pris lorsque des m\u00e9moires qu\u2019elle supposait br\u00fbl\u00e9es sous la chaux vive \u2014 d\u00e9sint\u00e9gr\u00e9es dans un champignon atomique \u2014 volatilis\u00e9es sous des tonnes de napalm \u2014 noy\u00e9es dans&nbsp;les eaux de&nbsp;l\u2019Atlantique \u2014 ont l\u2019outrecuidance de r\u00e9clamer que justice soit faite \u2014&nbsp;&nbsp;Elle s\u00e8me des&nbsp;tapis de&nbsp;bombes comme elle jette du sel sur les ruines des villes ras\u00e9es \u2014&nbsp;conteste&nbsp;les&nbsp;chiffres \u2014 Le corps du d\u00e9lit ayant coul\u00e9 dans les eaux de l\u2019oubli elle pleure SES morts et ne&nbsp;saurait&nbsp;tol\u00e9rer&nbsp;que tu pleures les&nbsp;tiens \u2014&nbsp;Cachez ces morts que je ne saurais voir \u2014<em>Quand je parle on se tait \u2014 C\u2019est aussi simple que \u00e7a \u2014&nbsp;Quand je parle on se tait<\/em>&nbsp;\u2014&nbsp;<em>N\u2019ont jamais appris la le\u00e7on&nbsp;!\u2014&nbsp;faut pas en faire qu\u2019\u00e0 sa t\u00eate \u2014 C\u2019est aussi simple que \u00e7a<\/em>&nbsp;\u2014&nbsp;Oui c\u2019est simple \u2014&nbsp;les gens devraient comprendre \u2014&nbsp;Pourtant il existe une&nbsp;m\u00e9moire&nbsp;t\u00e9nue&nbsp;mais&nbsp;t\u00eatue&nbsp;\u2014&nbsp;&nbsp;qui ne tient qu\u2019\u00e0 un fil \u2014L\u2019oublieuse m\u00e9moire la juge&nbsp;de prime&nbsp;abord&nbsp;peu&nbsp;dangereuse&nbsp;\u2014&nbsp;parce que&nbsp;trop peu pr\u00e9cise \u2014 parfois balbutiante \u2014 b\u00e9gayante \u2014 se noie dans les pleurs \u2014&nbsp;donc tr\u00e8s aga\u00e7ante \u2014&nbsp;Fait soulever le sourcil du magistrat \u2014 l\u2019homme des preuves \u2014 des faits \u2014 de la v\u00e9rit\u00e9 \u2014&nbsp;fait perdre patience \u00e0&nbsp;l\u2019historien&nbsp;ou \u00e0 l\u2019homme d\u2019Etat\u2014et en m\u00eame temps refuse de baisser&nbsp;la t\u00eate&nbsp;\u2014 n\u2019est pas&nbsp;atteinte par \u00ab&nbsp;le virus de la gratitude&nbsp;\u00bb \u2014 ne remerciera jamais pour les bienfaits de la colonisation \u2014&nbsp;continue \u00e0 tourner chaque semaine autour d\u2019un&nbsp;ob\u00e9lisque \u2014&nbsp;marche sur&nbsp;une&nbsp;place de la Constitution&nbsp;dans des villes&nbsp;proches ou&nbsp;lointaines&nbsp;\u2014&nbsp;exige que lumi\u00e8re soit faite&nbsp;et que justice soit rendue\u2014&nbsp;Comme&nbsp;l\u2019eau du ruisseau qui coule sur les pierres&nbsp;et finit par les creuser&nbsp;\u2014&nbsp;cette m\u00e9moire&nbsp;\u00e9rode le marbre des monuments \u2014 des statues \u2014 des plaques \u00e0 la gloire des vainqueurs&nbsp;et de leurs martyrs&nbsp;<em>tomb\u00e9s pour Dieu et pour la patrie \u2014&nbsp;<\/em>Voyant cela l\u2019oublieuse m\u00e9moire s\u2019offusque et&nbsp;tente la contre attaque&nbsp;\u2014&nbsp;<em>Avec vos raccourcis vous ne fa\u00eetes qu\u2019ajouter \u00e0 la confusion g\u00e9n\u00e9rale \u2014&nbsp;Le sujet n\u2019est pas de s\u2019excuser&nbsp;! \u2014 Ce qu\u2019il faut c\u2019est mener un travail historique et r\u00e9concilier les m\u00e9moires&nbsp;! \u2014&nbsp;<\/em>Intonation sentencieuse \u2014 qui se veut&nbsp;mena\u00e7ante et&nbsp;sans appel \u2014&nbsp;Il faut tordre le cou \u00e0 la peur \u2014&nbsp;et tenir t\u00eate \u00e0 l\u2019oublieuse m\u00e9moire \u2014&nbsp;par tous les moyens \u2014&nbsp;Ni oubli ni pardon \u2014Refus de tout pacte de silence \u2014&nbsp;ils et elles avaient des visages \u2014 des noms et pr\u00e9noms \u2014 des familles \u2014une&nbsp;vie \u2014&nbsp;Alors \u2014&nbsp;Oui \u2014il faut&nbsp;tenir t\u00eate quitte \u00e0 la perdre \u2014&nbsp;tenir t\u00eate&nbsp;aujourd\u2019hui comme hier et demain \u2014&nbsp;\u00e0 l\u2019oublieuse m\u00e9moire \u2014<br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#Boost#05#<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/HURLEVENT.m4a\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Hurlevent<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">(titre choisi par Fran\u00e7ois Bon qui a suppl\u00e9\u00e9 mon manque d\u2019inspiration! Merci Fran\u00e7ois!)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le cri est l\u00e0 \u2014 Proche et tellement lointain \u2014 inutile de le chercher dans la gorge ou sous la peau&nbsp;ou dans la chaleur du souffle&nbsp;\u2014&nbsp;Il faut descendre plus profond encore \u2014 plonger bien au-del\u00e0 des poumons ou des visc\u00e8res \u2014 ouvrir les portes&nbsp;des abysses&nbsp;et se laisser tomber comme une pierre dans&nbsp;le&nbsp;sans&nbsp;fond&nbsp;\u2014&nbsp;Se laisser tomber tout en se faisant l\u00e9ger \u2014 ouvrir tout le corps \u00e0 cet inconnu si familier \u2014&nbsp;Sentir l\u2019\u00e9touffement et la pression \u2014&nbsp;Voir&nbsp;les&nbsp;contractions et&nbsp;les tourbillons du&nbsp;magma rouge,&nbsp;incandescent,&nbsp;noir,&nbsp;qui refuse la p\u00e9trification \u2014 Phosphorescence explosive \u2014&nbsp; Tour qui s\u2019\u00e9croule sous les coups de boutoirs d\u2019une force venue d\u2019on ne sait o\u00f9 \u2014&nbsp;Vortex&nbsp;hurlant dont les secousses et&nbsp;les&nbsp;r\u00e9pliques paraissent ne jamais se tarir \u2014 Cri \u00ad\u2014 Quaranti\u00e8me rugissant \u2014 Hurlevent titanesque enfin&nbsp;pr\u00eat \u00e0&nbsp;jaillir&nbsp;de l\u2019enfer du dedans.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les mardis | 18 mars, saison 2 #21, Michaux<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Mardi-saison-2-21-Michaux.m4a\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019oeil de celui qui va mourir, dans l\u2019effroi qu\u2019il transpire, vient pourtant se fondre la violence du geste d\u2019hier.&nbsp;Son d\u00e9sespoir n\u2019a d\u2019\u00e9gal que la violence qui l\u2019animait&nbsp;alors.&nbsp;Geste magnifique dans sa pr\u00e9cision, dans son \u00e9lan de lib\u00e9ration, dans sa vitesse d\u2019ex\u00e9cution. Geste qui&nbsp;a fini par tourbillonner dans les rues de la ville, frappant tous les intrus qui pr\u00e9tendaient s\u2019y \u00e9tablir, semant le chaos, la mort et son silence mal\u00e9fique, faisant couler du sang, des rivi\u00e8res de sang dont&nbsp;le d\u00e9bit n\u2019a fait que cro\u00eetre encore et encore avant de tout&nbsp;emportersur son passage.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Qu\u2019il soit accord\u00e9 au d\u00e9funt qui va na\u00eetre, l\u2019\u00e9blouissement de cette lumi\u00e8re surgie de la nuit dans une voluptueuse&nbsp;caresse de blancs et de gris, ni trop pesante, ni trop diaphane, simple pr\u00e9sence vibrante de toutes les pulsations de la vie encore chaude.&nbsp;Lumi\u00e8re&nbsp;dansante&nbsp;qui montrera, \u00e0 travers les si\u00e8cles \u00e0 venir, l\u2019\u00e9tonnante&nbsp;splendeur&nbsp;du martyr.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#Boost#06#Michaux<\/h2>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/03\/Visages-reves2.m4a\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Visages r\u00eav\u00e9s&nbsp;?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est d\u2019abord un regard de loup. Pupille cristalline o\u00f9 r\u00e8gne un \u00e9ternel hiver. Un regard de chasseur habitu\u00e9 \u00e0 fasciner&nbsp;l\u2019animal&nbsp;qu\u2019il va bient\u00f4t broyer entre ses dents aff\u00fbt\u00e9es comme des lames de rasoir. Regard patient dans&nbsp;la cruaut\u00e9. Il faut faire un effort surhumain pour&nbsp;y&nbsp;voir&nbsp;une bouche aux l\u00e8vres pinc\u00e9es&nbsp;et&nbsp;de la chair humaine tout autour avant de distinguer,&nbsp;<em>malgr\u00e9 lui,<\/em>&nbsp;et derri\u00e8re lui,&nbsp;cette cohorte de t\u00eates hirsutes&nbsp;\u00e0 peine sorties de l\u2019obscurit\u00e9, taraud\u00e9es par le sadisme indiff\u00e9rent des secondes qui se d\u00e9plient lentement&nbsp;autour&nbsp;d\u2019eux comme&nbsp;des&nbsp;serpents&nbsp;paresseux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Brillent pourtant \u00e7a et l\u00e0 des brasiers de col\u00e8re&nbsp;dans des regards furtifs \u00e9chapp\u00e9s de ces spectres p\u00e9trifi\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Est-ce un r\u00eave&nbsp;? Des milliers de t\u00eates se fondent peu \u00e0 peu dans des portraits en noir et blanc de visages plus jeunes. Des regards \u00e0 vous faire perdre la t\u00eate. Des yeux scrutant les limbes&nbsp;et d\u00e9fiant le futur.&nbsp;Des yeux, partout des yeux.&nbsp;Mausol\u00e9es&nbsp;d\u2019\u00eatres&nbsp;d\u00e9filant au bord d\u2019un L\u00e9th\u00e9 putride.&nbsp;Et puis en \u00e9cho, un chant,&nbsp;profond et lancinant repris encore et encore de bouche en bouche, \u00e9clair\u00e9es ici ou l\u00e0 par des bougies. Choeur imm\u00e9morial de ces milliers de visages qui vient hanter la nuit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un&nbsp;Saturne affam\u00e9.&nbsp;Un monstre sorti des abysses.&nbsp;Visage sans visage. Sans limites pr\u00e9cises ou bien celles d\u2019une caverne r\u00e9tractile, \u00e0 la fois sombre et illumin\u00e9e par l\u2019incendie&#8230; Non, ce n\u2019est pas \u00e7a.&nbsp;<em>Pas tout \u00e0 fait \u00e7a<\/em>. Ici, il faut arr\u00eater le d\u00e9fil\u00e9 des images. Tout couper, s\u2019arr\u00eater et&nbsp;<em>regarder<\/em>. Alors on verra un visage qui tremble comme un reflet sur l\u2019eau d\u2019un lac l\u00e9g\u00e8rement caress\u00e9e par le vent. Un visage&nbsp;? Plut\u00f4t une alternance \u00e0 chaque tremblement d\u2019une bouche&nbsp;d\u00e9mesur\u00e9ment ouverte sur l\u2019ombre et d\u2019un visage d\u2019enfant&nbsp;aux yeux grand ouverts et qui semblent&nbsp;nous&nbsp;interroger.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>Codicile&nbsp;: J\u2019ai essay\u00e9 de voir le ou les visages qui surgissaient de chacun de mes textes de #Boost#03 #04 et 05. Pour le premier je suis parti d\u2019une image tr\u00e8s pr\u00e9cise d\u2019un visage qui m\u2019\u00e9tait venue au moment d\u2019\u00e9crire. Pour le deuxi\u00e8me j\u2019avais des photos en t\u00eate. Pour le troisi\u00e8me je suis parti d\u2019un tableau pour me donner l\u2019impulsion.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#Boost#07#Virginie Poitrasson<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center wp-block-paragraph\"><strong>On ne sait jamais<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>1<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Fermer les yeux et continuer \u00e0 marcher malgr\u00e9 la bascule soudaine dans la c\u00e9cit\u00e9 qui durera dix secondes en comptant&nbsp;<em>et un, et deux\u2026&nbsp;<\/em>Surtout ne pas ouvrir les yeux. Interdit, sinon c\u2019est comme ouvrir grand la porte au malheur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Sentir le corps se raidir, le pas se faire beaucoup moins pressant, la respiration se resserrer dans le sternum, mais continuer \u00e0 avancer si on veut&nbsp;que ce qu\u2019on vient d\u2019imaginer soit vraiment<em>&nbsp;favorable<\/em>. Penser que les yeux vont se rouvrir sur le m\u00eame et un autre monde. Par cons\u00e9quent chasser toute pens\u00e9e d\u00e9faitiste, chasser la peur qui s\u2019infiltre d\u00e9j\u00e0 dans tout le corps et ralentit le rythme du pas. Au contraire s\u2019abandonner \u00e0 la folie de cette conjuration, \u00eatre tout entier dans ce tunnel obscur et mouvant qui d\u00e9bouchera forc\u00e9ment sur une b\u00e9n\u00e9diction ou toute chose y ressemblant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>2<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Lorsqu\u2019une pens\u00e9e poisseuse et plus sombre qu\u2019un nuage d\u2019orage risque de se pr\u00e9senter, s\u2019appuyer sans h\u00e9sitation aucune sur la contracture mortif\u00e8re qui vient paralyser le corps. Il faut, ici, \u00eatre plus rus\u00e9 et d\u00e9termin\u00e9 que le malheur, le geste devra donc \u00eatre foudroyant. Avec le dos du pouce de la main droite venir raturer le front de fa\u00e7on fulgurante et jeter \u00e0 terre non moins violemment la charge de mort qui cherchait \u00e0 s\u2019implanter dans la t\u00eate, les yeux, la langue, pour mieux envahir tout le reste.&nbsp;R\u00e9p\u00e9ter le geste trois fois, ne faire qu\u2019un avec lui, \u00eatre lui afin d\u2019occire le mal.&nbsp;On peut se signer ou crier \u00ab&nbsp;sarav\u00e1&nbsp;!&nbsp;\u00bb C\u2019est selon.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>3<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parfois, il faut se soumettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve conjuratoire. Comme le fermer les yeux, elle doit arriver maintenant, tout de suite, et pas \u00e0 un autre moment.&nbsp;Nul&nbsp;besoin&nbsp;<em>d\u2019expliquer<\/em>. Quelque chose&nbsp;au dedans, ou bien hors de nous, peu importe,&nbsp;en a d\u00e9cid\u00e9 ainsi.&nbsp;La voiture ou le bus qui arrive et qui va&nbsp;nous&nbsp;d\u00e9passer ne doit pas le faire avant que&nbsp;nous&nbsp;n\u2019ayons&nbsp;atteint tel panneau de signalisation ou telle plaque scell\u00e9e sur le trottoir. Aussi faut-il presser le pas, mais surtout ne pas courir, cela an\u00e9antirait tous les bienfaits du rituel. C\u2019est comme souffler trop fort sur les braises, on tue le feu alors qu\u2019il faut le maintenir dans sa combustion lente et puissante.&nbsp;Se remplir de toute la joie qui irradie lorsque l\u2019on atteint l\u2019objectif avant d\u2019\u00eatre d\u00e9pass\u00e9 par le bus ou la voiture maudite.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><em>C<\/em><em>ependant, si on rouvre les yeux avant le terme fix\u00e9, si le geste de&nbsp;<\/em><em>la<\/em><em>&nbsp;rature foudroyante est mollement ex\u00e9cut\u00e9, si l\u2019on est d\u00e9pass\u00e9 plus t\u00f4t que pr\u00e9vu, on peut consid\u00e9rer qu\u2019il ne s\u2019est rien pass\u00e9. Sans la pr\u00e9sence de t\u00e9moin, on peut d\u00e9cr\u00e9ter que le r\u00e9el n\u2019est pas ce qu\u2019il pr\u00e9tend avoir \u00e9t\u00e9. Par cons\u00e9quent on peut recommencer. Mais attention, on ne sait jamais. L\u2019autre monde lui aussi&nbsp;<\/em><em>pourrait&nbsp;<\/em><em>a<\/em><em>voir<\/em><em>&nbsp;des limites qu\u2019il convient de respecter.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#Boost#08# Michaux \u2014 Travers\u00e9e du temps.<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Une fraction de seconde travers\u00e9e par la foudre. Parenth\u00e8se fulgurante qui ouvre une br\u00e8che violente dans le basculement. Fus\u00e9e \u00e9clairante trop t\u00f4t \u00e9teinte sur laquelle se referme&nbsp;l\u2019aveuglement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le bleu qui aspire et qui fixe en m\u00eame temps. Moment vertigineux o\u00f9 une possibilit\u00e9 de travers\u00e9e irradie tout.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Moments&nbsp;contradictoires, faits de lumi\u00e8re douce, clair-obscur, ombre sinistre. Moments qui culminent dans un tourbillon de secondes toutes plus cruelles les unes que les autres&nbsp;pour ne plus former qu\u2019un fer rouge.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Saisissant moment&nbsp;! Puissant, rapide et hypnotisant. L\u2019immensit\u00e9 du temps est venu faire un clin d\u2019oeil \u00e0 l\u2019espace.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019espace d\u2019un instant, la compression, le couloir aux parois r\u00e9tractiles, le labyrinthe. Et soudain, au signal d\u2019un des membres du triangle, la parole qui jaillit comme une eau fra\u00eeche et d\u00e9salt\u00e9rante.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Moment qui ne devrait plus s\u2019appeler moment, ni instant tellement il est charg\u00e9 de pr\u00e9sent. Mais il \u00e9chappe aux mots. Il est pure sensation, cascade qu\u2019on voudrait infinie. Le pr\u00e9sent s\u2019est roul\u00e9 en boule avant de s\u2019expandre avec la puissance d\u2019une galaxie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Des mots traversent l\u2019espace ou plut\u00f4t s\u2019inscrivent dans l\u2019espace et dilatent tout, mais absolument tout. Une naissance dans une aurore.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le tribunal des secondes s\u2019est mis en route pendant des heures. Chaque parole pesait une tonne et risquait de tout faire s\u2019effondrer.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#Boost#09# Kafka minute. <\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"> Version 1<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><span lang=\"fr-FR\" style=\"font-size: 15px;font-style: normal\">Que veux tu de plus\u00a0? La vibration lumineuse\u00a0<\/span><span lang=\"fr-FR\" style=\"font-size: 15px;font-style: normal\">d\u00e9fait la lumi\u00e8re artificielle de la pi\u00e8ce. Tu viens de t\u2019arr\u00eater, happ\u00e9 par ce bleu qui vient casser l\u2019espace. Tu n\u2019entends plus les chuchotements derri\u00e8re toi ni le bruit du parquet qui grince. Ton regard est tout entier dans la forme et la couleur. \u00c7a respire en face et \u00e7a respire en toi. Tu sens ta cage s\u2019expandre et puis se d\u00e9tendre avec un calme, une fluidit\u00e9 nouvelle. Tes pieds sont ancr\u00e9s dans le sol, tu sens ton poids se faire plus l\u00e9ger.\u00a0<\/span><span lang=\"fr-FR\" style=\"font-size: 15px;font-style: normal\">Un d\u00e9placement d\u2019air. Une visiteuse vient de laisser voleter une d\u00e9licieuse fragance de parfum. Tu respires et l\u00e0, tu vois que le bleu s\u2019anime, qu\u2019il n\u2019est pas fait que d\u2019\u00e0 plats ou de couches rigides mais\u00a0<\/span><span lang=\"fr-FR\" style=\"font-size: 15px;font-style: normal\">qu\u2019<\/span><span lang=\"fr-FR\" style=\"font-size: 15px;font-style: normal\">\u00a0il est travers\u00e9 par des petites touches de blanc qui le font vibrionner.\u00a0<\/span><span lang=\"fr-FR\" style=\"font-size: 15px;font-style: normal\">Cette toile est vivante\u00a0! Tu le sens, et tu laisses monter la joie m\u00eame si l\u2019endroit est peu propice \u00e0 un \u00e9panchement du coeur. Tu fermes les yeux.\u00a0<\/span><\/p>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\">Version 2<\/h5>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Que veux tu de plus\u00a0? La vibration lumineuse\u00a0\u00e9clipse\u00a0la lumi\u00e8re artificielle de la pi\u00e8ce.\u00a0Le bleu qui vient casser l\u2019espace t\u2019arr\u00eate\u00a0brusquement.\u00a0Tu n\u2019entends plus les chuchotements derri\u00e8re toi ni le bruit du parquet qui grince.\u00a0Bref instant de souffle coup\u00e9.\u00a0Ton regard est tout entier dans la forme et la couleur.\u00a0Tes pieds s\u2019enracinent, ton poids se fait\u00a0plus l\u00e9ger.\u00a0Tacage thoracique\u00a0se soul\u00e8ve\u00a0et puis se d\u00e9tend avec un calme, une fluidit\u00e9 nouvelle.\u00a0\u00a0Plus le regard entre dans le bleu\u00a0plus toncorps\u00a0se d\u00e9plie\u00a0lentement,\u00a0comme ces feuilles de th\u00e9 immerg\u00e9es dans l\u2019eau.\u00a0A pr\u00e9sent, seule ta peau fait barrage entre toi et la couleur.\u00a0Un d\u00e9placement d\u2019air. Une\u00a0femme\u00a0vient de laisser voleter une d\u00e9licieuse fragance de parfum.\u00a0Tu tournes \u00e0 peine la t\u00eate mais tu reviens au bleu.\u00a0\u00a0Tu respires, et l\u00e0, tu vois qu\u2019il\u00a0s\u2019anime, qu\u2019il n\u2019est pas fait que d\u2019\u00e0 plats ou de couches rigides mais\u00a0qu\u2019\u00a0il est travers\u00e9 par des petites touches de blanc qui le font\u00a0vibrer.\u00a0Cette toile est vivante\u00a0!\u00a0Br\u00e8ve explosion de bulles de champagne jusque dans les pieds\u00a0!\u00a0Tu fermes les yeux. Le corps vacille l\u00e9g\u00e8rement. Vertige. Tu rouvres les yeux. A pr\u00e9sent, ton souffle accompagne le mouvement, ton souffle\u00a0<em>devient<\/em>\u00a0le mouvement.\u00a0Pour un peu tu serais devenu oiseau qui joue dans le ciel.\u00a0Bref instant\u00a0d\u2019appr\u00e9hension.\u00a0<em>Et si je ne revenais pas\u00a0?\u00a0<\/em>Aspir\u00e9 par le tourbillon en face de toi,\u00a0ton corps d\u00e9sire\u00a0se fondre et\u00a0danser,\u00a0danser,\u00a0dans cet univers spacieux\u00a0et faussement chaotique.\u00a0Lent expir.\u00a0Tu\u00a0souris\u00a0et tu fais\u00a0un premier\u00a0pas en avant.\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>46\u00b027&rsquo;47&Prime;N 5\u00b048&rsquo;02&Prime;E 871m A cet endroit pr\u00e9cis o\u00f9 l\u2019asphalte de la rue va devenir celui de la route qui sort du village, une explosion de couleurs. Tous les dahlias pomponnent ou \u00e9clatent dans la lumi\u00e8re de la mi journ\u00e9e vers laquelle ils se haussent imperceptiblement.&nbsp;A travers la&nbsp;r\u00e9verb\u00e9ration lumineuse de leurs \u00e9toiles on pourrait presque entendre la voix du roi po\u00e8te <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost00-01-03-04-05\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#Boost#00# \u00e0 #09<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":682,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7036,7303,7317,7351,7363,7369,7386,7390,7395,7404,7302],"tags":[790,79,1033,77,7392],"class_list":["post-182759","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-mardis","category-boost-01-bailly-bout-du-monde","category-boost-01-tarkos-la-terre","category-boost-03-jeanney-la-peur-en-lautre","category-boost-04-paul-valet-tenir-tete-a","category-boost-05-artaud-le-cri","category-boost-06-michaux-visages","category-boost-07-virginie-poitrasson-conjurations","category-boost-08-michaux-moments","category-boost-09-kafka-une-minute","category-boost","tag-cri","tag-memoire","tag-peur","tag-terre","tag-visages-tetes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/182759","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/682"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=182759"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/182759\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":184181,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/182759\/revisions\/184181"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=182759"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=182759"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=182759"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}