{"id":182775,"date":"2025-03-20T12:09:30","date_gmt":"2025-03-20T11:09:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=182775"},"modified":"2025-03-20T12:09:31","modified_gmt":"2025-03-20T11:09:31","slug":"boost-3-a-6-guerilleres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-3-a-6-guerilleres\/","title":{"rendered":"BOOST | \u00a0#3 \u00e0 #6 | Guerill\u00e8res"},"content":{"rendered":"\n<p>Nous aurions su leurs peurs. Celles de Jane cultiv\u00e9es aux accents d\u2019Oum Kalthoum et de Feyrouz. Peur d\u2019une nuit d\u00e9salt\u00e9r\u00e9e de th\u00e9 br\u00fblant. Peur du retour de midi. Peur des \u00e9clats de la ville affol\u00e9e et bruyante. Peur des rues d\u2019asphalte in\u00e9gale. Peur des trottoirs soudain manquants. Peur du passage de quelques chats maigres. Peur d\u2019un vol d\u2019oiseaux attendu. Peur de la pluie qui tarde. Celles de la fille assise en haut du toit,&nbsp; cultiv\u00e9es aux accents des d\u00e9parts. Peur d\u2019avoir quinze ans demain. Peur du soleil au rouge du soir. Peur de la prochaine seconde. Peur de s\u2019ennuyer. Peur de ses impatiences. Peur d\u2019un nuage grandissant au loin. <\/p>\n\n\n\n<p>Celles du gar\u00e7on assis en haut du toit, cultiv\u00e9es aux accents de montagne. Peur d\u2019avoir quinze ans depuis bient\u00f4t un an. Peur du prochain d\u00e9sir. Peur de ses rires. Peur de ses impatiences. Peur de l\u2019ennuyer. Peur des eclairs au loin. <\/p>\n\n\n\n<p>Celles de Louise au matin de ses huit ans, cultiv\u00e9es aux accents des responsabilit\u00e9s. Peur de rester seule chez des inconnus. Peur des b\u00eates \u00e0 garder. Peur du gar\u00e7on de ferme. Peur du b\u00e2ton brandi contre les animaux. Peur des bruits de la nuit. Peur d\u2019une lourde corne. Peur d\u2019un grincement de paillasse. Peur d\u2019un sabot qui s\u2019\u00e9carte. Peur d\u2019un peu de lait bu aux mamelles. Peur du vent. Peur des p\u00e9ch\u00e9s mortels. Peur d\u2019un coup de tonnerre.<\/p>\n\n\n\n<p>Celles de l\u2019amie qui ne voulaient pas en attendre parler, cultiv\u00e9es aux accents des besoins de voyages. Peur roul\u00e9e en boule et aval\u00e9e tout rond. Peur vomie le matin. Peur d\u00e9chir\u00e9e dans le fond d\u2019une poche. Peur tremp\u00e9e de peinture et de pl\u00e2tre. Peur d\u00e9color\u00e9e d\u2019un changement de saison. Peur d\u2019un orage d\u2019automne.&nbsp;Peur des mots agenc\u00e9s. Peur de l\u2019irr\u00e9gularit\u00e9 de leurs rythmes. Peur des lessives humides et du vent. Peur du vent. Peur du corps humide.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous aurions su &#8212; Tenir t\u00eate \u00e0 la maladresse \u2013 La maladresse est une categorie d\u2019adroites d\u00e9signations \u2013 et une litanie de subtiles assignations \u2013 La maladresse \u00e9tait une bosse dans le dos qui ne se voyait pas \u2013 Elle est froide et il en reste dans le frigo \u2013 La maladresse perd la plupart des choses \u2013 Tenir t\u00eate \u00e0 la maladresse comme au d\u00e9sordre qu\u2019elle ne cesse de perdre \u2013 \u00c0 la chose qui d\u00e9gringole \u2013 l\u00e2che les doigts \u2013 saute au visage \u2013 \u00e9chappe dans le fond d\u2019un sac \u2013 Les choses qui gauchissent le geste qui s\u2019empare \u2013 les choses qui r\u00e9pandent \u2013 Celles qui m\u00e9langent \u2013 L\u2019ordre \u00e9tabli parlera toujours \u00e0 la troisi\u00e8me personne \u2013 se qualifiera lui-m\u00eame comme atteint durement \u2013 La sanction et le juge ne font qu\u2019un et l\u2019issue est certaine \u2013 Faire appel enroule une pirouette dans la nuit \u2013 Tenir t\u00eate \u00e0 une fille sans main \u2013 une fille sans iris \u2013 une fille pied gauche \u2013 une fille \u00e9paules rentr\u00e9es \u2013 Se casser un ongle et se tordre une cheville pour avaler des couleuvres le matin t\u00f4t \u2013 pied gauche remplac\u00e9 par pied droit \u2013 on sortait marcher dans le monde chewing-gum \u2013 Ouvrir le parapluie quand il pleut des listes \u2013 listes de choses ou listes de gens contre listes de noms et listes d\u2019horaires d\u00e9clin\u00e9es en listes de villes et listes de num\u00e9ros egaill\u00e9es de listes de gares interm\u00e9diaires \u2013 le parapluie en papier se d\u00e9sagr\u00e8gera \u00e0 la premiere pluie \u2013 sans avoir le temps d\u2019\u00eatre lui m\u00eame \u2013 Avaler le temps en m\u00e2chant les secondes \u2013 Avaler tout rond le temps des jours \u2013 avec du machouillis de minutes \u2013 Avaler une bouillie d\u2019instants sans se laver la bouche \u2013 Mordre avant d\u2019oublier \u2013 c\u2019est \u00e0\u00a0 dire faire fonctionner ses machoires avec m\u00e9thode \u2013 Empiler des plats \u2013 dessiner un arbre et puis un autre \u2013 s\u2019habiller devant derri\u00e8re \u2013 Effacer le bleu de l\u2019eau avec du soleil \u2013 enfiler des chaussettes d\u00e9pareill\u00e9es \u2013 d\u00e9couper des encolures de robes \u2013 Laisser d\u00e9border des verres \u2013 froncer des volants et tailler des crev\u00e9es \u2013 fermer des volets \u2013 cuire du gypse \u2013 ouvrir des volets \u2013 suspendre les alternances \u2013 \u00e9couter aux portes \u2013 Enlever une \u00e9charde \u00e0 la pulpe d\u2019un doigt \u2013 Voiler les miroirs \u2013 Enfiler les mains d\u2019argent aux poignets coup\u00e9s \u2013 \u00c9chapper aux yeux cousus \u2013 Triturer un mouchoir \u2013 tenir t\u00eate \u00e0 une boule de maladresse \u2013 Un conte de f\u00e9es ou sauver un oiseau aurait pu suffire \u2013 et on le savait d\u00e9j\u00e0 \u2013 et on l\u2019oubliera comme \u00e0 chaque fois\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Nous aurions su \u00c7a. Le cri la fille qui crie doit se taire Pas de th\u00e9\u00e2tre qui tienne crie et tais-toi vite ravale les syllabes si leur nom de syllabe a un sens qui d\u00e9forme un dedans qui gonfle les narines emplies des trous d\u2019un air dedans dehors \u00e0 vingt pour cent d\u2019oxyg\u00e8ne et saigne le rouge poisseux si le chaud l\u2019emporte sur le frais d\u2019une clef dans le dos&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a. Le cri le grand jeu de la fille tais-toi qui doit se taire comme on ferme les yeux comme on ferme les l\u00e8vres les colle et ne plus les \u00e9carte qui colle les rejoint et mange le cri de \u00e7a se taire et crier dedans quand \u00e7a lance la terre au visage du ciel&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a. Le crie la fille de la longue file des filles qui tais-toi marchent en rangs et encore quelque part crient les impr\u00e9cations l\u2019annonce du b\u00fbcher des filles bruyantes et criantes la noyade des vieilles men\u00e9es de temps et les m\u00e9langes d\u2019herbes dig\u00e9r\u00e9es des ventres gonfl\u00e9s des orgueils arrach\u00e9s Dans leurs gorges une nu\u00e9e de cris aval\u00e9s et crach\u00e9s qui avale et recrache le cri engourdi \u00e0 la vue de la porte des limbes le jeu d\u2019elle face au sort funeste des errements mill\u00e9naires et la nuagerie des ciels convoqu\u00e9s trop t\u00f4t<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a. Le cri la fin partie le tais-toi final et obsessionnel des lunes couchantes le cri tripartite des bouches filles aux dents frott\u00e9es de sable et leur cri du fond de la sc\u00e8ne malgr\u00e9 la neige qui fond partout et l\u2019eau du lac qui remonte et la gorge grande ouverte et les cordes d\u00e9saccord\u00e9es par manque de pratique et le corps courbatu par manque d\u2019entra\u00eenement cordes et corps pas \u00e0 pas cri d\u2019\u00eatre seule sur la sc\u00e8ne \u00e0 chercher le chemin vers nulle part\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a. Le cri coinc\u00e9e dans les fonds de faille la fille de la file des filles qui crie doit se taire se tait dans l\u2019acte trois avant de mourir dispara\u00eetre et personne la cherche le cri double trop doucement dans la muraille Et personne la cherche Et les caillasses avec le cri de guerre pas de mime seulement un cri au c\u0153ur des massacres et des non-sens de bande son en boucle et grincements des machines et cris de fille tais-toi T\u2019es toi cri fille cascade d\u2019\u00e9cho<\/p>\n\n\n\n<p>Nous aurions su la lourde main sans bras que brandit un \u0153il sans iris, les narines que gonflent les p\u00e9ch\u00e9s mortels, les l\u00e8vres que disloquent l\u2019\u00e9cart, les dents que d\u00e9chirent la ger\u00e7ure, ce qui fissure la t\u00eate d\u2019instants murailles et de quoi elle est irr\u00e9m\u00e9diablement \u00e9loign\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Yeux de chats maigres ou d\u2019oiseaux soudains, paupi\u00e8res d\u2019asphalte in\u00e9gale d\u00e9gringolant et trahissant les joues, front de l\u00e8vres br\u00fblant le gosier, effondrement ovale dans le reflet d\u2019une flaque d\u2019huile.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e9zarde, incision de trous d\u2019air aux \u00e9paules rentr\u00e9es, durement atteinte, mordue, froide, vuln\u00e9rable \u00e0 la d\u00e9chirure d\u2019un ciel de tourmente tectonique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Fond d\u2019une ger\u00e7ure, l\u00e0 o\u00f9 les os cr\u00e2neurs s\u2019emparent des bruits de la nuit, l\u00e0 o\u00f9 temporal et occipital cisaillent aux sources des jours, l\u00e0 o\u00f9 sph\u00e9no\u00efde et ethmo\u00efde inventent pour les confondre dedans et dehors, l\u00e0 o\u00f9, lanceur d\u2019impr\u00e9cations triviales, propagateur de non-sens en boucle, frontal, gonfl\u00e9 des caillasses des massacres, s\u2019exile chez des inconnus sans bouche, officiant \u00e0 la noyade des visages.<\/p>\n\n\n\n<p>Codicille : Une formule qui unifie, et des changements \u00e0 la marge qui en d\u00e9coulent. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous aurions su leurs peurs. 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