{"id":182785,"date":"2025-03-20T13:36:02","date_gmt":"2025-03-20T12:36:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=182785"},"modified":"2025-03-20T13:37:34","modified_gmt":"2025-03-20T12:37:34","slug":"visage-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/visage-3\/","title":{"rendered":"#boost #06 |\u00a0visage"},"content":{"rendered":"\n<p>je sais que tu vas mourir, tu sais que tu vas mourir. est-ce que je t&rsquo;ai lu un po\u00e8me, est-ce que nous avons parl\u00e9 de peinture.\u00a0 tu me dis\u00a0:<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2014 le visage du Christ, je ne l&rsquo;ai jamais vu.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:20%\">\n<p><\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:50%\">\n<p><em>papa ! qui est-ce qui dit \u00e7a ?!<br>papa ! papa ! papa !<\/em><br><em>quel&nbsp; \u00e9lan en moi vers toi<br>papa papa comment c\u2019est qu\u2019il fait noir<\/em><br><em>quel \u00e9lan quel \u00e9lan<\/em><br><em>entends-tu&nbsp;!<br>qui est-ce qui dit \u00e7a ?!<\/em><br><em>et \u00e0 qui le dis-tu&nbsp;!!<\/em><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>je te souris, je me penche sur ton visage. ton visage p\u00e2le sur l&rsquo;oreiller. je te dis&nbsp;:<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 tu as de beaux yeux, tu sais.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-columns is-layout-flex wp-container-core-columns-is-layout-9d6595d7 wp-block-columns-is-layout-flex\">\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:20%\">\n<p><\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-column is-layout-flow wp-block-column-is-layout-flow\" style=\"flex-basis:50%\">\n<p><em>papa papa l&rsquo;entends-tu ce cri vers toi<br>papa papa la terre enti\u00e8re r\u00e9sonne et t&rsquo;appelle<br>papa papa papa.<br>il n&rsquo;est plus qu&rsquo;un seul mot au monde<\/em><br><em>oh papa l&rsquo;urgence qu&rsquo;il y a de courir vers toi tout le corps en course tout le corps en mouvement c&rsquo;est la nuit papa c&rsquo;est la nuit&nbsp; tous les corps vers toi courent tous crient et te disent<br>ce grand battement du corps vers toi<\/em><\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n\n<p>tu souris. ton visage p\u00e2le sur l\u2019oreiller. tu me dis\u00a0:<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2014 des yeux bleus, oui.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>oui, des yeux bleus dans ton doux visage clair. est-ce que je te parle de tes yeux bleu ciel, est-ce que tu me montres le ciel de cette immense\u00a0 fen\u00eatre de la chambre o\u00f9 tu as \u00e9t\u00e9 mont\u00e9 hier depuis le deuxi\u00e8me sous-sol des soins intensifs, on monte au 7\u00e8me ciel m&rsquo;avais-tu dit dans l&rsquo;ascenseur, tu me montres le ciel, de ton bras aussi nu que ton visage, tu me dis en souriant :<br>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2014 j&rsquo;aime les nuages&#8230; les nuages qui passent&#8230; l\u00e0-bas&#8230; l\u00e0-bas&#8230; les merveilleux nuages!<\/p>\n\n\n\n<p>maman va arriver maman rentre dans la chambre elle \u00e9tait rentr\u00e9e se changer se laver prendre des affaires pour la nuit manger peut-\u00eatre, elle s&rsquo;est d\u00e9p\u00each\u00e9e a roul\u00e9 pour la milli\u00e8me fois cette chauss\u00e9e de Mons entre l\u00e0-bas chez elle chez vous et ici. elle me dit que je peux m&rsquo;en aller que je peux m&rsquo;en aller. je n&rsquo;insiste pas. je n&rsquo;insiste pas papa. je suis ta fille, elle est ta femme. c&rsquo;est d&rsquo;accord. je prends mon sac ma veste mon autre sac en plastique, je me penche sur toi, toujours ce visage de toi qui me hante ce souvenir de lumi\u00e8re et de blancheur. larmes. tu pointes du doigt mes yeux, bleus, oui, moi aussi, les yeux bleus. au revoir papa. je m&rsquo;en vais, je redescends, je rentre.<\/p>\n\n\n\n<p>papa.<\/p>\n\n\n\n<p>appel\u00e9e la nuit, taxi. arriver trop tard. maman est l\u00e0, \u00e0 tes c\u00f4t\u00e9s, debout, \u00e0 hauteur de ton visage. c&rsquo;est fini, papa. ton visage dans la lumi\u00e8re rasante de la table de nuit para\u00eet moins p\u00e2le. finesse de ta peau sur les os. on me laisse un moment seule avec toi. je te parle doucement.<br>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u2014 c\u2019est v\u00e9ronique, papa. c\u2019est v\u00e9ronique. c\u2019est du voile o\u00f9 devait se porter le visage du Christ, papa. celle du visage que tu n\u2019as jamais vu. mais tu l\u2019as vu partout, papa. tu l\u2019as montr\u00e9. combien tu l\u2019as montr\u00e9, combien tu l\u2019as aim\u00e9. et tu savais pourquoi tu le traquais. quel visage&nbsp;? quelle figure qui te servit de cause, quelle repr\u00e9sentation impossible, quelle repr\u00e9sentation de l\u2019impossible. papa papa papa. le visage est l\u00e0 papa, je le vois moi tous les jours. dans les foules dans les films dans les livres. dans la rue, papa, dans ta rue. sur le bord de la mer. je vois son regard pos\u00e9 sur l\u2019autre, je vois la larme qui le fend, la parole qui le transperce, l\u2019horreur apr\u00e8s l\u2019accident, le rire toujours de l\u2019adolescente, le s\u00e9rieux de celui qui voit. de celui qui refuse de voir. le regard hallucin\u00e9 face aux d\u00e9serts de solitude, face aux enchantements des croisements, croisements des lances de lumi\u00e8res, des perspectives surpeupl\u00e9es, des jambes amus\u00e9es. du vent dans les v\u00eatements dans les b\u00e2timents trop grands dans les nuages l\u00e0-bas l\u00e0-bas. tous les jours, je la vois, la grandeur des visages anonymes. mon h\u00e9ritage. mon papa. mon h\u00e9ritage. il reste encore \u00e0 te lire, papa, \u00e0 te voir. beaucoup. je ne te dis pas tout \u00e7a, alors, papa&nbsp;; je te l\u2019\u00e9cris, aujourd\u2019hui. bient\u00f4t 30 ans plus tard. papa, une vie. petit papa. tandis que maman s\u2019en va doucement. je songe \u00e0 tous ces regards hallucin\u00e9s que tu as saisis, \u00e0 tout ce que tu as cherch\u00e9 \u00e0 capter, quoi du visage, mon cher peintre, mon cher papa, le cher p\u00e8re de mes deux fr\u00e8res, le cher mari de ma m\u00e8re\u2026<br>l\u2019ami de tes amis<br>le professeur de tes \u00e9l\u00e8ves<br>le directeur de ton \u00e9cole<br>le grand-p\u00e8re des petits enfants que tu n\u2019es pas connus<br>mon cher papa, je pleure<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<br>* &nbsp;  &nbsp;*<\/p>\n\n\n\n<p>oh mon p\u00e8re donc je dis<br>la blancheur de ton visage<br>donc je dis<br>la blancheur de l&rsquo;oreiller de l&rsquo;h\u00f4pital<br>la blancheur et presque rien d&rsquo;autre<br>donc je dis<br>perles bleues de tes yeux<br>qui me regardent<br>donc je dis ton grand visage tes joues creus\u00e9es, la peau fine sur les pommettes larges<br>je dis<br>pour ceux qui ne te connaissent pas<br>mais qu\u2019est-ce que \u00e7a leur dira<br>tes sourcils clairs tes cils clairs tes cheveux clairs ta barbe claire<br>tout cheveux et poils assagis et toujours toi<br>je dis c&rsquo;est toi pas sans ta voix son creux ton sourire et ton sourire dans ta voix<br>donc je dis<br>la clart\u00e9 du jour de la pi\u00e8ce<br>les grandes dimensions de la fen\u00eatre sur le ciel.<\/p>\n\n\n\n<p>je dis maman la brune qui entre dans la pi\u00e8ce blanche qui pousse la porte blanche entre, vient vers nous<\/p>\n\n\n\n<p>oh p\u00e8re ton visage devenu le visage d&rsquo;un vieux n&rsquo;est pas si vieux que celui que ton p\u00e8re a dessin\u00e9 de son p\u00e8re mort, tu te souviens. cet extraordinaire dessin aux subtils lavis<\/p>\n\n\n\n<p>tu es encore vivant, papa<\/p>\n\n\n\n<p><strong>codicille<\/strong>&nbsp;: mon fr\u00e8re, artiste, traverse des moments trop difficiles. nous pr\u00e9parons une exposition de mon p\u00e8re, que nous avions un peu laiss\u00e9 tomber. qui m\u2019avait ce jour-l\u00e0, que je raconte ici, aussi demand\u00e9 que j\u2019\u00e9crive sur lui, ce que je ne suis pas suffisamment arriv\u00e9e \u00e0 faire. arrive cet atelier boost que j\u2019\u00e9coute au milieu de la nuit. me revient ensuite, la couette rejointe, le souvenir de nos derniers moments pass\u00e9s ensemble, \u00e0 mon p\u00e8re et \u00e0 moi. et dans le noir, j\u2019autorise les souvenirs \u00e0 revenir. il allait mourir. je sens alors sa pr\u00e9sence, ce retour. je m\u2019\u00e9tais propos\u00e9e d\u2019\u00e9crire ce moment brut, ce souvenir un peu hallucin\u00e9, d\u2019y consentir. et que peut-\u00eatre \u00e7a ouvre ensuite sur la description, sur un travail de descriptions de visages qu\u2019il a d\u00e9peints, saisis. \u00e7a a \u00e9t\u00e9 le drame de sa vie\u2026 le portrait\u2026 je crois qu\u2019il a cependant laiss\u00e9 beaucoup \u00e0 voir, et \u00e0 \u00e9crire. quand je me suis endormie cette nuit-l\u00e0, deux fois j\u2019ai r\u00eav\u00e9 de lui.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>je sais que tu vas mourir, tu sais que tu vas mourir. est-ce que je t&rsquo;ai lu un po\u00e8me, est-ce que nous avons parl\u00e9 de peinture.\u00a0 tu me dis\u00a0:\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u2014 le visage du Christ, je ne l&rsquo;ai jamais vu. papa ! qui est-ce qui dit \u00e7a ?!papa ! papa ! papa !quel&nbsp; 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