{"id":18440,"date":"2019-11-13T20:32:56","date_gmt":"2019-11-13T19:32:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=18440"},"modified":"2019-11-13T20:32:57","modified_gmt":"2019-11-13T19:32:57","slug":"notes-de-bas-de-pages-points-dencrage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/notes-de-bas-de-pages-points-dencrage\/","title":{"rendered":"Notes de bas de pages points d&rsquo;encrage"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">1\/ L\u2019art de l\u2019impossible. Serait-il possible de relier\nla vie m\u00eame \u00e0 la po\u00e9sie, pur exercice d\u2019exorcisme, s\u2019arrachant aux griffes des\ncontraintes de sa fabrication et y revenant plut\u00f4t que d\u2019y rester. Entamer une\ntentative de dialogue toujours avort\u00e9e et reprise avec l\u2019Autre, s\u2019expliquer de\nson soi au sien, de l\u2019int\u00e9rieur \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de mots-corps, chutes naturelles\nrapport\u00e9es de voyages, dans un espace indispensable et rigoureux mais impossible\n\u2212 flux comme de l\u2019amour impensable sans lui, reflux, impossible avec lui.\nL\u2019impossible d\u00e9sir de lib\u00e9ration nous tenaille tous mais vers quoi, creus\u00e9\nrecreus\u00e9. L\u2019indispensable et l\u2019impensable quitter son corps pour faire corps.\nPur besoin de l\u2019Autre, l\u2019\u00eatre soi se promettant \u00e0 l\u2019autre soi sans jamais y\nparvenir. Par le toucher de l\u2019exercice de sa po\u00e9sie croire acc\u00e9der \u00e0 <em>la<\/em> vie, crue v\u00e9ritable. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">2\/ L\u2019art de la fuite. Et bien penser \u00e0 voler les\narmes au passage. Ne pas faire front. Laisser la place vide pour \u00e9chapper \u00e0 l\u2019inclusion\nforc\u00e9e contre laquelle on ne peut rien. Laisser choir l\u2019apparence de l\u2019universel\npour la r\u00e9alit\u00e9 du foss\u00e9, du corps d\u00e9penaill\u00e9 le plus proche du sien. Dans ce\ntoucher la force d\u2019un discours affectif reniant le politique \u00e0 la fois imm\u00e9diat\net remis \u00e0 plus tard. L\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 pourvoyant aux besoins et construisant dans\nl\u2019exp\u00e9rience vitale, \u00e0 l\u2019aide de nos corps, le langage d\u2019un monde \u00e0 venir.\nT\u00e2cher d\u2019y croire. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">3\/ L\u2019art de l\u2019entre deux. \u00c9chapper au contr\u00f4le et \u00e0\ntout syst\u00e8me dual. Permanence de la conscience mordant la chair de l\u2019esprit et\ns\u2019y arrimant pour laisser sa trace. Instance d\u00e9sirante d\u00e9bord\u00e9e par son\nint\u00e9rieur, voyage et sur place, pas de place, zones labyrinthiques enfouies et\ncouloirs de circulation multipliant les canaux de franchissement des murs\nmentaux \u00e9rig\u00e9s pour enserrer l\u2019humain dans une seule forme d\u2019impossible commun.\nVenir se coller de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la paroi pour se re-remplir les poumons.\nFlux en mouvement constant. Pour finir, \u00e9clatement du noyau tomb\u00e9 de rideau. La\njoueuse de harpe laissant, dans le silence fermement tenu, le soliloque du\npauvre \u00e0 jamais condamn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">4\/ L\u2019art de l\u2019\u00e9thique. S\u2019expliquer avec soi-m\u00eame,\npar cons\u00e9quent avec l\u2019autre de soi inclus dans soi sous sa forme la plus\nessentielle. Tomb\u00e9 l\u00e0 par hasard et d\u00e9passer ce hasard. Quitte \u00e0 en faire\nressortir l\u2019\u00e9corch\u00e9 et avoir toujours \u00e0 recommencer. Jamais finir dans le\nvivant \u00e9perdu, battu, le regarder s\u2019\u00e9puiser de tous langages pour (ne pas) braver\nl\u2019humain, tout perdre et recommencer. Obtenir le contraire de l\u2019attendu, le\nvoir gesticuler sous ses yeux grands ouverts le corps ligot\u00e9, inaccessible hic\net nunc. Prof\u00e9rer les noms et les mots en sachant que c\u2019est pure perte. L\u2019aquarelle\ngard\u00e9e par devers l\u2019autre de soi \u00e0 soi g\u00e9missant de d\u00e9sir de tendre le po\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">5\/ L\u2019art de la survie. Mouvements d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s de\nlib\u00e9ration sur la cr\u00eate, dans l\u2019amplitude du pas ou du saut de cr\u00eate en cr\u00eate vers\nune collectivit\u00e9 impossible, pourtant bien existante mais diss\u00e9min\u00e9e et enfouie\nderri\u00e8re l\u2019\u00c9cran. Le langage prof\u00e9r\u00e9 \u00e9manant d\u2019elle ne suffit pas, il faut\nl\u2019identifiant et le mot de passe et l\u2019accord sur des r\u00e8gles transmises depuis\ntoujours. Mais le po\u00e8me est orphelin. Le visuel se d\u00e9tache et s\u2019arrache,\ninsuffisant, impropre. Le sonore instaure des gr\u00e9sillements suraigus de\nl\u2019int\u00e9rieur, complexifiant le ressort de l\u2019action tendue au bord du vide&nbsp;;\ncelle du po\u00e8me en mouvement et en lutte contre le langage pour l\u2019\u00eatre soi de la\nvie en son essence. Partir contre et retourner au puits, en boucle. Ne rien\nocculter de ce qui a \u00e9t\u00e9, mais trouver un langage qui s\u2019en lib\u00e8re pour d\u00e9gager\ndes bouts de vie en question depuis <em>l\u2019interruption<\/em>\ndu 20\u00e8me si\u00e8cle. Fracture r\u00e9percut\u00e9e sur tous les plans, dont le plan po\u00e9tique\nqui glisse entre les doigts crochet\u00e9s de l\u2019artistique intemporel et tente\nd\u2019aller de l\u2019avant, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment, en s\u2019adressant \u00e0 ce qui reste de l\u2019humain, \u00e0\nce qui r\u00e9siste par en dessous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">6\/ Th\u00e9\u00e2tre. Une jeune amie faisant de la vie un\nth\u00e9\u00e2tre d\u2019op\u00e9rations burlesques \u00e0 voir, dangereuses \u00e0 pratiquer. Jeune femme\nd\u00e9pourvue de surmoi qui s\u2019adonne au th\u00e9\u00e2tre dans une vie qu\u2019il conviendrait de\nmettre au pluriel, un pluriel agenc\u00e9 selon un mode de superposition de vies\nsous forme de plaques, emprunt\u00e9es successivement en les faisant se toucher au\npassage comme des enfants jouant \u00e0 la main chaude et se faisant, elle repousse\nind\u00e9niable le chaos du monde et les murs de la cellule infinie. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">7\/ Campagne et perception de la diff\u00e9rence. Campagne\nde l\u2019enfance. Seule ancre jet\u00e9e si j\u2019y pense dans un ailleurs ouvrant la bouche\npour dire autrement et se faire entendre sous le masque d\u2019un pass\u00e9 r\u00e9utilisable.\nBord de la Cure. Plongeons, poissons d\u2019eau douce, frayant pour ainsi dire avec\nles vaches paissant bucoliques, lueurs argent\u00e9es sous un soleil indiff\u00e9rent,\ndans des sursauts appelant \u00e0 l\u2019aide la main droite du p\u00eacheur s\u2019en emparant\npour retirer d\u00e9licatement le hame\u00e7on de la jolie l\u00e8vre. Prendre fait et cause\npour celui qui virevoltait si beau la minute d\u2019avant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">8\/ Ville d\u2019enfance, ville des impressionnistes.\nVitraux. Chants d\u2019\u00e9glise. \u00ab&nbsp;Son amour qui n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9vident pour\nmoi est devenu lumineux lorsque je l\u2019ai perdue&nbsp;\u00bb (<em>livre de l\u2019inqui\u00e9tude<\/em>, Fernando Pesoa).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">9\/ Festival et rencontres. Prise de corps au sommet\ndu plateau qu\u2019encastrent les monts pench\u00e9s sous un ciel immense et les\npassagers de ce territoire en mouvement marchent ou dansent mais jamais ne s\u2019arr\u00eatent.\nBarr\u00e9s peut-\u00eatre mais \u00e0 la f\u00eate. Difficile de r\u00e9pondre \u00e0 la question t\u2019en penses\nquoi. Sous le petit chapiteau conf\u00e9rence improvis\u00e9e avec la SF de AD. Pris son\ntemps, essai transform\u00e9 comme s\u2019il tenait le monde par un bout dans le creux de\nses mains chaleureuses. Le soir, \u00e7a vibre long les sons et les mots au micro\nqui plongent au c\u0153ur du grand corps et qui restent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">10\/ For\u00eat, art \u00e9thique. Impossible \u00e9crire seul,\nimpossible cr\u00e9er seul, il faut le dire. Restituer donner tendre recevoir\ndemander entendre tourner retourner. Suivre les boucles qui se forment dans la\nnature naturelle. Toucher. Et \u00e9tudier ensemble ce qui est donn\u00e9 directement\nhors les murs et dans la vie m\u00eame. On n\u2019a pas exerc\u00e9 en conscience le choix de\nl\u2019Antigone emmur\u00e9e vive. Les racines se touchent sous la terre et les branches\ndans le ciel. Font corps.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">11\/ Maisons pass\u00e9es et \u00e0 venir, lieux. L\u2019art de\nmentir et d\u2019inventer lorsque la vie r\u00e9elle s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e entre les quatre murs\nd\u2019un r\u00f4le bien assign\u00e9 par son propre choix celui de l\u2019ennemi et la jambe\npourrie comme il faut en dessous joli maquillage sur le dessus pour passer\ninaper\u00e7u. Errance contenue le long du droit chemin comme pauvres dans\n\u00e9tablissements enferm\u00e9s pour les faire dispara\u00eetre, car il est bien certain que\nle mode de vie dominant n\u2019est pas n\u00e9gociable. Voler et s\u2019enfuir, pas\nd\u2019alternative. Take the money and run. Ah l\u2019absolu pr\u00e9c\u00e9dant la crise et la\nposture du sage, \u00e9tudiant fou du fin fond de sa cellule, mi-barricad\u00e9\nmi-enferm\u00e9&nbsp;! Combien de temps pour combien d\u2019ann\u00e9es la condamnation&nbsp;?\nS\u2019esclaffer sur toutes les coutures de l\u2019ironie des sorts confront\u00e9s \u00e0 leurs\npires contradictions. Bravo l\u2019histoire des destins concoct\u00e9s \u00e0 laquelle notre\nr\u00f4le est d\u2019\u00e9chapper. La meilleure&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">12\/ Alors o\u00f9 atterrir&nbsp;? Feindre de ne pas\ns\u2019\u00eatre trouver. Se faire le jouet de la raison et du fameux l\u00e2cher prise ou\npers\u00e9v\u00e9rer dans son \u00eatre d\u2019irraison. Se donner pour finir au terrible chemin\ninitiatique, certainement erron\u00e9, une fausse route de plus cette fois dans le\nvrai du r\u00e9el&nbsp;; illusion de beaut\u00e9 et de joie, rass\u00e9r\u00e9n\u00e9e, trop grande pour\nsoi (\u00ab\u00a0Nous avons tous deux\nvies: \/ La vraie, celle que nous avons r\u00eav\u00e9e dans notre enfance, \/ Et que nous\ncontinuons \u00e0 r\u00eaver, adultes, sur un fond de brouillard; \/ La fausse, celle que\nnous vivons dans nos rapports avec les autres, \/ Qui est la pratique, l&rsquo;utile,\n\/ Celle o\u00f9 l&rsquo;on finit par nous mettre au cercueil.\u00a0\u00bb (Alvaro de campos <em>Dactylographie<\/em>)&nbsp;? Je reconnais que le simple paysan \u00e9tait heureux. Que les\nchamps \u00e9taient magnifiques. Que la chim\u00e8re trop d\u00e9sir\u00e9e fini par nous d\u00e9vorer\ntout cr\u00fb de ses grandes dents. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">13\/ Essayiste po\u00e9tique apprenti. Passer tel d\u00e9troit\nenvelopp\u00e9 de hardes protectrices ou cache gloire commune, piqu\u00e9 ici ou l\u00e0 ou\npay\u00e9 pas cher. Menu pi\u00e8ce emprunt\u00e9e \u00e0 la sibylle d\u2019un homme de manche peu\nattentionn\u00e9. Le pauvre, le d\u00e9muni, celui qui expose son corps pieds nus sur le\npav\u00e9 humide et froid, dans un geste performatif et visionnaire (Michaux<em>, Passages<\/em>, Fran\u00e7ois d\u2019Assise ou de\nRambuteau)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Bref, filaments viandeux excentr\u00e9s restants, cuits\net recuits \u00e0 l\u2019\u00e9touff\u00e9e sur coins de gazini\u00e8res comme \u00e7a peut. Toujours mieux\nque crever la dalle arm\u00e9 d\u2019une pioche dans son coin. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>1\/ L\u2019art de l\u2019impossible. 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