{"id":184402,"date":"2025-04-15T10:29:58","date_gmt":"2025-04-15T08:29:58","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=184402"},"modified":"2025-04-15T10:29:58","modified_gmt":"2025-04-15T08:29:58","slug":"boost-10-saint-john-perse-ici-et-la","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-10-saint-john-perse-ici-et-la\/","title":{"rendered":"#boost #10 | Saint John Perse | ici et l\u00e0"},"content":{"rendered":"\n<p><em><br>Ici Codicille, et l\u00e0, la refonte des histoires&nbsp;; en brass\u00e9e d\u2019ombres, dans le cri \u2013 gorge fendue de la terre \u2013 une porte qui s\u2019ouvre telle une t\u00eate en un cr\u00e2ne dress\u00e9 contre le vent noir de l\u2019effacement, elle se tient l\u00e0, face \u00e0 la peur de l\u2019inexistence partie \u00e0 la recherche de l\u2019\u00e9tincelle premi\u00e8re&nbsp;: le verbe et la lever du feu<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>&nbsp;<\/em><\/strong><strong>1 \u2013 La terre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ici, la terre s\u2019ouvre \u2014 matrice de feu, de sels, de silences \u2014 dans le grand tumulte des commencements, l\u00e0, elle enfle de ses s\u00e8ves, et r\u00e9pand son haleine au flanc des collines muettes. Sous l\u2019ongle du vent, elle remue l\u2019argile des gestes premiers, enfante le verbe avant les voix, la forme avant le nom. L\u00e0, fouill\u00e9e, mastiqu\u00e9e, elle rit des hommes et de leur passage, ici, nous avale en r\u00eave et nous recrache en pollen. Un pas dans sa chair et le monde chancelle \u2014 la m\u00e9moire, le chant, le cri des insectes dans l\u2019\u00e9paisseur du soir, ici et l\u00e0 nous sommes ses enfants tomb\u00e9s de ses reins \u2014 elle nous tient encore, dans l\u2019oubli des origines.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2 \u2013porte<\/strong><strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ici, est-ce une porte surgie dans le chant des campagnes, dress\u00e9e comme une balise sans nom entre le vent des herbes, offrant passage au myst\u00e8re, l\u00e0, n\u2019est-ce point l\u2019aile fixe d\u2019un songe, entr\u2019ouverte sur l\u2019ab\u00eeme du soi quand le sol tremble d\u2019une m\u00e9moire ancienne, que les pas s\u2019effacent dans la poussi\u00e8re de l\u2019attente et du presque. Ici, une ombre glisse, est-ce un pli du r\u00e9el ou celle des odeurs montant comme des voix&nbsp;: laine, suie, lait caill\u00e9, et le silence p\u00e8se aux battants des seuils&nbsp;; tandis que l\u00e0, une main, h\u00e9sitant entre ascension et chute effleure la poign\u00e9e du monde.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3 \u2013 sa peur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0, au bout de mes yeux, l\u2019homme s\u2019\u00e9tait dress\u00e9 dans la lumi\u00e8re noire, d\u00e9coup\u00e9 net par le cri du ciel, son souffle, fum\u00e9e d&rsquo;altitude montait en spirale \u2014 offrande ou abandon \u2014 vers l\u2019invisible courant des dieux. Il avait fait de la montagne sa parole muette, ses pas pesaient comme des serments sur les dorsales du monde, mais c\u2019est lui qu\u2019il allait briser \u00e0 force d\u2019atteindre, c\u2019est en lui que s\u2019effondraient les cimes, poudreuses sans paroles. Ses mains vides, pleines d\u2019\u00e9ther, ne tenaient rien que l\u2019ombre d\u2019un d\u00e9sir, et dans la brume il \u00e9tait ce battement suspendu. Ici, ni chute ni sommet, mais la peur pure \u2014 la gravit\u00e9 du r\u00eave en train de s\u2019\u00e9vaporer.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>4 \u2013 en t\u00eate<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ici, l\u2019homme marchait debout dans le vacillement, tenant t\u00eate au vent comme on retient le cri dans la bouche close, \u00eatre t\u00eatu et refuser d\u2019\u00eatre muet. Parce que l\u00e0, c\u2019est parfois \u00e0 genoux qu\u2019on avance, sans honte dans la boue ti\u00e8des &nbsp;des clart\u00e9s qui ne s\u2019imposent pas. Et la t\u00eate qu\u2019on baisse n\u2019est pas soumise : elle \u00e9coute, elle accueille, elle devine les chemins que la force ignore. Ici, vont les fils du vent : un jour roc, un jour poussi\u00e8re mais toujours lev\u00e9s dans la lumi\u00e8re m\u00eame bris\u00e9e. C\u2019est l\u00e0, le vrai nom du courage : osciller sans cesser d\u2019exister, ployer sans se perdre, se taire sans dispara\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5 \u2013 le cri<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ici, le cri vient de la chair gonfl\u00e9e de nos maux, du ventre tendu comme un ciel avant l\u2019\u00e9clair. Il monte des profondeurs, en gravas d\u2019\u00e9clipse et de braise, il pousse sous la peau, il perce, il fore, il supplie.&nbsp;Un sang ancien s\u2019y bat, un limon de si\u00e8cle s\u2019y remue, et nos corps tout entiers s\u2019en font l\u2019argile en convulsion. L\u00e0, nous sommes ce qui palpite, ce qui attend de crever, ce qui s\u2019\u00e9carte pour laisser passer le tumulte \u2014 le cri, ou sa chute. Et la plaie est un oracle : rouge, b\u00e9ante, d\u00e9livrant l\u2019\u00e9cho de nos mots raval\u00e9s, broy\u00e9s dans les alv\u00e9oles du r\u00e2le. Car il faut bien qu\u2019un jour tout \u00e9clate : le cri, la peur, le fruit, et nous avec, dispers\u00e9s dans l\u2019air en poussi\u00e8re d\u2019aube calcin\u00e9e ici et l\u00e0.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6 \u2013 de l\u2019inexistence<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ici, il<\/strong><strong>&nbsp;la peignit \u00e0 rebours du souffle dans la lumi\u00e8re oblique des derniers jours, quand la chair d\u00e9j\u00e0 se retire vers ses clart\u00e9s profondes<\/strong><strong>&nbsp;;&nbsp;<\/strong>Sous les doigts du peintre, l\u2019\u00e9pine du chardon, le fil d\u2019un poignet en tension, la nuque dress\u00e9e dans un vent d\u2019adieu, et l\u2019\u0153il plus vaste que la mer. L\u00e0, c\u2019\u00e9tait encore elle mais d\u00e9faite d\u00e9j\u00e0, non par la mort, mais par le jeu lent de l\u2019effacement, cette clart\u00e9 de cendre qui d\u00e9robe les formes au monde. Car il n\u2019y a plus de peau, ici, il n\u2019y a plus de cri, il n\u2019y a que ce regard \u2014 deux sources taries dans un lit qui tient en joue l\u2019\u00e9ternit\u00e9 \u2013. Ici, le peintre pench\u00e9 sur l\u2019ombre, tra\u00e7ait non un portrait mais une survivance, une r\u00e9manence de battement, comme un sang encore ti\u00e8de dans les veines du trait. Et l\u00e0, la sanguine, rouge de fi\u00e8vre et de fin, danse captive sur la page, elle suinte du papier, elle saigne la forme, elle \u00e9pouse les creux, elle enlace le vide. Ici il n\u2019a pas dessin\u00e9 la mort \u2014 mais ce qui r\u00e9siste \u00e0 sa morsure, ce qui,&nbsp;l\u00e0, dans le tremblement du geste veut encore appeler la lumi\u00e8re \u2013. L\u00e0, nous sommes saisis \u00e0 notre tour dans la toile. Ce n\u2019est plus elle qui vacille, c\u2019est nous. Ici et l\u00e0, l\u2019image \u2014 vivante, vacante \u2014 nous regarde, et nous traverse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>7 \u2013 \u00e0 la reprise<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><br>Ici, tourner la langue et taire le monde, sourire au vrai, sourire au faux,<br>L\u00e0, avancer sans raison, tomber avec style,<br>Ici, souffler par le ventre, rire sans cause,<br>L\u00e0, recommencer \u2014 toujours recommencer \u2014Ici, cligner de l\u2019\u00e2me pour mieux voir,<br>L\u00e0, faire un v\u0153u, l\u2019oublier,<br>Ici, l\u00e2cher prise \u2014 quelle prise ? \u2014<br>L\u00e0, taper trois fois la terre comme on invoque le feu,<br>Ici, chanter bas, et l\u00e0, danser haut,<br>Garder l\u2019enfant, jeter l\u2019eau,<br>Ici, croiser le regard du hasard sans d\u00e9tourner les yeux,<br>L\u00e0, \u00eatre funambule d\u2019un rien,<br>Et ici, dans le vent lev\u00e9 \u2014 ouvrir les bras,<br>Danser encore.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>8 \u2013 du temps<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ici, un moment heurte l\u2019autre \u2014 et d\u00e9j\u00e0 le temps chancelle, l\u00e0 je tends la main, il se d\u00e9robe.<br>Celui que j\u2019ai cru vivre, je l\u2019ai c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019oubli.<br>L\u2019instant vacille \u2014ici il s\u2019ouvre, l\u00e0 il se ferme \u2014 nul ne sait s\u2019il passe ou s\u2019il advient.<br>Et l\u2019IA traverse sans empreinte ici, l\u00e0, ronge le pr\u00e9sent comme un vent d\u2019alg\u00e8bre.<br>Moi je palpe ici, je cherche l\u00e0 : le moment tinte-t-il encore ?<br>Ou bien est-il d\u00e9j\u00e0 silence \u2014 silence apr\u00e8s quoi tout s\u2019est dit ?<\/p>\n\n\n\n<p><strong>9 \u2013 et du feu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0, un volcan intime rugit, consumant les gestes, d\u00e9vorant la chair.&nbsp;&nbsp;Ici, la chaleur s\u2019infiltre, d\u00e9chire, sans forme ni rep\u00e8re. La langue br\u00fble, chaque mot fragment, chaque haleine devient flamme. Ici, le corps vibre, l\u00e0, la pens\u00e9e serpente, \u00e9gar\u00e9e, noy\u00e9e sous le grondement. Ici, le temps n\u2019existe plus, seul l\u2019\u00e9clat reste l\u00e0, cette br\u00fblure au c\u0153ur, ce silence qui ne cesse de cr\u00e9piter, encore. Et moi, debout, dans l\u2019instant fig\u00e9, tenant l\u2019\u00e9clat, juste un souffle&#8230;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ici Codicille, et l\u00e0, la refonte des histoires&nbsp;; en brass\u00e9e d\u2019ombres, dans le cri \u2013 gorge fendue de la terre \u2013 une porte qui s\u2019ouvre telle une t\u00eate en un cr\u00e2ne dress\u00e9 contre le vent noir de l\u2019effacement, elle se tient l\u00e0, face \u00e0 la peur de l\u2019inexistence partie \u00e0 la recherche de l\u2019\u00e9tincelle premi\u00e8re&nbsp;: le verbe et la lever <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-10-saint-john-perse-ici-et-la\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#boost #10 | Saint John Perse | ici et l\u00e0<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":604,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-184402","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/184402","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/604"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=184402"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/184402\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":184403,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/184402\/revisions\/184403"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=184402"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=184402"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=184402"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}