{"id":185189,"date":"2025-05-03T07:48:36","date_gmt":"2025-05-03T05:48:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=185189"},"modified":"2025-05-03T07:48:37","modified_gmt":"2025-05-03T05:48:37","slug":"boost-11-a-deux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-11-a-deux\/","title":{"rendered":"#boost #11 | \u00c0 deux"},"content":{"rendered":"\n<p>Nous avancions dans une brume \u00e9paisse comme s\u2019enfoncer dans l\u2019humide. Nous ouvrions la bouche, car le souffle nous manquait de la marche pass\u00e9e. Nous n\u2019aspirions que d\u2019infimes gouttes d\u2019un liquide visqueux qui collaient \u00e0 nos gencives avant de s\u2019attaquer \u00e0 nous poumons. Nous toussions pour lutter contre cette fausse hydrocution lente et sournoise qui finirait par avoir raison de nous. L\u2019odeur de la mer demeurait ent\u00eatante comme un parfum dont le flacon se serait bris\u00e9 ou comme un souvenir obs\u00e9dant. Nous \u00e9tions sur ses traces comme deux chiens pisteurs se seraient affranchis de leur laisse semant celui qui serrait le bout dans son poing. Nous progressions vers la mer qui s\u2019\u00e9tait retir\u00e9e \u00e0 jamais. Nous le savions. Nous continuions. Il y avait aussi ce bruit r\u00e9p\u00e9titif. Nous marchions sous sa dict\u00e9e. Il nous imposait sa cadence. Nous fendions une solitude \u00e9paisse comme la poix sans distinguer d\u2019o\u00f9 venait ce mart\u00e8lement. Nous orientions nos antennes dans toutes les directions sous succ\u00e8s. Nous nous taisions. \u00c0 quoi bon la parole. Le vent avait ass\u00e9ch\u00e9 nos questions. La pr\u00e9sence de l\u2019autre pourtant ind\u00e9fectible sans qu\u2019une main ne puisse toucher celle de l\u2019autre ne suspendait pas notre solitude d\u2019homme ou d\u2019enfant. Nous marchions c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sans identit\u00e9. Le son ne se rapprochait pas. Nous tentions de le d\u00e9finir. Le bruit des sabots des trotteurs s\u2019en rapprochait le plus, mais il aurait fallu les ralentir comme au cin\u00e9ma\u2026 L\u2019image surgit d\u2019un autre r\u00eave o\u00f9 nous nous retrouvions ensemble comme maintenant. Nous ne pouvions nous y d\u00e9rober. Et c\u2019\u00e9tait nous encore, li\u00e9s par un r\u00eave ou un souvenir de r\u00eave comme \u00e0 pr\u00e9sent. Le bruit, nous pouvions enfin comprendre d\u2019o\u00f9 il venait. C\u2019\u00e9tait la t\u00eate d\u2019un nourrisson emmaillot\u00e9 serr\u00e9 qui cognait le sable r\u00e9guli\u00e8rement dans un mouvement improbable et inexpliqu\u00e9, tandis que de son cou partait une laisse jaune fluo en silicone qui dans une suite de tortillons arrivait jusqu\u2019\u00e0 la paume d\u2019une main que la silhouette devant nous avait plac\u00e9e dans son dos, comme se d\u00e9solidariser de ce qui \u00e9tait remorqu\u00e9 \u00e0 sa suite. La mer n\u2019\u00e9tait toujours pas visible. Mais nous avancions toujours vers une eau imaginaire qui nous aurait conserv\u00e9.e.s en son sein ensemble. Parfois la t\u00eate rebondissait sur une coquille d\u2019huitre ou un galet effleurant et le bruit en \u00e9tait imperceptiblement modifi\u00e9. Quelque chose alors s\u2019en ressentait jusque dans ce qui nous servait de corps sans que nous puissions d\u00e9finir dans lequel de nous deux. Malgr\u00e9 la laisse et la progression de concert, tout lien entre nous avait maintenant disparu. Langage, mimique, gestes, tout avait \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019envie et le besoin. Chacun vivait dans une bulle. Et sur cette plage, deux bulles allaient de concert vers une mer imaginaire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous avancions dans une brume \u00e9paisse comme s\u2019enfoncer dans l\u2019humide. Nous ouvrions la bouche, car le souffle nous manquait de la marche pass\u00e9e. 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