{"id":185669,"date":"2025-05-11T08:32:18","date_gmt":"2025-05-11T06:32:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=185669"},"modified":"2025-05-11T08:32:19","modified_gmt":"2025-05-11T06:32:19","slug":"boost-11bis-ouverte-la-voie-par-les-yeux-vers-le-coeur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-11bis-ouverte-la-voie-par-les-yeux-vers-le-coeur\/","title":{"rendered":"#boost #11bis Ouverte la voie par les yeux vers le c\u0153ur"},"content":{"rendered":"\n<p>Ces voyages sont sans retour. La vie aux yeux ouverts, une peau d\u00e9j\u00e0 s\u00e8che qui tient encore \u00e7a et l\u00e0 par des points d\u2019habitude, une \u00e9corce morte dont les veinures prot\u00e8gent encore, donnant le change du v\u00eatu au grand jour, tandis que nous sommes disparus, un dernier rempart diaphane qui promet de tomber en lambeaux jaunes au premier vent un peu fort et qui ne tromperait pas longtemps un regard avis\u00e9, s\u2019il existait. Mais qui pourrait nous voir qui ne soit pas, \u00e0 notre image, en train d\u2019arpenter la nuit, m\u00eame en plein midi\u00a0? Et alors ses regards seraient tourn\u00e9s en dedans et non point scrutateurs, n\u2019ayant plus de temps, plus d\u2019air, plus de feu \u00e0 donner au simulacre des journ\u00e9es. Pour qui marche dans ses nuits, il n\u2019y a plus d\u2019aguets ailleurs que dans la nuit. Il n\u2019y eut bient\u00f4t plus d\u2019histoire, plus de souvenirs, plus d\u2019archive\u00a0: cela n\u2019avait jamais commenc\u00e9, nous avions toujours march\u00e9 l\u2019un vers l\u2019autre sans le savoir dans les nuits. Nous confondions alors le sommeil et la mort. On ne sait comment, nous nous r\u00e9veill\u00e2mes, les yeux rapides sous nos paupi\u00e8res, pour ne plus jamais nous endormir \u00e0 nos songes.<br><strong>De ne rien voir, et surtout pas l\u2019autre dont nous \u00e9tions irr\u00e9m\u00e9diablement bless\u00e9s, nos sens s\u2019aviv\u00e8rent, au point que la for\u00eat tout enti\u00e8re nous entra dans le corps et dans l\u2019\u00e2me par l\u2019oreille et les narines, par la peau, spongieuse comme les mousses. <\/strong>Ce qui changea n\u2019avait finalement plus rien \u00e0 voir avec notre travail, notre entourage, nos convictions, notre localisation sur une carte ou un globe, nos go\u00fbts, notre personnalit\u00e9, le r\u00e9cit bien rod\u00e9 de notre histoire, nos plaisirs organis\u00e9s, nos croyances. Ce qui, nagu\u00e8re, nous eut heurt\u00e9s, occup\u00e9s comme un pays, une arm\u00e9e, r\u00e9volt\u00e9s, emplis de rage brouillonne et d\u2019ambitions belliqueuses devint un \u00e9cho vague. Ceux que nous \u00e9tions, en un clin d\u2019\u0153il, eurent disparu de la circulation. En leur place, nous sommes. D\u2019abord il fallut l\u2019ondoiement des pr\u00e9s sous le soleil changeant, l\u2019immobilit\u00e9 des pierres dans les quatre saisons d\u2019un cours d\u2019eau, le silence de la neige, pour nous figer, nous absorber, nous comprendre, nous \u00f4tant la vue pour ne nous laisser que la vision et nous ramener, comme des b\u00eates \u00e9gar\u00e9es \u00e0 la nuit en plein jour\u2026 et que reprenne la marche tandis que le sac de notre apparence, oubli\u00e9 sur un banc, contre le parapet d\u2019un pont, pr\u00e8s d\u2019une vitre glac\u00e9e, suffisait \u00e0 donner le change de notre pr\u00e9sence, comme un traversin sous les draps. \u00c0 pr\u00e9sent, le ravissement nous guette \u00e0 la moindre herbe entrevue, dans l\u2019ombre malade des arbres de la ville, d\u00e8s la brusquerie d\u2019une averse. Ainsi enlev\u00e9s, soulev\u00e9s, \u00e9pris, nous sommes devenus la nuit, la marche, l\u2019autre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ces voyages sont sans retour. 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