{"id":185812,"date":"2025-05-12T09:30:07","date_gmt":"2025-05-12T07:30:07","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=185812"},"modified":"2025-05-12T11:57:57","modified_gmt":"2025-05-12T09:57:57","slug":"boost-11bis-les-bruits-dormants","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-11bis-les-bruits-dormants\/","title":{"rendered":"#boost 11bis | les bruits dormants"},"content":{"rendered":"\n<p>Nous sursaut\u00e2mes \u2013 nous venions juste de nous endormir \u2013 et nous nous lev\u00e2mes. Je soulevai mon corps assoupi, pesant, il ne fallait pas rester l\u00e0, abandonn\u00e9e dans le sommeil, \u00e0 la merci de. Alors je portai mon corps lourd et flottant avec un d\u00e9but de r\u00eave blotti contre mon torse. Comme chaque nuit, je descendis l\u2019escalier de bois en colima\u00e7on. La porte de la salle \u00e0 manger \u00e9tait entrouverte, je me glissai dans l\u2019entr\u00e9e et ouvris doucement la porte sur l\u2019escalier de ciment qui menait \u00e0 la cave. Chaque fois qu\u2019\u00e0 peine endormie, je commen\u00e7ais \u00e0 r\u00eaver, il nous fallait quitter la maison. Nous devions nous lever sans attendre et descendre les deux \u00e9tages qui menaient de mon lit \u00e0 la porte du garage au rez-de-jardin. Le r\u00eave enveloppait nos pas, mon corps s\u2019all\u00e9geait au fur et \u00e0 mesure, des bruissements infimes s\u2019\u00e9veillaient \u00e0 notre passage jusqu\u2019au grincement sourd de la cl\u00e9 que je tournais dans la serrure pour ouvrir la porte du garage. Dehors, la nuit du jardin \u00e9tait emplie de l\u2019ombre des arbres et de bruits dormants. Le gravier crissa sous mes pieds quand j\u2019avan\u00e7ai vers le cerisier. Nous avions \u00e0 la fois envie et peur d\u2019aller nous r\u00e9fugier sous ses branchages. Au pied de son tronc un h\u00e9risson tendit sa t\u00eate et je vis l\u2019\u00e9clat de ses yeux dans l\u2019obscurit\u00e9. Nous recul\u00e2mes avant de nous figer un instant sur place \u00e0 flairer l\u2019air humide. La nuit nous avalait. Nous descend\u00eemes les trois marches vers l\u2019\u00e9tendue de la pelouse o\u00f9 se d\u00e9tachait la forme sombre de quelques arbres. Le tuyau d\u2019arrosage \u00e9tait enroul\u00e9 au pied du muret. Une grenouille \u00e9tait pos\u00e9e dessus, sa gorge se gonflait en cadence. <em>Les robinets du jardin \u00e9taient rouill\u00e9s. <\/em>Aussi durs \u00e0 ouvrir qu\u2019\u00e0 refermer. Nous n\u2019avions pas soif mais je pensais au grincement m\u00e9tallique des robinets, \u00e0 l\u2019\u00e9cho qu\u2019ils produiraient en pleine nuit. Nous avan\u00e7\u00e2mes vers le milieu de la pelouse, jusqu\u2019au tancarville. Ses bras de squelette d\u00e9ploy\u00e9s. C\u2019\u00e9tait l\u00e0 souvent que nos r\u00eaves naissants trouvaient leur essor : ils creusaient vers le centre de la terre ou prenaient leur envol d\u2019oiseau chasseur. Ils nous exfiltraient en douceur. Mais cette nuit-l\u00e0, nos bouts de r\u00eaves semblaient impuissants \u00e0 nous emporter. Je restais \u00e0 l\u2019aff\u00fbt du moindre son, allong\u00e9e sur le monde endormi. Par instant nous lancions quelques sifflements, quelques grognements, est-ce qu\u2019ils vibraient dans la nuit ? je ne sais pas car rien ne r\u00e9pondait, j\u2019entendais seulement les pulsations int\u00e9rieures de mon corps. L\u2019ombre ti\u00e8de d\u2019un grand animal nous fr\u00f4la de son flanc. La b\u00eate se retourna pour nous faire signe de la suivre. J\u2019embo\u00eetai sa d\u00e9marche f\u00e9line, nos pattes griffaient les herbes humides, puis nos \u00e9chines se courb\u00e8rent pour ramper sous les buissons de groseilles. Au fond du jardin, je me relevai. J\u2019accrochai mes doigts aux n\u0153uds du grillage. L\u2019animal regardait au travers, il regardait vers l\u2019Est. Je regardai aussi. Soudain, l\u2019ombre de l\u2019animal sauta par-dessus la cl\u00f4ture et disparut dans l\u2019obscurit\u00e9 du jardin voisin. Soudain, je ne fus plus qu\u2019Une, seule derri\u00e8re un grillage. Incroyablement seule. La nuit m\u2019enveloppait. Je devinais les formes similaires des jardins environnants. Un jardin qui donnait sur un autre jardin qui donnait sur un autre jardin qui donnait sur un autre jardin. Sans jamais arriver au bout, sans jamais d\u00e9jouer les sym\u00e9tries pavillonnaires. Au loin, j\u2019apercevais un halo dans le ciel, peut-\u00eatre le halo d\u2019un ciel de ville, alors un d\u00e9sir se faufilait, peu \u00e0 peu naissait l\u2019espoir d\u2019une \u00e9chapp\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous sursaut\u00e2mes \u2013 nous venions juste de nous endormir \u2013 et nous nous lev\u00e2mes. 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