{"id":185892,"date":"2025-05-15T15:09:50","date_gmt":"2025-05-15T13:09:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=185892"},"modified":"2025-05-16T05:35:46","modified_gmt":"2025-05-16T03:35:46","slug":"boost-11-ter-autour-dun-cheval","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-11-ter-autour-dun-cheval\/","title":{"rendered":"#boost #11 ter | autour d&rsquo;un cheval"},"content":{"rendered":"\n<pre class=\"wp-block-preformatted\"><em>Nous cri\u00e2mes avec la cloche, au loin. Avec le tracteur de la route qui descend. Avec son moteur. Avec le galop du cheval. Avec sa robe tremp\u00e9e de sueur. Avec la neige de l\u2019arbre qui donnera des fruits demain. Nous cri\u00e2mes mais. Le coup d\u00e9tona. Le cheval s\u2019arr\u00eata. Il virevolta. Se retourna. Nous f\u00fbmes sous son regard : Il avait de tr\u00e8s grands yeux. Son grand corps chancela, il s\u2019affala, lent, comme retenu par l\u2019air. Puis il bascula sur le flanc et sa robe \u00e9tait encore parcourue d\u2019\u00e9clair. Il eut un sursaut et se figea. <\/em><\/pre>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">moi je crois que le cheval ne voit pas comme les autres je veux dire pas comme moi ni nous qui le regardons nous les enfants et je deviens plus grande dans ses yeux m\u00eame si le cheval en vrai reste plus grand que moi qui suis si petite et plus grand que mon fr\u00e8re et nous qui courrons apr\u00e8s lui Est-ce que le cheval se voit lui-m\u00eame plus grand quand il se penche et qu\u2019il boit dans la flaque de l\u2019\u00e9tang Foutaises dit mon fr\u00e8re Foutaises moi je crois que si le cheval me voit grande c\u2019est pour que nous soyons pareils lui et moi et que j\u2019entre dans son monde alors il me prend dans ses yeux avec douceur sans les couleurs peut-\u00eatre parce que le cheval ne les voit pas comme je les vois pas comme elles brillent mais il peut sentir avec sa peau Il ne voit pas le rose et le bleu ce soir du ciel qui descend comme une peinture \u00e0 l\u2019eau Il sent l&rsquo;air qui tourne autour il sent nous Est-ce que mon fr\u00e8re voit comme moi quand je dis regarde cette fleur il ne voit pas la fleur ni sa couleur il ne la sent pas il voit la boue autour et il crache Je crois que personne ne voit pareil Je regarde ses mains qui remuent la farine Elle boulange dit mon fr\u00e8re il va pleuvoir Je regarde et je vois autre chose dans le mouvement de ses mains il y a un mot, enfouir : <em>mettre en terre dans un trou creus\u00e9 \u00e0 cet effet et jeter de la terre par-dessus pour le cacher <\/em>c\u2019est un verbe  je l&rsquo;apprendrai il ressemble \u00e0 un autre verbe quand il t&rsquo; vient \u00e0 l&rsquo; oreille &#8211; enfouir &#8211; enfuir<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">L&rsquo;odeur de la terre, celle de sa peau, quand nous courrions apr\u00e8s lui, au galop, en riant, de toutes nos jambes avant le sang , je la chercherai toujours, m\u00eame maintenant que je suis mort. On n&rsquo;a pas su vraiment. C\u2019est parce qu\u2019elle n&rsquo;avait pas pay\u00e9? elle n&rsquo;avait pas pay\u00e9 parce qu&rsquo;elle avait pay\u00e9 plus que son d\u00fb. Elle avait pay\u00e9 de sa chair &#8211; de sa peau il faut dire-, cette peau qu&rsquo;elle avait dure. Alors il l&rsquo;a tu\u00e9, pas elle, le cheval. Et tout a chang\u00e9. Elle arrive avec ses bottes et la hache, elle dresse la hache ; je suis loin mais je vois ses yeux, le regard furieux ; quand j&rsquo;y pense je vois deux cailloux : elle avait ce regard apr\u00e8s nous, de cailloux noir ; elle aurait pu nous tuer, elle le disait &#8211; j&rsquo;en ai le droit apr\u00e8s tout c&rsquo;est moi qui vous ai faits. Avec ses mots elle blessait plus fort qu&rsquo;\u00e0 la hache; des fois \u00e7a tombait, de vrais coups, avec la chambri\u00e8re ou le plat de la main. Je pr\u00e9f\u00e9rai les coups. Les mots ils ont us\u00e9 ma vie. Elle saute la barri\u00e8re; je ne sais pas comment, on dirait qu\u2019elle vole. Elle court avec la hache, dans ses bottes qu\u2019elle portait pour le monter \u00e0 cru, la nuit souvent quand nous dormions elle le tirait de l\u2019enclos jusqu\u2019aux bois, chevauchait, apr\u00e8s, elle sentait comme lui, le matin encore, comme lui ; m\u00eame le lait sentait lui, m\u00eame le pain de ses mains avait l\u2019odeur du cheval ; elle court d&rsquo;abord vers nous puis elle bifurque et elle saute la barri\u00e8re du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;arbre, elle court apr\u00e8s lui qui s&rsquo;enfuit; elle porte son foulard le bleu, il retient ses cheveux, le n\u0153ud du foulard lui fait comme une queue de cheval qui bat dans son dos \u00e0 mesure qu&rsquo;elle court et s&rsquo;enfouit dans la boue<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\">C\u2019est qu\u2019il n\u2019y a rien d\u2019autre \u00e0 faire maintenant qu\u2019Ils dorment. S&rsquo;il y avait juste un peu de lune comme quand on l&rsquo;a tir\u00e9e de moi aux fers. Sa t\u00eate qui avait eu tant de mal \u00e0 passer m\u00eame apr\u00e8s les quatre autres, le cr\u00e2ne d\u00e9form\u00e9 comme un fromage mou qu&rsquo;on a trop serr\u00e9 dans le chiffon pour en presser le petit lait avant de le mettre au frais avec les autres. Il fait noir, m\u00eame avec la torche, mais assez pour voir ses grands yeux vid\u00e9s de moi. Alors oui maintenant il n\u2019y a rien \u00e0 faire que d\u00e9biter et mettre en sacs. Pour la t\u00eate Il faut creuser un trou. Loin. Dans le bois. Profond. Et l&rsquo;enfouir<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous cri\u00e2mes avec la cloche, au loin. Avec le tracteur de la route qui descend. Avec son moteur. Avec le galop du cheval. Avec sa robe tremp\u00e9e de sueur. Avec la neige de l\u2019arbre qui donnera des fruits demain. Nous cri\u00e2mes mais. Le coup d\u00e9tona. Le cheval s\u2019arr\u00eata. 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