{"id":185938,"date":"2025-05-15T12:56:09","date_gmt":"2025-05-15T10:56:09","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=185938"},"modified":"2025-05-15T13:03:01","modified_gmt":"2025-05-15T11:03:01","slug":"boost-11-ter-trois-etats","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-11-ter-trois-etats\/","title":{"rendered":"#Boost # 11 ter | Trois \u00e9tats"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Femme prenant de l\u2019\u00e2ge<\/strong>  <\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce que je croyais au d\u00e9but : on ne peut s\u2019en sortir qu\u2019ensemble. J\u2019ai beaucoup march\u00e9, suivant une sorte d\u2019accord tacite : sortir du groupe, c\u2019est risquer d\u2019attirer l\u2019attention et ce n\u2019est pas le moment. A force de se fondre dans l\u2019acceptation, ce n\u2019est plus le moment. Petit \u00e0 petit, le visage s\u2019ancre dans la disparition \u00e0 venir, m\u00eame si je tente de le retenir encore un peu. C\u2019est comme si un bandeau voilait mes yeux, m\u2019obligeant \u00e0 marcher approximativement. A t\u00e2tons : c\u2019est ainsi qu\u2019on retombe en enfance et qu\u2019on se d\u00e9brouille pour se relever en s\u2019accrochant \u00e0 des strates de m\u00e9moire, au hublot d\u2019une machine \u00e0 laver, au bord du coffre \u00e0 jouets qui ressemble \u00e0 un cercueil dans un couloir, aux ruines d\u2019une ville atomis\u00e9e. Avant la longue marche, on me faisait d\u00e9j\u00e0 savoir que j\u2019\u00e9tais identifi\u00e9e quand on me c\u00e9dait une place dans les transports en commun, comme quand j\u2019\u00e9tais enceinte. Merci, mais je peux rester debout, je marche encore, m\u00eame en paraissant faire du sur-place. Rien n\u2019est grave \u00e0 pr\u00e9sent : on y va. J\u2019ai \u00e9chapp\u00e9 au pire, plusieurs fois, dans des circonstances tellement diff\u00e9rentes. Prot\u00e9g\u00e9e par ce qui s\u2019\u00e9crivait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Un fil si fin qu\u2019invisible, jamais rompu. Aujourd\u2019hui, quoi qu\u2019il arrive, je serai au rendez-vous de l\u2019impensable, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e par ce parfum de roses dont je ne distingue pas l\u2019origine et il est trop tard pour remonter \u00e0 la source : on nous inflige l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration dont je ne veux pas \u00eatre prisonni\u00e8re. On me pousse dans le dos, on me chasse mais je ralentis encore le pas, ce qui a le don d\u2019exasp\u00e9rer les donneurs d\u2019ordres. Je me concentre sur l\u2019origine des roses qui fleurissent dans mon sang et sur la respiration elle-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jeune femme<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je piaffe d\u2019impatience : pensant \u00e0 tout ce qu\u2019il me reste \u00e0 faire alors que je suis l\u00e0, avec d\u2019autres, contrainte au ralentissement autant qu\u2019\u00e0 l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration g\u00e9n\u00e9rant la perte des rep\u00e8res. Si je pouvais, je quitterais le groupe, j\u2019escaladerais les parois, je ferais une cabriole pour attiser le d\u00e9sir, je peindrais mes l\u00e8vres et mes ongles en rouge, et, consciente de mon pouvoir, pr\u00eatresse du regard, je d\u00e9voilerais lentement un visage \u00e9blouissant. Mais rien du tout : la nuit dans laquelle j\u2019essaie de fuir avec d\u2019autres an\u00e9antit les couleurs, les possibles. M\u00eame les sons meurent d\u2019\u00e9touffement. Je ne vais pas en rester l\u00e0 : il me faut protester, danser, chanter, transformer tout ce que je touche comme avant l\u2019arrestation. Tout pr\u00e8s, les autres acceptent vite de faire un pas apr\u00e8s l\u2019autre, comme on ob\u00e9it \u00e0 un ordre invisible. Je ne peux pas, c\u2019est insupportable : je vais m\u2019\u00e9vader, prendre la tangente, imaginer un spectacle vivant autour du visage et de la libert\u00e9, comme jamais personne n\u2019a os\u00e9 le faire. Je vais inventer un po\u00e8me d\u00e9chirant que je lancerai dans la nuit. Quelqu\u2019un me reconnaitra, me sortira de l\u00e0. M\u2019\u00e9coutera. Et moi aussi, je le reconnaitrai, il s\u2019appellera nouveau jour, aube, lendemain qui chante \u00e0 pr\u00e9sent. Mais quelqu\u2019un d\u2019autre chuchote \u00e0 mon oreille : calme-toi, rien ne sert de s\u2019agiter, ils auront le dernier mot. Non, tout mon sang bataille au-dedans et je respire les roses enivrantes en les imaginant jusqu\u2019\u00e0 les voir tant que c\u2019est encore possible. Au bout des laisses, les chiens dress\u00e9s pour tuer attendent en aboyant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Petite fille<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Perdue. S\u00e9par\u00e9e. A qui faire signe ? Quelqu\u2019un m\u2019a vue, appel\u00e9e ou peut-\u00eatre reconnue. Je ne sais pas ce qu\u2019on me veut. Je suis rest\u00e9e immobile. Statue de moi-m\u00eame. Minuscule. Comprendre ce qui m\u2019arrive, retrouver les miens m\u00eame si les miens auxquels j\u2019ai \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9e n\u2019ont pas appris \u00e0 exprimer ce qu\u2019ils ressentent, il parait que \u00e7a ne se fait pas. Ils sont si loin \u00e0 pr\u00e9sent. Les autres sont l\u00e0 et marchent avec leurs soucis sans me voir. Je suis si petite. Je voudrais bien qu\u2019on me prenne dans les bras, qu\u2019on me r\u00e9chauffe, qu\u2019on me raconte une histoire \u00e0 dormir debout, qu\u2019on me berce, qu\u2019on me console des chagrins dont j\u2019ignore la source. Mais je suis l\u00e0, un peu \u00e0 l\u2019\u00e9cart, r\u00e9sistant au flux des corps qui emportent tout sur leur passage. Si mal aux pieds, au cou, au c\u0153ur. Je saute \u00e0 pieds joints sur les rails, ils me font courir pour rejoindre ce qui m\u2019attend. Je voudrais bien manger la tendre mie d\u2019une tartine pr\u00e9par\u00e9e par ma grand-m\u00e8re, ou cueillir et respirer comme avant les \u00e9glantines qui poussent au bord de la vieille all\u00e9e, ou donner la main \u00e0 ma m\u00e8re. Mais le bruit, les cris habitent la nuit et je ne peux plus bouger : dans la file d\u2019attente, une femme me regarde. On dirait ma grand-m\u00e8re. Ou ma m\u00e8re. Elle me fait signe et je ne sais pas ce qu\u2019elle cherche \u00e0 me dire. Les restes d\u2019une belle chanson flottent au moment de la descente et \u00e7a dit : marions les roses. Les p\u00e9tales rougeoient au lointain, on me pousse dans la file d\u2019attente, le parfum est d\u00e9vor\u00e9 par une odeur \u00e9touffante que je remplace aussit\u00f4t par le rosier grimpant dans lequel je me fonds en approchant de la fin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Femme prenant de l\u2019\u00e2ge C\u2019est ce que je croyais au d\u00e9but : on ne peut s\u2019en sortir qu\u2019ensemble. J\u2019ai beaucoup march\u00e9, suivant une sorte d\u2019accord tacite : sortir du groupe, c\u2019est risquer d\u2019attirer l\u2019attention et ce n\u2019est pas le moment. A force de se fondre dans l\u2019acceptation, ce n\u2019est plus le moment. 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