{"id":18634,"date":"2019-11-14T22:38:13","date_gmt":"2019-11-14T21:38:13","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=18634"},"modified":"2024-01-01T19:09:14","modified_gmt":"2024-01-01T18:09:14","slug":"10-il-elle-corps","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/10-il-elle-corps\/","title":{"rendered":"#10 il elle corps"},"content":{"rendered":"\n<p> Fragment de d\u00e9part #8  https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/8-nos-27-septembre\/<\/p>\n\n\n\n<p> \u2014&nbsp;<em>Ce r\u00eave tr\u00e8s clair \u00e0 la m\u00e9moire, sans doute au petit matin, sinon on ne les retient jamais. Toujours trouv\u00e9 p\u00e9nible d\u2019\u00e9couter raconter un r\u00eave. Pour soi, cette perte de contr\u00f4le inqui\u00e8te et la nettet\u00e9 de celui-ci ajoute au trouble.<\/em> <em>On est dans la derni\u00e8re salle d\u2019une exposition de peintures contemporaines. Grande pi\u00e8ce en b\u00e9ton. \u0152uvres non figuratives, rayonnantes de couleurs vives mais sombres aussi. Nous achevons notre visite. Je suis en compagnie d\u2019une femme \u00e0 la chevelure brune, haute, hirsute mais tr\u00e8s travaill\u00e9e. Elle me dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;tout ce que tu ne peux pas avoir, photographie-le&nbsp;!&nbsp;\u00bb. <strong>Je me dirige alors vers une autre femme brune v\u00eatue d\u2019une longue robe moulante vert anglais.<\/strong> Cheveux noirs et lunettes. Nous nous enla\u00e7ons. R\u00e9veil.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>il \u00e9crit pour \u00e9tirer et dilater ce bout de r\u00eave avec cette femme brune. Moul\u00e9e dans une longue robe de velours vert anglais. De longs cheveux tr\u00e8s noirs. Pourtant jamais aim\u00e9 danser mais, le toucher contre du velours. Et elle, de derri\u00e8re ses grandes lunettes \u00e0 monture \u00e9caille, certain qu\u2019elle voit tout en lui, sa joie d\u2019\u00eatre contre, sa maladresse, sa peur de tomber, de tout briser, que \u00e7a continue toujours comme \u00e7a, contre. Peut-\u00eatre m\u00eame la fin du r\u00eave, elle la voit. Mais elle ne dit rien et reste contre. Dans leur r\u00eave, enlac\u00e9s sans fin, l\u2019un l\u2019autre contre. Impression de sc\u00e8ne clich\u00e9 tant vue, trop lue. Seuls, contre, dans ce parking silo b\u00e9ton au sol enduit de cette peinture pour faciliter le glissement des pneus et les man\u0153uvres des autos. Parking vide de toute voiture o\u00f9 flotte l\u2019odeur et la clart\u00e9 du neuf. On tourne autour d\u2019eux pendant qu\u2019ils tournent ensemble, les fr\u00f4ler juste. Lumi\u00e8re froide et tr\u00e8s vive, crue, tombe des bandes de n\u00e9ons. On entend pas la musique. Leurs voltes ne permettent m\u00eame pas d\u2019identifier un style, un rythme. Peut-\u00eatre que chacun l\u2019a dans sa t\u00eate, la musique. On ne les d\u00e9range pas ou plut\u00f4t, ils nous tol\u00e8rent dans leur r\u00eave. En sortir pour l\u2019\u00e9crire mais eux toujours \u00e0 danser contre. Elle leur tourne pas la t\u00eate&nbsp;? Ils sont pas douloureux les pieds&nbsp;? Pas trop chaud \u00e0 rester coll\u00e9s contre&nbsp;? Combien il va durer leur man\u00e8ge de bonheur&nbsp;? Il sait qui est il mais, elle&nbsp;? Il ne la conna\u00eet, reconna\u00eet pas. Pr\u00e9f\u00e9rer ne pas savoir pourquoi elle, pourquoi l\u00e0, pourquoi la robe longue vert anglais, les grosses lunettes et cette coiffure sombre. \u00c9paule bien d\u00e9gag\u00e9e o\u00f9 sa t\u00eate \u00e0 lui pos\u00e9e contre, en r\u00eave. Les voir juste contre, les regarder dans leur sorte de danse abandonn\u00e9e, l\u2019un contre, l\u2019autre contre, tout contre. Visages sereins, calmes, contre. Les yeux ferm\u00e9s \u00e0 tourner, on craint la chute mais eux continuent entre les piliers du parking. Ce r\u00eave, il s\u2019en est souvenu par, au matin, cette force \u00e0 ne pas vouloir en sortir. \u00c0 lutter contre l\u2019arrachement \u00e0 la nuit. Pourtant il se d\u00e9chire le r\u00eave. Vite en \u00e9crire quelques bribes pour revenir plus tard en mots au souvenir. Jamais repris un r\u00eave l\u00e0 d\u2019o\u00f9 le petit matin a arrach\u00e9. Pas comme un train. Se dire que son corps, avec elle contre, continue de tourner dans leur parking silo m\u00eame si jamais ne pourra les rejoindre qu\u2019en mots, ne pourra jamais le r\u00e9int\u00e9grer ce corps dans ce r\u00eave. Tout au bout des mots, esp\u00e9r\u00e9 quand m\u00eame pr\u00e9monition et que peut-\u00eatre la rencontrer cette femme \u00e0 la tignasse corbeau, et peut-\u00eatre, la vivront, un jour, une nuit, la longue danse sans fin dans le parking silo neuf contre, contre<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fragment de d\u00e9part #8 https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/8-nos-27-septembre\/ \u2014&nbsp;Ce r\u00eave tr\u00e8s clair \u00e0 la m\u00e9moire, sans doute au petit matin, sinon on ne les retient jamais. Toujours trouv\u00e9 p\u00e9nible d\u2019\u00e9couter raconter un r\u00eave. Pour soi, cette perte de contr\u00f4le inqui\u00e8te et la nettet\u00e9 de celui-ci ajoute au trouble. On est dans la derni\u00e8re salle d\u2019une exposition de peintures contemporaines. 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