{"id":186833,"date":"2025-06-09T10:22:41","date_gmt":"2025-06-09T08:22:41","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=186833"},"modified":"2025-06-10T09:34:27","modified_gmt":"2025-06-10T07:34:27","slug":"boost-12-travail-au-noir-premier-jet","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-12-travail-au-noir-premier-jet\/","title":{"rendered":"#boost #13 | travail au noir &#8211;  premier jet"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-large-font-size\">Elle a ferm\u00e9 les volets, les volets de la nuit d\u2019hiver qui est ici, la nuit, \u2013 faut voir, ici surtout-, d\u2019un noir tr\u00e8s noir. Comme du beurre de goudron ou du charbon. Un rien luisant. De pure mati\u00e8re. Plein. Net. Dense. Sans aucune couture. \u00a0\u00c9pais \u00e0 couper au couteau ou \u00e0 d\u00e9biter \u00e0 la hache<br>Ton noir de la nuit d\u2019hiver aux volets clos sur le dos d\u2019un couloir. Ton noir. Lui<br>Tu viens de te fondre au noir \u00e0 plat dos et \u00e7a te revient. Comme pour de vrai. C\u2019est un des effets du noir de faire revenir : Qui m\u2019aime me suive\u00a0! crie la voix, aux mains sales, pour ne pas dire noires. \u00c7a te revient \u00e0 point d\u2019heure dans le noir comme \u00e7a t\u2019est revenu hier <br>Tout ce qui revient dans le noir. Le noir favorise toute sorte de rapprochements. Le noir a cette facult\u00e9, entre autres propri\u00e9t\u00e9s, de rappeler. D\u2019appeler. D\u2019exhumer. Du vivant au mort il bat son rappel. Du vrai au seulement probable. Du v\u00e9rifiable au bizarre. Du tendre au pire \u2013 le pire plus souvent que le tendre. Il te fait l&rsquo;inventaire<br>Dans le noir \u00e7a te revient des choses. Le noir te remet en selle. Des acuit\u00e9s particuli\u00e8res saillent du noir. Allong\u00e9e dans le noir \u00e7a te remonte des pieds aux cheveux \u2013 ou l\u2019inverse\u2013 \u00e7a te rejoint : leurs mains, leurs langues ou autre. \u00c7a te prend le milieu. \u00c7a te saisit. Ton corps fr\u00e9mit. Tu rejoues tes fluidit\u00e9s, tu rejoues tes transes. Comme pour de vrai. Comme si<br>Tu es couch\u00e9e dans l\u2019odeur du cheval. Tu cours contre le vent. Tu rues. Tu plonges. Tu brames. Dans le noir ton corps te rappelle \u00e0 ton corps. Des images fusent. C\u2019est du loin qui remonte. Du tr\u00e8s loin. De tr\u00e8s loin. Tu fais comme-ci. Tu revis. \u00a0En noir<br>Souvent quand elle ne dort pas allong\u00e9e sur le dos dans ce couloir de bout en bout noir \u2013 un lit d\u2019appoint lui sert de planche-, elle reprend sa vie tranche par tranche. Il faut de la m\u00e9thode sinon \u00e7a vire au n\u2019importe quoi. Le noir te mets en \u00e9bullition avec risque d\u2019\u00e9ruption<br>Elle a ferm\u00e9 les volets. Les volets de la nuit d\u2019hiver. Elle a souffl\u00e9 la lumi\u00e8re qui veille et bord\u00e9 de noir les cinq. Ou quatre. Deux par deux. Ou deux et trois, par lit. Pas moins. Ni plus. Elle ne sait plus \u00e0 un pr\u00e8s. Qui en plus ou en moins. Combien ils \u00e9taient sortis de son corps. Qui manque s\u2019entend-elle demander au noir de son noir quand elle recompte. C\u2019est loin. Si loin<br>Dans l&rsquo; \u00e0-pr\u00e9sent du noir elle se refait les noirs d\u2019hier. Les gestes. Les mots. Avec les trous qui sont d\u2019autres sortes de noir. Les gestes. Les mots de la nuit. Du jour aussi. Les mots et les pens\u00e9es de la vie \u00e0 la mani\u00e8re noire : son \u0153uvre, disons son travail, au noir <br>Dans le noir absolu du couloir elle refait comme elle croit que ce fut. C\u2019est une vertu du noir d&rsquo;aller chercher le perdu. Retrouver. \u00c0 l\u2019identique avec les creux et les trous. Le noir a des lumi\u00e8res quelquefois <br>\u00ab\u00a0Travail, au noir, au noir, au noir\u00a0\u00bb chantait la voix ( de qui d\u00e9j\u00e0) quand revenant du champs d\u2019\u00e0-c\u00f4t\u00e9 elle pr\u00e9cipitait les pommes de terre sur la table, avec la terre: de vraies mains de mineur, les ongles crasses jusqu\u2019au menton<br>Chaque soir ou presque \u00e0 plat dos t\u00eate au noir dans ce couloir qui te sert de pi\u00e8ce \u00e0 d\u00e9couper tu visites tes absents et tes absences. Tu recenses. Combien est une question r\u00e9currente du noir. Combien en qui et en quoi. Combien en tout. Et quand. De la quantit\u00e9 et du temps. Combien. Avec qui. O\u00f9 et pourquoi. Tu repasses ta vie par tranches. Le noir fait de la g\u00e9ographie, de l\u2019histoire et pas mal de calcul mental. Il affabule aussi : vertige et fantasmagories sont un risque du noir. De ce noir qui te pousse dans tes retranchements<br>Tu repasse tes noirs : Tu crois que ton noir est pareil aujourd\u2019hui qu\u2019avant \u2013 avant quoi\u00a0? Ton noir d\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. Ton noir d\u2019enfant\u00a0? Le noir a-t-il un age ? Noir primaire. M\u00e9dium. Vieux noir. Noir vieux. Ton noir es-t-il g\u00e9ographique, circonstanci\u00e9? Le noir allong\u00e9 n\u2019est pas le noir debout. Es-tu jamais rest\u00e9e debout dans le noir ? <br>Elle repasse les noirs et les gestes de la vie d&rsquo;avant pour voir. Avant quoi\u00a0? La mort du cheval par exemple. La mort du cheval est une date butoir. Hachoir. Heurtoir. Dortoir. Mouroir. \u0152il au beurre noir. Pain noir au gout de savon<br>Dans le noir du couloir allong\u00e9e sur le dos elle imagine. Elle compte. Cinq. Quatre. Qui. Elle. Lui. Vivants. Morts. Guerre. Tout confondu. Plus le cheval. Le cheval c\u2019est le pompon. C\u2019est loin. C\u2019est tr\u00e8s loin mais le \u00a0noir rapproche. Il brouille les distances. Il exacerbe et il d\u00e9forme un peu le noir. Le vrai . Le faux. L\u2019imagin\u00e9<br>Elle a ferm\u00e9 les volets de l\u2019hiver elle a bord\u00e9 les lits de la chambre \u00e0 trois lits . Elle a ferm\u00e9 la porte et elle s\u2019est couch\u00e9e toute habill\u00e9e dans le noir du couloir. Elle a choisi le couloir. Elle a pouss\u00e9 le lit d\u2019appoint contre la porte de la chambre. A pr\u00e9sent elle fait la planche. Elle entend les bruits du vide et ceux de son corps . L\u2019estomac. L\u2019intestin. La salive. La langue dans la dent creuse. Les cils.Toute la tuyauterie. Le robinet qui goutte. Le rat dans la cloison. L\u2019horloge qui. Tout y est : Tu entends ce ramdam. Si tu laisses faire le noir c\u2019est la foire aux bruits<br>Dans ce couloir derri\u00e8re cette porte en comptant tes vivants et tes morts elle imagine. Le dehors est loin. La vie recluse. Elle imagine <br>Couch\u00e9e. Toute habill\u00e9e ou presque, du moins en manteau, pr\u00eate \u00e0 partir des fois que l\u2019heure serait venue. Tu imagines comme c\u2019\u00e9tait avant cette nuit-l\u00e0. Le noir te porte. Il t\u2019ouvre \u00e0 tes sombres<br>Mouroir. D\u00e9potoir. D\u00e9choir. C\u2019est sans espoir disait quelqu\u2019un en se tapant la t\u00eate au heurtoir. Vient le hachoir. Le noir a des lucidit\u00e9s, faut voir : <br>Allong\u00e9e dans le noir du couloir \u00e0 qui tu parles. De qui. De quoi. Tu parles au noir ou c\u2019est lui qui<br>C\u2019est comme un film noir sans image avec des voix. <br>Le noir te parle dedans comme si c\u2019est toi<br>Tu as peur\u00a0ou quoi <br>Des ombres du noir: du vrai fond de toi\u00a0<br>Je crois que le noir me voit disait l\u2019enfant<br>Je t\u2019en souviens?<br>\u00a0<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle a ferm\u00e9 les volets, les volets de la nuit d\u2019hiver qui est ici, la nuit, \u2013 faut voir, ici surtout-, d\u2019un noir tr\u00e8s noir. Comme du beurre de goudron ou du charbon. Un rien luisant. De pure mati\u00e8re. Plein. Net. Dense. 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