{"id":187003,"date":"2025-06-13T16:43:20","date_gmt":"2025-06-13T14:43:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=187003"},"modified":"2025-06-13T16:52:08","modified_gmt":"2025-06-13T14:52:08","slug":"mardi-10062025-simon-sa-mere-cette-inconnue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/mardi-10062025-simon-sa-mere-cette-inconnue\/","title":{"rendered":"# mardi 10062025 | Simon, Sa m\u00e8re cette inconnue"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"450\" height=\"257\" class=\"wp-image-187006\" style=\"width: 150px\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/poignee-bureau-e1749826050635.jpg\" alt=\"\"><br>Elle pousse la porte du bureau, cette porte qu\u2019elle n\u2019a pas franchie depuis des ann\u00e9es, depuis que sa m\u00e8re elle-m\u00eame avait cess\u00e9 d\u2019y p\u00e9n\u00e9trer. L\u2019air confin\u00e9 lui pique le nez, l\u2019odeur de poussi\u00e8re la fait renifler. Le temps suspendu s\u2019accroche aux meubles abandonn\u00e9s. Une pellicule grise recouvre tout, les livres align\u00e9s sur les \u00e9tag\u00e8res, leurs dos d\u00e9color\u00e9s par les rayons du soleil, le fauteuil de cuir bordeaux dont le si\u00e8ge porte encore l\u2019empreinte d\u2019un corps qui ne s\u2019y assoit plus. Contre le mur de gauche, le secr\u00e9taire en noyer sombre qu\u2019elle n\u2019a jamais vu ouvert, les bouches closes des petits tiroirs aux poign\u00e9es de cuivre terni appellent ses doigts curieux. Le bois grince quand elle tire le premier tiroir, puis le second, fouillant parmi les papiers jaunis, les factures anciennes, les lettres aux enveloppes portant de vieux timbres, jusqu\u2019\u00e0 ce que ses mains rencontrent cette forme rectangulaire, un album reli\u00e9 de cuir noir dont les coins sont us\u00e9s, \u00e9raill\u00e9s par le temps et les manipulations. Les pages craquent quand elle l\u2019ouvre. Elle touche du bout des doigts les photographies aux bords dentel\u00e9s, ces images en noir et blanc, parfois s\u00e9pia, coll\u00e9es sur du papier cartonn\u00e9 \u00e9pais avec des petits coins triangulaires qui ne tiennent plus tr\u00e8s bien. Elle tourne les pages, les photographies sont soigneusement class\u00e9es par ordre chronologique, la premi\u00e8re photographie montre un groupe de jeunes gens sur une plage. Plus loin sur une autre photographie, elle reconna\u00eet \u00e0 peine la jeune femme au centre d\u2019un groupe d\u2019amis, tant elle est diff\u00e9rente de l\u2019image qu\u2019elle garde de sa m\u00e8re. Cette jeune femme au sourire \u00e9clatant tient la main d\u2019un homme brun aux \u00e9paules carr\u00e9es, un homme qu\u2019elle ne conna\u00eet pas, qu\u2019elle n\u2019a jamais vu, un homme qui n\u2019est pas son p\u00e8re. Derri\u00e8re eux l\u2019oc\u00e9an \u00e9tale ses vagues fig\u00e9es dans l\u2019instant. Elle tourne la page et d\u00e9couvre une autre photographie, prise dans un caf\u00e9 sans doute, o\u00f9 sa m\u00e8re est assise \u00e0 une table ronde, une tasse \u00e0 la main, face au m\u00eame inconnu qui fume une cigarette. Sur la table des journaux d\u00e9pli\u00e9s, une bouteille de vin \u00e0 demi vide. En arri\u00e8re-plan d\u2019autres tables occup\u00e9es par des silhouettes floues, et sur le mur du fond une affiche dont on ne distingue que quelques lettres, la lumi\u00e8re tamis\u00e9e donne \u00e0 la sc\u00e8ne une atmosph\u00e8re feutr\u00e9e. Plus loin dans l\u2019album, une photographie de mariage, mais pas celui de ses parents qu\u2019elle conna\u00eet par c\u0153ur, non un autre mariage o\u00f9 sa m\u00e8re figure parmi les invit\u00e9s, toujours avec cet homme, tous deux heureux et \u00e9l\u00e9gants, lui en costume sombre et cravate claire, elle en robe \u00e0 fleurs. Au centre du groupe, les mari\u00e9s qu\u2019elle ne reconna\u00eet pas non plus, une jeune femme en robe blanche longue, un homme aux cheveux gomin\u00e9s. Tous ces visages inconnus appartiennent \u00e0 une \u00e9poque r\u00e9volue, \u00e0 un monde disparu o\u00f9 sa m\u00e8re avait une autre vie. Une photographie la trouble particuli\u00e8rement, celle o\u00f9 sa m\u00e8re, encore jeune, mais un peu plus \u00e2g\u00e9e que sur les pr\u00e9c\u00e9dentes, tient dans ses bras un b\u00e9b\u00e9 qu\u2019elle ne reconna\u00eet pas, un b\u00e9b\u00e9 aux yeux clairs, aux cheveux boucl\u00e9s. \u00c0 c\u00f4t\u00e9, d\u2019elle toujours cet homme qui enlace sa m\u00e8re avec une tendresse \u00e9vidente. Derri\u00e8re eux un jardin avec des arbres fruitiers, dans le fond une maison basse aux volets peints, et cette expression sur le visage de sa m\u00e8re, cette expression de bonheur paisible qu\u2019elle ne lui a jamais connue. D\u2019autres photographies suivent, des instantan\u00e9s de vacances, de promenades, de d\u00e9jeuners sur l\u2019herbe, toujours avec cet homme, et toujours sa m\u00e8re rajeunie, transform\u00e9e. Une inconnue presque, une femme tr\u00e8s diff\u00e9rente de la m\u00e8re distante qu\u2019elle a connue. Soudain, il n\u2019y a plus de photographies, les pages de l\u2019album sont vides. Il ne reste que quelques traces de colle. Elle referme l\u2019album les mains tremblantes, et reste debout dans le bureau o\u00f9 elle n\u2019entrait plus, la t\u00eate pleine de questions \u00e0 jamais sans r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Elle pousse la porte du bureau, cette porte qu\u2019elle n\u2019a pas franchie depuis des ann\u00e9es, depuis que sa m\u00e8re elle-m\u00eame avait cess\u00e9 d\u2019y p\u00e9n\u00e9trer. L\u2019air confin\u00e9 lui pique le nez, l\u2019odeur de poussi\u00e8re la fait renifler. 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