{"id":187195,"date":"2025-06-19T16:45:28","date_gmt":"2025-06-19T14:45:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=187195"},"modified":"2025-06-19T16:45:28","modified_gmt":"2025-06-19T14:45:28","slug":"boost-14-face-aux-foutus-thuyas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-14-face-aux-foutus-thuyas\/","title":{"rendered":"#boost #14 | face aux foutus thuyas"},"content":{"rendered":"\n<p>Assise sur la chaise bien tranquille, au repos, mains d\u00e9tendues comme coquilles enveloppant les genoux, le regard content vogue du papier peint fa\u00e7on Liberty au semainier bois de rose puis au grand lit drap\u00e9 de bleu un peu en arri\u00e8re arranger un peu les choses, concevoir l\u2019avenir des choses,  d\u00e9placer ce tableau-l\u00e0 fix\u00e9 trop bas ou trop haut trop \u00e0 gauche ou \u00e0 droite, des plans s\u2019\u00e9chafaudent, pour finalement plonger dans la mousseline des rideaux et la traversant, atteindre ces laiderons de thuyas, envie de les raser, les l\u00e8vres soudain sourient, le seul b\u00e9mol entre eux \u00e9tant les thuyas, son regard s\u2019enfuit vers les buissons de \u00ab\u2009Cuisse de nymphe \u00e9mue\u2009\u00bb couleur des baigneuses de Fragonard, source d\u2019une infinie satisfaction comme leur parfum charnu. Assise encore sur la chaise tourner la t\u00eate vers le t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 gauche, se lever alors lentement, pivoter pr\u00e9cautionneusement, attraper le combin\u00e9, les l\u00e8vres remuent, le regard glisse au sol, patine un peu sur le parquet, la main droite bouche l\u2019oreille droite, la main gauche essuie la poussi\u00e8re sur la chemin\u00e9e puis son tablier, s\u2019immobiliser alors, frapper du plat le marbre, l\u00e8vres serr\u00e9es puis grandes ouvertes et d\u00e9form\u00e9es. Reposer le combin\u00e9\u2026\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Comme l\u2019image arr\u00eat\u00e9e d\u2019un film, ne pas entendre les cris d\u2019enfants venant d\u2019en bas au-del\u00e0 de ces foutus thuyas raides comme la justice ni le bruit sourd du ballon qui cogne contre un mur. Apercevoir en contrebas le chat se frotter le dos \u00e0 un thuya puis prendre la pose digne et s\u00e9v\u00e8re, regard droit devant.\u00a0Un bout de fesse sur le coin de la chaise, dos d\u00e9coll\u00e9 du dossier, la respiration courte, droite, raide, jambes en \u00e9querre, mains nou\u00e9es l\u2019une \u00e0 l\u2019autre, regard vers la fen\u00eatre au travers du voilage, les hideux thuyas qui bloquent l\u2019espace sous un ciel bas plomb\u00e9, se voir bouger ne pas bouger, s\u2019entendre parler ne pas parler, s\u2019entendre hurler ne pas hurler, juste serrer les poings malgr\u00e9 soi, tension signal\u00e9e par l\u2019ankylose, les rel\u00e2cher.\u00a0Droite donc et raide sur le bord de la chaise. P\u00e9trifi\u00e9e. Les l\u00e8vres m\u00e2chant le vide on dirait mais immobile toujours, yeux dilat\u00e9s fixes traversant le voilage jusqu\u2019\u00e0 ces foutus thuyas qui montent b\u00eatement la garde contre quoi\u2009? Contre soi. Imaginer les coups de s\u00e9cateur, mais ne pas bouger, juste un peu les paupi\u00e8res, juste un peu les l\u00e8vres qui se serrent, qui remuent et soudain cessent. Le chat gratte la terre au pied du thuya, le menton se l\u00e8ve, la t\u00eate pivote vers le grand lit\u00a0160 drap\u00e9 bleu et le cerveau vient y d\u00e9poser au mitan le souvenir de lui dormant, bouche entrouverte, traits d\u00e9tendus comme jamais, visage de gar\u00e7onnet bien sage jamais vu de jour, le visage rajeuni du sommeil et comme deux corbeilles ses paupi\u00e8res d\u00e9pos\u00e9es par-dessus les yeux tranquilles enfin, rendant son vilain ptosis invisible, et le cr\u00e9e \u00e0 l\u2019envi ce beau visage de gar\u00e7on sage tout en se souvenant des ronflements tonitruants sortis de sa bouche qui lui interdisaient le sommeil, ce bruit de machinerie issu de ce beau visage d\u2019enfant calme la faisait rire alors, l\u2019imagination le redessine sur les draps bleus alors que le ciel a vir\u00e9 nuit et le soleil pas vu du jour d\u00e9sormais enfoui dans les thuyas honnis menac\u00e9s par un gros d\u00e9sir de tron\u00e7onneuse dont l\u2019\u00e9vocation du bruit \u00e9norme et destructeur semble tellement jouissive. En fait, n\u2019a pas boug\u00e9, juste la jambe comme autonome lanc\u00e9e loin de la chaise et revenue \u00e0 sa place, les bras ankylos\u00e9s de nouveau, les ongles cisaillant au sang les paumes, rel\u00e2cher les poings et alors sentir la douceur de la d\u00e9tente dans les phalanges blanchies, observer les ongles rougis et porter le regard vers la photo sur le marbre de la chemin\u00e9e \u00e0 gauche, le ramener face fen\u00eatre les l\u00e8vres remuantes et grimaci\u00e8res et la paupi\u00e8re gauche tremblant un peu.\u00a0Assise un peu vo\u00fbt\u00e9e, poings serr\u00e9s de nouveau dans la p\u00e9nombre de la chambre vide dans la maison vide face au rectangle plus clair de la fen\u00eatre et dans les carreaux du bas la masse sombre des thuyas plong\u00e9s dans la nuit que le regard perfore au travers de la mousseline, leur ombre persistante plus noire que la nuit m\u00eame. Y mettre le feu et \u00e0 tout le reste<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Assise sur la chaise bien tranquille, au repos, mains d\u00e9tendues comme coquilles enveloppant les genoux, le regard content vogue du papier peint fa\u00e7on Liberty au semainier bois de rose puis au grand lit drap\u00e9 de bleu un peu en arri\u00e8re arranger un peu les choses, concevoir l\u2019avenir des choses, d\u00e9placer ce tableau-l\u00e0 fix\u00e9 trop bas ou trop haut trop \u00e0 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-14-face-aux-foutus-thuyas\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#boost #14 | face aux foutus thuyas<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":106,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-187195","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/187195","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/106"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=187195"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/187195\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":187199,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/187195\/revisions\/187199"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=187195"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=187195"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=187195"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}