{"id":187299,"date":"2025-06-23T08:57:36","date_gmt":"2025-06-23T06:57:36","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=187299"},"modified":"2025-06-23T08:57:36","modified_gmt":"2025-06-23T06:57:36","slug":"boost-14-ce-qui-reste-de-lueur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/boost-14-ce-qui-reste-de-lueur\/","title":{"rendered":"#Boost #14 | ce qui reste de lueur"},"content":{"rendered":"\n<p>Les nuages semblent immobiles. Ils glissent tellement lentement qu&rsquo;ils paraissent rester sur place. Je distingue leurs formes jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils se d\u00e9litent, amollis, changeants, blanchis, estomp\u00e9s, confine \u00e0 la transparence si on plisse les yeux, ils s&rsquo;infiltrent dans la fente et font une douceur ouat\u00e9e sur la pupille, \u0153il repli\u00e9 comme une aile aspire toute la texture du nuage, s&rsquo;habille du mouvement lent, d&rsquo;un m\u00eame battement de cil soupire et reflue la lumi\u00e8re, transfus\u00e9e dans la masse d&rsquo;apparence \u00e9paisse. Il y a un l\u00e9ger trouble, un tremblement, une dispersion du halo clair \u00e0 travers le vaste du ciel. Le cou en extension, la t\u00eate suit le mouvement de l&rsquo;\u0153il, m\u00e9nage les cervicales, la courbure l\u00e9g\u00e8re vers la droite, visage pench\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de la ligne d\u2019horizon par o\u00f9 partent les nuages, par o\u00f9 un \u00e9clat passe et se faufile un trait bref, mal d\u00e9fini, un peu trop flou sur la ligne saillante et verte, ombrag\u00e9e par endroits. La lumi\u00e8re rase le champ, ses hampes velues, hautes gramin\u00e9es grenues et pr\u00eates \u00e0 l&rsquo;explosion. Elles ne tombent pas mais donnent l&rsquo;impression d&rsquo;une chute, lourdes de leur propre poids, dans l&rsquo;or faiblissant du soleil. Comme leur dos fluide, mon dos solide, arqu\u00e9, les orteils agripp\u00e9s \u00e0 la terre s\u00e8che et raide, corps plant\u00e9 en pleine terre, jambes ayant for\u00e9&nbsp;jusqu\u2019\u00e0 la nappe phr\u00e9atique ou encore l\u2019impression d\u2019un flux qui remonte dans les veines, d\u2019une pulsation qui maintient droit et pourtant quelques chose se d\u00e9file et se courbe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Et pourtant le poil se h\u00e9risse sur le bras o\u00f9 les pores s\u2019activent et s\u2019ouvrent \u00e0 l\u2019air ti\u00e8de du soir, chancelant dans son invisibilit\u00e9, impossible \u00e0 attraper, tout comme les minutes qui d\u00e9filent sans qu\u2019on s\u2019en aper\u00e7oive. Le temps suspendu \u00e0 mes l\u00e8vres qui aspirent encore un peu du jour, de la respiration de la prairie, du bruissement des insectes et en fond les raclements de moteurs puisque la route est tout pr\u00e8s. Et encore des \u00e9clats de voix au loin qui arrachent quelque chose \u00e0 la qui\u00e9tude, une rupture qui ram\u00e8ne au r\u00e9el tandis que la main vacille, doigts tomb\u00e9s, inutiles, cherchant \u00e0 toucher sans saisir pourtant.<br>Une mouche se pose sur la cuisse, reste dans l\u2019inertie de l\u2019instant sans que la jambe bouge, je sens tous les quadriceps se contracter, r\u00e9action imperceptible \u00e0 l\u2019\u0153il nu, se r\u00e9tractent et s\u2019allongent comme pour chasser l\u2019intruse mais la main ne se d\u00e9place pas, le corps n\u2019avance ni ne recule, aucun geste de perturbe le moment et la mouche finit par s\u2019envoler de toute fa\u00e7on. Alors les muscles se d\u00e9tendent un peu, reprennent leur anatomie initiale, semi-repos des fibres, en alerte mais souples. Le regard qui \u00e9tait descendu vers l\u2019insecte a repris son activit\u00e9 hypnotique d\u2019immersion dans le vague intense de la lumi\u00e8re qui s\u2019att\u00e9nue encore, l\u2019\u00e9cho tarde dans les ombres, celui de la nuit qui vient. On ne s\u2019en rend pas encore vraiment compte, les constellations fleuries scintillent encore dans un vert plus sombre et la fra\u00eecheur tarde, elle ne sera l\u00e0 que lorsque tout sera plong\u00e9 dans le noir. Dans l\u2019imm\u00e9diat ind\u00e9cis et frissonnant, l\u2019opacit\u00e9 gagne et l\u2019apparence des choses tangue entre clart\u00e9 encore suffisante et obscurit\u00e9 franche. Il me semble flotter, sans d\u00e9placement, dans le tr\u00e9buchement de l\u2019heure incertaine. La peau se laisse caresser par le chavirement lent vers le cr\u00e9puscule. Demi teinte par demi teinte, le paysage s\u2019absente peu \u00e0 peu et coule au fond de l\u2019orbite. Il n\u2019est pas encore temps de se d\u00e9tourner. J\u2019entonne un champ comme un salut depuis ma poitrine, sans ouvrir la bouche mais les bronches amples, et depuis le ventre faire entrer ce qui reste de lueur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les nuages semblent immobiles. Ils glissent tellement lentement qu&rsquo;ils paraissent rester sur place. 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