{"id":187355,"date":"2025-06-26T11:04:14","date_gmt":"2025-06-26T09:04:14","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=187355"},"modified":"2025-06-26T11:05:58","modified_gmt":"2025-06-26T09:05:58","slug":"mardis-24-juin-2025-ecrire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/mardis-24-juin-2025-ecrire\/","title":{"rendered":"#mardis &#8211; 24 juin 2025 | Ecrire."},"content":{"rendered":"\n<p>Le roman que je n\u2019\u00e9crirai jamais ? La question, je le crains, ne me concerne pas. Je n\u2019\u00e9cris pas de roman. Et je n\u2019ai pas l\u2019intention d\u2019en \u00e9crire pour la raison que \u00e7a n\u2019est pas ce qui me requiert dans ma pratique d\u2019\u00e9criture. Au commencement du commencement, je voulais simplement \u00e9crire un po\u00e8me. C\u2019\u00e9tait il y a longtemps, autour de mes douze treize ans je crois. Et depuis, j\u2019\u00e9cris. J\u2019\u00e9cris en faisant mienne &#8211; pour partie &#8211; cette d\u00e9claration de Paul Val\u00e9ry : \u00ab Ce que j\u2019\u00e9cris n\u2019est pas \u00e9crire mais me pr\u00e9parer \u00e0 \u00e9crire\u00a0\u00bb, dont je ne retiens que la premi\u00e8re proposition : \u00ab\u00a0Ce que j\u2019\u00e9cris n\u2019est pas \u00e9crire\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9cris. Mais ce que j\u2019\u00e9cris n\u2019est pas &#8211; encore &#8211; \u00e9crire. L\u2019id\u00e9e de pr\u00e9paration induit un apr\u00e8s. Quelque chose devrait venir. Or cela, chez moi, ne vient pas. Je ne l\u2019appelle pas de mes v\u0153ux. Ecrivant, je ne m\u2019assigne d\u2019autre but que d\u2019\u00e9crire. Seul l\u2019acte compte en lui-m\u00eame. Je ne me pr\u00e9occupe pas du devenir de mes \u00e9crits. Comment ils seraient suppos\u00e9s se transformer. Sous quelle forme diff\u00e9rente, plus \u00e9volu\u00e9e, ils pourraient rena\u00eetre. Ecrire no future, en quelque sorte !<br>Mais j\u2019\u00e9cris. Des fragments. En vers ou en prose, indiff\u00e9remment. Sans doute y a-t-il une raison \u00e0 ce que tel texte soit plut\u00f4t \u00e9crit en prose, tel autre en vers, mais sinc\u00e8rement, au moment o\u00f9 j\u2019\u00e9cris, je n\u2019y attache pas d\u2019importance. J\u2019\u00e9cris.<br>Je n\u2019\u00e9cris pas non plus dans la perspective du livre. Faire un livre ? \u00c7a n\u2019est pas ce qui me tient devant la page blanche de mon cahier ou le clavier de mon ordinateur. Quand j\u2019\u00e9cris, je me concentre sur le pr\u00e9sent de l\u2019\u00e9criture. Ce qui se passe, dans le laps de temps de l\u2019\u00e9criture, entre mon cerveau et ma main. Ce qui advient \u00e0 la pointe de mon Bic. Ce qui me traverse et que je vois peu \u00e0 peu appara\u00eetre, monter, prendre forme, les nuances de gris comme lorsque je proc\u00e9dais au tirage papier de mes photographies dans le laboratoire argentique du lyc\u00e9e. Quand j\u2019\u00e9cris, je passe ma langue au r\u00e9v\u00e9lateur de l\u2019instant. Je ne pense pas au livre.<br>Je parle du livre en tant qu\u2019il serait r\u00e9fl\u00e9chi, con\u00e7u, planifi\u00e9 en amont de l\u2019\u00e9criture. Cette fa\u00e7on de travailler existe. Elle est m\u00eame tr\u00e8s r\u00e9pandue. J\u2019en suis d\u2019autant plus admiratif que, je parle d\u2019exp\u00e9rience, je suis incapable de m\u2019y astreindre.<br>Pour autant, je ne peux pas dire que je ne ferai pas de livre. Ce serait mentir. La v\u00e9rit\u00e9 est que je ne m\u2019interdis pas de bricoler un bouquin et \u00e7a n\u2019est en rien p\u00e9joratif sous ma plume. Le bricolage est un art. Un livre exige d\u2019\u00eatre construit. En amont, pendant ou apr\u00e8s l\u2019\u00e9criture, il se fa\u00e7onne. Se fabrique. Il faut le vouloir. Il n\u2019est donc pas exclu que je m\u2019attache, un jour, \u00e0 l\u2019assemblage d\u2019un certain nombre de mes \u00ab&nbsp;d\u00e9j\u00e0 \u00e9crits&nbsp;\u00bb, que je les ajuste, les polisse, les rabote afin que, tels les \u00e9l\u00e9ments d\u2019un puzzle, ils s\u2019imbriquent les uns dans les autres pour former un objet harmonieux. Ce serait une sorte de livre \u00e0 rebours pour offrir aux amis. J\u2019insiste : offrir. Pas d\u2019histoire de sous, ici. Un acte gratuit. Aimant. C\u2019est ainsi que je vois les choses.<\/p>\n\n\n\n<p>Il reste que je n\u2019\u00e9cris pas pour laisser mes textes dormir au fond d\u2019un tiroir. Je les veux vivants, se confrontant au monde, se heurtant aux roches dures de l\u2019existence. A l\u2019air du temps. Et pour cela, le blog &#8211; je dis bien blog et non site, moyen de diffusion autrement sophistiqu\u00e9 &#8211; m\u2019est apparu comme l\u2019outil le plus adapt\u00e9 \u00e0 ma pratique. Parce que le blog, en son principe m\u00eame, est le lieu par excellence d\u2019un pr\u00e9sent de l\u2019\u00e9criture.<br>Je n\u2019ignore pas qu\u2019il est possible de constituer au sein d\u2019un blog un r\u00e9seau d\u2019archives autorisant une accessibilit\u00e9, donc une certaine permanence, aux \u00e9crits qui y sont h\u00e9berg\u00e9s. Mais il n\u2019emp\u00eache que ce qui saute en premier aux yeux d\u2019un lecteur de blog, c\u2019est ce qu\u2019on appelle non sans raison la mise \u00e0 jour. C\u2019est ainsi que j\u2019ai souhait\u00e9 que le mien fonctionne, en privil\u00e9giant ce qui vient d\u2019\u00eatre post\u00e9 au d\u00e9triment de ce qui l\u2019a \u00e9t\u00e9 la veille ou les jours pr\u00e9c\u00e9dents.<br>Il y a, dans cette fa\u00e7on de proc\u00e9der, la volont\u00e9 de prendre en compte la question, cruciale \u00e0 mes yeux parce que constitutive de mon rapport \u00e0 l\u2019\u00e9criture : la question de l\u2019effacement. J\u2019\u00e9tais attir\u00e9, enfant, par le grand tableau noir accroch\u00e9 au mur dans la salle de classe de mon p\u00e8re. Le soir, pendant qu\u2019il remplissait de mazout les r\u00e9servoirs des po\u00eales de l\u2019\u00e9cole, j\u2019y gribouillais quelques dessins \u00e0 la craie, j\u2019y tra\u00e7ais mes premi\u00e8res lettres. Puis il fallait tout effacer afin de rendre le tableau \u00e0 sa virginit\u00e9 scolaire. Mes mots d\u2019enfant tenaient de l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<br>Je l\u2019ai dit : j\u2019\u00e9cris au pr\u00e9sent. Ici et maintenant. La dur\u00e9e inh\u00e9rente au processus de fabrication du livre, son inscription dans le temps, me fascine et m\u2019effraie \u00e0 la fois. Je lui pr\u00e9f\u00e8re l\u2019aujourd\u2019hui. Demain, je ne sais pas. De sorte qu\u2019au terme de ces quelques r\u00e9flexions bien n\u00e9buleuses, je pourrais r\u00e9duire ma conception de l\u2019\u00e9criture \u00e0 sa plus simple expression : Ecrire. Point.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">-o-<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Codicille <\/strong>: ce texte a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit au lendemain de la s\u00e9ance du 24 juin qui cl\u00f4turait le cycle de nos mardis. Elle prenait appui sur la r\u00e9ponse de Blaise Cendrars \u00e0 une enqu\u00eate sur \u00ab&nbsp;les romans que je n\u2019\u00e9crirai jamais&nbsp;\u00bb. Au moment de la restitution de nos temps d\u2019\u00e9criture, \u00e0 l\u2019\u00e9coute des textes d\u2019autres membres de l\u2019atelier, je me suis rendu compte que j\u2019\u00e9tais pass\u00e9 totalement \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce que je voulais dire. La question pour moi n\u2019\u00e9tait pas de dresser la liste des romans ou livres que je n\u2019\u00e9crirais jamais pour la raison que je n\u2019\u00e9cris pas pour faire des livres. C\u2019est ce rapport \u00e0 l\u2019\u00e9criture, sans autre objet que l\u2019\u00e9criture m\u00eame, que j\u2019aurais d\u00fb chercher \u00e0 approfondir. Aller voir ce qui se cachait derri\u00e8re. Je l\u2019ai tent\u00e9 le jour d\u2019apr\u00e8s. Je ne sais si j\u2019y suis parvenu. Mais l\u2019exercice m\u2019aura au moins permis de poser quelques jalons. Avec l\u2019assurance que je n\u2019en aurai heureusement jamais fini avec le verbe \u00e9crire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le roman que je n\u2019\u00e9crirai jamais ? La question, je le crains, ne me concerne pas. Je n\u2019\u00e9cris pas de roman. Et je n\u2019ai pas l\u2019intention d\u2019en \u00e9crire pour la raison que \u00e7a n\u2019est pas ce qui me requiert dans ma pratique d\u2019\u00e9criture. Au commencement du commencement, je voulais simplement \u00e9crire un po\u00e8me. 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