{"id":187714,"date":"2025-07-01T16:18:26","date_gmt":"2025-07-01T14:18:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=187714"},"modified":"2025-07-01T16:31:52","modified_gmt":"2025-07-01T14:31:52","slug":"rectoverso-01-i-cccc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-01-i-cccc\/","title":{"rendered":"#rectoverso #01 I CCCC"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\">RECTO<\/p>\n\n\n\n<p>Au milieu du Centre Commercial de la Croix de Chavaux un gros trou. Forme carr\u00e9e de dix m\u00e8tres sur dix environ. Sur le c\u00f4t\u00e9 un escalier m\u00e9canique pour descendre vers le m\u00e9tro, un autre pour en remonter. Un jour sur deux celui qui permet de monter vers les commerces et les rues adjacentes est en panne. Partout une musique de fond ordinaire&nbsp;: chansons fran\u00e7aises, jungles et pubs. Au niveau moins un, des boutiques surtout de v\u00eatements bon march\u00e9. Au niveau interm\u00e9diaire qui donne dans la rue du bas, surtout des commerces de bouche, et au niveau sup\u00e9rieur, une dalle, un tabac crade et une librairie de renom. Ce dernier niveau, le plus a\u00e9rien donne sur une rampe, d\u00e9bouchant sur la rue du haut, celle o\u00f9 des HLM et un terrain de foot survivent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a c\u2019est le d\u00e9cor g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Au niveau le plus bas, au fond du gros trou carr\u00e9, \u00e7a forme plus ou moins un goulet, enfin c\u2019est moi qui le per\u00e7oit ainsi, car en fait c\u2019est un couloir, large mais assez sombre, d\u2019acc\u00e8s au m\u00e9tro. Et l\u00e0 trois ongleries. Je m\u2019arr\u00eate devant le \u00ab&nbsp; Nail Bar \u00bb, tout en baies et portes vitr\u00e9es. Tout est visible. Tarif des prestations entre 10 et 50 euros. Quelques n\u00e9ons au plafond, des lampes \u00e0 ongles bleues, quatre ou cinq tables et de gros fauteuils boudin rose p\u00e2le pour les clientes. Les filles chinoises ou d\u2019ailleurs mais d\u2019origines asiatiques, toutes ou presque jeunes, s\u2019appliquent sur les mains ou les pieds des clientes. T\u00eates pench\u00e9es au dessus des mains. Au mur d\u2019\u00e9troites \u00e9tag\u00e8res, un arc-en ciel de teintes. Les flacons de vernis attendent align\u00e9s dans l\u2019ordre. Parfois juste devant la boutique une fille, assise sur un tabouret en plastique de couleur vive (la couleur occupe un grand r\u00f4le dans cet endroit, c\u2019est m\u00eame ce qui en fait l\u2019int\u00e9r\u00eat pour les clientes) attend, le regard dans le vide. Parfois seulement. Une pause (m\u00eame courte) est-elle permise entre deux clientes ? Toujours \u00eatre occup\u00e9e. Toujours travailler. Toujours prendre une main. Toujours avec professionnalisme vernir un ongle. Toujours un autre ongle, une autre main, une autre personne. Trop de mains, trop de doigts, trop d\u2019ongles. Travail \u00e0 la chaine minimaliste et pr\u00e9cis. Combien mesure un ongle&nbsp;? Quelle surface en fin de journ\u00e9e ont-elles vernie? Quelle quantit\u00e9 de solvant ont-elles respir\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Au niveau interm\u00e9diaire, parmi d\u2019autres magasins, un nouveau venu, un magasin d\u2019alimentation bio, un de plus. Tr\u00e8s grandes baies vitr\u00e9es, lumi\u00e8re naturelle. Ici on voit tout ce qu\u2019on ach\u00e8te derri\u00e8re la devanture couleur paille. On choisit ses produits dans les caisses de bois brut pos\u00e9es sur le sol. Pendus au plafond de gros mobiles na\u00effs de coccinelles et de soleils oscillent au gr\u00e9 des all\u00e9es et venues des uns et des autres. \u00c0 l\u2019entr\u00e9e une pile de corbeilles en rotin destin\u00e9es aux futurs achats. A c\u00f4t\u00e9, en vrac des l\u00e9gumes et des fruits. Ils ont l\u2019air propre et d\u00e9contract\u00e9. Je veux dire dispos\u00e9s d\u2019une certaine mani\u00e8re. Comme les personnes qui s\u2019habillent avec soin et sophistication mais o\u00f9 rien de l\u2019attention extr\u00eame qu\u2019ils ont port\u00e9 \u00e0 leur tenue ne doit transparaitre. Donner envie d\u2019acheter le chou aux feuilles un peu jaunies, juste un peu, ou une botte de radis un peu d\u00e9fraichis, la fatigue \u00e9tant un signe de bonne sant\u00e9 naturelle. Au bout des all\u00e9es a\u00e9r\u00e9es, les pr\u00e9sentoirs, toujours en bois brut, de boissons aux jolies \u00e9tiquettes, vin sans conservateur et d\u2019autres articles d\u00e9sirables. Des clients en short ou robe de lin large, chapeau et panier de paille attendent, tr\u00e8s civilis\u00e9s, align\u00e9s, aux caisses. C\u2019est courtois ou \u00e7a en a l\u2019air.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Au niveau sup\u00e9rieur, le plus culturel, en face d\u2019une librairie renomm\u00e9e, les fen\u00eatres tr\u00e8s tr\u00e8s particuli\u00e8res du Conservatoire Pina Bausch. B\u00e2timent de trois \u00e9tages qui a rouvert il y a un an apr\u00e8s des mois de travaux. Tr\u00e8s sp\u00e9ciales les fen\u00eatres-hublots entour\u00e9s d\u2019un vaste rebord m\u00e9talliques couleur brique et de forme carr\u00e9e avec des angles arrondis. C\u2019\u00e9tait dans l\u2019air du temps \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la construction du Centre Beaubourg, ce parti-pris architectural. Mais surtout c\u2019est ce qui se passe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, dont on ne voit rien de l\u2019ext\u00e9rieur qui compte le plus. Au rez-de-chauss\u00e9e, l\u2019entr\u00e9e, portes coulissantes. Mais on ne voit rien du savoir qui se transmet dans les \u00e9tages, on ne voit rien des le\u00e7ons particuli\u00e8res de piano ou des fausses notes des violonistes en devenir. On ne voit rien de la discipline musicale. Qu\u2019y a t-il \u00e0 voir d\u2019un apprentissage du solf\u00e8ge, d\u2019un morceau? On ne voit rien, on n\u2019entend rien de l\u2019ext\u00e9rieur. Par contre quand on est \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une des petites salles pour le\u00e7on particuli\u00e8re, on voit tout. Derri\u00e8re la fen\u00eatre-hublot de deux m\u00e8tres sur deux au moins, on voit la ville, toute la ville, l\u2019ensemble de la ville et m\u00eame un horizon assez d\u00e9gag\u00e9 pour un espace urbain. Ce panorama m\u2019\u00e9voque celui des bureaux pr\u00e9sidentiels des derniers \u00e9tages dominant les buildings de la D\u00e9fense o\u00f9 sans merci on r\u00e8gne sur les affaires de la cit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">VERSO<\/p>\n\n\n\n<p>Niveau inf\u00e9rieur du C.C.C.C (Centre Commercial Croix Chavaux) 14 heures, \u00e7a chauffe. Pr\u00e8s du marchand de guitares, une femme voil\u00e9e parle \u00e0 son t\u00e9l\u00e9phone. Elle gueule. Il est question d\u2019argent. Evidemment. Trop chaud. \u00c7a monte \u00e0 la t\u00eate. \u00c7a chauffe. Elle s\u2019\u00e9nerve devant la vitrine d\u2019instruments de musiques silencieux. Elle est seule \u00e0 parler. Personne n\u2019entend l\u2019autre, ni ses arguments, mais on entend qu\u2019elle n\u2019en veut pas de cet arrangement, parce que le ton monte, monte, monte dans les aigus. En plein soleil en ce jour de belle canicule, elle pourrait hurler \u00e7a ne d\u00e9rangerait personne pour s\u2019entendre, se parler, chanter ou marcher au radar car elle est seule. Le marchand de guitare doit se demander si d\u2019\u00e9nervement elle ne va pas donner un coup de poing ou de pied dans sa vitrine, ou bien s\u2019\u00e9vanouir. Trois pas d\u2019un c\u00f4t\u00e9, trois de l\u2019autre, et elle repart, bille en t\u00eate, elle ne c\u00e8de pas. Elle arpente le buste tr\u00e8s en avant. Rien ne se r\u00e8gle, elle veut son argent. Il lui doit cet argent. Fait vraiment trop chaud. Je la laisse ne pas r\u00e9gler ses affaires.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>RECTO Au milieu du Centre Commercial de la Croix de Chavaux un gros trou. Forme carr\u00e9e de dix m\u00e8tres sur dix environ. Sur le c\u00f4t\u00e9 un escalier m\u00e9canique pour descendre vers le m\u00e9tro, un autre pour en remonter. Un jour sur deux celui qui permet de monter vers les commerces et les rues adjacentes est en panne. 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