{"id":187786,"date":"2025-07-06T18:34:59","date_gmt":"2025-07-06T16:34:59","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=187786"},"modified":"2025-07-06T18:35:00","modified_gmt":"2025-07-06T16:35:00","slug":"il-est-1h30-du-matin-dans-mon-lit-le-miroir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/il-est-1h30-du-matin-dans-mon-lit-le-miroir\/","title":{"rendered":"Il est 1h30 du matin dans mon lit le miroir"},"content":{"rendered":"RECTO <br \/><br \/><br \/>Il est 1h30 du matin dans mon lit, le temps s&rsquo;est suspendu, la nuit est un \u00e9cran, les pens\u00e9es d\u00e9filent, le sommeil ne viendra pas, je pense le sommeil ne viendra plus, tout est \u00e0 la surface, affleurent pens\u00e9es, souvenirs, d\u00e9sirs, envie de hurler, de faire l&rsquo;amour et de dispara\u00eetre, tout est l\u00e0 sans hi\u00e9rachie, tout est mouche noire volante bruyante, tout est tourmente, tout est possible, le d\u00e9sir de sombrer, l&rsquo;envie de se laisser penser, de laisser les choses de la nuit former des remugles, des bulles de sens inattendu, le livre \u00e0 c\u00f4t\u00e9 ne sera d&rsquo;aucun secours, le sens en est trop ferm\u00e9, conduirait \u00e0 l&rsquo;agacement, \u00e0 grincer des dents, \u00e0 d\u00e9sirer plus ou moins, \u00e0 vouloir. Laisser faire la surface, d\u00e9sir de laisser les choses penser flotter doucement, on verra, <br \/><br \/>il est 1h40 du matin dans le lit, au milieu de la pi\u00e8ce sombre un fant\u00f4me et vient une fum\u00e9e, celle des incendies des for\u00eats bor\u00e9ales, tu les observes, l&rsquo;incendie et les animaux qui fuient et tu crispes ta machoire, tu n&rsquo;y peux rien, tu veux juste t&rsquo;approcher du feu, il n&rsquo;a pas de temp\u00e9rature, tu t&rsquo;approches, tu n&rsquo;as plus d&rsquo;imagination, remplacer la solastalgie par l&rsquo;observation, vivre au milieu des fum\u00e9es, \u00ab\u00a0la mort est un ma\u00eetre d&rsquo;Allemagne\u00a0\u00bb revient au milieu de la for\u00eat carbonis\u00e9e, Paul Celan ne me sera d&rsquo;aucun secours, Nous creusons une tombe dans le ciel o\u00f9 l&rsquo;on est pas serr\u00e9, cette certitude vacille, dans l&rsquo;incendie de for\u00eat, tu penses \u00e0 la Rose de Personne, tu cherches o\u00f9 tu as bien pu mettre le livre, disparu de la section po\u00e9sie, donn\u00e9 \u00e0 Liza peut-\u00eatre, mais non, tu la connais \u00e0 peine, laisser certainement sur la table d&rsquo;un h\u00f4tel \u00e0 Chelles, pas s\u00fbr que la ville existe<br \/><br \/>Il est 2h du matin dans la chambre faiblement \u00e9clair\u00e9e par une chandelle, hors temps ridicule, peur du sommeil et de l&rsquo;incendie, avoir l&rsquo;esprit encore de souffler la bougie avant de sombrer<br \/><br \/>il est 2h27 du matin le petit poucet remplace les couronnes des princesses par les bonnets de ses fr\u00e8res, je pense que je voudrais inverser les r\u00f4les, que l&rsquo;ogre soit ogresse du nom de Rachida Dati, la petite poucett&rsquo; aurait 6 s\u0153urs et les bonnets iraient sur les t\u00eates des fils de rachida Dati et de Laurent wauquiez&#8230; les noms des hommes et des femmes politiques tuent la litt\u00e9rature, la litt\u00e9rature est pure, on y parle du monde en ne le nommant qu&rsquo;\u00e0 moiti\u00e9, la moiti\u00e9 d&rsquo;un effleurement, la litt\u00e9rature, esp\u00e8ce d&rsquo;\u00e9rotisme new age, flotter au dessus du monde pour mieux l&rsquo;observer, Rachida Wauquiez en bavant et crachant dit je vais te bouffer, deux fois. Rester dans le lit, ne plus bouger, ne plus respirer, elle ne me trouvera pas, combien de temps rester comme \u00e7a\u00a0? une \u00e9ternit\u00e9 avec quelques secondes, battre un record pour \u00eatre sauver, ou bien dormir&#8230; <br \/><br \/>Il est 03h04, les moutons de Panurge n&rsquo;en finissent pas de fuir vers la for\u00eat de Roybon, au milieu une clairi\u00e8re et en son centre un puits immense, sans fonds, les moutons courent et chutent dans le puits, c&rsquo;est un crat\u00e8re ce puits, pourquoi les moutons ne sautent-ils pas, b\u00eatement, par dessus une barri\u00e8re miniature idiote, les bergers s&rsquo;endorment-ils en comptant leurs moutons et la for\u00eat ne suffit-elle pas \u00e0 \u00e9teindre les lumi\u00e8res&#8230;.<br \/><br \/>Il est 03h59 je fais l&rsquo;amour avec le dieu Pan, des pieds de bouc, la barbiche qui pique, sur mon dos, il s&rsquo;active, il me travaille, je ne sens rien, \u00e0 part une odeur de jasmin, \u00e7a me monte \u00e0 la t\u00eate, pourquoi faut-il que les cha\u00eenes t\u00e9l\u00e9visons en continu existent, je fais l&rsquo;amour avec un dieu, beau comme un homme, je l\u00e8che son torse, je lappe ses seins, langue rappeuse, je bois son ventre, langue de chien, tes cheveux d&rsquo;or Margarete, tes cheveux de cendre Sulamith, tu te souviens quand le Reichstag s&rsquo;est mis \u00e0 br\u00fbler, c&rsquo;\u00e9tait la sid\u00e9ration, bouch\u00e9e b\u00e9e, \u00e0 peine quelque chose d&rsquo;intelligible \u00e0 dire, b\u00e9gayer, c&rsquo;est l\u00e0 que nous avons commenc\u00e9 \u00e0 b\u00e9gayer seulement,&#8230;<br \/><br \/>Il est 04h22 du matin, la terre bouge, tremblement de terre, tu cries, tu te r\u00e9veilles en larme, je parle de moi \u00e0 la deuxi\u00e8me personne du singulier, pas si singulier, tu te souviens de l&rsquo;incendie dans le Miroir de Tarkovski, le plus beau po\u00e8me cin\u00e9matographique, tu avais dit \u00e7a, pens\u00e9 \u00e7a, ressenti \u00e7a, non il n&rsquo;y avait pas de mot, tu penses \u00e9bahissement, une impression merveilleuse, si l&rsquo;homme peut cr\u00e9er une chose pareille, \u00e7a que tu avais pens\u00e9, si l&rsquo;homme peut cr\u00e9er une chose pareil alors nous sommes sauv\u00e9s, le fameux alors, tu n&rsquo;a jamais su le classer le alors, alors quoi\u00a0? alors rien\u00a0! mordre l&rsquo;oreiller quand tu y penses, tu d\u00e9testes les intellectuels, le Reichstag, on dit qu&rsquo;il a br\u00fbl\u00e9 toute la nuit, alors quoi\u00a0? on l&rsquo;a laiss\u00e9 br\u00fbler, pour imprimer le parlement en feu dans la r\u00e9tine des honn\u00eates gens\u00a0? quelqu&rsquo;un aujourd&rsquo;hui a dit que tu \u00e9tais un intellectuel, c&rsquo;est faux mais tu as eu le feu au joue, le miroir, tu ne regardes plus ton visage dans le miroir depuis des semaines, tu ne t&rsquo;aimes pas, je ne ressemble \u00e0 rien de ce que je suis,<br \/><br \/>il est 05h01 du matin dans la chambre, mon corps \u00e0 migrer au sol, la for\u00eat br\u00fble en californie, je suffoque dans la nuit, j&rsquo;ai oubli\u00e9 le nom de Natacha branch\u00e9 \u00e0 moi, \u00e0 l&rsquo;autre bout de moi, rien \u00e0 raconter, rien \u00e0 r\u00e9inventer, aimerait pourtant que ce soit le d\u00e9but d&rsquo;autre chose, la fin des Moi antiques, des identifications simplistes, tirer au fusil sur la source de l&rsquo;incendie pour l&rsquo;\u00e9touffer avant qu&rsquo;il ne grandisse, la for\u00eat des landes br\u00fblent, aimer la catastrophe, elle est esth\u00e9tique, sublime, tu aimes avoir peur\u00a0? <br \/><br \/>Il est 06h00 \u00e7a sent le cram\u00e9, \u00e7a pue la haine, \u00e7a craint, je veux un dernier caf\u00e9, le dernier caf\u00e9, la derni\u00e8re phrase jusqu&rsquo;\u00e0 demain, lorsque l&rsquo;enfant \u00e9tait enfant, il marchait les bras ballant, il voulait que le ruisseau soit rivi\u00e8re&#8230; comme les larmes de sa m\u00e8re, il voulait les boire dans un verre \u00e0 pied,<br \/><br \/><br \/><br \/><br \/>VERSO<br \/><br \/>j&rsquo;h\u00e9site \u00e0 retourner voir ce film de Tarkovski. Ne plus y penser, prendre la veste, descendre l&rsquo;escalier, entrer dans le cinema, et ce souvenir des plans au fur et \u00e0 mesure que le film avance, aspirer \u00e0 retrouver la campagne et les sous-bois comme on d\u00e9sire l&rsquo;enfance. Pourquoi pleurer quand elle fume \u00e0 la barri\u00e8re et regarde l&rsquo;homme qui s&rsquo;avance dans les hautes herbes de printemps, balay\u00e9es par le vent, les herbes sont polymorphes et les espaces sont ouverts, \u00e0 Moscou, plus tard dans le film, tous les personnages seront enferm\u00e9s dans l&rsquo;appartement ou dans les bureaux, le monde s&rsquo;est referm\u00e9, nous avons perdu les for\u00eats, les hautes herbes, le temps ouvert comme un temps d&rsquo;enfance<br \/>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>RECTO Il est 1h30 du matin dans mon lit, le temps s&rsquo;est suspendu, la nuit est un \u00e9cran, les pens\u00e9es d\u00e9filent, le sommeil ne viendra pas, je pense le sommeil ne viendra plus, tout est \u00e0 la surface, affleurent pens\u00e9es, souvenirs, d\u00e9sirs, envie de hurler, de faire l&rsquo;amour et de dispara\u00eetre, tout est l\u00e0 sans hi\u00e9rachie, tout est mouche noire <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/il-est-1h30-du-matin-dans-mon-lit-le-miroir\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Il est 1h30 du matin dans mon lit le miroir<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":696,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7548,1],"tags":[],"class_list":["post-187786","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-rectoverso-02-maylis-de-kerangal-nuit","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/187786","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/696"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=187786"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/187786\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":188893,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/187786\/revisions\/188893"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=187786"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=187786"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=187786"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}