{"id":188463,"date":"2025-07-04T22:05:53","date_gmt":"2025-07-04T20:05:53","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=188463"},"modified":"2025-07-05T13:51:24","modified_gmt":"2025-07-05T11:51:24","slug":"cycle-ete-2025","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/cycle-ete-2025\/","title":{"rendered":"#Cycle \u00e9t\u00e9 2025"},"content":{"rendered":"\n<p>#Recto Verso#<\/p>\n\n\n\n<p>1# Recto<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la station \u00ab&nbsp;La Courneuve &#8211; 8 mai&nbsp; 1945&nbsp;\u00bb, au terminus de la ligne 7, quelques voyageurs, une dizaine seulement par wagon, descendent de la rame.<\/p>\n\n\n\n<p>Hommes et femmes, jeunes et vieux m\u00e9lang\u00e9s, t\u00e9l\u00e9phone \u00e0 la main, \u00e9couteurs sur les oreilles, gravissent sur deux files et dans des rythmes diff\u00e9rents, la vingtaine de marches d\u2019un escalier ciment\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Une dame tra\u00eene difficilement derri\u00e8re elle un caddie \u00e0 roulette tandis qu\u2019une autre demande de l\u2019aide pour soulever sa poussette jusqu\u2019en haut.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques secondes apr\u00e8s, tout le monde se tasse devant deux lourdes portes en verre aux chambranles m\u00e9talliques. Au moment de passer, certains sourient et retiennent les battants \u00e0 d\u2019autres qui endormis, distraits ou m\u00e9contents les laissent se refermer sur les suivants dans un claquement sourd. Chacun choisit ensuite&nbsp; sa direction. Devant moi, la dame au caddie \u00e0 roulettes a ralenti. Elle bifurque sur sa gauche et je lui embo\u00eete le pas. Nous passons d\u2019abord \u00e0 proximit\u00e9 du guichet d\u2019information de&nbsp; la RATP puis devant l\u2019\u00e9tale du marchand de fruits et l\u00e9gumes. Au moment, o\u00f9 je m\u2019appr\u00eate \u00e0 la doubler, un jeune homme \u00e0 la silhouette fr\u00eale fait irruption. C\u2019est un des vendeurs de cigarettes \u00e0 la sauvette qui occupe quotidiennement quelques m\u00e8tres de trottoirs \u00e0 droite de la boulangerie. Ayant pris son \u00e9lan, le gar\u00e7on s\u2019\u00e9l\u00e8ve du sol de quelques centim\u00e8tres seulement en tendant son bras droit vers le haut.&nbsp; L\u00e0, sous mes yeux, il vient de r\u00e9cup\u00e9rer un paquet de clopes dissimul\u00e9 dans un interstice du mur situ\u00e9 entre le plafond et une gaine \u00e9lectrique. Il me fr\u00f4le l\u00e9g\u00e8rement et se met \u00e0 grimper les marches deux par deux. Il a \u00e0 peine vingt ans. Ses traits sont tir\u00e9s. Il arbore une casquette de couleur sombre, un jean slim \u00e9lim\u00e9, un teeshirt rouge et des tennis sans lacets. Il d\u00e9visage les gens qui sortent du m\u00e9tro. Au passage d\u2019un jeune gar\u00e7on de son \u00e2ge, il s\u2019avance l\u00e9g\u00e8rement, montre son paquet et r\u00e9p\u00e8te trois fois \u00e0 toute vitesse : \u00ab&nbsp;Maborro&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Maborro&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Maborro&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La maison de la doctoresse est situ\u00e9e en contrebas de l\u2019all\u00e9e principale qui conduit \u00e0 la r\u00e9sidence. De la terrasse o\u00f9 je d\u00eene, j\u2019aper\u00e7ois cette vaste demeure \u00e0 l\u2019allure toute \u00e0 la fois robuste et distingu\u00e9e. Il s\u2019agit d\u2019une habitation en pierre de meuli\u00e8re qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve sur trois \u00e9tages. Extraite principalement en \u00cele-de-France, cette roche siliceuse et calcaire \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique brute et aux nuances vari\u00e9es conf\u00e8re un caract\u00e8re bourgeois au haut b\u00e2timent. Aujourd\u2019hui, jour le plus chaud de cette \u00e9pisode de canicule, je r\u00e9fl\u00e9chis aux propri\u00e9t\u00e9s isolantes de la meuli\u00e8re. La villa dont seul le dos est visible doit \u00eatre un havre de fra\u00eecheur. J\u2019aimerais pouvoir observer les \u00e9l\u00e9ments architecturaux qui ornent les murs ext\u00e9rieurs et traquer la pr\u00e9sence de mod\u00e9natures sur les corniches mais de l\u00e0 o\u00f9 je suis, je ne suis pas en mesure de pouvoir continuer mon analyse du b\u00e2ti.<\/p>\n\n\n\n<p>La propri\u00e9taire, dont le cabinet au rez-de-chauss\u00e9e n\u2019a jamais d\u00e9sempli, ne comptait pas ses heures. Elle est rest\u00e9e toute sa vie durant, tr\u00e8s attentive \u00e0 ses patients, \u00e9coutant leurs plaintes incessantes et leur effrayante d\u00e9sesp\u00e9rance. En janvier dernier, elle a d\u2019abord perdu son mari. Puis en avril, trois mois jour pour jour apr\u00e8s l\u2019avoir enterr\u00e9, suite \u00e0 un m\u00e9chant virus contract\u00e9 juste apr\u00e8s sa double embolie pulmonaire, elle a succomb\u00e9 \u00e0 son tour. D\u00e9sormais, les fen\u00eatres aux volets blancs sont ferm\u00e9es et un panneau \u00e0 vendre est suspendu au balcon.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vol l\u00e9ger et pr\u00e9cis d\u2019une dizaine de martinets noirs, haut dans le ciel, me d\u00e9tourne de mon songe morbide. Je prom\u00e8ne mon regard sur les arbres immenses qui tr\u00f4nent de part et d\u2019autre de l\u2019\u00e9difice. Je ne saurais dire s\u2019il s\u2019agit de ch\u00e2taigniers. Les oiseaux glissent et planent en poussant des sifflements en trille stridents au dessus de nos t\u00eates tandis que le soleil se couche lentement au loin sur la for\u00eat de Montmorency.<\/p>\n\n\n\n<p>Du bureau situ\u00e9 au premier \u00e9tage, on aper\u00e7oit en contrebas une arri\u00e8re cour quadrangulaire dans laquelle ont \u00e9t\u00e9 entrepos\u00e9es de nombreuses brouettes vertes. Encastr\u00e9es les unes dans les autres, ces derni\u00e8res reposent en plusieurs files indiennes et dans un \u00e9quilibre pr\u00e9caire sur un mur ciment\u00e9 d\u2019une vingtaine de m\u00e8tres de long. Un peu plus loin, dans ce m\u00eame espace, des fragments de meules va-et-vient ont \u00e9t\u00e9 stock\u00e9es provisoirement sur des palettes en bois. Chacune porte une \u00e9tiquette plastifi\u00e9e avec un num\u00e9ro \u00e9crit au stylo ind\u00e9l\u00e9bile. Dans le coin gauche, on peut \u00e9galement apercevoir un amoncellement de caisses allibert de couleur rouge ainsi que trois vieux r\u00e9frig\u00e9rateurs blancs. Dans cette partie du site, une vieille palissade, d\u00e9lav\u00e9e par les pluies incessantes de l\u2019hiver dernier, sert de ligne d\u00e9marcative entre le quartier r\u00e9sidentiel et la zone o\u00f9 nous travaillons.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques m\u00e8tres seulement derri\u00e8re cette fragile cl\u00f4ture, se dresse un bloc d\u2019immeubles r\u00e9cents. C\u2019est dans ce contexte qu\u2019appara\u00eet \u00e0 la fen\u00eatre d\u2019un appartement du 3e \u00e9tage, \u00e0 9 heures pr\u00e9cises, tous les jours de la semaine, un petit monsieur asiatique. De maigre corpulence, il porte toujours sur lui un tricot de peau. Ses cheveux noirs corbeaux contrastent \u00e9tonnamment avec la couleur blanche de son habit. Il se place g\u00e9n\u00e9ralement face \u00e0 sa fen\u00eatre et ex\u00e9cute \u00e0 tr\u00e8s grande vitesse et sans aucune pause, pendant plus de deux heures, de nombreuses s\u00e9ries d\u2019exercices physiques. Seuls ses bras sont visibles. Il les balance de mani\u00e8re saccad\u00e9e de part et d\u2019autre de son corps. S\u2019agit-il d\u2019un conditionnements physiques au Kung-Fu ou \u00e0 un autre art martial ? Nul ne le sait ! \u00c0 la fin de chacun de ses entra\u00eenements, il \u00e9tend son slip kangourou et ses chaussettes \u00e0 la rambarde de son balcon.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>1 # Verso<\/p>\n\n\n\n<p>Lundi soir, 18h30, \u00e0 la station de m\u00e9tro \u00ab&nbsp;Fort d\u2019Aubervilliers&nbsp;\u00bb. Deux femmes montent dans le wagon en discutant. Au moment o\u00f9 le \u00ab&nbsp;bip-bip-bip&nbsp;\u00bb signalant la fermeture des portes se fait entendre, elles s\u2019assoient c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te et poursuivent leur conversation.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;C\u2019est effarant ! Pour la plupart, ils n\u2019ont rien compris ou n\u2019ont pas su lire attentivement le texte&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Elles sont enseignantes et \u00e9voquent la correction des copies de l\u2019\u00e9preuve de fran\u00e7ais du brevet des coll\u00e8ges. La plus \u00e2g\u00e9e des deux approche de la soixantaine. Elle porte une longue robe bleue en lin et des sandales en cuir marron. Elle semble \u00e9puis\u00e9e et essaie de dissimuler d\u2019une main discr\u00e8te ses b\u00e2illements successifs. L\u2019autre, quarante ans tout au plus, est en train de lui exposer dans le menu d\u00e9tail, les perles relev\u00e9es dans les devoirs corrig\u00e9s. Un grondement de moteur retentit au d\u00e9marrage de la rame. Le bruit monte progressivement en intensit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;Ils ont r\u00e9pondu majoritairement qu\u2019elle venait comme \u00e9l\u00e8ve dans un nouveau lyc\u00e9e o\u00f9 se trouvait un internat. J\u2019ai m\u00eame eu droit \u00e0 un&nbsp; : \u00ab&nbsp;elle va travailler dans un restaurant ou un bar comme serveuse&nbsp;\u00bb. Ou encore : \u00ab&nbsp;elle vient visiter la ville&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; \u00ab&nbsp;Je te confirme l\u2019\u00e9tendue des d\u00e9g\u00e2ts ! Sur trente copies, 5 seulement ont mentionn\u00e9 que la narratrice venait enseigner&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La femme aux longs cheveux ch\u00e2tains s\u2019interrompt. Le conducteur du m\u00e9tro attaque une portion du trajet o\u00f9 la v\u00e9tust\u00e9 des voies amplifie les chuintements, les cliquetis et les vrombissements. Toute conversion devient alors inaudible et il n\u2019y a pas d\u2019autres solutions que de se taire et que d\u2019attendre patiemment la prochaine station.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autre, les cheveux courts et bruns, tente de remettre correctement sa boucle d\u2019oreille dont le fermoir visiblement ne fonctionne plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Le m\u00e9tro arrive \u00e0 Porte de la Villette.<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><\/ul>\n\n\n\n<p>Je me l\u00e8ve pour descendre et changer de ligne. Une annonce sonore est diffus\u00e9e dans un haut-parleur. Une voix automatis\u00e9e informe les usagers de la fermeture de la station \u00ab&nbsp;H\u00f4tel de Ville&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>#Recto Verso# 1# Recto \u00c0 la station \u00ab&nbsp;La Courneuve &#8211; 8 mai&nbsp; 1945&nbsp;\u00bb, au terminus de la ligne 7, quelques voyageurs, une dizaine seulement par wagon, descendent de la rame. 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