{"id":18854,"date":"2019-11-16T20:48:01","date_gmt":"2019-11-16T19:48:01","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=18854"},"modified":"2019-12-04T18:19:28","modified_gmt":"2019-12-04T17:19:28","slug":"its-a-so-long-way-from-home","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/its-a-so-long-way-from-home\/","title":{"rendered":"It&rsquo;s a so long way from home"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Pour la proposition #12, je n&rsquo;ai lu que le r\u00e9sum\u00e9 \u00e9crit. Puis m&rsquo;est venue cette id\u00e9e.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Six heures cinquante-neuf. Le convoi se met en branle, un\nlong wagon articul\u00e9, bien illumin\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur tandis que, au dehors, le jour\ntarde \u00e0 se dire sous les derniers n\u00e9ons de la gare, les lampadaires de l\u2019avenue\nque longent les rails, les quelques plafonniers \u00e0 deux ou trois fen\u00eatres des\nimmeubles qui s\u2019\u00e9loignent. Tout au fond, l\u2019homme vient d\u2019accrocher sa bicyclette,\nla femme cale la poussette, le jeune se tasse sur le si\u00e8ge bleu, la t\u00eate dans\nles \u00e9paules et les mains encore dans les poches. L\u2019enfant babille. La m\u00e8re lui\nparle. Son compagnon s\u2019assoit. Un peu plus en avant, l\u2019homme au pantalon gris parcourt\n\u00e0 grands pas le couloir imaginaire de cet open-space sur roues en acier comme\npour choisir un lieu tout \u00e0 lui loin des autres. Il passe \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une\n\u00e9tudiante, d\u2019un professeur, de deux touristes slaves et d\u2019une jeune nig\u00e9riane. Il\nretrouve cette place, sur le c\u00f4t\u00e9 gauche, pr\u00e8s de la fen\u00eatre, juste avant les\ndeux marches qui portent vers la plate-forme o\u00f9 les voyageurs montent et\ndescendent. C\u2019est quand le train marque un arr\u00eat sans voyageurs mais avec co\u00efncidence,\ncar j\u2019oubliais de dire qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une voie, qu\u2019il commence sa pri\u00e8re, assez\ndiscr\u00e8tement, mais jamais assez. Dans le silence endormi de cet organisme\nvivant, m\u00eame le plus minime des murmures est un brouhaha assourdissant. Au second\narr\u00eat, dans la ville de M., les quatre chauffeurs routiers montent pour\nrejoindre leur base, \u00e0 A. Aujourd\u2019hui, ils sont d\u2019humeur malingre se lan\u00e7ant un\nbonjour-bienvenue, saluant leur coll\u00e8gue mont\u00e9 \u00e0 peu avant, discutent du\nprogramme de la journ\u00e9e, de l\u2019autre jours qui n\u2019\u00e9tait pas extra ou du lendemain\navec ses tracas, du match de foot de la veille et de l\u2019\u00e2ge du capitaine. Quelqu\u2019un\n\u00e9coute une chanson, sans \u00e9couteurs. \u00c0 l\u2019arr\u00eat suivant, trois-quatre voyageurs\nmontent. Ils sont press\u00e9s, s\u2019assoient vite et s\u2019enferment tout aussi rapidement\ndans leur sommeil interrompu. Deux arr\u00eats plus loin, les lyc\u00e9ens prennent d\u2019assaut\nle convoi qui s\u2019\u00e9branle le long de deux hautes falaises de calcaire comme si,\nd\u00e9j\u00e0, les vastes plaines du Sud ne pouvaient qu\u2019ensauvager les prisonniers consentants\nde cette diligence moderne et sophistiqu\u00e9e o\u00f9 une voix, masculine et parfois\nsuave, \u00e9gr\u00e8ne avec une pr\u00e9cision suisse les noms de chaque arr\u00eat, rassurant le\nvoyageur de leur r\u00e9gularit\u00e9 sinon de leur ponctualit\u00e9. Le convoi s\u2019enfonce plus\nencore dans le jour, traverse la for\u00eat, les roches, le maquis jusqu\u2019\u00e0 se que se\ndessine la ligne blanche et virginale de la ville aux haut murs. Il faut encore\npasser les champs o\u00f9 croissent l\u2019\u00e9t\u00e9 les asphod\u00e8les.<\/p>\n\n\n\n<p>Six heures cinquante-neuf. Il r\u00e9alise, alors qu\u2019il vient de lancer les moteurs, qu\u2019il a oubli\u00e9 son sandwich sur la table de la cuisine. En accrochant son v\u00e9lo, il vient de faire un accroc \u00e0 sa veste. Il faudra qu\u2019il repasse \u00e0 la paroisse et tente de se faire donner un nouveau blouson ou une parka. On va vers l\u2019hiver et, m\u00eame si les temp\u00e9ratures sont cl\u00e9mentes avec ce vent de Sirocco qui ne cesse de souffler, rien ne dit qu\u2019il ne fera pas tr\u00e8s froid du jour au lendemain. L\u2019homme s\u2019assoit sur le strapontin et regarde sa femme et sa fille. Ils feront la qu\u00eate \u00e0 M. et ont appris \u00e0 faire profil bas dans le train. Ils paient leurs billets. On ne peut plus faire autrement depuis que les sorties de la gare ne sont possibles qu\u2019en pr\u00e9sentant le code QCR sous le rayon infrarouge du \u00ab&nbsp;tourniquet&nbsp;\u00bb. Mais c\u2019est aussi que comme tous les autres voyageurs, l\u2019heure n\u2019est pas \u00e0 l\u2019exub\u00e9rance, encore moins quand les regards se posent sur la fillette. Mais comment l\u2019emmener \u00e0 la maternelle quand on est paria&nbsp;? L\u2019\u00e9tudiante ne voit pas l\u2019homme en pantalon gris. Elle appelle son fianc\u00e9 qui l\u2019a accompagn\u00e9 \u00e0 la gare pour lui dire qu\u2019elle est bien dans le wagon. Le professeur sait que l\u2019homme va dire sa pri\u00e8re. Au d\u00e9but cela l\u2019irritait fortement. Elle voulait sombrer dans la non-nuit perdue et le voyage-silence sous les lumi\u00e8res un peu trop crues tandis que le jour tra\u00e7ait au dehors sa route timide. Puis elle comprit que cela ne durait qu\u2019une quinzaine de minutes. \u00c0 moins, qu\u2019\u00e0 force, elle ne l\u2019entendait plus. L\u2019un des chauffeurs pensait \u00e0 sa copine et combien il aurait voulu d\u2019elle. Mais avec les coll\u00e8gues il restait convenu qu\u2019on ne parlait que d\u2019itin\u00e9raire, livraisons et matchs de foot. \u00c9ventuellement des enfants, pour qui en avaient et seulement s\u2019ils \u00e9taient ou \u00e0 leur derni\u00e8re ann\u00e9e de lyc\u00e9e ou d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la fac. Encore que ces derniers jours, c\u2019\u00e9tait surtout une question d\u2019itin\u00e9raire \u00e0 cause des travaux sur la nationale. La jeune femme nig\u00e9riane entama une conversation t\u00e9l\u00e9phonique avec sa coll\u00e8gue \u00e0 propos du mac, puis v\u00e9rifia qu\u2019elle avait tout ce qu\u2019il fallait dans son petit sac. Parler anglais permettait de discuter en toute impunit\u00e9 mais il est vrai que l\u2019intonation cachait mal le contenu et le contentieux. Mais qu\u2019importe si les gens comprenaient dans m\u00eame s\u2019avoir qu\u2019elle allait in\u00e9vitablement descendre \u00e0 L., la zone industrielle de C., prise entre oliveraies, entrep\u00f4ts et route en construction. Une aubaine. Ou un esclavage. Non. Une n\u00e9cessit\u00e9. Un impossibilit\u00e9 \u00e0 faire autrement. Les voix sont d\u00e9sormais trop nombreuses, trop juv\u00e9niles. Certains s\u2019endorment. D\u2019autres \u00e9coutent \u00e0 deux de la musique. Un ou deux essaient de r\u00e9viser \u00ab&nbsp;comment lit-on l\u2019emballage des \u0153ufs&nbsp;\u00bb, une troisi\u00e8me parle de sa d\u00e9couverte de la langue allemande. La for\u00eat regarde passer le train et l\u2019\u00e9tendue \u00e0 peine labour\u00e9e aime \u00e0 savoir qu\u2019elle nourrit la mystique de certains voyageurs qui se demandent \u00ab&nbsp;mais pourquoi s\u2019arr\u00eater si longtemps ici, au milieu de rien&nbsp;?&nbsp;\u00bb. La ville de A. est encore \u00e0 quelques kilom\u00e8tres. L&rsquo;espace tout autour est l&rsquo;immensit\u00e9 des possibles. Il fait jour.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"539\" height=\"719\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/WP_000020.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-18855\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/WP_000020.jpg 539w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2019\/11\/WP_000020-315x420.jpg 315w\" sizes=\"auto, (max-width: 539px) 100vw, 539px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour la proposition #12, je n&rsquo;ai lu que le r\u00e9sum\u00e9 \u00e9crit. Puis m&rsquo;est venue cette id\u00e9e. Six heures cinquante-neuf. 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