{"id":188564,"date":"2025-07-05T15:27:23","date_gmt":"2025-07-05T13:27:23","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=188564"},"modified":"2025-07-05T15:27:23","modified_gmt":"2025-07-05T13:27:23","slug":"rectoverso-02-routes-croisees-routes-perdues","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-02-routes-croisees-routes-perdues\/","title":{"rendered":"#rectoverso #02 | Routes crois\u00e9es\/routes perdues"},"content":{"rendered":"\n<p>Recto<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, je rentrerais bien tout de suite chez moi, l\u00e0. Mais \u00e9videmment tributaire de L\u00e9a, ses envies, ses amours, son mec. Ils passent leur temps \u00e0 s\u2019embrasser depuis qu\u2019il est arriv\u00e9 au bar. Il a pos\u00e9 son v\u00e9lo, nous a salu\u00e9s et ne s\u2019est plus d\u00e9coll\u00e9 de L\u00e9a. C\u2019est mignon et chiant \u00e0 la fois. C\u2019est trop. Ninon pr\u00e9tend que je suis jalouse, c\u2019est faux. Mais c\u2019est peut-\u00eatre la canicule, sale petite chienne qui me porte sur les nerfs. Je tapote sur la table mon index autour de chaque doigt, main largement \u00e9cart\u00e9e, comme on fait avec un couteau, en allant de plus en plus vite, sauf que je ne risque pas de m\u2019embrocher. Vu mon \u00e9tat d\u2019\u00e9puisement, c\u2019est ce qui se produirait si c\u2018\u00e9tait avec une lame. Je l\u2018imagine bien aff\u00fbt\u00e9e entaillant ma chair, rougie, sanguinolente. J\u2019imagine les autres inquiets. Ils voudraient aller aux urgences. Je dirais <em>non, non, pas besoin<\/em>. Il suffirait que je rentre chez moi, ma m\u00e8re mettrait un pansement. Alors, elle serait bien oblig\u00e9e de quitter son mec pour me raccompagner. Allez dans dix minutes, je lui dis que je n\u2019en peux plus.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, je respire mieux, dans l\u2019air pourtant moite mais le vent lev\u00e9 pousse vers moi un souffle l\u00e9ger, salutaire, soul\u00e8ve la densit\u00e9 et l\u2019\u00e9paisseur chaude, l\u2019\u00e9loigne, alors je me risque sur le pas de la porte pour voir un peu qui passe, si le voisin tire encore sec sur la laisse de son chien, si le bar-tabac du coin est anim\u00e9 mais il semble mort, je parie qu\u2019il y a les trois vieux habitu\u00e9s et c\u2019est tout. Je regarde les deux nanas court v\u00eatues, probablement des \u00e9tudiantes. Des filles tout droit sorties de ma jeunesse, de mes souvenirs comme d\u2019une pochette surprise. Celles-l\u00e0 se dirigent vers le parking. Elles n\u2019habitent pas le centre ville, peut-\u00eatre <em>les quartiers<\/em> ou plus loin encore. Et moi je les regarde s\u2019\u00e9loigner, seul sur le pas de la porte, \u00e0 fumer mon petit b\u00e9do, tout seul.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, je ne sais plus si j\u2019ai bien fait de me remettre avec Matt. \u00c7a fait deux fois qu\u2019on casse, deux fois qu\u2019on se remet ensemble. Pourtant quand on sort \u00e0 plusieurs c\u2019est top. C\u2019est quand on est en t\u00eate \u00e0 t\u00eate que \u00e7a se g\u00e2te. Et je voyais bien que Cha nous regardait de travers. Elle a dit qu\u2019elle \u00e9tait crev\u00e9e mais j\u2019ai senti de la d\u00e9sapprobation de sa part. Je suis s\u00fbre qu\u2019elle voit d\u2019un mauvais \u0153il que je me remette avec Matt. Rien \u00e0 voir avec de la jalousie, je le sais. Ninon se plante total. Je le sais parce qu\u2019elle est amoureuse de quelqu\u2019un d\u2019autre. Quelqu\u2019un qu\u2019on ne conna\u00eet pas, un genre de relation secr\u00e8te. Si \u00e7a se trouve c\u2019est un mec mari\u00e9. Ou une nana mari\u00e9e. Cha est tellement myst\u00e9rieuse quand il s\u2019agit de sa vie priv\u00e9e qu\u2019on imagine facilement tout et n\u2019importe quoi. J\u2019ai tout imagin\u00e9 mais finalement, je m\u2019en fiche, c\u2019est mon amie. On y est presque. A cette heure-ci le parking est d\u00e9sert mais c\u2019est bien \u00e9clair\u00e9, on a l\u2019habitude. On n\u2019a pas peur, presque pas. On joue \u00e0 se faire peur. Des fois je me demande si c\u2019est comme <em>crier au loup<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, j\u2019aime tra\u00eener encore un peu entre les hauts murs d\u2019enceinte, voir les automobilistes quitter le parking. Les deux n\u00e9nettes qui viennent d\u2019y entrer, je parie qu\u2019elles en sortent dans dix minutes maxi. Je me demande bien dans quoi je vais les voir d\u00e9bouler. Une mini rutilante, une vieille Peugeot d\u00e9catie, genre 205, ou alors elles ont un parent friqu\u00e9 et elles roulent dans une Kia toute neuve, une hybdride, je parie. Quand je pense \u00e0 ma caisse toujours gar\u00e9e dans cette d\u00e9charge \u00e0 ciel ouverte, \u00e7a fait bien 5 ans d\u00e9j\u00e0\u00a0! Elle doit \u00eatre morte maintenant. Je n\u2019ai pas plus de fric aujourd\u2019hui qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque o\u00f9 je l\u2019ai abandonn\u00e9e. Je me demande si des plantes l\u2019ont colonis\u00e9e, je la verrais bien avec du lierre grimp\u00e9 dessus ou de la vigne vierge, ce serait beau, ce serait une \u0153uvre d\u2019art. J\u2019y connais rien mais je suis s\u00fbr qu\u2019un truc pareil pourrait s\u2019exposer. Si \u00e7a se trouve \u00e7a rapporterait m\u00eame. Quand on voit ce qu\u2019on voit. On se laisse tellement facilement enfumer. Ah, les voil\u00e0. Firefly, c\u2019est quoi cette marque\u00a0? <\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, j\u2019aimerais pouvoir dormir. J\u2019aimerais fermer l\u2019\u0153il et sombrer, ne plus penser \u00e0 rien. Au lieu de \u00e7a, je reste plant\u00e9e devant ma fen\u00eatre devant la voie rapide \u00e0 regarder les voitures passer. M\u00eame \u00e0 cette heure avanc\u00e9e, il y a encore de la circulation. Il y a encore des gens qui aiment, qui vivent. Des gens qui vont quelque part, d\u2019autres qui sont attendus. Les envier ne changera pas ma vie mais imaginer d\u2019autres existences remplit la mienne. C\u2019est ce qu\u2019on appelle vivre par procuration.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, j\u2019esp\u00e8re un sms, un mail, un appel. Rien ne vient et j\u2019attends. Avec lui, je ne fais que \u00e7a attendre. On avait rendez-vous sur l\u2019aire de N\u00eemes-Marguerite. J\u2019avais pris un blablacar expr\u00e8s. Il devait venir me chercher. Nous devions partir en week-end. Il n\u2019est pas l\u00e0. Il n\u2019est pas venu et n\u2019a pas envoy\u00e9 de message. Il m\u2019a <em>ghost\u00e9<\/em>. Putain, comment j\u2019ai pu croire qu\u2019il viendrait&nbsp;?J\u2019ai envoy\u00e9 trente messages en une heure et rien, pas un mot, aucun signe de vie. Je suis l\u00e0 comme une conne sur une aire d\u2019autoroute o\u00f9 je vais probablement passer la nuit, \u00e0 zoner dans l\u2019espace de service. J\u2019attendrai la fin de la nuit pour r\u00e9server un blablacar si j\u2019en trouve un. Je l\u2019attendrai sans doute une partie de la matin\u00e9e voire plus. Ou alors je pourrais faire du stop. Quelle dose d\u2019inconscience ou de confiance faut-il avoir pour r\u00e9ussir \u00e0 sauter le pas. Et peut-\u00eatre d\u2019abord combattre la timidit\u00e9 qui me tenaille et me paralyse. Pourquoi est-ce que je me fais toujours avoir comme \u00e7a&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, je devrais d\u00e9j\u00e0 \u00eatre arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019aire d\u2019autoroute. Comment peut-on \u00e0 la fois crever et faire tomber son t\u00e9l\u00e9phone dans le foss\u00e9 ? Mais quel con&nbsp;! C\u2019est pas possible autant de malchance et de maladresse. Para\u00eet que quand \u00e7a commence comme \u00e7a, on est bon pour une troisi\u00e8me tuile. La loi des s\u00e9ries. En plus, \u00e7a fait au moins deux heures qu\u2019elle poireaute. Et dire que je ne peux pas la joindre, au milieu de nulle part, en pleine campagne, je n\u2019y vois rien, je n\u2019ai pas le led du tel. Elle va me faire la gueule, c\u2019est s\u00fbr. Double peine. Ou triple. La loi des s\u00e9ries.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, je n\u2019ai rien \u00e0 perdre. Ni rien \u00e0 gagner \u00e0 partir. Tailler la route. Prendre le large. Je me suis pris un caf\u00e9 sur cette aire d\u2019autoroute plut\u00f4t fr\u00e9quent\u00e9e, \u00e7a sent les d\u00e9buts de d\u00e9part en vacances. Les gens vont et viennent, toilettes, achat de derni\u00e8re minute, chips-sandwiches-bonbecs, une boisson et repartent. Personne ne reste sur une aire d\u2019autoroute \u00e0 cette heure-ci. Sauf cette fille. C\u2019est \u00e9trange cette fille toute seule, avec sa valise, qui a l\u2019air d\u2019attendre quelqu\u2019un. Ou rien. Va savoir, les gens, on ne sait jamais ce qu\u2019il peut leur jaillir dans le cr\u00e2ne. Je lui trouve un air triste. Ou furax. Ou abattue. Ou tout \u00e7a \u00e0 la fois. Je suis \u00e0 deux doigts d\u2019aller la voir, de lui proposer de l\u2019emmener, la raccompagner mais j\u2019ai peur qu\u2019elle se m\u00e9prenne sur mes intentions. J\u2019essaie de ne pas la fixer, je d\u00e9tourne mon regard, je sais qu\u2019il peut mettre mal \u00e0 l\u2019aise, je n\u2019ai pas envie qu\u2019elle s\u2019imagine que je la d\u00e9taille, que je la d\u00e9shabille, jamais de la vie. Si elle savait\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, j\u2019esp\u00e8re toujours que quelque chose va se passer, de bien ou de mal, mais quelque chose dans ma vie morne, trop vide, un trou noir qui absorbe tout. Quoi que je fasse pour la remplir. Puits sans fond. A quoi bon se poser des questions sur l\u2019espace, le temps, l\u2019appartenance \u00e0 un milieu, une inexistence inachev\u00e9e mais parfaitement achevable. Je n\u2019ai pas ce courage-l\u00e0. Je n\u2019ai que celui de tourner en rond entre moi et moi, circulation parfaitement circulaire, m\u00eame sur cette grande ligne droite en pleine campagne. La seule chose que j\u2019aurais \u00e0 craindre serait de percuter un animal sauvage, un sanglier par exemple. Et tout ce que je risquerais c\u2019est un peu de t\u00f4le froiss\u00e9e, un pare-choc ou des porti\u00e8res d\u00e9fonc\u00e9es. Et une b\u00eate morte par ma faute. Ou pire, bless\u00e9e et agonisante. Je ne saurais pas l\u2019achever. Je n\u2019en aurais pas la force. Je ne sais m\u00eame pas si j\u2019en aurais la capacit\u00e9 physique. Non, ne pas penser \u00e0 \u00e7a, juste continuer \u00e0 m\u2019enfoncer dans le noir, les cypr\u00e8s dor\u00e9s de lumi\u00e8re sur le bas-c\u00f4t\u00e9, foss\u00e9s \u00e0 perte de vue \u00e0 droite, vignes \u00e0 gauche, \u00e0 peine visibles dans l\u2019obscurit\u00e9. J\u2019acc\u00e9l\u00e8re pour sentir, vitres ouvertes, l\u2019air me fouetter le visage. Cette fa\u00e7on de se sentir vivant.<\/p>\n\n\n\n<p>Verso<\/p>\n\n\n\n<p>Il est mort depuis plusieurs semaines et c\u2019est une r\u00e9trospective compl\u00e8te. La plupart de ses longs-m\u00e9trages sont diffus\u00e9s \u00e0 l\u2019Utopia Manutention. Ce soir, c\u2019est particulier, un metteur en sc\u00e8ne <em>nourri par le travail de David Lynch qu\u2019il admire,<\/em> anime la s\u00e9ance avant et apr\u00e8s la projection. Je suis curieuse et enthousiaste. Cet \u00e9change, la discussion men\u00e9e avec les autres spectateurs, le partage de nos impressions, de notre admiration. J\u2019ai surtout h\u00e2te de voir ce film que je n\u2019ai vu sur grand \u00e9cran qu\u2019\u00e0 sa sortie. J\u2019ai une certaine f\u00e9brilit\u00e9 comme pour un rendez-vous amoureux, et la main moite sur le volant. Sortie d\u2019autoroute-voie rapide-berges du Rh\u00f4ne-parking. Je pr\u00e9f\u00e8re me garer loin et profiter de la nuit qui suit, dans le silence froid de la ville pour prolonger le myst\u00e8re, l\u2019ambiance onirique, cette impression d\u2019\u00e9trange et d\u2019effroi, entretenir le frisson le long des remparts d\u00e9sert\u00e9s, ressentir ce petit pincement de peur. <br>Devant la salle, il y a la queue, je ne suis pas la seule \u00e0 rendre hommage mais il y a aussi des curieux, des jeunes gens qui ne connaissent pas vraiment son \u0153uvre, qui viennent pour d\u00e9couvrir. J\u2019ai un ticket d\u2019avance, \u00e7a va vite, j\u2019entre rapidement dans la salle, je m\u2019assieds en plein milieu, je veux ressentir l\u2019\u00e9nergie de tout c\u00f4t\u00e9. A droite et \u00e0 gauche, deux trentenaires, dont l\u2019un semble tr\u00e8s bien conna\u00eetre, avoir d\u00e9j\u00e0 vu le film. Je ne sais pas pourquoi, j\u2019en suis reconaissante, en connivence et je me sens mieux respirer. La salle se remplit peu \u00e0 peu, elle sera quasi pleine, tous \u00e2ges confondus. La pr\u00e9sentation du film est succincte pour ne pas d\u00e9florer, garder intacte la d\u00e9couverte, la magie du film (quelques jours apr\u00e8s, deux \u00e9tudiants en cin\u00e9ma pr\u00e9senteront le deuxi\u00e8me de la trilogie \u00ab\u00a0Hollywood\u00a0\u00bb et replaceront l\u2019auteur et le film dans son contexte historique et politique, \u00e0 l\u2019avant-garde d\u2019un pr\u00e9-me-too hollywoodien mais c\u2019est une autre histoire).<br>La salle plong\u00e9e dans la p\u00e9nombre, je me laisse couler dans le g\u00e9n\u00e9rique de d\u00e9but, cette route perdue, sans fin, cette route d\u2019insomnie, nuit noire et seulement la lumi\u00e8re des phares pour \u00e9clairer la ligne jaune discontinue et avaler les kilom\u00e8tres. La route ind\u00e9finie, hypnotique, et la voix envo\u00fbtante de Bowie. Juste \u00e7a et je suis partie, envol\u00e9e, ailleurs. Je connais le film par c\u0153ur mais c\u2019est comme si je le voyais pour la premi\u00e8re fois. D\u2019imperceptibles d\u00e9tails invisibles sur petit \u00e9cran me sautent aux yeux, c\u2019est un aiguillon qui me pique, un secret r\u00e9v\u00e9l\u00e9. Subjugu\u00e9e, je bois, je me gorge, je suis une \u00e9ponge o\u00f9 s\u2019impriment les \u00e9motions, prise \u00e0 la gorge, au ventre, jusqu\u2019aux pores ouverts de la peau. La musique y entre, le<em> sound design<\/em> du r\u00e9alisateur me fusille \u00e0 chaque fois et ses images me transperce, le noir surtout, profond comme un Soulages. Je flotte dans l\u2019ineffable, je me laisse porter dans la folie douce et t\u00e9n\u00e9breuse \u00e0 la fois. Saisie.<br>Quand la lumi\u00e8re revient, il nous faut \u00e0 tous un temps de silence avant de parler du film. Au d\u00e9but j\u2019en suis incapable. Muette, j\u2019\u00e9coute, encore habit\u00e9e par la puissance et l\u2019atmosph\u00e8re lynchiennes. Ce n\u2019est que presque \u00e0 la fin que je trouve au bout de ma langue le fr\u00e9tillement de mots indispensables. Apr\u00e8s, j\u2019\u00e9change encore seule \u00e0 seul avec le metteur en sc\u00e8ne avant de sortir de la salle. Puis, je m\u2019\u00e9loigne rapidement pour humer la nuit qui me capture. Le froid me gifle , je ressens pleinement les sensations, porosit\u00e9 tactile, \u00e0 vif, le corps imbib\u00e9 de brouillard, je marche lentement. Le noir m\u2019enveloppe et je choisis les ruelles les plus sombres pour regagner la rue de la Carreterie et la sortie des remparts. Je veux me maintenir encore un peu dans le trouble. Sur le parking, les lumi\u00e8res jaunes font danser les feuillages des platanes. Je ne croise personne. Dans la voiture, je r\u00e9fr\u00e8ne mon envie de rouler \u00e0 tombeaux ouverts mais je me passe en boucle <em>I\u2019m deranged<\/em>. Le c\u0153ur acc\u00e9l\u00e8re avec la voiture, ne se calme pas et les nerfs vibrent et tressaillent plus fort sur la voie d\u2019acc\u00e8s de l\u2019autoroute, rien dans l\u2019organisme ne d\u00e9c\u00e9l\u00e8re et la nuit p\u00e9n\u00e8tre plus loin en moi, jusqu\u2019\u00e0 la sortie, le village, la rue, le garage, l\u2019escalier, le lit o\u00f9 perdure l\u2019impression tenace, l\u2019image brouill\u00e9e du r\u00eave o\u00f9 j\u2019esp\u00e8re me fondre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Recto \u00e0 ce stade de la nuit, je rentrerais bien tout de suite chez moi, l\u00e0. Mais \u00e9videmment tributaire de L\u00e9a, ses envies, ses amours, son mec. Ils passent leur temps \u00e0 s\u2019embrasser depuis qu\u2019il est arriv\u00e9 au bar. Il a pos\u00e9 son v\u00e9lo, nous a salu\u00e9s et ne s\u2019est plus d\u00e9coll\u00e9 de L\u00e9a. 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