{"id":188618,"date":"2025-07-05T19:19:18","date_gmt":"2025-07-05T17:19:18","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=188618"},"modified":"2025-07-05T19:51:16","modified_gmt":"2025-07-05T17:51:16","slug":"calme-est-la-nuit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/calme-est-la-nuit\/","title":{"rendered":"#rectoverso #02 | Calme est la nuit"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, je constate que l&rsquo;\u00e9picerie de nuit est ferm\u00e9e, que la circulation des voitures s&rsquo;est tout \u00e0 fait calm\u00e9e mais que les cigales cabotineuses comme en plein jour, vocalisent \u00e0 qui mieux-mieux. L&rsquo;une d&rsquo;abord. Ses soeurs suivent. Ensuite, un de leurs groupes s&rsquo;arr\u00eate avant de reprendre avec d&rsquo;autres en canon. A cette heure, elles devraient \u00eatre couch\u00e9es et endormies.Le voisin \u00e0 sa fen\u00eatre, sans doute \u00e9nerv\u00e9 comme moi, d\u00e9cide qu&rsquo;un concert -lui tout seul- serait appropri\u00e9 \u00e0 la situation. Il entonne le tube Que je t&rsquo;aime.e que je t&rsquo;aime.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, pourquoi ne pas se relever et aller farfouiller dans le frigo histoire de pointer ce qui s&rsquo;y tient enferm\u00e9 et not\u00e9 ce qui y manque ? Pourquoi ne pas sortir quelques l\u00e9gumes, commencer \u00e0 les \u00e9plucher ainsi qu&rsquo;un oignon, pourquoi ne pas les faire revenir \u00e0 feu doux ? La cuisine \u00e9vite les reproches manger \u00e9vite les reproches. Le choeur des cigales pourra bien chanter tout son saoul, le fan de Johnny aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, rien n&rsquo;est plus follement beau que de me diriger vers Saint Michel \u00e0 cheval terrassant son dragon. Il est install\u00e9 au -dessus du radiateur et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la porte-fen\u00eatre. L&rsquo;hiver, il est au chaud et sinon un pan de rideau peut presque le cacher. Car sous son air bravache, c&rsquo;est un timide. Heureusement que son cheval arnach\u00e9 richement pour la pose lui conf\u00e8re une certaine majest\u00e9. Son pauvre dragon, l&rsquo;oeil en berne, \u00e9tendu \u00e0 leurs pieds sur le sol poussi\u00e9reux est aussi dangereux qu&rsquo;une couleuvre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, je m&rsquo;\u00e9nerve je m&rsquo;\u00e9nerve je m&rsquo;\u00e9nerve. La biblioth\u00e8que est par terre. Une \u00e9tag\u00e8re a c\u00e9d\u00e9 et toute une rang\u00e9e de livres a chut\u00e9 d&rsquo;un bon m\u00e8tre. Amos Oz celui de <em>Aidez-nous \u00e0 divorcer<\/em>, Isaac Bashevis Singer celui de <em>Sosha<\/em>, Paul Sma\u00ebl de <em>Vivre me tue <\/em>et les autres. Des auteurs couch\u00e9s sur le flanc, tranche en position foetale. M\u00e9dus\u00e9e, je regarde Camus plus haut perch\u00e9 qui semble \u00e9pargn\u00e9 pour cette nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, le rouge me monte aux joues. je me rem\u00e9more ce que crachent la radio, les journaux. L&rsquo;impuissance me taraude. La honte s&rsquo;installe. En mouvements (comme gu\u00eape) de feu, je glisse dans la peur, assiste au d\u00e9clin du monde. Je glisse dans les for\u00eats obscures. C&rsquo;est une folie une barbarie. Port\u00e9 par les plis du vent, un enfant hurle. Rouge est son nom. Son sang bleu ensoleill\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">*<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une nuit aussi calamiteuse, j&rsquo;ai d\u00e9cid\u00e9 que je devais entamer la journ\u00e9e comme si c&rsquo;\u00e9tait une soir\u00e9e et je me suis cal\u00e9e sur le canap\u00e9. Je regarderai un film, apr\u00e8s j&rsquo;irai me coucher volets tir\u00e9s. Le programme d&rsquo;Arte en proposait plusieurs en replay et j&rsquo;ai pris tout mon temps pour lire une \u00e0 une leur pr\u00e9sentation, faire un premier choix et voir des extraits de celui-ci. <strong><em>It must be heaven<\/em><\/strong> a retenu mon attention. A cause de son titre, \u00e0 cause de la t\u00eate ahurie du com\u00e9dien qui est aussi le r\u00e9alisateur du film. Elia Suleiman.  Ce fut un r\u00e9gal. 97 minutes de pur bonheur. Le personnage entreprend de voyager, de questionner son identit\u00e9 et ceci sans un mot. On le voit vagabonder de villes en villes, \u00e9tonn\u00e9 et d\u00e9contenanc\u00e9 par ce qui s&rsquo;y passe. Trente sc\u00e8nes (ou cinquante, je ne m&rsquo;en souviens pas) cocasses, absurdes pour le Palestinien qu&rsquo;il est, se jouent sous ses yeux. Ca tient du Tati, du Chaplin, des<em> Lettres persanes<\/em> de Montesquieu. Tel un espion infiltr\u00e9, il partira de Nazareth pour arriver \u00e0 Paris, puis New-York puis Montr\u00e9al pour retourner finalement chez lui. A la toute fin du film, il prononcera deux mots (ou trois, je ne m&rsquo;en souviens pas) C&rsquo;est tout. Nous voyons d\u00e9filer l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 du monde, sa violence aussi. C&rsquo;est un film-satire empreint de dr\u00f4lerie, de d\u00e9licatesse et d&rsquo;intelligence. O\u00f9 <em>se sentir chez soi<\/em> devient qu\u00eate illusoire tant notre culture d\u00e9termine notre regard. Ce film, qui date de 2019, infuse une bonne dose de douce \u00e9nergie. Un encouragement \u00e0 rester debout pour comprendre et s&rsquo;\u00e9merveiller&#8230; Je repense \u00e0 ce moment o\u00f9 une amie a d\u00e9boul\u00e9 chez moi, souriante et rose de plaisir, pour me dire qu&rsquo;elle avait visionn\u00e9 un Charlot, qu&rsquo;elle avait fait d&rsquo;\u00e9normes progr\u00e8s en anglais car elle avait tout compris. Les Charlot, c&rsquo;est comme les albums pour les tout petits enfants, \u00e7a se passe de mots.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00e0 ce stade de la nuit, je constate que l&rsquo;\u00e9picerie de nuit est ferm\u00e9e, que la circulation des voitures s&rsquo;est tout \u00e0 fait calm\u00e9e mais que les cigales cabotineuses comme en plein jour, vocalisent \u00e0 qui mieux-mieux. L&rsquo;une d&rsquo;abord. Ses soeurs suivent. Ensuite, un de leurs groupes s&rsquo;arr\u00eate avant de reprendre avec d&rsquo;autres en canon. 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