{"id":188665,"date":"2025-07-05T21:46:25","date_gmt":"2025-07-05T19:46:25","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=188665"},"modified":"2025-07-09T17:59:08","modified_gmt":"2025-07-09T15:59:08","slug":"rectoverso-02-les-reves-ne-suffisent-pas","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-02-les-reves-ne-suffisent-pas\/","title":{"rendered":"#rectoverso #02 | Les r\u00eaves ne suffisent pas"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/les-reves-ne-suffisent-pas-1024x682.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-189566\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/les-reves-ne-suffisent-pas-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/les-reves-ne-suffisent-pas-420x280.jpg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/les-reves-ne-suffisent-pas-768x511.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/les-reves-ne-suffisent-pas-1536x1022.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/les-reves-ne-suffisent-pas.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, je dormais d\u2019un sommeil paradoxal et je m\u2019\u00e9tais r\u00e9veill\u00e9e d\u2019un coup, le souffle court et tremp\u00e9e de sueur. J\u2019avais r\u00eav\u00e9 de ce gar\u00e7on rencontr\u00e9 la veille \u00e0 la soir\u00e9e qu\u2019avait donn\u00e9e Serge. Les r\u00eaves \u00e9rotiques n\u2019arrivent pas par hasard. Ils sont le fruit de d\u00e9sirs \u00e9prouv\u00e9s au cours de la journ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, tu ronflais d\u00e9j\u00e0 et je n\u2019arrivais pas \u00e0 dormir. Quelque chose a d\u00fb se briser en moi \u00e0 ce moment-l\u00e0. Mon p\u00e8re ronflait, ma m\u00e8re s\u2019en plaignait le matin, et je d\u00e9testais quand il faisait la sieste le dimanche dans le fauteuil devant la t\u00e9l\u00e9. Mais toi\u2009? C\u2019est stupide, je sais. Injuste, certainement. Mais tu ne pouvais pas ronfler. Tu m\u2019avais jur\u00e9 de m\u2019enlever \u00e0 ma vie, promis la r\u00e9alisation de mes r\u00eaves, notre r\u00eave commun. Tu y croyais, comme je croyais en toi. Je vivais encore chez mes parents, en banlieue, et toi, tu avais une chambre sous les toits \u00e0 Paris. Nous avions din\u00e9 et bu un peu. Il \u00e9tait trop tard pour que je rentre seule, tu m\u2019avais entrain\u00e9 dans ton lit. Et maintenant, tu ronflais lourdement, couch\u00e9 contre moi, et je n\u2019osais pas bouger pour ne pas te r\u00e9veiller (plus tard, je n\u2019aurai plus les m\u00eames pr\u00e9venances). J\u2019avais les yeux grand ouverts sur la nuit. La lucarne au-dessus de ton bureau laissait passer une lumi\u00e8re blafarde \u00e0 travers le rideau jauni et la chaleur du mois d\u2019ao\u00fbt m\u2019\u00e9touffait&nbsp;: j\u2019y voyais les pr\u00e9sages de promesses d\u00e9\u00e7ues.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, les contractions s\u2019\u00e9taient espac\u00e9es, suffisamment pour que nous d\u00e9cidions finalement de nous recoucher. Et puis voil\u00e0, tout \u00e0 trac, j\u2019ai perdu les eaux. Je t\u2019ai r\u00e9veill\u00e9. Je n\u2019ai rien eu besoin de dire. Tu m\u2019as aid\u00e9 \u00e0 m\u2019habiller. Tu as enfil\u00e9 ton jean et le t-shirt de la veille. Les affaires pour la clinique \u00e9taient pr\u00eates. B\u00eatement, j\u2019avais peur d\u2019accoucher dans l\u2019ascenseur et tu m\u2019as aid\u00e9 \u00e0 descendre les marches des deux \u00e9tages. Tu m\u2019as dit d\u2019attendre devant la porte de l\u2019immeuble, et tu n\u2019arrivais pas \u00e0 partir chercher la voiture. \u00ab\u2009D\u00e9p\u00eache-toi, idiot\u2009!\u2009\u00bb Tu as souri et tu es parti en courant, te retournant au moment de tourner au coin de la rue. Il nous a fallu \u00e0 peine quinze minutes pour arriver \u00e0 la clinique, et encore cinq heures \u00e0 notre fille pour venir au monde.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, notre fille avait fini par s\u2019endormir, et elle ne se r\u00e9veillerait plus avant deux bonnes heures. Tu dormais toi aussi. La chatte s\u2019est frott\u00e9e contre mes jambes. Elle m\u2019a entrain\u00e9 dans la cuisine. Je n\u2019ai pas voulu allumer. La lumi\u00e8re de la rue suffisait \u00e0 y voir \u00e0 peu pr\u00e8s. J\u2019ai mis de l\u2019eau \u00e0 chauffer. Un sachet de th\u00e9 dans une tasse. Quand la bouilloire a siffl\u00e9, j\u2019ai eu peur de r\u00e9veiller la petite, mais non, le silence est retomb\u00e9 aussit\u00f4t. J\u2019ai vers\u00e9 doucement l\u2019eau sur le th\u00e9. J\u2019ai senti la vapeur sur mon visage, en m\u00eame temps que l\u2019odeur v\u00e9g\u00e9tale et terreuse du th\u00e9 m\u00eal\u00e9 \u00e0 la bergamote. L\u2019eau fr\u00e9missait encore dans la tasse. De petites bulles remontaient \u00e0 la surface o\u00f9 d\u00e9j\u00e0 flottait mollement le sachet. Je me suis gliss\u00e9 dans le salon, j\u2019ai caress\u00e9 ma planche \u00e0 dessin pour me rassurer, pos\u00e9 la tasse fumante \u00e0 c\u00f4t\u00e9. J\u2019ai allum\u00e9 la petite lampe au-dessus du bureau et je me suis assise en face du dessin en cours. La chatte s\u2019est aussit\u00f4t blottie sur mes genoux. Je me suis br\u00fbl\u00e9 la langue en buvant trop vite une premi\u00e8re gorg\u00e9e de th\u00e9. J\u2019ai pris la gomme, effac\u00e9 ce que j\u2019avais dessin\u00e9 la veille et j\u2019ai tout repris \u00e0 z\u00e9ro.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit \u2014 \u00e9tait-ce vraiment la nuit\u2009? \u2014, il \u00e9tait un peu plus de 23&nbsp;h&nbsp;30, et nous regardions un documentaire consacr\u00e9 \u00e0 Robert Crumb que diffusait Arte. La maison \u00e9tait vide. Notre fille, chez mes parents pour les vacances. J\u2019avais d\u00e9cid\u00e9 de m\u2019essayer \u00e0 la bande dessin\u00e9e, lass\u00e9e de mes \u00e9checs. Et Crumb me plaisait. J\u2019aimais son style, ses lignes hachur\u00e9es, ses personnages d\u00e9form\u00e9s. Il y avait une forme de classicisme chez lui. Une \u00e9l\u00e9gance du trait au service d\u2019une \u0153uvre transgressive, brutale, nourrie de ses obsessions et fantasmes. Ce que je voulais et que je n\u2019osais pas exprimer \u00e0 travers mes propres dessins. Je t\u2019ai regard\u00e9. Je t\u2019ai regard\u00e9 regardant les femmes pulpeuses, les seins et les culs \u00e9normes qui naissaient sous la plume de Crumb, et je savais que \u00e7a ne te laissait pas indiff\u00e9rent. \u00c7a m\u2019a touch\u00e9. Depuis combien de temps n\u2019avions-nous plus fait l\u2019amour\u2009? Je me suis assise sur tes genoux. Tu as fait mine de protester, bien s\u00fbr. Je t\u2019ai embrass\u00e9. Tes mains h\u00e9sitaient encore. Depuis combien de temps n\u2019avions-nous plus fait l\u2019amour\u2009?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, je savais que je ne pourrais plus dormir. Une nuit d\u2019insomnie. Une de plus. Toi, tu t\u2019endormais toujours \u00e0 peine la t\u00eate pos\u00e9e sur l\u2019oreiller. Je t\u2019en voulais pour \u00e7a. Je t\u2019en voulais pour tout. Tu me disais qu\u2019il ne fallait pas s\u2019en faire si nos comptes \u00e9taient dans le rouge. Tu trouvais toujours des solutions, disais-tu, et c\u2019\u00e9tait vrai. Je t\u2019en voulais pour \u00e7a aussi. Et tu m\u2019aimais. Tu disais que l\u2019amour \u00e9tait plus fort que tout, qu\u2019il permettait de surmonter toutes les \u00e9preuves. Tu disais l\u2019amour. Tu ne disais plus \u00ab\u2009notre\u2009\u00bb amour. L\u2019amour dont tu parlais \u00e9tait \u00e0 sens unique, moi, je ne t\u2019aimais plus. Et c\u2019est pour \u00e7a que je t\u2019en voulais le plus.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, je vivais mes mille et une nuits. Je m\u2019imaginais des histoires dans les bras de ce gar\u00e7on pour retarder ma mort. Ma mort&nbsp;: ma vie avec toi. Ce type, je l\u2019avais rencontr\u00e9 la veille \u00e0 un salon de bandes dessin\u00e9es auquel je participais. Oh, je n\u2019avais toujours rien publi\u00e9, non. Je faisais de la mise en couleur pour un \u00e9diteur ind\u00e9pendant, et j\u2019aidais \u00e0 tenir le stand. Il m\u2019avait abord\u00e9, avait fait mine de s\u2019int\u00e9resser \u00e0 mes pr\u00e9tentions artistiques. La man\u0153uvre manquait de subtilit\u00e9s, j\u2019avais besoin d\u2019envol\u00e9es, je me laissais faire. Tr\u00e8s vite, on avait parl\u00e9 de pratiques artistiques. Il employait de grands mots. Il parlait de s\u00e9miotique, de conception du monde, il me parlait de lui. Il s\u2019\u00e9coutait parler. Je faisais mine de l\u2019\u00e9couter. Sa chambre d\u2019h\u00f4tel \u00e9tait un th\u00e9\u00e2tre d\u2019illusions auxquelles je me raccrochais pour quelques heures. Je m\u2019oubliais dans ses bras. Pour quelques heures, je nous oubliais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, sans doute que tu avais fini par t\u2019endormir. Je ne t\u2019entendais plus g\u00e9mir dans la chambre dont tu avais volontairement laiss\u00e9 la porte entrouverte. Je dormais sur le canap\u00e9 du salon. Mon choix&nbsp;: j\u2019avais besoin de me retrouver seule. Que tu me laisses respirer. Tu faisais mine de comprendre. Tu gardais le secret espoir que tout s\u2019arrangerait une fois encore. Tu esp\u00e9rais m\u2019attendrir. Tu me faisais piti\u00e9, le pire des sentiments quand on a aim\u00e9. Je me suis lev\u00e9e. J\u2019ai parcouru les livres de la biblioth\u00e8que en faisant glisser mes doigts sur les tranches. Je ne comprenais rien \u00e0 tes classements. Je ne trouvais jamais rien. Je me suis arr\u00eat\u00e9e sur un livre de Moravia. Une \u00e9dition de poche, Garnier Flammarion, avec une photo de Bardot en couverture. Je me suis souvenue que nous \u00e9tions all\u00e9s voir le film \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une r\u00e9trospective consacr\u00e9e \u00e0 Godard, les tout premiers films que nous avions vus ensemble&nbsp;: <em>\u00c0 bout de souffle<\/em>, <em>Une femme est une femme<\/em>, <em>Vivre sa vie<\/em>, <em>Bande \u00e0 part<\/em>, <em>Alphaville<\/em>\u2026 Et <em>Le M\u00e9pris<\/em>, donc. Piccoli et Bardot. Tu m\u2019avais dit que je lui ressemblais, \u00e0 Bardot. Tu disais aussi que je ressemblais plus encore \u00e0 Anna Karina. Que j\u2019\u00e9tais belle comme Jean Seberg. \u00c7a n\u2019\u00e9tait pas moi que tu aimais, c\u2019\u00e9tait Jean-Luc Godard. Je ne t\u2019en veux pas. Nous r\u00eavions tous deux d\u2019une vie d\u2019artiste. Tu t\u2019identifiais \u00e0 l\u2019\u00e9crivain que jouait Piccoli dans le film. Mais, \u00e9blouis par les couleurs de la M\u00e9diterran\u00e9e, les images de Capri, la villa Mallaparte, emport\u00e9s par la musique de Delerue, nous n\u2019avons pas su voir alors que le film racontait notre histoire en devenir, et le m\u00e9pris qu\u2019\u00e9prouve Camille pour son mari, parce qu\u2019\u00e0 force de l\u2019aimer il en est venu \u00e0 ne plus la comprendre \u2014, ce m\u00e9pris, c\u2019est le m\u00eame que je ressens envers toi aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de ma vie, mes jours ressemblaient \u00e0 des nuits. Une longue nuit sans lune, une nuit sans espoir. La nuit froide et dure de la d\u00e9pression. Un long tunnel dans lequel j\u2019avan\u00e7ais en me cognant aux parois. Je me croyais forte. Je t\u2019avais dit cr\u00e2nement que je voulais vivre ma vie aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019un compagnon qui serait comme mon double, qui ne serait pas toi. Tu \u00e9tais parti. J\u2019\u00e9tais seule, nous nous partagions notre fille une semaine sur deux. Je faisais bonne figure quand elle \u00e9tait avec moi. Les cachets m\u2019aidaient \u00e0 tenir.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai revu Claire que plusieurs mois apr\u00e8s la soir\u00e9e chez Serge. \u00c0 cette \u00e9poque, je venais de quitter Isabelle. Claire s\u2019\u00e9tait s\u00e9par\u00e9e de Serge. C\u2019\u00e9tait \u00e0 Paris, un soir d\u2019hiver, rue Git-le-Coeur. La librairie Un regard moderne exposait de jeunes artistes dans une petite salle adjacente \u00e0 la boutique, et un tableau m\u2019avait particuli\u00e8rement attir\u00e9. Sur un fond bleu saphir, une forme f\u00e9minine alanguie, aux courbes g\u00e9n\u00e9reuses, \u00e9tait trac\u00e9e \u00e0 grands traits. Les volumes \u00e9taient model\u00e9s par des aplats de couleurs, jaune v\u00e9nitien, ocre, rose th\u00e9. Du visage, on devinait seulement les yeux, trac\u00e9s en amande.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pensais aussit\u00f4t \u00e0 une toile de Picasso, Femme nue allong\u00e9e\u2009; aux photos de Bert Stern de Marilyn, prises quelques semaines avant sa disparition. Je me suis pench\u00e9 pour lire le nom de l\u2019artiste. C\u2019\u00e9tait Claire. Je me retournais. Claire se tenait derri\u00e8re moi. Elle me souriait.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle tenait ses mains devant elle, les doigts entrelac\u00e9s, qu\u2019elle ne cessait de tordre machinalement. Claire, si s\u00fbre d\u2019elle quand je l\u2019avais rencontr\u00e9e la premi\u00e8re fois\u2026 Mon c\u0153ur s\u2019est emball\u00e9\u2009; c\u2019\u00e9tait mon c\u0153ur, entre ses mains, qu\u2019elle broyait. Ses cheveux bruns retombaient en boucles sur ses \u00e9paules. Ses l\u00e8vres brillaient sur sa bouche entrouverte. Ses seins lourds se soulevaient au rythme de sa respiration. Je la d\u00e9vorais tout enti\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes sortis de la galerie. La rumeur de la ville nous faisait cort\u00e8ge. La foule s\u2019effa\u00e7ait. Paris \u00e9tait \u00e0 nous, et nous \u00e9tions l\u2019un \u00e0 l\u2019autre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait plu et nous courrions main dans la main, riant et sautant \u00e0 pieds joints dans les flaques, \u00e9claboussant les trottoirs de gerbes aux reflets rouges et verts. Nous avons march\u00e9 le long des quais de Seine, remontant jusqu\u2019au pont des arts, puis redescendant par la rue Bonaparte jusqu\u2019\u00e0 Saint-Germain-des-Pr\u00e9s. Rue Guillaume Apollinaire, un cin\u00e9ma jouait <em>Le M\u00e9pris<\/em> de Godard. Nous \u00e9tions \u00e0 l\u2019heure pour la s\u00e9ance. Claire s\u2019est serr\u00e9e contre moi tandis que Bardot, mutine, taquinait Piccoli. En sortant, un peu pour rire, j\u2019avais dit \u00e0 Claire qu\u2019elle \u00e9tait \u00ab\u2009ma\u2009\u00bb Bardot. Plus tard, je r\u00e9aliserai qu\u2019elle \u00e9tait vraiment mon Anna Karina. Leur ressemblance me frapperait alors. Godard avait eu pour mod\u00e8le Orson Welles et Rita Hayworth. J\u2019avais Birkin et Gainsbourg, Godard et Karina. L\u2019ombre port\u00e9e \u00e9tait sans doute trop lourde pour nous deux.&nbsp;<em>On pense qu\u2019il faut avoir un grand amour, on n\u2019en est pas capable<\/em>. J\u2019apprenais \u00e0 aimer, et j\u2019oubliais de vivre. Animal sans raison, je ne voyais plus qu\u2019elle, et d\u00e9sertais ma vie.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00e0 ce stade de la nuit, je dormais d\u2019un sommeil paradoxal et je m\u2019\u00e9tais r\u00e9veill\u00e9e d\u2019un coup, le souffle court et tremp\u00e9e de sueur. J\u2019avais r\u00eav\u00e9 de ce gar\u00e7on rencontr\u00e9 la veille \u00e0 la soir\u00e9e qu\u2019avait donn\u00e9e Serge. Les r\u00eaves \u00e9rotiques n\u2019arrivent pas par hasard. 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