{"id":188785,"date":"2025-08-17T11:26:02","date_gmt":"2025-08-17T09:26:02","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=188785"},"modified":"2025-08-24T10:34:28","modified_gmt":"2025-08-24T08:34:28","slug":"recto-verso-2-survivance","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/recto-verso-2-survivance\/","title":{"rendered":"#RECTO VERSO #02 \u00e0 #15 | survivances"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:15px\">TABLE DES MATI\u00c8RES<br><strong><a href=\"#2-survivance\">#02 &#8211; survivance<\/a><br><a href=\"#3-il-y-a-la-fissure\">#03 &#8211; il y a la fissure<\/a><br><a href=\"#4-la-saisir-primitive\">#04 &#8211; la saisir, primitive<\/a><br><a href=\"#5-la-petite-faye\">#05 &#8211; la Petite Faye<\/a><br><a href=\"#6-d\u00e9sert\">#06 &#8211; d\u00e9sert<\/a><br><a href=\"#7-piq\u00fbre-de-scorpion\">#07 &#8211; piq\u00fbre de scorpion<\/a><br><a href=\"#8-sur-les-cr\u00eates\">#08 &#8211; sur les cr\u00eates<\/a><br><a href=\"#9-go\u00fbt-du-caf\u00e9\">#09 &#8211; l&rsquo;amer-sucr\u00e9 du caf\u00e9<\/a><br><a href=\"#-10-ondulations\">#10 &#8211; mirages<\/a><\/strong><a href=\"http:\/\/11-le-gouffre-de-la-pens\u00e9e\"><br><\/a><strong><a href=\"#11-le-gouffre-de-la-pens\u00e9e\">#11 &#8211; le gouffre de la pens\u00e9e<\/a><\/strong><br><strong><a href=\"#12-r\u00e9cits-des-deux-continents\">#12 &#8211; r\u00e9cits des deux continents<\/a><\/strong><br><strong><a href=\"#13-bouche-ouverte\">#13 &#8211; bou che ou ver te<\/a><\/strong><br><a href=\"#14-survivances\"><strong>#14 &#8211; survivances<\/strong><\/a><br><strong><a href=\"#15-aveugl\u00e9s\">#15 &#8211; aveugl\u00e9s<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"768\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/20250530_150840-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-188790\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/20250530_150840-768x1024.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/20250530_150840-315x420.jpg 315w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/20250530_150840-1152x1536.jpg 1152w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/20250530_150840-1536x2048.jpg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/20250530_150840-scaled.jpg 1920w\" sizes=\"auto, (max-width: 768px) 100vw, 768px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:13px\"><em>Photographie  \u00a9Fran\u00e7oise Renaud<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p id=\"2-survivance\" style=\"font-size:20px\"><strong>#02 | SURVIVANCE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>RECTO<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">\u00e0 ce stade de la nuit, le sommeil m\u2019a fuie et les r\u00eaves se retirent \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du front, se tournent en m\u00e9ditation, je suis vieille maintenant et j\u2019arpente la maison silencieuse, par la fen\u00eatre je vois qu\u2019il y a de la brume et des silhouettes qui se dessinent pr\u00e8s des bosquets \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re du jardin, je ne parviens pas \u00e0 les distinguer, il y a quelque chose qui m\u2019arr\u00eate dans le mouvement vers eux comme une peur<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">\u00e0 ce stade de la nuit, il fallait consoler le b\u00e9b\u00e9 s\u2019il se r\u00e9veillait sinon il pleurerait sans s\u2019arr\u00eater jusqu\u2019\u00e0 en mourir, alors le prendre dans le creux des bras, le balancer, lui dire des mots doux invent\u00e9s, le persuader que tout va bien et que la vie pour lui sera belle et que tout se passera comme dans un r\u00eave, une chose que son p\u00e8re faisait tr\u00e8s bien, et tout le monde enfin pouvait se rendormir<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">\u00e0 ce stade de la nuit, je cherche un livre \u00e0 couverture aux motifs africains dans les rayonnages de ma biblioth\u00e8que, un livre qui parle d\u2019un gar\u00e7on noir venu d\u2019\u00c9thiopie, sa m\u00e8re disait qu\u2019il \u00e9tait sec comme du bois d\u2019azob\u00e9 &nbsp;&nbsp;\u2014&nbsp;c\u2019\u00e9tait une belle trouvaille que ce bois d\u2019azob\u00e9, un bois qui sert pour les rails de chemin de fer et les constructions de bord de mer, un bois r\u00e9sistant aux chocs et aux vents&nbsp;\u2014, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 par sa fa\u00e7on d\u2019aborder le corps de sa m\u00e8re morte, d\u2019oindre son corps de limon avant de traverser les d\u00e9serts et de rejoindre les pays du delta, puis d\u2019autres pays inconnus au-del\u00e0 du canal oriental, je voudrais retrouver cette histoire pour la raconter \u00e0 mes fr\u00e8res et \u00e0 mes enfants &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">\u00e0 ce stade de la nuit, un ha\u00efku surgit dans ma t\u00eate, je le r\u00e9p\u00e8te plusieurs fois pour bien m\u2019en souvenir et l\u2019\u00e9crire au matin<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">\u00e0 ce stade d\u2019avancement de la nuit, la lune g\u00eete dans son halo de bruine et j\u2019attends que mes yeux se fatiguent \u00e0 la regarder fixement pour m\u2019en retourner me coucher<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">\u00e0 ce stade d\u2019avancement des choses, je me demande \u00e0 quoi je ferais mieux de penser pour qu\u2019un bout de vie se construise, j\u2019habite avec mes parents au bord de la mer et ils me r\u00e9p\u00e8tent sans cesse que j\u2019ai la vie devant moi, tu parles, moi je voudrais voir d\u2019autres pays, un jour je nagerais vers la haute mer sans m\u2019arr\u00eater et l\u00e0 je serai vraiment seul<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">\u00e0 ce stade de la nuit, je travaille dans une pi\u00e8ce \u00e9clair\u00e9e, odeurs de farine et de beurre cuit, je dois tenir jusqu\u2019\u00e0 l\u2019aube et garnir mes \u00e9tals avec des pains dor\u00e9s et aussi de petits g\u00e2teaux \u00e0 savourer au petit-d\u00e9jeuner<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">\u00e0 ce stade de la nuit, la douleur a pris le dessus, je ne sais pas comment la r\u00e9duire l\u2019\u00e9mietter l\u2019\u00e9craser dans le poing<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">\u00e0 ce stade de la nuit, il n\u2019y a plus que la douleur dans le corps qui crie, les muscles les tendons les organes, et le ballet des sir\u00e8nes des ambulances dans la cour entre les b\u00e2timents<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:37px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p>VERSO<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">1984. Je vis seule. Je suis libre. Souvent le soir je vais au cin\u00e9ma \u00e0 la s\u00e9ance de 22 h. Une salle class\u00e9e art et essai dans un quartier en bordure de la ville. J\u2019aime y aller sans pr\u00e9voir \u00e0 l\u2019avance, je ne choisis pas le film, il n\u2019y a qu\u2019une seule salle. \u00c0 cette heure peu de monde, seulement les mordus. Il fait nuit quand j\u2019y entre et nuit quand j\u2019en sors, je fais le plein d\u2019images. Ce film, je l\u2019ai revu plusieurs fois, je ne sais plus son titre, un film poignant d\u2019un r\u00e9alisateur espagnol. \u00c0 rechercher loin dans ma m\u00e9moire, je revois le visage d\u2019un homme tortur\u00e9 avec une corneille sur l\u2019\u00e9paule. Un innocent. Le film raconte l\u2019histoire d\u2019une famille de paysans sous le franquisme, \u00e2pre comme la terre d\u2019Extremadure et insupportable comme l\u2019injustice. Bien s\u00fbr j\u2019ignorais que que je me souviendrais \u00e0 jamais de ces visages marqu\u00e9s par la pauvret\u00e9 et soumis au pouvoir des poss\u00e9dants. La rage en moi encore quand je me souviens. Apr\u00e8s une recherche sur le Net, je retrouve trace de Mario Camus et de Francisco Rabal. C\u2019est fort, le visage ravag\u00e9 de Francisco, son innocence, son lien avec l\u2019oiseau comme une opportunit\u00e9 de voyage et de survivance. La nuit mord ma peau quand le film est fini.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">je suis seulement de passage, mais trop irr\u00e9sistible, ce texte de Maylis de Kerangal...<br>l'occasion ci et l\u00e0 de vous rejoindre dans ce travail d'\u00e9t\u00e9<\/pre>\n\n\n\n<p id=\"3-il-y-a-la-fissure\" style=\"font-size:20px\"><strong>#03 | IL Y A LA FISSURE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Il y a je ne sais quoi qui secoue fort au dehors qu\u2019on appelle temp\u00eate et qui arrache les arbres<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Il y a le mort sur le lit au visage froid qu\u2019on nous dit d\u2019approcher pour le toucher avec les l\u00e8vres, \u00e9prouver pour la premi\u00e8re fois de sa toute jeune vie ce quelque chose dont on n\u2019a pas id\u00e9e  <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Il y a le d\u00e9sastre, le malheur qui entra\u00eene par le fond le bateau et avec lui les quatre fr\u00e8res et le p\u00e8re qui \u00e9taient \u00e0 son bord et qui n\u2019ont pas r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019en tirer, et il y a la m\u00e8re sur la c\u00f4te qui ne peut imaginer ce qui est en train d\u2019arriver, sans doute qu\u2019il ne fallait pas sortir en mer ce jour-l\u00e0<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Il y a la gr\u00e2ce et l\u2019amour qui envahissent sans pr\u00e9venir<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Il y a l\u2019autre femme qui est \u00e0 genoux dans le sable pr\u00e8s de la tombe, je la reconnais, c\u2019est bien elle qui a donn\u00e9 plusieurs fois la vie, je pourrais dessiner les traits de son visage, et il y a le d\u00e9sespoir et les fleurs blanches pr\u00e8s de la colombe en marbre<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Il y a le cri, le r\u00e2le, dans le lit<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Il y a le cri de l\u2019amour<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Il y a le lien entre les \u00eatres qui vient de la naissance ou d\u2019une rencontre apr\u00e8s la naissance<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Il y a le lieu de l\u2019enfance, la maison, l\u2019escalier pour y entrer, le jardin qui paraissait plus grand \u00e0 l\u2019\u00e9poque, les arbres \u00e9bouriff\u00e9s par la rage des multiples hivers, ils accueillent encore un petit peuple d\u2019oiseaux ou alors ils ont disparu, arrach\u00e9s pour construire un autre b\u00e2timent ou pour vendre le bout de terrain \u00e0 prix d\u2019or en cet endroit pris\u00e9 du littoral<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Il y a le temps d\u00e9chirant<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Il y a l\u2019invitation au voyage \u00e0 travers le d\u00e9sert, les cieux constell\u00e9s d\u2019astres, le froid install\u00e9 apr\u00e8s la br\u00fblure sous les pieds, quelque chose que tout le monde peut \u00e9prouver, ou \u00e0 travers les for\u00eats tropicales qui filtrent la lumi\u00e8re et insinuent une sorte de crainte avec tout l\u00e0-haut le volcan qui \u00e9ructe<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Il y a la fissure dans le bleu<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Il y a la douceur et la violence<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Il y a tout \u00e7a qui entre dans la peau comme un feu qui trace un chemin, un foss\u00e9, et \u00e7a commence d\u00e8s que le premier souffle circule dans les organes et les muscles et tout \u00e7a fa\u00e7onne la blancheur du petit corps qui peine \u00e0 se mettre debout, un petit corps infirme qui tente pourtant de battre des ailes et d\u2019apercevoir la voix qui le guide<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:31px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\"><em>Oui<\/em> est un mot bref qui rapproche puis \u00e9carte les l\u00e8vres quand on le dit, un mot qui \u00e9chappe et pousse au bord du vide, ensuite trop tard, il ne peut se renier, il est comme un constat, semble accepter tout ce qui s\u2019est pass\u00e9 avant et tout ce qui est en train d\u2019arriver, il convie \u00e0 une autre plage de temps, <em>oui oui c\u2019est \u00e7a, oui d\u2019accord on y va, oui viens pr\u00e8s de moi,<\/em> on voit combien il incite au rapprochement et m\u00eame \u00e0 l\u2019abandon, <em>oui mon amour, oui mon tout petit<\/em>, je respire et sens ton corps parfum\u00e9 \u00e0 le serrer contre moi, et tout ce qui s\u2019invente en ces instants puissants o\u00f9 l\u2019on croit ne plus \u00eatre seul et pourtant c\u2019est le contraire, <em>oui on est partant, oui oui oui on s\u2019embarque<\/em> pour une nouvelle aventure mais \u00e0 quel prix \u00e0 s\u2019y br\u00fbler les entrailles, <em>oui tu me manques, oui c\u2019est vrai je l\u2019admets, il faut que tu reviennes<\/em>, la vie passe par ce oui br\u00fblant de l\u2019acceptation et de la reconnaissance, <em>oui je te vois mon fils ma fille, oui je t\u2019aime, oui je te touche<\/em>, et c\u2019est seulement \u00e0 force de toucher qu\u2019on se persuade d\u2019\u00eatre soi-m\u00eame vivant quand le oui devient douleur extr\u00eame, alors le r\u00eave s\u2019incarne dans le silence du corps tout comme la solitude et un jour \u00e7a explose \u00e0 la fa\u00e7on d&rsquo;une nova dans le cirque g\u00e9ant du cosmos, le oui est une histoire sans retour.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:36px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p id=\"4-la-saisir-primitive\" style=\"font-size:20px\"><strong>#04 | LA SAISIR, PRIMITIVE <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">L\u2019\u00e9t\u00e9 a commenc\u00e9 et le vent est rageur. Il s\u00e8che la terre et pousse le corps \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la maison pour tenter de poursuivre le chemin d\u2019\u00e9criture. Mais de quoi \u00e7a parle et o\u00f9 \u00e7a touche&nbsp;? quel est mon territoire d\u2019envie, mon territoire d\u2019emprise&nbsp;? Ce matin je ne sais pas sinon l\u2019intime de l\u2019existence, et peut-\u00eatre depuis quelques jours, comme nich\u00e9s au pr\u00e9cieux, le \u00ab&nbsp;oui&nbsp;\u00bb et le \u00ab&nbsp;il y a&nbsp;\u00bb, deux \u00e9lans capables de d\u00e9crire un paysage et de s\u2019infiltrer dans les veines suffisamment pour dessiner un monde.<br>Justement il y a l\u2019\u00e9t\u00e9 en moisson. <br>Il y a le vent rageur. <br>Il y a le feu qui menace. <br>Il y a les petits d&rsquo;animaux qui grandissent. <br>Le voil\u00e0 mon monde. Impossible de m\u2019en \u00e9loigner, et l\u2019Histoire dont on veut me parler, j&rsquo;ai beau l&rsquo;appeler la convoquer, je n\u2019aper\u00e7ois que celle qui s\u2019inscrit dans ce moment o\u00f9 le vent se renforce encore et produit ce bruit singulier \u00e0 travers les arbres, celle du pays \u00e9loign\u00e9 des villes \u2014&nbsp;m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas ma terre d\u2019origine&nbsp;\u2014, celle du dehors et du dedans m\u00eal\u00e9s, comme obs\u00e9dante.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Je l\u2019approche au gr\u00e9 des petits voyages qui rythment ma vie, il n\u2019y a pas de mus\u00e9es, seulement des \u00e9glises dans chaque bourg, des puits, des ruines de ch\u00e2teau, des citadelles d\u00e9compos\u00e9es, des h\u00f4tels d\u00e9saffect\u00e9s, et les si\u00e8cles qui tremblent contenus dans leurs murailles et le sable \u00e0 leurs pieds, l\u2019Histoire est simplement devant les yeux,<br>pas besoin de m\u00e9moire,<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">elle est vive <br>et elle court comme un chevreuil \u00e0 travers bois.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:32px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">La saisir, brute, primitive,<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:28px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">chemins qui filent jusqu\u2019\u00e0 \u00e9chapper \u00e0 la vue,<br>friches, landes, zones humides, for\u00eats, tourbi\u00e8res, gu\u00e9rets,<br>parcelles de seigle ou de tournesol,<br>st\u00e8les en granite, <br>barri\u00e8res en bois de ch\u00e2taignier, <br>ponts, circulations de l\u2019eau, charrettes \u00e0 bras d\u00e9sormais remis\u00e9es dans les granges, mines d\u2019or ferm\u00e9es dans les ann\u00e9es soixante-dix on m\u2019a dit, cimeti\u00e8res, <br>eux tous, chemins, b\u00e2timents, hommes aussi qui ont travaill\u00e9 l\u00e0, et tout ce qui p\u00e9n\u00e8tre jour apr\u00e8s nuit est bien r\u00e9el, rien d\u2019autre \u00e0 inventer ni de livres \u00e0 consulter<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">j\u2019ai not\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;le pr\u00e9sent se nourrit de lui-m\u00eame,<br>il transpire sa propre m\u00e9moire&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">coteaux constitu\u00e9s de roches grenues dont l\u2019ar\u00e8ne tapisse les sources et rend l\u2019eau limpide,<br>ponts construits par n\u00e9cessit\u00e9 aupr\u00e8s des fermes avec saules somptueux habillant les rives, <br>all\u00e9es \u00e0 travers les jardins pour atteindre l\u2019eau,<br>m\u00e9galithes en bord de champ (ils portent des noms que je rel\u00e8ve quand je vais \u00e0 leur rencontre),<br>encore prairies habit\u00e9es de troupeaux, paix immense dans leurs d\u00e9placements lourds et leurs yeux noirs, paix des hautes foug\u00e8res dress\u00e9es en lisi\u00e8re,<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">\u00ab&nbsp;ce qui s\u2019entrelace et fabrique l\u2019histoire&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">oui noter (m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas question de mots) oui photographier pour que la m\u00e9moire demeure au pr\u00e9sent, oui poursuivre le voyage, quel que soit la nature du paysage au fond je ferai la m\u00eame chose, continuerai l\u2019exploration du jour inattendu et de la nuit pleine d\u2019\u00e9toiles, des nu\u00e9es d\u00e9chir\u00e9es qui traversent le d\u00e9cor, je me demande d\u2019ailleurs o\u00f9 elles se rendent<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">ce n\u2019est donc pas un objet nouveau qui s\u2019annonce l\u00e0, mais pourquoi en poursuivre un autre alors que le d\u00e9cor s\u2019impose aussi fort et aussi vrai...<\/pre>\n\n\n\n<div style=\"height:27px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h4 class=\"wp-block-heading\" id=\"5-la-petite-faye\" style=\"font-size:20px\"><strong>#05 | LA PETITE FAYE<\/strong><\/h4>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">J\u2019ai dit l\u2019emprise de ce lieu devenu mien et aussi terrain d\u2019\u00e9criture, simple et attachant dans son costume de pays d\u00e9sert\u00e9 avec arbres tr\u00e8s vieux et b\u00eates sauvages. J\u2019ai dit que je m\u2019emparais avec les sens de ce qui est visible de son histoire et en faisait mon lot quotidien, cependant d\u2019autres r\u00e9alit\u00e9s coexistent au-del\u00e0 du visible et des images qui me saisissent. Il n\u2019y a pas de fronti\u00e8re pr\u00e9cise entre le bois et la terre, entre le vent qui brosse et la neige qui recouvre. Ce qui est cach\u00e9 r\u00f4de dans les rivi\u00e8res en arri\u00e8re des formes identifi\u00e9es, sous les \u00e9corces d&rsquo;arbre, dans les rochers en profondeur, leurs filons, leurs fissures. Ce qui r\u00f4de parle de menace. Voil\u00e0 que je frissonne et voil\u00e0 o\u00f9 j&rsquo;en suis dans ma propre histoire. L\u2019image paisible saisie d\u2019embl\u00e9e ne serait-elle qu\u2019illusion&nbsp;?<br><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">L\u2019\u00c9T\u00c9 DERNIER<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Je rencontre un certain Mr Dumas \u00e0 la f\u00eate du village en ao\u00fbt dernier. Il me raconte le d\u00e9peuplement du village depuis la fermeture de la mine d\u2019or. Dans les ann\u00e9es 1960, pr\u00e8s de quatre-vingt enfants fr\u00e9quentaient l\u2019\u00e9cole communale. Il en parle comme d\u2019une fiert\u00e9 et semble regretter ces temps pas si lointains o\u00f9 il y avait du travail, donc plus de familles et plus de vie. Jusqu\u2019\u00e0 notre rencontre, je n\u2019avais aucune id\u00e9e de l\u2019exploitation d\u2019or natif dans les granites \u00e0 biotite de la r\u00e9gion.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Or, du latin <em>aurum<\/em>. Ressource, richesse, num\u00e9ro atomique 79. Beaucoup se sont tu\u00e9s pour en poss\u00e9der une pinc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Le gisement de la Petite Faye a \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9 depuis 1909. D\u00e9j\u00e0 connu des Romains, le site est rest\u00e9 ouvert jusqu\u2019en 1962 et a produit 321,30 kg d&rsquo;or. Il faut vraiment que j\u2019aille voir Andr\u00e9 Dumas pour qu\u2019il m&rsquo;en dise davantage et qu&rsquo;il me conduise sur les lieux du puits remblay\u00e9. La nature a d\u00fb reprendre le dessus. Je lis quelque part que l\u2019acc\u00e8s au site est interdit. Propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">On parle souvent de patrimoine perdu.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Plusieurs cavit\u00e9s souterraines sont inventori\u00e9es sur la commune dans un rayon de 2 km de la Petite Faye. On trouve trace de leurs noms. Les mines antiques de Cuculour et le Trou aux f\u00e9es correspondraient \u00e0 d\u2019anciennes mines d\u2019or exploit\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque gallo-romaine. Leurs positionnements sont impr\u00e9cis, pour la mine du Mont Pelat l\u2019\u00e2ge ind\u00e9termin\u00e9. Souhaitant acc\u00e9der au dossier d\u2019\u00e9tude intitul\u00e9 <em>Relations entre sols et v\u00e9g\u00e9tation sur des r\u00e9sidus d&rsquo;anciennes mines d&rsquo;or<\/em>, je n\u2019obtiens qu\u2019une erreur de serveur. Nombreuses sont les pages qui ouvrent sur le vide.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">L\u2019\u00c9T\u00c9 EN COURS<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Pers\u00e9v\u00e9rer, continuer \u00e0 explorer l\u00e0 o\u00f9 il est question de peur et de perte.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Je d\u00e9cide de me rendre seule sur place. Les belles vaches limousines me regardent passer et les bois d\u00e9livrent une fra\u00eecheur bienvenue, rien de particulier. Je me faufile, le silence m\u2019accompagne, de toute fa\u00e7on il n\u2019y a personne. Il reste bien peu de traces, seulement des terrils encore visibles sur un terrain plat par ailleurs. L&rsquo;ancien poste \u00e9lectrique est encore en place et il est interdit de p\u00e9n\u00e9trer. Dans un document g\u00e9ologique, j\u2019ai relev\u00e9 \u00e0 propos de la <em>flottation<\/em>, technique utilis\u00e9e sur le site pour l&rsquo;extraction : \u00ab&nbsp;Le minerai est flott\u00e9 : un produit mouillant permet aux fines paillettes d&rsquo;or de remonter en surface d&rsquo;un lavoir. \u00bb Et puis plus loin : \u00ab&nbsp;Les boues issues de cette op\u00e9ration ont \u00e9t\u00e9 stock\u00e9es dans un bassin de d\u00e9cantation d&rsquo;une superficie de 1,5 ha.&nbsp;\u00bb Je m\u2019interroge sur la nature de ce produit mouillant et sur l&rsquo;existence du bassin soit-disant devenu mar\u00e9cage impraticable. Je le cherche mais je prends peur et me retire sur la pointe des pieds. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Soulever un coin du voile. Les demandes de permis d\u2019exploitation sont des \u00ab&nbsp;mascarades de d\u00e9mocratie&nbsp;\u00bb, les risques pass\u00e9s sous silence. Le profit prime. La soif de l&rsquo;or aveugle.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Au passage, j\u2019apprends un nouveau mot : halde. Il d\u00e9signe l&rsquo;amoncellement de d\u00e9chets et st\u00e9riles issus de l&rsquo;extraction de minerai. Sorte de synonyme de terril. <br>Tout \u00e7a me d\u00e9cide \u00e0 rendre visite \u00e0 Mr Dumas pour lui demander s&rsquo;il conna\u00eet ce mot, ce qu&rsquo;il sait de la pollution du lieu et de ses effets. Il me dit conna\u00eetre le propri\u00e9taire des terrains, qu&rsquo;il pourra obtenir une autorisation de visite et qu&rsquo;il pourra m&rsquo;accompagner si je veux, bien qu&rsquo;il peine \u00e0 comprendre pourquoi tout \u00e7a m&rsquo;int\u00e9resse. Je le remercie.<br>Sous la chaleur le village est immobile. Pr\u00e8s de l\u2019\u00e9glise \u00e0 l&rsquo;autel fleuri toujours ouverte, se trouve la <em>bascule <\/em>o\u00f9 \u00e9taient pes\u00e9s les animaux et les charrettes de grain. Les maisons anciennes de la rue de la Tour proposent des fa\u00e7ades grises aux volets tir\u00e9s. J\u2019ai eu l\u2019occasion ces jours-ci de p\u00e9n\u00e9trer l\u2019une d\u2019elles. Impossible d&rsquo;imaginer \u00e0 partir d&rsquo;une simple fa\u00e7ade un int\u00e9rieur et ce qu&rsquo;il raconte d&rsquo;histoire, de joie ou de mis\u00e8re. Impossible de la m\u00eame fa\u00e7on d&rsquo;estimer la toxicit\u00e9 d&rsquo;une source pr\u00e8s de laquelle poussent de belles roseli\u00e8res et niche tout un peuple d\u2019oiseaux.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">repartie d'un texte-enqu\u00eate \u00e9crit lors du cycle \u00e9copo\u00e9tique de septembre 2024... je m'\u00e9tais propos\u00e9 d'enrichir, alors je me suis dit que \u00e7a tombait bien... \u00e0 suivre<\/pre>\n\n\n\n<div style=\"height:45px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"6-d\u00e9sert\">#06 | D\u00c9SERT<\/h2>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">j'avais commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9crire un texte avec un personnage fictif de vendeuse, tout d'un coup \u00e7a m'a paru fabriqu\u00e9, tellement superficiel, d'o\u00f9 virage \u00e0 180\u00b0 et tentative de rattacher (comme souvent) la proposition au travail pr\u00e9c\u00e9dent sur la m\u00eame ligne (emprise du lieu, pays, village...) et, \u00e7a m'est venu pendant la nuit, m'emparer de cette sc\u00e8ne v\u00e9cue il y a quelques jours chez un voisin de Mr Dumas<br><br>ainsi comme une suite \u00e0 la #5 :\"Les maisons anciennes de la rue de la Tour proposent des fa\u00e7ades grises aux volets tir\u00e9s. J\u2019ai eu l\u2019occasion ces jours-ci de p\u00e9n\u00e9trer l\u2019une d\u2019elles. \"<br><\/pre>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\"><em>Ce que j\u2019ai \u00e0 dire est assez compliqu\u00e9<\/em> et je n\u2019\u00e9nonce plus clairement les choses depuis un certain temps, l\u2019\u00e2ge me d\u00e9truit et m\u2019agite et mes l\u00e8vres tremblent, pardonnez-moi ch\u00e8re Madame pour mes h\u00e9sitations, vous \u00eates si gentille de passer nous visiter et je ne voudrais pas vous ennuyer mais les images s&rsquo;amplifient et se brouillent dans ma m\u00e9moire\u2026 vous savez, je rem\u00e2che, je r\u00e9p\u00e8te, je malaxe et refa\u00e7onne la v\u00e9rit\u00e9, je radote, d\u00e9sormais j\u2019avance les bras tendus pour ne pas heurter la table ou l&rsquo;armoire, pour ne pas me blesser\u2026 quinze ans d\u00e9j\u00e0 que nous sommes revenus habiter cette maison \u00e0 fa\u00e7ade en pierre grise, juste en face de l&rsquo;\u00e9glise \u00e0 l\u2019autel toujours fleuri, vous la connaissez n&rsquo;est-ce pas ? juste en face de la bascule \u00e0 peser les bestiaux, une maison qui appartenait \u00e0 mes parents, oui on a pens\u00e9 que ce serait mieux que l\u2019appartement en ville\u2026 mais \u00e0 pr\u00e9sent je ne sors presque plus, je suis fatigu\u00e9, je suis assis \u00e0 cette table et il ne se passe rien sinon cette folie d\u2019images qui s\u2019entrem\u00ealent dans ma t\u00eate et qui me font du mal, rien d\u2019autre \u00e0 faire que de les triturer comme on se rogne les ongles avec les dents\u2026 ma vie n\u2019aurait pas d\u00fb \u00eatre si longue\u2026 ah j\u2019en aurais \u00e0 dire sur les hommes que j\u2019ai connus et, vous savez, j\u2019ai travers\u00e9 des situations extr\u00eames, c\u2019\u00e9tait la guerre, on m\u2019avait exp\u00e9di\u00e9 l\u00e0-bas dans le d\u00e9sert, tout au Sud du pays, pour surveiller la fronti\u00e8re, \u00e7a devait \u00eatre en 57, un sacr\u00e9 long voyage en passant par Marseille et Alger\u2026 et tout \u00e7a revient comme si c&rsquo;\u00e9tait hier, non je n\u2019aurais pas d\u00fb les envoyer l\u00e0-bas ce jour-l\u00e0, mais quand on est colonel dans l\u2019arm\u00e9e, on a des responsabilit\u00e9s et \u00e0 chaque fois que j\u2019en parle, vous voyez, c\u2019est idiot, les larmes viennent dans ma gorge et contaminent ma voix\u2026 ah bon sang, ils \u00e9taient si jeunes, certains avaient des enfants, des nourrissons, pourtant c\u2019\u00e9tait les ordres, qu\u2019est-ce que j\u2019aurais d\u00fb faire&nbsp;? tout pouvait arriver, le danger \u00e9tait partout, on souffrait \u00e9norm\u00e9ment de la chaleur\u2026 \u00e7a m\u2019obs\u00e8de jour et nuit, non je n\u2019aurais pas d\u00fb \u2026 &nbsp;alors quoi ? fuir au Mali ou au Niger, affronter un nouveau destin, l\u2019exil et subir la honte&nbsp;?&#8230; \u00e0 pr\u00e9sent j\u2019ai quatre-vingt-treize ans et plus gu\u00e8re de dents, je ne dors presque plus, tout juste m\u2019assoupis de temps en temps, en moi rien que ces images qui d\u00e9ferlent et tournent en boucle et m\u2019arrachent des cris &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:36px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Ah leurs visages.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Ce ne sont pas des souvenirs. Ils sont l\u2019air si r\u00e9els, un peu plus p\u00e2les peut-\u00eatre que ceux des vivants et l\u00e9g\u00e8rement fluorescents, en tout cas impossible de les oublier.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Ils n\u2019avaient pas vingt ans ou tout juste \u00e0 ce moment-l\u00e0. Presque des enfants.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Maintenant il y a longtemps qu\u2019ils sont morts, au fond \u00e7a veut juste dire qu\u2019ils n\u2019ont pas grandi.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Je les appelle mes petits anges. Ce sont les miens, rien qu\u2019\u00e0 moi.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Leurs corps jeunes \u00e9lanc\u00e9s, leurs torses blancs pendant la toilette, la peau belle et douce, le dessin des muscles de la poitrine et des bras comme sur des tableaux. Ils sont remplis du feu et du myst\u00e8re de la jeunesse, ils n\u2019ont eu qu\u2019une vie br\u00e8ve, comme \u00e7a qu\u2019ils sont devenus mes enfants. Comme \u00e7a qu&rsquo;ils sont devenus mes petits anges, mes petits morts.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 rapatri\u00e9s. Dans la mort de guerre on ne compte pas les blessures, la chair en charpie. On dit \u00ab&nbsp;la mort&nbsp;\u00bb en un seul mot, c\u2019est tout, la fin, l\u2019\u00e9crasement des chairs, l\u2019explosion des organes. On ne peut pas rapatrier un corps ainsi d\u00e9membr\u00e9 assassin\u00e9. On l\u2019enterre l\u00e0, dans le d\u00e9sert. C\u2019est tout ce qu\u2019on peut faire.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Leurs rires insouciants pendant les bivouacs.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">La mort nous tombe dessus quand on est soldat. <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Comme un cri d\u00e9finitif.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Mes petits anges ne me parlent pas directement, jamais. Ils parlent entre eux et ils rient. Ils ne savent pas ce qui les attend au tournant. Moi je ne leur parle jamais. Je suis seul, pas loin d\u2019eux. Je les entends allumer des cigarettes, je n&rsquo;entends pas leurs mots mais je connais le timbre de leur voix \u00e0 chacun. Ils sont plein de vie, et puis d\u2019un coup. Ils sont devenus mon d\u00e9lire, mon souffle, mon fardeau de regrets, mon amour, mon sang&#8230; Pour \u00e7a qu\u2019ils ont pris une place dans mon \u00e2me, ils ne m\u2019ont jamais quitt\u00e9. Je suis devenu fou de leur mort subite et rageuse. Je la porte comme une violence \u00e0 moi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:44px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"7-piq\u00fbre-de-scorpion\">#07 | PIQ\u00dbRE DE SCORPION<\/h2>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">le fait que la lettre de convocation ne ressemble pas \u00e0 une lettre ordinaire, le fait que je me retrouve appel\u00e9 du jour au lendemain et que je dois ranger mes affaires, le fait que mon p\u00e8re dise qu\u2019il n\u2019y avait que la guerre pour forger un homme, le fait que ma m\u00e8re se mette \u00e0 pleurer, le fait que je n\u2019ai pas le temps de r\u00e9fl\u00e9chir, le fait que je n\u2019avais jamais entendu parler du pays o\u00f9 l\u2019on m\u2019exp\u00e9die, le fait que je respire l\u2019odeur de la gare et que c\u2019est peut-\u00eatre la derni\u00e8re fois, le fait que je n\u2019ai rien dit \u00e0 Solange, le fait que l\u2019odeur \u00e9trange de l\u2019uniforme qu\u2019on m\u2019a ordonn\u00e9 de porter s\u2019insinue dans mon c\u0153ur, le fait que nous sommes quelques-uns du m\u00eame \u00e2ge assembl\u00e9s sur ce quai pour la m\u00eame destination, le fait que l\u2019heure presse, le fait que mon paquetage ballotte contre mon dos et me scie l\u2019\u00e9paule, le fait que chaque seconde p\u00e8se une ann\u00e9e, le fait que le sifflet du chef de gare crie \u00e0 d\u00e9chirer les tympans, le fait que ma m\u00e8re tamponne ses yeux, le fait qu\u2019il faut partir maintenant, le fait que je me retrouve debout les doigts contre la vitre du wagon, le fait que je vois les silhouettes de ma m\u00e8re et mon p\u00e8re c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te qui s\u2019\u00e9loignent, le fait que le visage de Solange m\u2019appara\u00eet dans la vitre m\u00eame si elle n\u2019est pas l\u00e0, le fait que nous nous sommes rien promis<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">le fait que je n\u2019ai jamais voyag\u00e9 de ma vie et que je ne connais gu\u00e8re que mon bourg et la ville d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9 pour \u00eatre all\u00e9 plusieurs fois \u00e0 la foire d\u2019automne, le fait que je n\u2019ai jamais vu la grande mer qui l\u00e8che tous les rivages de la terre et o\u00f9 on peut se noyer \u00e0 coup s\u00fbr si on tombe du bateau, le fait que j\u2019ai pas eu le temps de pr\u00e9parer mes affaires et que j\u2019ai enfil\u00e9 \u00e0 la va-vite quelques photographies dans mon portefeuilles et aussi une image pieuse de la Vierge Marie et j\u2019ai dr\u00f4lement bien fait parce que souvent je regarde le visage de Solange le soir au bivouac avec les gars qui se marrent et se moquent et m\u00eame dans la journ\u00e9e furtivement ou rien que l\u2019id\u00e9e de l\u2019avoir l\u00e0 tout pr\u00e8s dans ma poche, le fait que je ne veux surtout pas oublier \u00e0 quoi elle ressemble et que les soir\u00e9es seraient impossibles sans elle une fois que le soleil est tomb\u00e9 et qu\u2019il fait froid dans le d\u00e9sert et qu\u2019il faut d\u00e9plier la couverture sur les \u00e9paules sans compter les scorpions qui recherchent la chaleur des tentes et peuvent nous faire mourir d\u2019une seule piq\u00fbre mais que c&rsquo;est sans doute mieux que le couteau du moudjahidine, le fait qu\u2019il y a des attaques r\u00e9guli\u00e8res du camp et des \u00e9gorgements, le fait qu\u2019on a peur et que nulle part on trouve l&rsquo;apaisement, le fait qu&rsquo;une vie pr\u00e9caire s&rsquo;est install\u00e9e et qu&rsquo;elle a le go\u00fbt de la fi\u00e8vre<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:56px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"8-sur-les-cr\u00eates\">#08 | SUR LES CR\u00caTES<\/h2>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Je m\u2019entends bien avec Ren\u00e9-Jean et j\u2019ai l\u2019impression que c\u2019est r\u00e9ciproque. Nous ne nous parlons pas beaucoup mais une vraie complicit\u00e9 s\u2019est install\u00e9e entre nous depuis le d\u00e9but du voyage \u2014&nbsp;un long voyage jusqu\u2019\u00e0 l\u2019autre bord de la M\u00e9diterran\u00e9e. On s\u2019est souvent retrouv\u00e9s assis c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, nos manches \u00e0 se frotter, et on a souvent partag\u00e9 le peu qu\u2019on avait \u00e0 manger. On vient du m\u00eame pays de campagne, mine de rien \u00e7a rapproche. Et puis la m\u00eame peine \u00e9prouv\u00e9e \u00e0 quitter nos familles comme \u00e7a sans annonce. Enfin c\u2019est surtout apr\u00e8s qu\u2019on a appris \u00e0 s\u2019aimer avec Ren\u00e9-Jean, quand on s\u2019est trouv\u00e9 balanc\u00e9s au sud du grand d\u00e9sert, confront\u00e9s au d\u00e9pouillement, au silence et \u00e0 la peur. Notre campement bas\u00e9 tout pr\u00e8s de la fronti\u00e8re est souvent attaqu\u00e9 de nuit par surprise. Des empoignades sanglantes sont possibles. Aussi notre compagnie se d\u00e9place fr\u00e9quemment. On dort contre nos armes. Je ne sais pas trop pourquoi on nous a donn\u00e9s ce d\u00e9sert pour combattre mais je d\u00e9couvre ici quelque chose qui m\u2019\u00e9branle. Ma peur s\u2019\u00e9miette et se dissout entre la couleur terre cuite des forts, les pluies d&rsquo;\u00e9toiles et la violente clart\u00e9 du jour saharien. <\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:35px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">On ne peut pas raconter tout ce qui s&rsquo;est pass\u00e9 avant et tout ce qui va se passer apr\u00e8s, mais nous les deux, on est ensemble \u00e0 la vie \u00e0 la mort, c\u2019est un fait. Et \u00e7a depuis le d\u00e9but de l\u2019aventure. Moi je suis un gars plut\u00f4t impulsif. Lui est calme et innocent, c\u2019est vraiment mon ami, il me touche et anime un frisson dans ma part secr\u00e8te. C\u2019est comme \u00e7a, nous constituons une esp\u00e8ce d\u2019\u00eelot de r\u00e9sistance au sein de notre compagnie, un duo au bivouac comme au combat. Des corps \u00e0 corps nous guettent dans les contre-pentes des dunes, des traquenards, des affrontements in\u00e9dits. Un terrible jeu. \u00c0 la guerre comme \u00e0 la guerre comme on dit. Mais on est toujours l\u00e0 pour s\u2019\u00e9pauler, pour veiller l\u2019un sur l\u2019autre. Le colonel nous choisit r\u00e9guli\u00e8rement comme guetteurs. Quand nous rampons coude \u00e0 coude le long des cr\u00eates, nous nous parlons par gestes. Nous sommes alors en pleine confiance et le d\u00e9cor d&rsquo;une grande beaut\u00e9 semble nous prot\u00e9ger. Je voudrais qu\u2019il s\u2019en sorte pour retrouver Solange. Il m\u2019a montr\u00e9 sa photo rien qu\u2019une fois. Il avait h\u00e9sit\u00e9 avant de le faire, il ne voulait pas r\u00e9v\u00e9ler sa faiblesse. Sur le coup je n&rsquo;ai rien dit, j&rsquo;ai juste regard\u00e9 et puis il a rang\u00e9 le portrait dans sa poche . Jamais nous ne parlons d&rsquo;elle mais elle existe d\u00e9sormais pour nous deux, et si la pr\u00e9sence de l\u2019ennemi menace et fragilise nos vies \u00e0 chaque seconde, nous nourrissons les m\u00eames r\u00eaves de fruits sucr\u00e9s et de palmeraies. <br>On nous annonce une prochaine offensive. \u00c9vanouie la routine, le temps ne s\u2019\u00e9coule plus comme retenu dans un filet. Aujourd&rsquo;hui j&rsquo;ai song\u00e9 \u00e0 d\u00e9serter pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">je m'\u00e9tonne du cheminement depuis \"l'emprise du lieu\" il y a quelques \u00e9pisodes...<br>de la mine d'or et des \u00e9changes avec Mr Dumas, ont d\u00e9coul\u00e9 la visite d'une maison du village et la rencontre avec un colonel tourment\u00e9, d'o\u00f9 naissance de certains des hommes plac\u00e9s sous ses ordres en 1957<br>des r\u00e9cits s'encha\u00eenent et font couler l'histoire et le sang...<\/pre>\n\n\n\n<div style=\"height:33px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"9-go\u00fbt-du-caf\u00e9\">#09 | L&rsquo;AMER-SUCR\u00c9 DU CAF\u00c9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\"> LE QUART (l\u2019indispensable),<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Chacun le sien. L\u00e9ger \u2014&nbsp;autour de 135 grammes&nbsp;\u2014, solide, pratique avec ses poign\u00e9es repliables, multifonctions. Compose le set de marche avec la gourde M1951 en aluminium d\u2019environ 1,3 litre. Sert \u00e0 boire manger faire chauffer se raser. Peut contenir&nbsp;: eau (flotte), caf\u00e9 soluble, ration de vin (picrate), eau-de-vie (gn\u00f4le). Aussi potage, plat de conserve, semoule. Toujours \u00e0 port\u00e9e de main, accroch\u00e9 au ceinturon ou au paquetage. Devient casserole de fortune au campement comme en op\u00e9ration. Se culotte autant qu&rsquo;une pipe. Son degr\u00e9 d\u2019oxydation (la gueule du quart) indique le temps de service du soldat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">LA TASSE \u00c0 CAF\u00c9 (la nostalgie),<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Maman sort son beau service \u00e0 caf\u00e9 seulement le dimanche, quand on a du monde au repas du midi. Il est rang\u00e9 dans le buffet de la salle \u00e0 manger. Grande cafeti\u00e8re, tasses blanches avec soucoupes assorties, sucrier. Toutes les pi\u00e8ces sont orn\u00e9es du m\u00eame motif fleuri. L\u2019anse est d\u00e9licate et si fine que je peux \u00e0 peine y passer mon index pour porter la tasse \u00e0 ma bouche. Ce geste simple, la finesse de la porcelaine entre les l\u00e8vres, le go\u00fbt du caf\u00e9 moulu \u00e0 la main puis pass\u00e9 dans le filtre \u00e0 long cou. Et puis le fait de le sucrer, le fait de tourner la cuiller dans le liquide, le fait d\u2019aller cueillir le sucre d\u00e9pos\u00e9 au fond quand on a bu. Pendant ce temps on \u00e9change autour des derni\u00e8res naissances et des d\u00e9c\u00e8s, des r\u00e9coltes \u00e0 venir. Je racle jusqu\u2019au dernier grain savoureux. Le bien que \u00e7a procure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size\">LA PAUSE (l\u2019imminence du danger),<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Avec Ren\u00e9-Jean on partage le dur et le doux. Quelles que soient les circonstances, la pause est sacr\u00e9e. M\u00eame en mission, on se met \u00e0 l\u2019abri dans un creux de dune, difficile de nous y rep\u00e9rer. Rien que quelques gorg\u00e9es \u00e0 la gourde, \u00e7a r\u00e9conforte. Le soir au bivouac, quand on le droit de faire du feu, on s&rsquo;accorde une tasse de caf\u00e9 (caf\u00e9 soluble), ou plut\u00f4t un quart. \u00c7a n\u2019est pas formidable mais c\u2019est d\u00e9j\u00e0 \u00e7a, et tant qu&rsquo;on a du sucre, \u00e7a passe et fait du bien. Surtout qu\u2019on ne sait pas combien de temps va durer cette offensive sur ces fronti\u00e8res du d\u00e9sert. Tension extr\u00eame, chaque d\u00e9placement \u00e0 haut risque. Aucune id\u00e9e de la suite du programme. De la menace on ne parle presque jamais. On regarde le visage tourment\u00e9 du colonel qui ne desserre pas les dents, ne l\u00e2che aucune information. On aimerait que les nouvelles soient bonnes, mais rien. On prend les jours l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre. L&rsquo;amer-sucr\u00e9 du caf\u00e9 aide \u00e0 tenir, pareil \u00e0 une gourmandise.<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">\u00e9cras\u00e9e par l'audace et la puissance de Gertrud S. <br>de toute fa\u00e7on inutile de chercher \u00e0 l'imiter<br>je choisis de rester sur des choses simples et de continuer \u00e0 explorer le m\u00eame sillon...<\/pre>\n\n\n\n<div style=\"height:29px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"-10-ondulations\">#10 | MIRAGES<\/h2>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">&nbsp;&nbsp;&nbsp; je cherche \u00e0 surprendre sur les visages de ces hommes qui s\u2019inventent en moi depuis quelques semaines l\u2019\u00e9motion vierge \u00e0 la fin de la nuit ou au tout d\u00e9but du jour, l\u2019\u00e9motion au moment de reprendre pied juste apr\u00e8s le sommeil, l\u2019\u00e9motion qui les \u00e9treint \u2014&nbsp;l\u2019un et l\u2019autre chacun pour soi&nbsp;\u2014 tandis que les corps compagnons \u00e9tirent tendons et muscles qui font mal, tandis que les cerveaux chassent les bribes de r\u00eave et les souvenirs d\u2019enfance pour envisager le d\u00e9cor au sortir de la tente \u2014&nbsp;le m\u00eame pour l\u2019un et l\u2019autre, le m\u00eame que la veille et l\u2019avant-veille&nbsp;\u2014, immuable, \u00e0 savoir celui d\u2019un d\u00e9sert o\u00f9 se livre une gu\u00e9rilla f\u00e9roce tr\u00e8s loin de leur bourg d\u2019origine, ils ne savent plus comment tout cela est arriv\u00e9, ils ont oubli\u00e9 et d\u2019ailleurs \u00e7a n\u2019a plus d\u2019importance, ils composent avec ce qu\u2019ils voient, et il y a de ces matins o\u00f9 le froid les attrape, le temps n\u2019est qu\u2019illusion sinon la faim la soif,<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>ici jamais eu la moindre ville, la moindre construction, rien que le ciel soudain d\u00e9coup\u00e9 par l\u2019horizon de sable<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">&nbsp; je cherche \u00e0 saisir ce point d\u2019\u00e9quilibre qui s\u2019installe sit\u00f4t que le sol commence \u00e0 br\u00fbler sous un soleil \u00e0 peine sorti de terre, ardent d\u00e9j\u00e0 telle machine \u00e0 broyer, machine \u00e0 aveugler les soldats en planque ou encore endormis au creux de la dune, quand le sable commence \u00e0 flotter onduler au-dessus de l\u2019horizon, alors s\u2019\u00e9bauchent des formes verticales qui ressemblent \u00e0 des usines, des esp\u00e8ces de raffineries avec des hautes chemin\u00e9es qui donnent l\u2019illusion d\u2019un rivage habit\u00e9, c\u2019est comme un paysage qui n\u2019existe pas, c&rsquo;est comme une \u00eele qui s&rsquo;\u00e9vanouit quand on s&rsquo;approche, il y a des regards qui s\u2019\u00e9changent dans l\u2019attente des combats (qui ne ressemblent \u00e0 aucun autre), des regards qui s&rsquo;adressent au ciel \u00e9toiles nuages (presque jamais) incandescences \u00e9vaporations mirages, la plupart du temps les yeux des soldats sont perdus dans le vague, &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>ou alors rien qu\u2019une forteresse en terre cuite, un vieux bastion, une citadelle d\u00e9labr\u00e9e par les vents qui ressemble \u00e0 une termiti\u00e8re, encadrements de fen\u00eatre taill\u00e9s dans la pierre<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">&nbsp;&nbsp; un peu plus haut dans la page je cherche et retrouve leurs pr\u00e9noms, Ren\u00e9-Jean et lui, presque deux fr\u00e8res, ils s\u2019accompagnent le temps du r\u00e9cit et ils pensent \u00e0 la vie qu\u2019ils auront quand ils seront rentr\u00e9s \u00e0 la maison, au service \u00e0 caf\u00e9 de leur m\u00e8re rang\u00e9 dans le buffet ou aux b\u00eates dans l\u2019\u00e9table, j\u2019ai id\u00e9e des regards et des gestes qu\u2019ils ont l\u2019un pour l\u2019autre, des partages minuscules qui les rassurent, des lettres qu\u2019ils griffonnent &nbsp;\u2014&nbsp;lui pour Solange&nbsp;\u2014, le d\u00e9cor est si incroyable, immuable, les jours se ressemblent, de temps en temps une halte prodigieuse dans une palmeraie, eau arbres dattes chants d\u2019oiseaux miracles, le temps de renouer avec la toilette, la nourriture, les pieds dans la source, le repos au frais des palmes, la lune, le sucr\u00e9 des fruits, la folie,<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>le sable est devenu la peau de la terre, il frotte la peau des soldats, la ponce, l\u2019irrite \u00e0 effacer leurs bouches et leurs sourcils, il n\u2019existe pas d\u2019endroit pour y voir clair &nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">&nbsp; une fois encore je cherche \u00e0 surprendre les rares nuages qui s\u2019\u00e9garent au-dessus du campement (presque jamais) capables de r\u00e9duire la lumi\u00e8re puissante \u00e0 rendre aveugle les hommes, \u00e0 moins que les corps encore endormis dans la dune ne le soient d\u00e9j\u00e0 pour toujours, piqu\u00e9s par un scorpion blanc ou surpris par l\u2019arri\u00e8re au couteau, enfin ce cirrus \u00e0 mi-hauteur de ciel, je me demande comment il est arriv\u00e9 l\u00e0 comme suspendu par le peintre en cet endroit pr\u00e9cis du tableau, une ponctuation qui n\u2019aurait pas de sens, le regard n\u2019a aucune limite en ce lieu du monde sans arbres ni constructions, il se heurte \u00e0 l\u2019espace immense du bleu contre la dune blanche ondulant \u00e0 l\u2019infini, il ne sait o\u00f9 se poser, impossible de s\u2019orienter, de retrouver son chemin,<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>une impression fugitive, un \u00e9lan de la main qui veut redessiner les traits des morts d\u00e9j\u00e0 recouverts d\u2019un fin duvet de sable, le faire pour leurs m\u00e8res qui ne savent rien, ou alors refuser de les regarder parce que c\u2019est insupportable<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:16px\"><em>est-ce le crayon \u00e0 dessiner qui saisit ou plut\u00f4t qui note les mots capables en peu de dire le vrai<\/em><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:35px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"11-le-gouffre-de-la-pens\u00e9e\">#11 | le gouffre de la pens\u00e9e<\/h2>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">r\u00e9elle difficult\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre \u00e0 cette proposition<br>juste \u00e0 l'instinct (avec le temps possible aujourd'hui...) et je reste infiniment curieuse des textes des autres<\/pre>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>L\u2019horizon livre<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\"><em>J\u2019ai connu l\u2019objet carnet qui interroge le \u00ab&nbsp;quoi \u00e9crire&nbsp;\u00bb pourvu qu\u2019il soit beau, compos\u00e9 d\u2019un papier \u00e0 texture et d\u2019une couverture \u00e0 reliefs v\u00e9g\u00e9taux. Il semble induire les mots \u00e0 inscrire en ouverture, prendre en compte les mouvements de ciel et sait pousser des fleurs \u00e0 plat entre les pages bient\u00f4t empreintes de pigments color\u00e9s. Mais le carnet est trop beau, tellement beau que je n\u2019ose y \u00e9crire. \u00c0 peine quelques lignes. Et le carnet vieillit dans un tiroir ou sur une \u00e9tag\u00e8re de biblioth\u00e8que.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\"><em>H\u00e9siter sur chaque titre, sur la fa\u00e7on d\u2019\u00e9crire, les th\u00e8mes \u00e0 aborder. <br>La liasse de papiers flottants de Sh\u00f4nagon pr\u00e9sente l\u2019avantage de pouvoir tout reclasser \u00e0 loisir, de bousculer l\u2019ordre, d\u2019y ins\u00e9rer des ajouts.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\"><em>En 2025 je dispose d\u2019un \u00e9cran o\u00f9 la mati\u00e8re se nourrit en quelques frappes sur le clavier ou se d\u00e9place en trois clics. Mais le sens peut rapidement se diluer. Le sens se tient dans le cerveau, l\u2019horizon-livre dans les veines dont le flux raconte. Le fil se fait avec les doigts, avec les yeux qui reconnaissent l\u2019ondulation des mots. Quelque chose de grisant. Tout peut s\u2019effacer en une erreur ou caprice de la machine.<\/em><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:36px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">1 | amplification<\/h3>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\"><strong>Oui<\/strong>.<br>Oui, un mot bref<br>Oui, un mot qui \u00e9chappe et pousse au bord du vide<br>Oui, <em>viens pr\u00e8s de moi<\/em> dans le silence de cette nuit sans \u00e9toiles au milieu des for\u00eats avec les b\u00eates qui sont en chasse et les autres qui dorment<br>Oui, l\u2019ennemi est l\u00e0, je le sens, je le sais, il va falloir tenir jusqu\u2019\u00e0 l\u2019aube, encore des heures \u00e0 guetter le moindre froissement de sable, on se sent tellement seul, impossible de se raccrocher \u00e0 quelque chose de r\u00e9el, et c\u2019est \u00e0 cet instant que je mets la main sur le portrait dans ma poche<br>Oui, je me souviens du visage ravag\u00e9 de Francisco et de ses gestes rugueux, de sa bouche d\u00e9form\u00e9e par un rictus de col\u00e8re et de souffrance, et soudain ses gros doigts rabattus dans une esp\u00e8ce de caresse maladroite sur le corps de l\u2019oiseau qui se laisse faire, il en a l\u2019habitude, il r\u00e9pond d\u2019un picotement sur la main et niche sa t\u00eate contre la paume alors que la nuit mord la peau de Francisco<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\"><strong>L\u2019histoire<\/strong><br>Ce qui se dessine<br>Ce qui s\u2019entrelace et fabrique l\u2019histoire<br>Ce qui se dessine en soi et s\u2019explore avec les yeux ou l\u2019appareil-photo, les nu\u00e9es blanches ou d\u00e9chir\u00e9es par les vents, voil\u00e0 bien l\u2019histoire, tout est mouvant, seulement de passage&nbsp;<br>L\u2019histoire installe une distance avec le r\u00e9el, elle est le lien entre les fragments d\u2019\u00e9criture, invente mes personnages de paysans ou de mineurs en qu\u00eate d\u2019or ou de soldats balanc\u00e9s dans une guerre \u00e0 l&rsquo;autre bout du monde sans savoir ce qui se joue l\u00e0 avec un \u00e9quipement rudimentaire, et il faut qu\u2019ils se d\u00e9brouillent avec \u00e7a<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\"><strong>L\u2019emprise<\/strong><br>L\u2019emprise du lieu<br>Ce lieu devenu mien et terrain d\u2019\u00e9criture<br>Ce lieu d\u00e9pourvu de fronti\u00e8res pr\u00e9cises entre le bois et la terre, entre la for\u00eat et le bourg, entre le vent qui brosse et la neige qui recouvre<br>Ce lieu que M. Dumas habite et aussi le colonel Armand juste dans la maison en face de l&rsquo;\u00e9glise et de la bascule qui jadis pesaient les sacs de grain et les bestiaux avant qu&rsquo;ils ne partent \u00e0 l&rsquo;abattoir<br>Ces lieux sous la terre, galeries creus\u00e9es dans la diorite pour exploiter un m\u00e9tal rare avec \u00e9quipes de forage et machines \u00e0 explorer les filons, extraction, sublimation, du travail pour la population locale, le bourg et sa mine d\u2019or, nombreuses familles, un h\u00f4tel avec dix chambres, deux caf\u00e9s, une \u00e9cole avec soixante-dix enfants, M. Dumas a not\u00e9 toutes ces choses dans un carnet, mais rien n\u2019est aussi paisible qu\u2019on ne le croit<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\"><strong>Et l&#8217;emprise du d\u00e9sert&#8230;<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:26px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">2 | inducteurs d\u2019imaginaire<\/h3>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Les maisons du village et ceux qui les ont habit\u00e9es<br>La ferme de M. Dumas et la maison du colonel<br>Premier contact avec le d\u00e9sert<br>Premier contact du colonel Armand avec ses hommes<br>La troupe, l\u2019unit\u00e9, le bataillon<br>L\u2019origine des soldats<br>Noms et pr\u00e9noms des soldats<br>L\u2019immobilit\u00e9 requise face au scorpion<br>L&rsquo;intense froid de la nuit<br>Le souvenir des visages<br>Tout ce qui est laiss\u00e9 en arri\u00e8re<br>Le gouffre de la pens\u00e9e<br>R\u00eaves de torture et de gorges tranch\u00e9es<br>L\u2019id\u00e9e de d\u00e9sertion<br>La sensibilit\u00e9 au moindre bruit ou au moindre instant de silence profond<br>Le mouvement des mains dans l\u2019ennui<br>Le souffle de la poitrine dans l\u2019attente<br>Le bruit du vin dans le quart et du sang dans le coffre du corps<br>L\u2019espace infini des dunes<br>Pistes et traces d\u2019animaux dans le sable<br>Le venin du scorpion blanc<br>L\u2019absence ou la pr\u00e9sence du v\u00e9g\u00e9tal<br>Les oiseaux de la palmeraie<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:34px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"12-r\u00e9cits-des-deux-continents\">#12 | r\u00e9cit des deux continents<\/h2>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><strong><em>Centre de la France, 2025<\/em><\/strong><\/h5>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Peut-\u00eatre que M. Dumas rencontre le colonel lors de la f\u00eate du village qui se d\u00e9roule en ce dimanche d\u2019ao\u00fbt, le colonel tr\u00e8s \u00e2g\u00e9 accompagn\u00e9 par sa femme jusqu\u2019au chapiteau pr\u00e8s de l\u2019\u00e9tang pour s\u2019installer \u00e0 l\u2019ombre, et lui, M. Dumas en chemise fleurie et m\u00e8che peign\u00e9e sur le front, encore solide sur ses jambes, donc venu \u00e0 pied depuis sa maison proche. Il fait chaud en d\u00e9pit de nuages qui traversent le ciel. L\u2019herbe du pr\u00e9 est br\u00fbl\u00e9e par le d\u00e9but de saison caniculaire. \u00c0 un moment donn\u00e9 les deux hommes se retrouvent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te sous le chapiteau. Peut-\u00eatre qu\u2019ils se connaissent et qu\u2019ils parlent \u00e0 propos du village, des habitations les plus anciennes, de la r\u00e9fection pr\u00e9vue du grand tableau de l\u2019\u00e9glise ou des \u00e9l\u00e9ments architecturaux notables comme la tour de l\u2019ancien ch\u00e2teau. Peut-\u00eatre que le colonel \u00e9nonce la date de son installation dans la maison aux volets en bois en face de l\u2019\u00e9glise et de la bascule \u00e0 peser le grain et qu\u2019il \u00e9voque son lien avec le pays, un a\u00efeul originaire du bourg, peut-\u00eatre m\u00eame la maison en h\u00e9ritage familial.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Je les observe de loin, ne les entends pas, ne vois pas leurs visages. Le colonel semble tass\u00e9 sur lui-m\u00eame, mains appuy\u00e9es sur le pommeau de sa canne. Sa femme s\u2019approche de lui, redresse d\u2019un geste bref le col de sa chemise qui s\u2019est tordue puis s\u2019\u00e9carte.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Par instants le colonel se demande qui est M. Dumas. Sa m\u00e9moire se brouille \u00e0 cause de la chaleur, il ne parvient plus \u00e0 le situer. M. Dumas est bien plus jeune que lui, il a toujours v\u00e9cu ici dans la ferme de ses grands-parents sur la route de B\u00e9n\u00e9vent. Il conna\u00eet tous les noms des villages de la commune, tous les noms de famille du pays. Il a dessin\u00e9 \u00e0 la main une sorte de carte avec les habitations et les nom et m\u00e9tier de ceux qui y ont r\u00e9sid\u00e9. Il me l\u2019a montr\u00e9e l\u2019hiver dernier, et aussi un cahier d\u2019\u00e9cole avec des notes, des r\u00e9dactions d\u2019enfance. Peut-\u00eatre que M. Dumas rappelle que, du temps de l\u2019exploitation des filons aurif\u00e8res, il y avait du monde qui logeait dans le coin. Il sait le nombre exact d\u2019habitants et le nombre d\u2019enfants qui fr\u00e9quentaient l\u2019\u00e9cole de la commune dans les ann\u00e9es 1970, souligne l\u2019existence de deux caf\u00e9s et d\u2019un h\u00f4tel.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Le colonel se perd dans les dates. Il se renfrogne. Peut-\u00eatre que sa vie \u00e0 lui s\u2019est arr\u00eat\u00e9e en 1957 alors qu\u2019il dirigeait une unit\u00e9 aux fronti\u00e8res sud du d\u00e9sert alg\u00e9rien. Et peut-\u00eatre qu\u2019\u00e0 ce stade de l\u2019apr\u00e8s-midi, M. Dumas se d\u00e9courage de parler au colonel Armand qui semble de plus en plus confus, le visage rougi comme tum\u00e9fi\u00e9. Je vois qu\u2019il se redresse, tourne la t\u00eate pour voir avec qui d\u2019autre il pourrait bien discuter. Alors le colonel lui attrape la main en cet instant pr\u00e9cis pour retenir son attention et dans un sublime effort, comme s\u2019il \u00e9tait \u00e9reint\u00e9 par l&rsquo;urgence de serrer cette main jusqu&rsquo;\u00e0 faire mal, il murmure&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous savez, c\u2019est dur, ils sont tous rest\u00e9s l\u00e0-bas\u2026 \u00f4 mes hommes, mes petits anges\u2026 de ma faute, de ma faute\u2026 non, jamais je n\u2019aurais d\u00fb les envoyer au d\u00e9sastre\u2026&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:20px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h5 class=\"wp-block-heading\"><em><strong>Sud Sahara,1957<\/strong><\/em><\/h5>\n\n\n\n<div style=\"height:15px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Au fond d\u2019une armoire dans la maison du colonel, une bo\u00eete en carton o\u00f9 sont rang\u00e9es des photos noir et blanc.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Les images n\u2019ont pas d\u2019\u00e2ge. Leur force d\u2019expression est sid\u00e9rante. D\u00e9pouillement et solitude. Des hommes en pleine op\u00e9ration, des millions de kilom\u00e8tres carr\u00e9s de d\u00e9sert de sable et de plateaux pierreux autour d\u2019eux. Certains debout, d\u2019autres \u00e0 terre, allong\u00e9 ou abattus \u2013 beaucoup ne s\u2019en sortiront pas. On voit le sang noir, les corps abattus convuls\u00e9s lov\u00e9s. Ils sont jeunes. On voit aussi les pas dans le sable. Le sable est pareil \u00e0 un linceul. Blancheur, douceur. Les embuscades la nuit. Les corps-\u00e0-corps. Les assauts par petits groupes pour r\u00e9duire les \u00eelots de r\u00e9sistance, r\u00e9cup\u00e9rer des renseignements et des armes.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Celle-ci o\u00f9 des hommes marchent en file indienne entre les arbustes dess\u00e9ch\u00e9s d\u2019un d\u00e9fil\u00e9 rocheux.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Celle-ci o\u00f9 des hommes se terrent \u00e0 la contre-pente des dunes, un guetteur en cr\u00eate, tous sur le qui-vive.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Celle-ci o\u00f9, fusil mitrailleur \u00e0 la main, un soldat contemple son ombre. Le sable enlise ou enraye les fusils mitrailleurs. Le soleil cogne.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Celle-ci o\u00f9 trois camarades entourent l&rsquo;un des leurs bless\u00e9, leurs gestes, leurs yeux fronc\u00e9s, leurs corps en protection.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Celle-ci toute proche du visage d\u00e9chir\u00e9, cou et bras ensanglant\u00e9s, regard perdu dans le vide \u2013 au dos en petites lettres cursives, le pr\u00e9nom Ren\u00e9-Jean.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">Au fond du d\u00e9sert on n\u2019\u00e9vacue pas les hommes. Les combats sont \u00e2pres dans un terrain peu favorable. Les coups de feu se r\u00e9percutent dans les cuvettes de sable. Impossible de les localiser. Tout se ressemble dans ce paysage o\u00f9 l\u2019ennemi \u00e0 l\u2019avantage. Avancer, combattre, mourir. Les hommes n\u2019ont plus de nom. Il n\u2019y a plus de camps distincts. Ainsi le noir et blanc raconte. Ainsi le photographe rattach\u00e9 au bataillon parle de la jeunesse infinie des corps, de l\u2019absurdit\u00e9 et de la peur.<br>Faut-il encore des mots&nbsp;?<br>Le colonel ne trouve jamais le sommeil.<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:33px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"13-bouche-ouverte\">#13 | bou che ou ver te<\/h3>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">il bou che ou ver te<br>il mem bres ca ch\u00e9s sous le drap<br>la la vie le bout<br>&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;.une vie sa vie fi nie<br>vie sans vie la vie UNE VIE finie<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\"><br>il y a le mort sur la ci vi\u00e8 re ou le lit<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">il bou che ou ver te au visage froid<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\"><br>langue morte toute morte retir\u00e9e au fond<br>peau durcie bient\u00f4t molle<br>quand on nous dit d\u2019approcher pour le toucher avec les l\u00e8vres<br>sang durci sur les joues et le corps<br>on regarde on a peur<br>on le regarde<br>lui sur le lit sous le linge ou sur la civi\u00e8re &nbsp;<br>on est muet<br>pour la premi\u00e8re fois de sa toute jeune vie<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">vie la vie sa vie UNE VIE sa vie<br>quand m\u00ea\u00ea\u00ea\u00ea\u00ea me<br>ce quel que cho se dont on n\u2019a pas i d\u00e9e<br>ce cri ce r\u00e2\u00e2\u00e2 le dans la nuit<br>sa vie retir\u00e9e<br>bou che ou ver te<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;il ex \u00e9 cut\u00e9 dans le d\u00e9sert<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:44px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\"><em>Il y a le mort sur le lit au visage froid qu\u2019on nous dit d\u2019approcher pour le toucher avec les l\u00e8vres, \u00e9prouver pour la premi\u00e8re fois de sa toute jeune vie ce quelque chose dont on n\u2019a pas id\u00e9e<\/em><\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:43px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:16px\">\u00e0 suivre le ch\u0153ur qui pleure le mort qu&rsquo;on porte dans la palmeraie, il est en habit de combat, m\u00e2choire d\u00e9mantel\u00e9e, un linge couvre une partie de son visage<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:16px\">voix 1<br>jeune jeune trop jeune<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:16px\">voix 2 murmure<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\" style=\"font-size:16px\">voix 3<br>en fait ce n&rsquo;est pas une voix, rien qu&rsquo;un concert d&rsquo;oiseaux, bubuls des jardins et sarcelles d&rsquo;\u00e9t\u00e9, cris m\u00eal\u00e9s \u00e0 des bafouillements d&rsquo;eau et \u00e0 des aboiements de chien<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:37px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"14-survivances\">#14 | survivances<\/h3>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"519\" height=\"503\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/SURVIVANCES-arbre.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-196319\" style=\"width:590px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/SURVIVANCES-arbre.jpg 519w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/SURVIVANCES-arbre-420x407.jpg 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 519px) 100vw, 519px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>composition fran\u00e7oise renaud, 14\/08\/2025<\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>(en attente&#8230; faute de mieux&#8230;)<\/p>\n\n\n\n<div style=\"height:48px\" aria-hidden=\"true\" class=\"wp-block-spacer\"><\/div>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\" id=\"15-aveugl\u00e9s\">#15 &#8211; aveugl\u00e9s<\/h3>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">1. <em>dans quelle contr\u00e9e \u00e7a se passe&nbsp;? dans quel sillon \u00e7a creuse&nbsp;? depuis quel point en arri\u00e8re dans le temps&nbsp;? et quelle part de moi \u00e9crit cette histoire&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">12. Les \u00e9v\u00e9nements se sont d\u00e9roul\u00e9s loin dans le pass\u00e9, bien r\u00e9els ceux-l\u00e0, transcrits dans les livres et analys\u00e9s par les sp\u00e9cialistes en conflits de tous ordres. Aucun rescap\u00e9. Compagnie an\u00e9antie, pass\u00e9e \u00e0 la casserole. Aucun d\u00e9tail communiqu\u00e9 aux familles, rien qu\u2019un avis de d\u00e9c\u00e8s<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">13. <em>insurrection, guerre d\u2019ind\u00e9pendance, r\u00e9volution, gu\u00e9rilla, r\u00e9pression, injustice coloniale<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">29. C\u2019est un lieu qui n\u2019a pas de fronti\u00e8re, d\u00e9sert de dunes et de pierrailles, horizons ondulants et br\u00fblants au point de d\u00e9clencher des mirages qui font basculer le corps et le corps n\u2019a pas de solution sinon d\u2019avancer vers le mirage jusqu\u2019\u00e0 mourir de soif<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">30. <em>produire une phrase courte et d\u00e9nud\u00e9e<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">31. J\u2019ai d\u00fb agacer Ren\u00e9-Jean \u00e0 force de lui r\u00e9p\u00e9ter les m\u00eames choses, \u00e0 force de lui dire ma peur de ne jamais revoir Solange<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">32. Ren\u00e9-Jean, mon ami<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">33. <em>Androctonus hoggarensis. Plus jaune paille que blanc. On dirait qu\u2019il est transparent. On entend le bruit que \u00e7a fait sous le pied ou le caillou qui l\u2019\u00e9crase. Scorpion \u00e0 queue large de la famille des Buthidea<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">34. Ren\u00e9-Jean, mon seul ami<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">35. Prononcer son nom simplement, \u00e7a m\u2019aide. Lui adresser un mot anodin, lancer un geste vers lui. Il est l\u00e0. Encore l\u00e0. Prononcer en silence celui de Solange, les deux syllabes emplissant ma bouche jusqu\u2019au chuintement final an\u2026gggg&#8230;e<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">36. <em>\u00e9crire un livre sur un th\u00e8me de soci\u00e9t\u00e9, de ce genre abord\u00e9 \u00e0 chaque journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9. Nouvelles du front, recul ou avanc\u00e9e des troupes, probl\u00e8mes avec les donn\u00e9es satellites, cruaut\u00e9 de l\u2019ennemi, qu\u00eate d\u2019un cessez-le-feu. Les Grands sont r\u00e9unis pour discuter. Sur la ligne rouge, les hommes sont \u00e9puis\u00e9s<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">152. Ce d\u00e9sert plus vaste que l\u2019Australie, espace solaire \u00e9tincelant<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">153. Le sable colle aux mains, aux joues, \u00e0 la sueur du front, le sable entre dans les chaussettes, le sable r\u00e2pe torture la peau<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">154. \u00ab&nbsp;Tu devrais arr\u00eater de faire le sentimental&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">155. <em>mais comment se faire une id\u00e9e de la situation mentale d\u2019un homme qui n\u2019a pas commis de faute, \u00e0 qui on a mis un pistolet mitrailleur dans les mains&nbsp;? comment \u00e9crire la perdition, la folie, la culpabilit\u00e9&nbsp;? Les mots doivent couper trancher percuter dans le blanc de l\u2019\u00e9cran comme la serpe fauche l\u2019herbe d\u2019un seul geste, dessiner l\u2019inconcevable et l\u2019incompr\u00e9hensible alors qu\u2019ils aimeraient dessiner des formes animales avec du charbon et du sang ainsi que les hommes du Solutr\u00e9en sup\u00e9rieur le faisaient sur la paroi des grottes &nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">156. La photo de Solange a fini par s\u2019abimer \u00e0 force d\u2019\u00eatre manipul\u00e9e. D\u2019abord les coins et puis toute la surface comme froiss\u00e9e, d\u00e9color\u00e9e, et m\u00eame des petites pliures qui m\u2019emp\u00eachent de voir clairement le visage. Encore les yeux d\u2019un noir bien brillant. Elle me regarde.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">157. Aujourd\u2019hui, rien<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">158. Les mots sont dans ma gorge. La violence ne cesse de cro\u00eetre. Je ne reverrai jamais ma fianc\u00e9e, ni ma m\u00e8re, ni ma ferme<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">159. <em>le venin du scorpion saharien peut tuer un homme \u00e9puis\u00e9 et l\u00e0, quelque chose de terrifiant<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">160. L\u00e0 quelque chose de terrifiant<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">161. Sol&#8230; an\u2026gggg\u2026e<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-verse\">\u00e0 ce stade de la partie,\u00e0 ce stade o\u00f9 le jour devient nuit, on peut \u00e9couter en lisant...<\/pre>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-audio\"><audio controls src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/videoplayback.mp4\"><\/audio><\/figure>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">283.<em> villageois chass\u00e9s, camps de regroupements, surveillances de l\u2019arm\u00e9e, exils et migrations<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">284. La peur est revenue en force. Avec Ren\u00e9-Jean, nous ne nous quittons plus. \u00c0 peine nous nous \u00e9loignons de quelques m\u00e8tres l\u2019un de l\u2019autre. Nous redevenons petits gar\u00e7ons dans la tendresse des yeux. Nous accomplissons pourtant des t\u00e2ches difficiles qui r\u00e9clament beaucoup de concentration. Guetter des nuits enti\u00e8res le moindre bruit, le ciel constell\u00e9, le froid contrastant avec la br\u00fblure du jour. L\u2019aveuglement me guette<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">285. Aujourd\u2019hui les deux hommes qui faisaient le guet en contrepente des dunes sont morts. On les a retrouv\u00e9s aux abords du camp, gorge tranch\u00e9e, sang devenu noir<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">286. Ren\u00e9-Jean, mon ami, la vie continue ici d&rsquo;une dr\u00f4le de fa\u00e7on, jusqu\u2019\u00e0 quand&nbsp;? Tu te souviens des repas du dimanche quand on recevait les cousins et que maman sortait le beau service \u00e0 caf\u00e9 en porcelaine blanche avec des fleurs en motif. Tout le monde avait bien mang\u00e9, on allait faire la sieste dans le foin, apr\u00e8s on visitait les jardins et on allait jusqu&rsquo;au bois pour voir le printemps ou l&rsquo;automne<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">287. J\u2019ai trouv\u00e9 un morceau de papier dans lequel j\u2019ai envelopp\u00e9 la photographie pour qu\u2019elle ne se d\u00e9t\u00e9riore pas davantage. Il m\u2019est insupportable d\u2019imaginer qu\u2019elle va finir par dispara\u00eetre et qu\u2019il me faudra vivre avec l\u2019ombre de ce beau visage<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">288. <em>le scorpion danse avant de piquer<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">289. L\u2019attente<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">290. <em>produire une phrase courte et d\u00e9nud\u00e9e<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">631. La chaleur s\u2019est install\u00e9e dans mes poumons. Elle est l\u00e0, en moi, \u00e0 demeure. Ren\u00e9-Jean me dit que c\u2019est la m\u00eame chose pour lui. Le tabac irrite la gorge et nous fait tousser<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">632. <em>la vision p\u00e9riph\u00e9rique des soldats doit \u00eatre modifi\u00e9e par la fatigue, par l\u2019horizon ondulant du d\u00e9sert, par la s\u00e9cheresse de l\u2019air. Rechercher des \u00e9tudes ophtalmologiques sur l\u2019influence du climat d\u00e9sertique sur les membranes de l\u2019\u0153il<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">634. <em>bilan humain 500&nbsp;000 morts, des centaines de milliers de bless\u00e9s<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">635. Mon pied droit est gonfl\u00e9. J\u2019ai d\u00fb me faire piquer par un insecte ou mordre par un animal. J\u2019ai d\u00e9sormais du mal \u00e0 marcher \u00e0 cause de l\u2019infection. La vision de l\u2019avenir se trouble. Je me sens souvent perdu dans l\u2019espace et le temps. Je ne suis plus le m\u00eame<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">636. Je n\u2019ai plus rien pour \u00e9crire. Mon carnet n\u2019a plus de pages. Ici pas de saisons. Je dessine de larges courbes dans le sable<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">833. Ren\u00e9-Jean mon ami, mon seul et unique ami, entends-tu les chants d\u2019oiseau dans la palmeraie au-dessus de nos t\u00eates&nbsp;? Deux bulbuls de jardin (un couple sans doute) font leur toilette, t\u00eates sombres \u00e9bouriff\u00e9es et gorges au duvet soyeux. Leur plumage offre des couleurs du brun chaud au brun olive, jaune vif sous la queue. Leur chant est gai, envo\u00fbtant aux notes liquides un peu roul\u00e9es. Tu les entends ? comme un cr\u00e9pitement dans le verger<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">834. Sur l&rsquo;image il n&rsquo;y a plus de visage<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">835. <em>d\u00e9racin\u00e9s<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">836. <em>pro duir e une phra se<\/em>              <em>d\u00e9 nu d\u00e9e<\/em> <\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">837. <em>\u00f4 cycle de survivances<\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">[\u2026]<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">998. <em>tout cela, je le rassemble depuis le d\u00e9but de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 ainsi qu&rsquo;une palette d&rsquo;impressions et de couleurs, le blanc des dunes, l&rsquo;\u00e9ventration bleue du ciel, les mirages, la paix de l&rsquo;oasis, le sang s\u00e9ch\u00e9 dans les creux de la peau <\/em><\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">999. Ren\u00e9-Jean, mon ami<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:19px\">1000. cuits aveugl\u00e9s d\u00e9racin\u00e9s\u2026 les corps abandonn\u00e9s au sable sang soleil\u2026 bou che ou ver te<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-small-font-size\"><em>bande son : Chant du bulbul des jardins<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>TABLE DES MATI\u00c8RES#02 &#8211; survivance#03 &#8211; il y a la fissure#04 &#8211; la saisir, primitive#05 &#8211; la Petite Faye#06 &#8211; d\u00e9sert#07 &#8211; piq\u00fbre de scorpion#08 &#8211; sur les cr\u00eates#09 &#8211; l&rsquo;amer-sucr\u00e9 du caf\u00e9#10 &#8211; mirages#11 &#8211; le gouffre de la pens\u00e9e#12 &#8211; r\u00e9cits des deux continents#13 &#8211; bou che ou ver te#14 &#8211; survivances#15 &#8211; aveugl\u00e9s Photographie \u00a9Fran\u00e7oise Renaud #02 <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/recto-verso-2-survivance\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#RECTO VERSO #02 \u00e0 #15 | survivances<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":149,"featured_media":188790,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7529,7548,7558,7565,7583,7613,7632,7658,7669,7698,7714,7721,7727,7744,7754],"tags":[7756,7625,7569,63,7679,7626,4226,7706,7678,3212,889,7570,7627,7568],"class_list":["post-188785","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-recto-verso-le-cycle-ete-2025","category-rectoverso-02-maylis-de-kerangal-nuit","category-rectoverso-03-camille-laurens-quelques-uns","category-rectoverso-04-marianne-alphant-exercice-de-memoire","category-rectoverso-05-joy-sorman-avant-apres","category-rectoverso-06-gaelle-obliegly-le-personnage-ses-morts","category-rectoverso-07-lucy-ellmann-rapide-lent","category-rectoverso-08-nathalie-sarraute-lucienne-panhard","category-rectoverso-09-gertrude-stein-la-robe-le-flan-le-couloir","category-rectoverso-10-doppelt-loeil-et-le-parc","category-rectoverso-11-shonagon-ampliations-extensions","category-rectoverso-12-helene-gaudy-les-peut-etre","category-rectoverso-13-laure-gauthier-amonts-de-lecriture","category-rectoverso-14-archives-futures-de-nous-memes","category-rectoverso-15-rosenthal-de-15-a-1000","tag-a-ce-stade-de-la-nuit","tag-au-fond-du-desert","tag-chemins-qui-fuient","tag-ete","tag-gout-du-cafe","tag-mes-petits-anges","tag-mine-dor","tag-mirages","tag-offensive","tag-ondulations","tag-pays","tag-survivances","tag-un-peu-plus-pales","tag-vent-rageur"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/188785","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/149"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=188785"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/188785\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":197659,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/188785\/revisions\/197659"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/188790"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=188785"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=188785"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=188785"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}