{"id":188999,"date":"2025-07-16T11:55:17","date_gmt":"2025-07-16T09:55:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=188999"},"modified":"2025-07-16T11:55:18","modified_gmt":"2025-07-16T09:55:18","slug":"recto-verso-02-errances-dans-la-nuit-work-in-progress","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/recto-verso-02-errances-dans-la-nuit-work-in-progress\/","title":{"rendered":"#rectoverso #02 | errances dans la nuit"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"739\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/LM_homme_vertige_affiche-1-739x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-190720\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/LM_homme_vertige_affiche-1-739x1024.jpg 739w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/LM_homme_vertige_affiche-1-303x420.jpg 303w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/LM_homme_vertige_affiche-1-768x1064.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/LM_homme_vertige_affiche-1.jpg 924w\" sizes=\"auto, (max-width: 739px) 100vw, 739px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<pre class=\"wp-block-code\"><code>Codicille<em>&nbsp;: je n\u2019ai pas enregistr\u00e9 mon document et j\u2019ai perdu entre deux sessions d\u2019\u00e9criture la plupart du texte original d\u00e9j\u00e0 bien avanc\u00e9. Et on est dimanche soir. Vraiment trop dur \u2026 Alors je vais reprendre doucement et progressivement cette proposition, m\u00eame si je ne retrouverai jamais vraiment le texte initial. Pour la peine, je rajoute ce codicille pr\u00e9liminaire pour dig\u00e9rer.<\/em>\n\n<em>J\u2019ai choisi neuf \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb diff\u00e9rents dans un m\u00eame espace g\u00e9ographique, une m\u00eame nuit, tandis que la narratrice se rend le soir au cin\u00e9ma voir <\/em>L\u2019Homme-Vertige<em> de Malaury Eloi-Paisley. J\u2019ai vu ce film documentaire la premi\u00e8re fois en pr\u00e9sence de la r\u00e9alisatrice gr\u00e2ce \u00e0 Gilda le 22 mars 2024. C\u2019\u00e9tait au Palais de la Culture aux Abymes. Sur le chemin du retour vers Basse-Terre, avec l\u2019ami qui m\u2019accompagnait, nous avons crois\u00e9 un barrage de jeunes hommes cagoul\u00e9s \u00e0 hauteur de Capesterre-Belle-Eau. Une voiture en feu, des pneus et des palmes. Ils nous ont ouvert un passage. Vivre cette sc\u00e8ne apr\u00e8s avoir vu un tel documentaire \u00e9tait assez incroyable car le climat social n\u2019\u00e9tait alors pas celui des \u00e9meutes de 2021, mais Malaury le dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;On a toujours l\u2019impression d\u2019\u00eatre au bord de l\u2019explosion, on attend d\u2019\u00eatre au bord de quelque chose. Cette tension est palpable, elle est dans l\u2019air.&nbsp;\u00bb Nous le vivions en acte apr\u00e8s la projection. Comme une sc\u00e8ne \u00e9chapp\u00e9e, surgie du film. Il n\u2019en a pas \u00e9t\u00e9 question sur les r\u00e9seaux.<\/em>\n\n<em>Depuis cette projection, je me suis procur\u00e9 <\/em>Rapjazz Journal d\u2019un paria<em> de Frank\u00e9tienne, \u00e9crivain ha\u00eftien, dont Malaury nous a lu un extrait. Je l\u2019ai ressorti de l\u2019une des piles po\u00e9sie \u00e0 la faveur de cette proposition.<\/em>\n\n<em>Le texte de Maylis de Kerangal et la proposition de Fran\u00e7ois me permettent de mettre en r\u00e9sonance ce film que j\u2019ai tellement aim\u00e9, des textes d\u2019atelier qui s\u2019accumulent autour de ces \u00e2mes errantes comme je les appelle, ces Hommes-Femmes-Vertiges comme les nomme Malaury, qui hantent les rues de Basse-Terre dans mes textes, Pointe-\u00e0-Pitre dans le film. Malaury, cin\u00e9aste guadeloup\u00e9enne, montre combien l\u2019errance \u00ab&nbsp;c\u2019est peut-\u00eatre l\u2019unique moyen de rester debout dans ce contexte d\u2019oppression politique et \u00e9conomique que nous vivons&nbsp;\u00bb. Elle lie cette errance aux stigmates de l\u2019Histoire travers\u00e9e par l\u2019esclavage et la colonisation et cette situation toute singuli\u00e8re des territoires dits ultra-marins quand on parle depuis la France hexagonale. (Je viens de lire <\/em>Tropiques de la violence<em> de N. Appanah et l\u00e0 encore \u00e7a fait \u00e9cho).<\/em>\n\n<em>Je me rajoute une contrainte dans la contrainte. J\u2019\u00e9cris sur 9 jours cette proposition pour composer ma nuit.<\/em>\n<\/code><\/pre>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>recto | 9 errances<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>je sais d\u00e9j\u00e0 que ma folie sauvera le monde (Frank\u00e9tienne)<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, la ville est vide, je regarde la robe rouge \u00e0 la devanture du magasin, mais la lumi\u00e8re du r\u00e9verb\u00e8re fait bient\u00f4t br\u00fbler la robe, elle disparait, \u00e0 la place cette vieille femme face \u00e0 moi, les joues creus\u00e9es, les l\u00e8vres br\u00fbl\u00e9es, le regard vide avec des cheveux qui ne ressemblent \u00e0 rien, et cette maigreur, alors une envie soudaine me prend de l\u2019insulter et de lui cracher au visage<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, j\u2019ouvre le \u00ab&nbsp;carnet de la folie&nbsp;\u00bb, et j\u2019\u00e9cris, pour ne pas oublier et pour pouvoir dire un jour que cela a \u00e9t\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, la rumeur des tambours gronde, le parking est vide et \u00e7a roule dans ma t\u00eate alors je fais rouler le caddie pour remplir le vide du parking et faire taire les voix qui me perforent le cr\u00e2ne et \u00e7a r\u00e9sonne dans la nuit et \u00e7a brinquebale plus fort que les voix plus fort que les tambours alors je cours je cours et \u00e7a r\u00e9sonne et&nbsp;les soubresauts du caddie dans les mains et les bras font trembler la t\u00eate et le corps tout entier et \u00e7a r\u00e9sonne et \u00e7a r\u00e9sonne, on dirait des bruits de chaines folles<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, je sens mes ailes pousser, clin d\u2019\u0153il \u00e0 la lune, salut au volcan et je saute depuis le Pont de la Petite Guin\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, la mer est calme, j\u2019arr\u00eate le moteur et je m\u2019allonge quelques instants sur le pont \u00e0 l\u2019arri\u00e8re de la cabine, et tandis que les thons et les dorades coryph\u00e8nes attendent yeux grand ouverts dans la glace, je me laisser bercer par le clapot des vagues contre la coque et je regarde danser la lune et les \u00e9toiles sur le ciel d\u2019encre, c\u2019est le moment de la nuit que je pr\u00e9f\u00e8re et c\u2019est ce moment qu\u2019Yvana me presse de raconter \u00e0 mon retour apr\u00e8s les journ\u00e9es de p\u00eache<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, j&rsquo;aimerais que le soleil ne se l\u00e8ve plus<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, le cri \u00e9carquille mes yeux sur l\u2019obscurit\u00e9 de la chambre et incendie ma gorge, un cri muet qui arrondit ma bouche sans crever le silence de la nuit, je me redresse pour chercher de l\u2019air et t\u00e2te de la main gauche le drap froid et l\u2019absence de Denis<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, je suis un corps qui marche, je tente de raccorder mon esprit au rythme nocturne de la ville, je respire par mes pas, j\u2019ai la sensation que je me r\u00e9pare, que je me repose du jour, le jour c\u2019est la ville qui me traverse, de part en part, moi, dans la ville, je vacille, travers\u00e9 par tous les pores, \u00e9cras\u00e9 par la circulation, les bruits, l\u2019agitation, la chaleur, l\u2019\u00e9clat du soleil, les corps qui l\u2019arpentent \u00e0 pas press\u00e9s, qui savent o\u00f9 ils vont, la nuit, dans la ville, je respire au rythme des errances et du silence de la nuit<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 ce stade de la nuit, adoss\u00e9 \u00e0 la ville cingl\u00e9e par les fouets, vibrante de chants de conques de tambours, je suis assis sur le fauteuil d\u00e9fonc\u00e9 sous le carbet face \u00e0 la mer, \u00e0 cette heure, les boulistes sont partis, le silence grossit, et mon esprit s\u2019embrume doucement<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>verso | <em>L&rsquo;Homme-Vertige<\/em> de Malaury Saint-Eloi<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai vu ce film documentaire en pr\u00e9sence de la r\u00e9alisatrice gr\u00e2ce \u00e0 Gilda le 22 mars 2024. C\u2019\u00e9tait au Palais de la Culture aux Abymes dans le cadre du festival \u00ab\u00a0Cin\u00e9ma du r\u00e9el\u00a0\u00bb. \u00a0Sans rien savoir du film, j\u2019ai d\u2019embl\u00e9e aim\u00e9 le titre et l\u2019affiche. La salle \u00e9tait pleine. L\u2019\u00e9cran, tr\u00e8s rapidement, est devenue une trou\u00e9e lumineuse sur la ville et ses passants consid\u00e9rables, dans l\u2019obscur de la salle. \u00a0Malaury filme au plus pr\u00e8s l\u2019errance dans la ville de Pointe-\u00e0-Pitre, <em>au bord du gouffre de la ville, au bord du chaos du monde. A la fronti\u00e8re avant la folie. Le vertige, c\u2019est une angoisse, un \u00e9tat d\u2019\u00e9garement, une folie passag\u00e8re.\u00a0<\/em>Le film, <em>\u00e9tat des lieux des \u00eatres et des corps avant l\u2019effondrement,<\/em> invite \u00e0 poser un regard politique sur ces hommes et ces femmes <em>t\u00e9moins du chaos du monde<\/em>. Je reconnais ces silhouettes, je les croise dans les rues de Basse-Terre. Ces hommes et ces femmes-vertige sont le sympt\u00f4me d\u2019un monde qui d\u00e9fait les liens, qui d\u00e9lite l\u2019humain, qui g\u00e9n\u00e8re la col\u00e8re aussi. Sur le chemin du retour vers Basse-Terre, avec l\u2019ami qui m\u2019accompagnait, nous avons crois\u00e9 un barrage de jeunes hommes cagoul\u00e9s \u00e0 hauteur de Capesterre-Belle-Eau. Une voiture en feu, des pneus et des palmes. Ils nous ont ouvert un passage. Vivre cette sc\u00e8ne apr\u00e8s avoir vu un tel documentaire \u00e9tait assez incroyable car le climat social n\u2019\u00e9tait alors pas celui des \u00e9meutes de 2021, mais Malaury le dit\u00a0: \u00ab\u00a0On a toujours l\u2019impression d\u2019\u00eatre au bord de l\u2019explosion, on attend d\u2019\u00eatre au bord de quelque chose. Cette tension est palpable, elle est dans l\u2019air.\u00a0\u00bb Nous le vivions en acte apr\u00e8s la projection. Comme une sc\u00e8ne \u00e9chapp\u00e9e, surgie du film.<\/p>\n\n\n\n<p>NB : <em>Les phrases en italiques sont de Malaury Saint-Eloi, extraites du dossier de presse.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p> <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>recto | 9 errances je sais d\u00e9j\u00e0 que ma folie sauvera le monde (Frank\u00e9tienne) \u00e0 ce stade de la nuit, la ville est vide, je regarde la robe rouge \u00e0 la devanture du magasin, mais la lumi\u00e8re du r\u00e9verb\u00e8re fait bient\u00f4t br\u00fbler la robe, elle disparait, \u00e0 la place cette vieille femme face \u00e0 moi, les joues creus\u00e9es, les l\u00e8vres <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/recto-verso-02-errances-dans-la-nuit-work-in-progress\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#rectoverso #02 | errances dans la nuit<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":140,"featured_media":190718,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7529,7548],"tags":[],"class_list":["post-188999","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-recto-verso-le-cycle-ete-2025","category-rectoverso-02-maylis-de-kerangal-nuit"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/188999","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/140"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=188999"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/188999\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":190721,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/188999\/revisions\/190721"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/190718"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=188999"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=188999"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=188999"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}