{"id":189109,"date":"2025-07-07T13:56:32","date_gmt":"2025-07-07T11:56:32","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=189109"},"modified":"2025-07-07T17:23:13","modified_gmt":"2025-07-07T15:23:13","slug":"recto-verso-2-la-mort-aux-trousses","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/recto-verso-2-la-mort-aux-trousses\/","title":{"rendered":"#rectoverso #02 | La mort aux trousses"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>\u00e0 ce stade de la nuit<\/strong>, aucun signe sur le panneau lumineux du quai de la gare. A la place, la voix ferme d\u2019une h\u00f4tesse&nbsp;qui r\u00e9p\u00e8te&nbsp;: Le wagon 1 se situera pr\u00e8s de l\u2019escalier, le 8 au niveau de la lettre S. En l\u2019attendant, une jeune femme aux cheveux raides teint\u00e9s de henn\u00e9, assise comme moi sur un banc, me tourne le dos. Je m\u2019invite malgr\u00e9 moi dans ses gestes saccad\u00e9s&nbsp;: l\u2019index fr\u00f4le l\u00e9g\u00e8rement et rapidement l\u2019auriculaire, puis se raidit, comme soudain assailli par une crampe. Arrive tr\u00e8s vite la nouvelle impulsion. Alors, avec d\u00e9lectation, ses doigts viennent lisser une m\u00e8che de sa frange et sans doute pour au moins une fraction de seconde, l\u2019\u00e9loignent de l\u2019infini et du vide insondable.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Mesdames et Messieurs, bonjour. L\u2019\u00e9quipe TGV Inou\u00ef vous souhaite la bienvenue \u00e0 bord de notre TGV num\u00e9ro 8570 \u00e0 destination de Paris Montparnasse Hall 1 et 2. Nous desservirons les gares de Lourdes, Pau, Bordeaux Saint Jean et Paris Montparnasse. Je suis Mich\u00e8le, votre cheffe de bord\u2026. Par courtoisie, nous vous prions de mettre vos t\u00e9l\u00e9phones sur silencieux, d\u2019\u00e9couter les vid\u00e9os avec des oreillettes et de passer vos communications depuis les plateformes\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Cette annonce dans mes oreilles par-dessus la premi\u00e8re musique de ma playlist, l\u2019op\u00e9ra de Handel, Agripanna. Imp\u00e9ratrice romaine belle et intraitable, elle avait foment\u00e9 un complot contre l\u2019empereur Claude, son mari et son oncle, pour mettre sur le tr\u00f4ne son fils N\u00e9ron n\u00e9 d\u2019un premier mariage, lequel devenu roi, l\u2019avait assassin\u00e9e. <em>Ce mois-ci sur le portail TGV Inou\u00ef, vous retrouverez le film d\u2019Hitchcock, La mort aux trousses \u2026<\/em> Je ris de cette superposition sonore d&rsquo;univers. Je regarde par la fen\u00eatre d\u00e9filer les for\u00eats des Landes. A cette heure tardive, c\u2019est une toile sombre de pins align\u00e9s comme des barreaux, o\u00f9 l\u2019on ne discerne que les cimes tir\u00e9es au cordeau.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis, soudain, vacarme de ferraille, grincements rouill\u00e9s du TGV pris dans une temp\u00eate de gravillons. Le train s\u2019arr\u00eate. Je retire mes oreillettes. Pas le temps d\u2019\u00eatre troubl\u00e9e. Mich\u00e8le reprend le micro de sa voix d\u2019h\u00f4tesse de terre&nbsp;: <em>Mesdames messieurs, l\u2019\u00e9quipage Inou\u00efe vous prie de les excuser de ce d\u00e9sagr\u00e9ment. Pour continuer notre voyage dans de bonnes conditions, notre conducteur doit proc\u00e9der \u00e0 quelques v\u00e9rifications. Il s\u2019agit d\u2019un heurt d\u2019animal. Nous ne devrions pas en avoir pour longtemps. Nous ne manquerons pas de revenir vers vous.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re moi, une petite fille&nbsp;\u00e0 qui sa grand-m\u00e8re racontait Peau d\u2019\u00e2ne : un animal&nbsp;? Le pauvre&nbsp;! Il est mort&nbsp;? Comment il est mort&nbsp;? Pourquoi&nbsp;? Le train est pass\u00e9 dessus&nbsp;? Et maintenant, il est o\u00f9&nbsp;? Sous le train\u2026Elle a dit \u00e7a la dame&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Devant moi, un inspecteur \u00e0 la retraite de services bancaires. 85 ans peut-\u00eatre&nbsp;: chemisette aux fines rayures bordeaux et lunette aux bords m\u00e9talliques de la m\u00eame couleur. Cheveux rares. Depuis le d\u00e9part il parle \u00e0 tue-t\u00eate malgr\u00e9 les regards noirs lanc\u00e9s autour de lui : <em>j\u2019allais \u00e0 Ta\u00efti. Beaucoup de personnels f\u00e9minins. Elles sont toutes des demoiselles, mais peuvent d\u00e9j\u00e0 avoir cinq enfants. De jolies femmes. Une fleur sur l\u2019oreille droite pour signifier &#8211; je suis fid\u00e8le &#8211; sur l\u2019oreille gauche pour dire- je suis libre. C\u2019est des pratiques. Une mise en garde, en quelque sorte. 20000 km au retour. On est pass\u00e9s par Los Angeles. Tout \u00e9tait \u00e9clair\u00e9. Des anges lumineux.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>A Noum\u00e9a en Nouvelle Cal\u00e9donie, sur l\u2019Ile des pins o\u00f9 je m\u2019\u00e9tais rendu avec le pr\u00e9sident de la soci\u00e9t\u00e9 filiale Paris Bas, nos chambres avaient \u00e9t\u00e9 couvertes de fleurs. Tout le monde chantait. C\u2019est sur cette ile que des insurg\u00e9s de la commune avaient \u00e9t\u00e9 gard\u00e9s prisonniers.<\/em> Intrigu\u00e9e, je me mets \u00e0 chercher sur internet. La France avait sign\u00e9 en 1853 une convention avec le grand chef Vendegou. Un tiers de l\u2019\u00eele avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9di\u00e9 au bagne. D\u00e9portation des vaincus politiques, pour la plupart issu de la classe laborieuse, ouvriers du b\u00e2timent ou de la m\u00e9tallurgie, du textile et de l\u2019imprimerie. Avec eux quelques malfaiteurs. Tous ces hommes entass\u00e9s sur des grands transports \u00e0 voile et \u00e0 h\u00e9lices, des grandes cages flottante. Brutalit\u00e9 des surveillants, promiscuit\u00e9, mauvaise nourriture, punitions au cachot\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le train repart sans pr\u00e9venir. &nbsp;Je n\u2019aurai pas la patience de creuser plus avant cette histoire. La m\u00e9moire des oubli\u00e9s, n\u2019est pas toujours au rendez-vous. Notre cheffe de bord annonce 25 minutes de retard. Elle sera disponible pour pallier les probl\u00e8mes de correspondance.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9coute la petit fille. Elle semble avoir oubli\u00e9 l\u2019animal, mais demande trois fois \u00e0 sa grand-m\u00e8re, si la maman de Peau d\u2019Ane est morte et pourquoi. Elle \u00e9tait malade&nbsp;? Le banquier lui continue de parler fort. Il revient d\u2019un p\u00e8lerinage \u00e0 Lourdes. Il a pour interlocuteurs, Antoine, bermuda beige, cheveux blonds cendr\u00e9s, coupes avec des vagues qui tiennent naturellement et un couple mari\u00e9e 90 ans environ, Marie Louise, coupe de cheveux ni fait ni \u00e0 faire, chemisette avec imprim\u00e9 en lignes pointill\u00e9es, son mari dont je n\u2019ai pas entendu le pr\u00e9nom, casquette noire sur cheveux parsem\u00e9s. Ils \u00e9taient tous les quatre dans le m\u00eame h\u00f4tel pour leur p\u00e8lerinage annuel \u00e0 Lourdes. <em>C\u2019est \u00e9nervant, <\/em>dit le mari,<em> de ne pas pouvoir avoir de leurs nouvelles. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 voir mon medium.<\/em> Il <em>re\u00e7oit des nouvelles de ma belle-s\u0153ur d\u00e9c\u00e9d\u00e9e, Fiona. Il parait qu\u2019elle est heureuse. Par lui, j\u2019ai des renseignements pr\u00e9cis. Moi, <\/em>rebondit le banquier voyageur,<em> je n\u2019ai plus de nouvelles de mes parents, mais des visions. Parfois c\u2019est le signe d\u2019un m\u00e9contentement. Parfois c\u2019est une sorte de b\u00e9n\u00e9diction. <\/em>D\u2019un ton docte, il ajoute<em>&nbsp;: &nbsp;ils viennent vous saluer et vous embrasser.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le wagon commence \u00e0 s\u2019assoupir. Un homme dans le train depuis Bordeaux, s\u2019\u00e9tait assis plut\u00f4t adroitement bien que porteur d\u2019une canne blanche. Il avait \u00f4t\u00e9 ses lunettes noires, puis avait palp\u00e9 avec soin chacun des crayons \u00e0 mine rang\u00e9s dans une trousse. Il dessinait.<\/p>\n\n\n\n<p>Son fils \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui&nbsp;: ressemblance non pas frappante mais posture de familiarit\u00e9, qui invite \u00e0 le penser. Il actionne les extr\u00e9mit\u00e9s des phalanges de ses doigts de main, en les pressant les unes contre les autres, comme pour stabiliser un tournis qui ne le quitte jamais. Le jeune gar\u00e7on en face de lui&nbsp;est son fils : grosses lunettes, bras nus plein d\u2019ecz\u00e9ma, bas de contention aux jambes. Il a fini le paquet de chips et mang\u00e9 deux \u0153ufs durs. Les trois hommes de la famille portent les m\u00eames tennis, si propres, qu\u2019on peut affirmer sans h\u00e9sitation, qu\u2019elles ne sont jamais aller bien loin. Lesley la m\u00e8re crois\u00e9e au wagon bar&nbsp;: une fine barrette argent\u00e9e pour retenir sa petite m\u00e8che grise de devant. Epaisses lunettes rectangulaires qui lui rayent le visage. Elle parle avec gravit\u00e9 au t\u00e9l\u00e9phone en fran\u00e7ais. Georges son fils vient de sortir de l\u2019h\u00f4pital. Elle est inqui\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle revient \u00e0 sa place, celle pr\u00e8s de la fen\u00eatre, l\u2019\u0153il vide, un peu rougi. Son fils se l\u00e8ve pour la laisser passer. Nul besoin pour cette petite communaut\u00e9, de se parler. Tous se comprennent \u00e0 demi geste et \u00e0 demi- mot. A eux quatre r\u00e9unis, dans ce train de nuit, ils forment un gros paquet de corps fatigu\u00e9s et maladroits. L\u2019entre soi d\u2019une solitude.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019air de rien, et \u00e0 partir de petits riens, ce wagon me devient familier tandis que la cavalcade du train m\u2019emm\u00e8ne d\u2019ici \u00e0 l\u00e0. Cet entre-deux, cette ind\u00e9cision entre les mondes, ce va et vient entre les vivants et les morts, je funambule dans ma somnolence.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00e0 ce stade de la nuit,<\/strong> ma lampe frontale allum\u00e9e, je tends l\u2019oreille. Aucun bruit ou presque ne me parvient de ma galerie sous-terraine. Il fait froid et humide dans ces entrailles du 14<sup>i\u00e8me<\/sup> d\u00e9got\u00e9es il y a peu, rue de Gergovie sur un terrain vague en travaux. Mais c\u2019est toujours mieux de dormir l\u00e0 que sur un trottoir. J\u2019ai entendu dire que dans le d\u00e9dale de ces catacombes, des ossements humains avaient \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0rang\u00e9s\u00a0\u00bb. Je m\u2019interdis de penser \u00e0 ces millions d\u2019\u00e2mes flottantes arrach\u00e9es \u00e0 des cimeti\u00e8res trop pleins. Je ne peux m\u2019en emp\u00eacher malgr\u00e9 tout, et j\u2019en tremble. \u00ab\u00a0Allah yahmini\u00a0\u00bb\u00a0!!!<\/p>\n\n\n\n<p>En me glissant sous ma couverture, je saisis de mes doigts gourds, l\u2019enveloppe dans ma poche de pantalon, et en sort ma vieille missive. Retrouvaille imm\u00e9diate avec ce parfum d\u2019histoire ancienne, entre humidit\u00e9 du papier et poussi\u00e8re accumul\u00e9e aux pliures. L\u2019\u00e9criture reste encore lisible malgr\u00e9 l\u2019encre du stylo-bille estomp\u00e9e par endroits. Ce cri assourdi de mon existence, parviendra-t-il un jour \u00ab&nbsp;l\u00e0-bas&nbsp;\u00bb, dans les mains d\u2019un Alg\u00e9rien ou d\u2019un Kabyle ? Comment&nbsp;faire entendre au moins une fois avant de mourir, l\u2019histoire de mon itin\u00e9rrance&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Une goutte d\u2019eau vient de tomber depuis l\u2019interstice caverneuse au-dessus de moi directement sur ma lettre. Je l\u2019\u00e9ponge aussit\u00f4t avec un chiffon pos\u00e9 l\u00e0 au cas o\u00f9. Chaque soir j\u2019en murmure tel un psaume, un extrait au hasard. Souvent c\u2019est ainsi que je finis par trouver le sommeil. Ma m\u00e8re A\u00efcha, elle, c\u2019\u00e9tait son dhikr<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>, qu\u2019elle ressassait comme une boit-sans-soif&nbsp;: le matin au r\u00e9veil devant son <em>quahoua <\/em>; plus tard en \u00e9pluchant ses pommes de terre&nbsp;; et \u00e0 la presque nuit en reprisant au coin du feu\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><em>La veille, j\u2018\u00e9tais all\u00e9 \u00e9couter mes montagnes kabyles baign\u00e9es dans la ti\u00e9deur du soir. J\u2019avais jou\u00e9 longuement de l\u2019harmonica pour mes b\u00eates.<\/em> <em>A l\u2019aube, pas m\u00eame eu le temps de boire mon bol de lait juste sorti du pis de ma ch\u00e8vre. Souvenir de cette odeur chaude et r\u00e9confortante au fond de mes narines. Elle me sauvera bien des fois.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Dans mon baluchon, ma m\u00e8re avait mis l\u2019harmonica du p\u00e8re, quelques kasra et makrouts emball\u00e9s dans un torchon \u00e0 l\u2019odeur savonneuse. Sa bouche \u00e9dent\u00e9e n\u2019a dit mot. J\u2019ai enfoui mes l\u00e8vres dans ses joues flasques encore pliss\u00e9es de sommeil. J\u2019ai une derni\u00e8re fois embrass\u00e9 ses<\/em><em> mains marbr\u00e9es de henn\u00e9<\/em><em>. Puis dans mon uniforme rutilant, j\u2019ai suivi le recruteur sans me retourner. <\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>En partant, quelques secondes, j\u2019ai eu peur de me retrouver un jour en photo aux c\u00f4t\u00e9s des trois anciens&nbsp;de la famille en uniformes, encadr\u00e9s dans la seule pi\u00e8ce de notre gourbi, entre quatre bouts de bois tenus par des ficelles. Mais j\u2019\u00e9tais secr\u00e8tement heureux d&rsquo;aller d\u00e9couvrir le monde avec les fran\u00e7ais&nbsp;et gagner autrement ma vie gr\u00e2ce \u00e0 mon nouveau statut de soldat. Je<\/em><em> ne connaissais pas encore le prix \u00e0 payer de cette \u00e9chapp\u00e9e prometteuse. <\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Devenu un suppl\u00e9tif, <\/em><em>sur ordre des Fran\u00e7ais<\/em><em> j<\/em><em>\u2019ai tir\u00e9 \u00e0 bouts portants,<\/em><em> sur les \u00ab&nbsp;traitres&nbsp;\u00bb, mes fr\u00e8res, leurs femmes et leurs enfants<\/em><em>. <\/em><em>Nous n\u2019\u00e9tions les harkis, qu\u2019un docile b\u00e9tail humain<\/em><em>. T\u00eate basse en 1962, j\u2019ai pris mes jambes \u00e0 mon cou pour \u00e9viter le massacre. J\u2019ai fui mon pays.&nbsp;<\/em><em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Bient\u00f4t m\u2019arrivera le ronronnement d\u2019un moteur de taxi \u00e0 l\u2019arr\u00eat. J\u2019attendrai son d\u00e9part. Je profiterai encore de ces quelques minutes dans ma couche chaude. Les camions poubelles commenceront \u00e0 d\u00e9filer dans la ville encore endormie. Je devrais me lever pour trouver ma pitance du jour. J\u2019enfilerai mon anorak pour \u00e9viter que l\u2019air frais de ce premier novembre ne transperce ma barbe piquante. Je soul\u00e8verai le panneau de bois qui me sert de toit, et me d\u00e9gagerai de ma planque en me hissant incognito \u00e0 la surface. J\u2019ai vieilli. M\u00eame ce petit exercice du matin me devient douloureux. Je traverserai la rue Raymond Losserand. Je marcherai dans la douceur spongieuse de mes vieux godillots qui n\u2019ont jamais le temps de s\u00e9cher. A chaque pas je m\u2019entendrai couiner. La t\u00eate enfouie sous ma capuche, je ne regarderai pas autour de moi. On me klaxonnerait. Je mourrai bient\u00f4t. Attendez encore un peu.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la Toussaint aujourd\u2019hui. La \u00ab&nbsp;Toussaint rouge&nbsp;\u00bb en Alg\u00e9rie\u2026. Premier novembre 1954 : le vrai d\u00e9but de la Guerre civile avec sa suite in\u00e9luctable d\u2019ennuis pour moi et ma famille\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00e0 ce stade de la nuit<\/strong>, appuy\u00e9e \u00e0 la fen\u00eatre de ma cuisine, tout en avalant une derni\u00e8re gorg\u00e9e de caf\u00e9, je go\u00fbte au silence de l\u2019aube. J\u2019aime me laisser glisser dans cette ti\u00e9deur du soleil occulte.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce jour f\u00e9ri\u00e9, les travaux de ma rue sont \u00e0 l\u2019arr\u00eat\u00a0: pas d\u2019attaques de marteaux piqueurs, et ce matin, m\u00eame le grincement de l\u2019ascenseur\u00a0s\u2019abstient \u2013 en panne depuis hier\u00a0! Du haut de mon 8<sup>i\u00e8me<\/sup> \u00e9tage, la vue est d\u00e9gag\u00e9e. Le restera-t-elle au moins en partie apr\u00e8s la construction du futur immeuble d\u2019en face\u00a0? Ces lignes de bras de grues \u00e0 l\u2019arr\u00eat qui d\u00e9coupent l\u2019aurore, on dirait des cannes \u00e0 p\u00eache g\u00e9antes. Je pose ma tasse vide. <\/p>\n\n\n\n<p>Mon regard se dirige incidemment, l\u00e0-bas, sur la gauche, un peu en retrait du terrain. Je zoome. Il me semble voir une large planche se soulever lentement. Oui\u2026 un homme en anorak, une chemise \u00e0 carreaux jaunes et noires qui en d\u00e9passe \u2026 L\u2019individu regarde autour de lui, l\u00e8ve sa t\u00eate couverte d\u2019une capuche. Il semble me fixer. Je m\u2019\u00e9clipse aussit\u00f4t derri\u00e8re mes rideaux, et comme prise sur le fait d\u2019une intimit\u00e9 coupable, l\u2019observe encore. L\u2019homme recouvre adroitement le trou duquel il vient de s\u2019extraire, et avec lassitude s\u2019approche en boitant d\u2019une poubelle pleine.<\/p>\n\n\n\n<p>Je glisse deux cl\u00e9mentines dans mon sac juste avant de fermer ma porte d\u2019entr\u00e9e \u2013 elles auraient d\u00e9p\u00e9ri si je les avais laiss\u00e9es sur la table de la cuisine pendant dix jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans r\u00e9fl\u00e9chir je m\u2019approche de l\u2019homme debout devant une poubelle et les lui tends. Ses sourcils fournis se plissent d\u2019un coup. Son front bossel\u00e9, ses joues creus\u00e9es, me font penser \u00e0 un vieux masque v\u00e9nitien oubli\u00e9 dans un coin. Comme s\u2019il s\u2019appr\u00eatait \u00e0 jongler avec, l\u2019homme glisse les cl\u00e9mentines miraculeuses dans sa paume gauche et de sa main droite va fureter nerveusement dans sa poche d\u2019anorak. Il s\u2019avance un peu plus vers moi. Un peu trop. Je tente de regarder ailleurs. Je recule ostensiblement. Je voudrais que l\u2019homme parte vite maintenant, mais il ne bouge pas. Il est sur le point de me parler. Mais de sa gorge ne sort qu\u2019un raclement, une voix encav\u00e9e depuis longtemps. Surpris l\u2019un comme l\u2019autre, nous restons quelques secondes sans bouger.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aper\u00e7ois au loin le clignotant du taxi. Je lui fais un signe de la main. L\u2019homme fait aussit\u00f4t volte-face. Jean sort du taxi, me rejoint, me claque un baiser goulu. Avec son emphase habituelle, il range ma valise dans le coffre. Il pleut. Je cours me r\u00e9fugier dans la voiture. J\u2019avais regard\u00e9 la m\u00e9t\u00e9o hier. A Alger il fera beau. Je jette un dernier coup d\u2019\u0153il dans le pare-brise arri\u00e8re. L\u2019eau ruisselle \u00e0 grosses gouttes. L\u2019homme est sous l\u2019avant toit d\u2019un magasin de fleurs. Il \u00e9pluche une des deux cl\u00e9mentines avec \u00e0 la fois, empressement et pr\u00e9caution. Le taxi d\u00e9marre.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean est assis \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s, cherche mon contact. Entre lui et moi, il y a eu un opaque d\u00e9dale amoureux\u00a0: une trop sage infirmi\u00e8re et l&rsquo;amant artiste impr\u00e9visible. Quand il m\u2019a propos\u00e9 ce voyage, j\u2019ai h\u00e9sit\u00e9 et puis j\u2019ai fini par dire oui\u00a0: <em>tu pourras d\u00e9couvrir l\u2019Alg\u00e9rie autrement qu\u2019en touriste .<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00e0 ce stade de la nuit<\/strong>, ma t\u00eate tourne. Je la cale plus profond\u00e9ment entre deux oreillers plumeux. Les bouff\u00e9es d\u2019air m\u00e9tronomiques de mon respirateur s\u2019affolent un instant. Une lumi\u00e8re rougeoyante bouillonne telle une lave derri\u00e8re mes yeux. Entre ses apparitions et ses disparitions, des regards se baladent, hagards. Ils me cherchent tous, moi le moribond myopathe. Mon pays est comme moi, sans muscles, il ne marche plus. Mon lit est un point de ralliement d\u2019humains meurtris, ex-membres du F.L.N, pieds noirs, p\u00e8res et m\u00e8res, s\u0153urs endeuill\u00e9s, amis \u00e9tudiants, voisins sans espoir. Ils cohabitent tous avec notre histoire fracass\u00e9e. A mon chevet, ils r\u00e9alisent, qu\u2019eux au moins, parlent, marchent, peuvent adopter \u00e0 chaque instant la myriade de petits gestes quotidiens aussi essentiels qu\u2019anodins. Alors, le temps d\u2019une visite, ils deviennent capables de l\u00e2cher prise, un peu, de laisser fr\u00e9mir entre eux, quelques bribes de leurs secousses m\u00e9morielles. <\/p>\n\n\n\n<p>Je sommeille, survole des mots \u00e0 peine articul\u00e9s souffl\u00e9s depuis la fen\u00eatre de ma chambre. Ils s\u2019accrochent un instant au lierre grimpant, tout vert, seul point de lumi\u00e8re de la lourde fa\u00e7ade pierreuse d\u2019une masure abandonn\u00e9e, puis se suspendent \u00e0 des nuages de cendres. Cette kyrielle de voix dispara\u00eet derri\u00e8re le touffu feuillage d\u00a0\u00bbun grand arbre, plus loin. J&rsquo;ai peur.<\/p>\n\n\n\n<p>Je sursaute. Mon corps est-il assoupi ou \u00e9veill\u00e9\u00a0? La dur\u00e9e du temps est un gouffre. J\u2019attrape \u00e9bahi les filaments d\u00e9j\u00e0 trop lointains de mon r\u00eave. Je r\u00e9alise cette fois encore. Tous ici, nous portons au c\u0153ur de nos cellules, les sourdes mais bruyantes histoires de nos anc\u00eatres. Nos\u00a0lign\u00e9es ennemies ont opt\u00e9 pour l\u2019oubli. Nos corps font ce qu\u2019ils peuvent avec ces silences meurtris.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un bond, je voudrais m\u2019arracher de ma couche. Vacillant, je me rendrais \u00e0 la cuisine. Appuy\u00e9 contre l\u2019\u00e9vier, les doigts engourdis, j\u2019attraperais un verre dans le placard et boirai quelques gorg\u00e9es d\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00e0 ce stade de la nuit<\/strong>, jean dans son lit, l\u2019imagine dans ses bras. Ext\u00e9nu\u00e9e et haletante, elle<em> <\/em>l\u00e8vera sa t\u00eate vers lui. Sansattendre de r\u00e9ponse, d\u2019un filet de voix il lui chuchotera <em>: Mieux vaut r\u00e9parer les vivants que les morts,&nbsp;<\/em><em>non&nbsp;?<\/em>&nbsp; Elle ne r\u00e9pondra rien, soupirera. Lentement, ils feront l\u2019amour. Elle s\u2019endormira les paupi\u00e8res cal\u00e9es au fond de son oreiller. <em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il allume l\u2019abat-jour en \u00e9ventail, d\u00e9coll\u00e9 de son socle pr\u00e8s du bureau, d\u2019un gout douteux, comme tout le d\u00e9cor de cette chambre. Son couvre lit est tomb\u00e9 au sol sur son pantalon et ses chaussettes. Il se rue sur un de ses stylos\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>J\u2019ai 40 ans, <\/em><\/strong><em>comment croire encore&nbsp;? Je hais l\u2019empire colonial fran\u00e7ais et pourtant en suis issue&nbsp;! Ma vie de pied noir, colon de gauche, n\u2019est que contradiction. Si peu d\u2019instants de r\u00e9pit&nbsp;! L\u2019alcool \u2026Je reste seul avec mes failles. Les quelques femmes rencontr\u00e9es ne m\u2019accompagnent qu\u2019un soir. Ai-je encore la force d\u2019une humanit\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre, qui reposerait sur l\u2019amour&nbsp;?<\/em><em> <\/em><strong><em>A 61 ans<\/em><\/strong><em>, je reviens encore en Alg\u00e9rie&nbsp;! Je n\u2019en finis pas de raconter ce r\u00e9cit jusqu\u2019\u00e0 l\u2019insupportable malgr\u00e9 la diaspora qui \u00e0 Paris chante l\u2019exil en dansant. J\u2019ai mal \u00e0 mon corps devenu aussi dur qu\u2019un caillou. Je suis prisonnier de mon nihilisme, incapable d\u2019emp\u00eacher les reflux <\/em><em>des tourbillons morbides de cent cinquante ans d\u2019une colonisation fratricide et de la d\u00e9cennie noire qui s\u2019en est suivie. Je replonge sans cesse dans ma gerbe coloniale. Images d\u2019effroi&nbsp;: les femmes s\u2019enduisaient de merde pour ne pas \u00eatre viol\u00e9es. Les couilles mutil\u00e9es d\u2019hommes ordinaires \u00e9taient crochet\u00e9es aux branches des arbres. J\u2019\u00e9touffe des secrets de mes deux familles, des secrets de mes deux pays. Qui voudra, pourra d\u00e9broussailler cet \u00e9cheveau, d\u00e9voiler la page&nbsp;? Qui pourra la tourner&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A ce stade de la nuit,<\/strong> perch\u00e9e sur la colline au-dessus du port d\u2019Alger, partout des poussi\u00e8res d\u2019\u00e2mes s\u2019allument. De chaque c\u00f4t\u00e9 des ruelles, des pans de murs s\u2019appuient l\u2019un contre l\u2019autre comme pour \u00eatre s\u00fbrs de tenir encore debout\u00a0; au d\u00e9tour d\u2019une all\u00e9e, d\u2019inextricables enfilades de traverses en m\u00e9tal, d\u2019\u00e9chafaudages et de travaux d\u2019\u00e9taiement, coiffent et retiennent des fa\u00e7ades \u00e9ventr\u00e9es\u00a0de maisons\u00a0; des fils \u00e0 linge et des draps mouill\u00e9s suspendus dans les encadrements de fen\u00eatres vides, flirtent avec des fils \u00e9lectriques ou t\u00e9l\u00e9phoniques\u00a0; ces restes de logement aux parois chancelantes d\u00e9ploient des couches superpos\u00e9es de peintures ocres ou bleut\u00e9es et des pelures de tapisseries d\u00e9lav\u00e9es. D\u00e9composition vivante : comme autant de parchemins g\u00e9ants \u00e0 ciel ouvert. Un palimpseste en dialogue, ici avec une affiche de Bouteflika affubl\u00e9e d\u2019une accusation de mafieux, l\u00e0 avec une ancienne porte en bois \u00e0 l\u2019arche mauresque, devenue une vulgaire plaque en m\u00e9tal grise recouverte de d\u00e9calcomanies\u00a0miniatures sortis d\u2019une boite de lessive. Au travers des barreaux d\u2019une rambarde branlante, la vieille dame au sourire \u00e9dent\u00e9e, accoutr\u00e9e de son \u00e9ternelle jupe \u00e0 l\u2019\u00e9lastique en bout de course et de son tricot aussi distendu que ses seins d\u2019ancienne m\u00e8re nourrici\u00e8re. Quatre prunelles brillantes de chats. Une chaise roulante pour handicap\u00e9 entrepos\u00e9e dans un coin.<\/p>\n\n\n\n<p>Travers\u00e9e du d\u00e9dale de venelles situ\u00e9es sur la haute-Casbah, puis du terrain vague et des vestiges d\u2019une fondation \u00e0 m\u00eame la terre. La nature y a repris ses droits au milieu d\u2019un tapis de vieilles bouteilles, de poches en plastique, de gravas et de pots de peinture rouill\u00e9s\u00a0; des buissons touffus et secs s\u2019agrippent ici \u00e0 la carcasse d\u2019un chauffe-eau \u00e0 gaz, l\u00e0, aux montants m\u00e9talliques d\u2019un sommier de lit. Quelques m\u00e8tres plus loin, dans une ruelle, un homme vide une poubelle municipale dans de larges paniers port\u00e9s par son \u00e2ne. Des drapeaux alg\u00e9riens.<\/p>\n\n\n\n<p>Je grimpe les escaliers vers la fontaine en trottinant d\u2019un pas sautillant et vif, mon immense cage \u00e0 oiseaux d\u2019une main et en bandouli\u00e8re sur l\u2019\u00e9paule, ma mandoline. Mes amis r\u00e9unis devant la plaque comm\u00e9morative pos\u00e9e dans une embrasure orn\u00e9e de motifs sculpt\u00e9s : \u00ab\u00a0<em>Des r\u00e9volutionnaires de la Casbah ont \u00e9t\u00e9 guillotin\u00e9s le 20 juin 1957 \u00e0 la prison de Barberousse, par les Fran\u00e7ais\u2026\u00a0\u00bb<\/em>. J\u2019arrive avec mon costume cravate et le chapeau traditionnel. Aussit\u00f4t acclam\u00e9 de tous. Je salue \u00e0 la vol\u00e9e, caresse le plumage multicolore due mon volatile. Moment en suspension, interrompu par le seul bruissement des ailes de l\u2019oiseau qui s\u2019agite. Je me mets \u00e0 entonner le premier chant, et d\u2019un piaillement tout oriental, l\u2019oiseau m\u2019accompagne au rythme des pinc\u00e9es de corde de mon instrument. Chef de ch\u0153ur, po\u00e8te des rues de la casbah j\u2019entra\u00eene tout le monde peu \u00e0 peu. \u00ab <em>Maknine, maknine\u2026<\/em>\u00a0\u00bb. Maknine, le nom alg\u00e9rien de mon chardonneret, une histoire d\u2019amour, le confident des histoires intimes de tous mes fr\u00e8res de combat. Ses plumes pansent notre libert\u00e9 perdue.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres voisins sortent alors, l\u2019un son harmonica, l\u2019autre une derbouka. Tous les casbadjis se mettent \u00e0 suivre cette m\u00e9lop\u00e9e Chaabi. Femmes et enfants viennent grossir les rangs. La musique propage son d\u00e9chirement partout aux alentours. En transe jusqu\u2019\u00e0 ce que le chant de l\u2019Imam nous  interrompe et prenne le relais. Alors, la foule, telle une nu\u00e9e de chardonnerets se volatilise vers la Mosqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00e0 ce stade de la nuit,<\/strong> Zineb rentre chez elle seule \u00e0 pied, son walkman sur les oreilles. Les rues sont encore pleines des turbulences festives de ce premier novembre. Elle marche d\u2019un bon pas. Elle sait baisser le t\u00eate comme on l\u2019attend d\u2019elle. Des attroupements d\u2019hommes ici et l\u00e0 rient \u00e0 son passage. Leurs regards la d\u00e9shabillent m\u00eame si tout le monde dans le quartier la connait. Elle voudrait crier. La nuit s\u2019obscurcit vite. Le pas de Zineb s\u2019acc\u00e9l\u00e8re. Sentiment qu\u2019un danger lui coure aux trousses. S\u2019autoriser \u00e0 entrevoir un autre elle-m\u00eame qui n\u2019aurait plus peur, qui ne serait pas emp\u00each\u00e9 de vivre et de d\u00e9sirer. Le temps d\u2019une seconde coupable, elle imagine fuir son pays, s&rsquo;opposer \u00e0 l\u2019\u00e9vidence du mariage\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>En se couchant, elle reprend la lecture du roman de Kateb Yacine \u00ab&nbsp;Nedjma&nbsp;\u00bb, abandonn\u00e9 depuis plusieurs mois sur sa table de nuit. Quelques pages lui suffisent pour tomber rapidement dans un profond sommeil. Le visage et la voix d\u2019un homme couch\u00e9 au-dessus d\u2019elle, une nuit de garde dans son h\u00f4pital\u2026 Un froid glacial colle \u00e0 son tee-shirt.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se r\u00e9veille en sueur, se promet de rester \u00e0 l\u2019aff\u00fbt, toujours \u00e0 pied d\u2019\u0153uvre avec ardeur, de continuer de labourer, avec ou sans terre, de tracer son sillon entre les ombres des siens (mais pas que\u2026). Certes, elle cligne un peu des yeux quand la lumi\u00e8re se fait trop intense, quand les mottes de terre deviennent rocailleuses, mais elle reprend toujours son souffle, m\u00eame sur la souche d\u2019un arbre mort. Et jamais elle ne se tait longtemps. Ses mots, tels les socs d\u2019une charrue, creusent m\u00eame les friches les plus arides. Les graines que qu\u2019elle y plante rendront plus prosp\u00e8res les r\u00e9coltes de ceux qui emprunteront apr\u00e8s elle, ce chemin.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00e0 ce stade de la nuit<\/strong>, le jour perce \u00e0 la fen\u00eatre et elle entend les pompiers en bas de l\u2019immeuble. Elle sort en robe de chambre. Un attroupement devant le 17, l\u2019immeuble en construction en face de chez elle. Un homme avec une chemise \u00e0 carreaux, un vieil homme, tout en haut de la grue menace de sauter. Les pompiers essayent de l\u2019en dissuader. \u2026 Il saute.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle rentre toute chose. Bon, elle est r\u00e9veill\u00e9e, alors elle sort les poubelles. Quelqu\u2019un doit \u00eatre malade dans l\u2019immeuble, parce que \u00e7a sent le d\u00e9sinfectant, un d\u00e9sinfectant d\u2019h\u00f4pital. Une vraie puanteur, quelque chose de bien. Pas son d\u00e9sinfectant pour nettoyer partout dans l\u2019immeuble. Celui-l\u00e0, il sent bon et elle le connait bien\u2026 Non, l\u00e0, c\u2019est vraiment un d\u00e9sinfectant de malade.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Abdallah ben Mohamed ben Malik&nbsp;\u00bb&nbsp;; elle apprendra son nom par l\u2019Infomag mensuel du 14<sup>\u00e8me<\/sup>. Un petit encart&nbsp;entre deux pubs&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>La garde de nuit de la Police du quartier, a d\u00e9busqu\u00e9 un SDF alg\u00e9rien frigorifi\u00e9, cach\u00e9 dans une ancienne carri\u00e8re rue de Gergovie. Il y \u00ab&nbsp;vivait&nbsp;\u00bb manifestement depuis le d\u00e9but des travaux d\u2019un immeuble en construction\u2026<\/em>&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Maryline trouve dans sa bo\u00eete aux lettres une carte postale re\u00e7ue hier, envoy\u00e9e par la locataire du 8<sup>\u00e8me<\/sup>. Gentille celle-l\u00e0. Elle l\u2019accrochera au mur de sa loge. Elle l\u2019avait pr\u00e9venue qu\u2019elle partait en Alg\u00e9rie. Elle s\u2019\u00e9tait pench\u00e9e hier matin t\u00f4t pour caresser vite fait Aiga. C\u2019est comme \u00e7a dans son immeuble. On passe devant sa loge.Quand le rideau blanc \u00e0 dentelles est tir\u00e9, la loge est ferm\u00e9e. Quand le chat est sur le comptoir, on se dit bonjour.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>La nuit derni\u00e8re\u00a0?<\/strong> Rien de particulier. Je n\u2019ai pas grand-chose \u00e0 raconter. Y avait les alg\u00e9riens et les gitans comme souvent, c\u2019\u00e9tait gai, plut\u00f4t calme\u2026Il se passe des fois des f\u00eates ici le soir, \u00e7a se termine tard oui, on danse, c\u2019est des soir\u00e9es improvis\u00e9es, \u00e7a tombe comme \u00e7a. Oui hier c\u2019\u00e9tait une soir\u00e9e comme il peut y en avoir dans tous les bars quoi, y a des filles qui viennent, les gar\u00e7ons sont l\u00e0, \u00e7a fait osmose et\u2026Mais bon, j\u2019sais pas, je n\u2019ai pas grand-chose \u00e0 raconter\u2026Dans le caf\u00e9 hier\u00a0?\u00a0 Oui. J\u2019avais pos\u00e9 un gros bouquet de lavande sur le bar et y avait votre mec l\u00e0, celui qui s&rsquo;est jet\u00e9 de la grue, un alg\u00e9rien. Il \u00e9tait derri\u00e8re le bar et il a fait, \u2018Oh de la lavande, comme dans mon pays\u00a0! \u2018 Je ne sais pas pourquoi, je lui ai dit, \u2018ben tiens&rsquo;, et je lui ai donn\u00e9 mon bouquet de lavande.<\/p>\n\n\n\n<p>Sinc\u00e8rement vous voulez savoir ce qui se passe dans le quartier\u00a0Monsieur le policier ? C\u2019est depuis l\u2019\u00e8re Mitterrand que le quartier, il est foutu\u00a0! Avant c\u2019\u00e9tait vraiment le 14<sup>i\u00e8me<\/sup>, c\u2019\u00e9tait un village\u00a0! Le soir, on descendait dans la rue de l\u2019Ouest ou \u00e0 c\u00f4t\u00e9, les gens \u00e9taient \u00e0 leur table et puis on mangeait tous dehors\u00a0!\u00a0 Tous les soirs, le musicien, il sort son accord\u00e9on, hein\u00a0! \u00c7a c\u2019\u00e9tait avant Mitterrand, avant Mitterrand, il n\u2019y avait pas de racisme\u00a0! moi, je suis compositeur, et je joue un peu de la contrebasse, un peu de la guitare, un peu de l\u2019orgue \u2026 je ne chante pas, je compose. <em>(En chantant)<\/em> Vive la France, vive la France, vive la France et ses fran\u00e7ais\u00a0! Non, je n\u2019en veux \u00e0 personne. Combien d\u2019ann\u00e9es de massacres, de d\u00e9portation, d\u2019esclavage\u00a0? Y a cette ligne blanche l\u00e0, vous savez, si on est mat, si on a l\u2019air d\u2019un bougnoule, c\u2019est fini, on n\u2019est rien\u00a0! Mais moi, je suis heureux, plus de col\u00e8re, non, plus de col\u00e8re. Pourtant, il y a de l\u2019injustice, ici dans le 14<sup>\u00e8me<\/sup>. Je peux vous montrer moi des alg\u00e9riens&#8230; \u00e7a fait 17 ans, 18 ans qu\u2019ils dorment \u00e0 deux dans une chambre de neuf m\u00e8tres carr\u00e9, toute pourrie\u00a0! Et l\u2019extr\u00eame droite isra\u00e9lienne ? Je ne comprends pas\u00a0! Vous comprenez quelque chose, vous\u00a0? Et les plus hypocrites, c\u2019est les faux fran\u00e7ais, ceux qui ont trois, quatre nationalit\u00e9s. Vous imaginez\u00a0? vous pr\u00e9tendez \u00eatre fran\u00e7ais, vous avez une nationalit\u00e9 marocaine, alg\u00e9rienne, tunisienne, isra\u00e9lite, \u2026 canadienne\u00a0! Comment vous voulez \u00eatre fran\u00e7ais, je ne comprends pas moi. Il y a quelque chose qui ne va pas, n\u2019est-ce pas\u00a0? Moi je ne peux pas \u00eatre fran\u00e7ais, je ne suis pas fran\u00e7ais, je suis alg\u00e9rien\u00a0! J\u2019ai quatre enfants en Alg\u00e9rie et un autre n\u00e9 en France d\u2019un deuxi\u00e8me mariage. Celui l\u00e0 n\u00e9 ici, il est fran\u00e7ais. Ceux qui sont n\u00e9s l\u00e0-bas sont alg\u00e9riens\u00a0! \u00c7a s\u2019arr\u00eate l\u00e0\u00a0! <\/p>\n\n\n\n<p>Les fran\u00e7ais, o\u00f9 sont les fran\u00e7ais\u00a0? Ils l\u2019ont dans l\u2019baba comme nous maintenant. Ils sont dans la rue comme nous, pauvres malheureux, clodos, toujours \u00e0 droite et \u00e0 gauche comme moi. En Alg\u00e9rie, je travaillais \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision alg\u00e9rienne, j\u2019\u00e9tais bien, super bien. Une fois la mort de notre p\u00e8re, c\u2019\u00e9tait fini\u00a0! On est devenu les tra\u00eetres, les <em>beniouioui,<\/em> les fils de fran\u00e7ais. Ils nous ont chass\u00e9s d\u2019Alg\u00e9rie. L\u00e0-bas les l\u00e8ches cul de la France, ici les bougnoules. En Alg\u00e9rie, je n\u2019avais travaill\u00e9 que la musique. Je suis musicien. Cette ann\u00e9e, \u00e7a va s\u00a0\u2018arranger, j\u2019ai dit. Et maintenant, \u00e7a fait plus de 60 ans. Ni alg\u00e9rien, ni fran\u00e7ais, j\u2019suis rien, mais toujours musicien. Ah ouais, ah \u00e7a, ouais\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>A ce stade du jour<\/strong>, quelques rares \u00e9clairages de phares de voitures, traversent les persiennes. Leurs contours bris\u00e9s se faufilent par les lattes des volets, fr\u00f4lent un instant les murs de la tapisserie proprette, disparaissent en bout de course dans le cadran sombre de la t\u00e9l\u00e9vision \u00e9teinte.<\/p>\n\n\n\n<p>Lyed aurait eu 45 ans aujourd\u2019hui. Son bracelet-montre pos\u00e9 sur sa table de nuit,  poursuit son tic-tac insistant. Poliment recroquevill\u00e9e sur une chaise pr\u00e8s de la porte de la chambre rest\u00e9e ouverte, les fines l\u00e8vres s\u00e8ches de Zineb semblent susurrer la pri\u00e8re du muezzin. Il n\u2019en est rien. Elle \u00e9gr\u00e8ne son chapelet secret, se r\u00e9p\u00e8te cette phrase que Lyed lui a adress\u00e9 au travers de sa canule, juste avant\u00a0de perdre d\u00e9finitivement haleine : \u00ab\u00a0Tu seras celle qui ne pleurera pas\u2026\u00a0\u00bb.\u00a0Ne pas pleurer, tout est l\u00e0\u00a0! <\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019air dans la chambre est devenu irrespirable. Zineb \u00e9touffe\u00a0! Il n\u2019est que huit heures, mais il fait d\u00e9j\u00e0 chaud en ce mois de juillet \u00e0 Cheraga. Elle a h\u00e2te maintenant d\u2019aller en cuisine pr\u00e9parer l\u2019accueil des nombreux visiteurs qui arriveront apr\u00e8s l\u2019enterrement. Elle d\u00e9cide de s\u2019extraire de la chambre la premi\u00e8re, se fraye un passage pr\u00e8s du lit, se penche sur la t\u00eate de Lyed. Une derni\u00e8re fois, elle d\u00e9pose sur son front froid et cartonn\u00e9, un baiser qu\u2019elle veut pulpeux, et lui chuchote\u00a0: Tu as fini de vivre Lyed\u2026 Moi, je ne saurai pas comme dit ce proverbe juif que tu aimais tant r\u00e9p\u00e9ter<em>, faire rire avec la politesse des d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s<\/em>.\u00a0Mais, j\u2019avais promis, je n\u2019ai pas pleur\u00e9\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p>Zineb file \u00e0 la fontaine de la cour pour se rafraichir sous le citronnier. Les s\u0153urs, belles s\u0153urs et la m\u00e8re\u00a0de Lyed, l\u2019y rejoignent en grappes trainantes. La m\u00e8re chuchote encore pour elle-m\u00eame.\u00a0Le clapotis de l\u2019eau berce son murmure\u00a0: \u00ab\u00a0Notre citronnier est exceptionnel, comme Lyed. Il a toujours donn\u00e9 des fruits en toutes saisons<em>.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le fr\u00e8re et le p\u00e8re du d\u00e9funt sont \u00e0 l\u2019avant, Khalil &#8211; fr\u00e8re d\u2019armes de la famille, et Jean \u2013 l\u2019ami fran\u00e7ais, \u00e0 l\u2019arri\u00e8re. Tous les quatre sortent de la maison en portant \u00e0 bout de bras la civi\u00e8re. Les femmes, les mains impatientes de trouver bient\u00f4t dans l\u2019\u00e9pluchage de l\u00e9gumes un r\u00e9pit \u00e0 leurs longues heures de deuil inactives, tel un ch\u0153ur antique port\u00e9 par quelques derniers sursauts de pleurs fatigu\u00e9s, sont regroup\u00e9es sur le pas de la lourde porte d\u2019entr\u00e9e. Le linceul blanc s\u2019\u00e9loigne, baign\u00e9 dans la clart\u00e9 innocente du jour. Le convoi fun\u00e9raire entonne le <em>takbir<\/em>\u00a0<em>Allahou Akbar<\/em> en direction de la s\u00e9pulture.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux jeunes gens plongent d\u2019un bond dans la tombe d\u00e9j\u00e0 creus\u00e9e, et comme la coutume le veut, d\u00e9couvrent une derni\u00e8re fois le visage du d\u00e9funt. Ils tournent pieusement le corps sur le c\u00f4t\u00e9 vers <em>la Ka\u2019aba, <\/em>puis remontent lestement \u00e0 la surface. Les vivants, debout en contre plong\u00e9e au-dessus du trou, ne s\u2019alignent d\u00e9sormais avec le mort, qu\u2019\u00e0 la perpendiculaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Coude \u00e0 coude face au trou excav\u00e9, le large \u00e9ventail du ch\u0153ur fun\u00e9raire r\u00e9cite sans rel\u00e2che <em>la chahada.<\/em> Sur le cailloutis brulant de l\u2019all\u00e9e, la membrane humaine se d\u00e9plie \u00e0 chaque pi\u00e9tinement de sandales h\u00e9sitantes. Elle ouvre le passage aux proches masculins du d\u00e9funt qui avancent un \u00e0 un vers la t\u00eate spectrale du mort pour lancer leurs trois poign\u00e9es de terre.<\/p>\n\n\n\n<p>Seul le quarante-cinq de pointure des chaussures en cuir de Jean, suspend le rythme \u00e9pur\u00e9 du rituel en cours. Envelopp\u00e9 dans un \u00e9l\u00e9gant trois pi\u00e8ces sable en lin, il accroupit ses cent kilos transpirants, \u00e0 l\u2019extr\u00eame bord de la fosse. Dans un roul\u00e9-boul\u00e9 ventru, Jean s\u2019affale d\u2019un bruit mat au bord du trou en l\u00e2chant une de ses sanguines insultes. Instantan\u00e9ment un souffle outr\u00e9 se r\u00e9pand dans toutes les pliures de la religieuse assembl\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bras fr\u00eale et n\u00e9anmoins secourable de Khalil rest\u00e9 aux c\u00f4t\u00e9s de Jean, emp\u00eache de justesse Jean de chuter dans la fosse. L\u2019ami de toujours, pench\u00e9e vers le corps du d\u00e9funt, a m\u00eame le temps d\u2019entrevoir les coulisses du regard goguenard de Jean et de le suivre furtivement jusqu\u2019au fond du pr\u00e9cipice mortuaire. Il d\u00e9couvre alors l\u2019entourloupe et un sourire arque ses pieuses l\u00e8vres. <em>Une fois encore, vieux grigou, tu as habilement r\u00e9ussi \u00e0 jouer un de tes tours&nbsp;!<\/em> s\u2019est dit Khalil.<\/p>\n\n\n\n<p>De la motte de terre compacte, lanc\u00e9e pendant ce tohu-bohu poussi\u00e9reux et grotesque, d\u00e9passe un morceau de papier \u00e0 peine visible\u2026<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\"><\/a>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\"><\/a>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\"><\/a>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00e0 ce stade de la nuit, aucun signe sur le panneau lumineux du quai de la gare. A la place, la voix ferme d\u2019une h\u00f4tesse&nbsp;qui r\u00e9p\u00e8te&nbsp;: Le wagon 1 se situera pr\u00e8s de l\u2019escalier, le 8 au niveau de la lettre S. 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