{"id":189289,"date":"2025-07-08T16:05:40","date_gmt":"2025-07-08T14:05:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=189289"},"modified":"2025-07-08T16:05:41","modified_gmt":"2025-07-08T14:05:41","slug":"recto-verso-03-a-condition-que","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/recto-verso-03-a-condition-que\/","title":{"rendered":"# recto verso # 03\/  \u00e0 condition que"},"content":{"rendered":"\n<p>Il y a&#8230;trois mots&#8230;impersonnels et neutres, applicables \u00e0 tous genres, toutes choses, dans cette locution pr\u00e9positive, ch\u00e8re \u00e0 nos grammairiens et autres passionn\u00e9s de langue, par hobby ou par obligation, soucieux de belle parlure et autres tournures joliment chantourn\u00e9es. Ils ponctuent nos conversations, nos \u00e9crits Ce trio d&rsquo;ins\u00e9parables, d\u00e9butent nos phrases, les interrogent, toujours ambigus, laissant planer le doute dans nos pens\u00e9es, nos paroles&#8230;il y a eux&#8230;ce sont eux&#8230;ils sont l\u00e0 \u00e0 notre service.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a toujours quelque chose, quelqu&rsquo;un d&rsquo;existant, un Sein und Zeit, qui se trouve quelque part, jet\u00e9 l\u00e0 contextuellement, par un jet ou un jeu de langage&#8230;un il y a existentiel dont on n&rsquo;arrive pas \u00e0 se d\u00e9barrasser et que l&rsquo;en emploie \u00e0 foison comme si on \u00e9tait r\u00e9ticent \u00e0 nommer pr\u00e9cis\u00e9ment ou \u00e0 d\u00e9finir ce qui nous entoure&#8230;\u00a0\u00bbIl y a un truc qui me g\u00eane\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0je ne sais pas comment le dire\u00a0\u00bb&#8230;si on ne sait pas, on se tait et on cherche<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a est une expression bien pratique&#8230;une expression fourre-tout mais fiable, sans risque d&rsquo;erreur, une b\u00e9quille bien solide..il y a pourtant des \u00e9quivalents pour d\u00e9crire ce qui est apparent&#8230;on peut observer, on peut entendre&#8230;par exemple j&rsquo;entends du bruit&#8230;sans doute est ce plus simple de dire il y a du bruit<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a est peut \u00eatre plus diplomatique, plus consensuel&#8230;on ne nomme personne, on fait juste une allusion, on en reste aux g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s, \u00e0 la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, au badinage, au bavardage entre gens du monde, de bonne compagnie&#8230;un moyen de parler pour ne rien dire, un je ne sais quoi de snob surtout quand il est accompagn\u00e9 d&rsquo;un \u00ab\u00a0n&rsquo;est-ce-pas tr\u00e8s cher ami\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a s&#8217;emploie au pr\u00e9sent pour parler de personnes et de choses au pass\u00e9 ou bien d&rsquo;\u00e9v\u00e8nements r\u00e9volus&#8230;il y a deux jours etc&#8230;notre langue autorise pourtant l&rsquo;usage des temps pass\u00e9s comme \u00ab\u00a0il y eut\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0il y a eu\u00a0\u00bb pour fixer des rep\u00e8res temporels et pourtant on aime bien le \u00ab\u00a0il y a\u00a0\u00bb. On adore le temps pr\u00e9sent, on aime revivre au temps pr\u00e9sent des souvenirs parfois douloureux et d\u00e9sagr\u00e9ables au lieu de les enfouir au fond de sa m\u00e9moire.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a supporte mal les synonymes. Il les tol\u00e8re. Il veut la primaut\u00e9 du langage. Il aime s&rsquo;\u00e9couter parler. Il a peu d&rsquo;estime pour les adverbes. Peu lui chaut qu&rsquo;on lui pr\u00e9f\u00e8re \u00ab\u00a0dans le pass\u00e9\u00a0\u00bb pour parler d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement survenu il y a deux jours ou dix ans. Le \u00ab\u00a0nagu\u00e8re\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0jadis\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0auparavant\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0autrefois\u00a0\u00bb, sont des mots de vieux ou d&rsquo;intello&#8230;bref des mots has been. Le \u00ab\u00a0il y a\u00a0\u00bb veut \u00eatre le seul \u00e0 parler de ces choses l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a n&rsquo;est jamais s\u00fbr&#8230;il est souvent hypoth\u00e9tique pour parler d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements qui n&rsquo;ont pas encore eu lieu, m\u00eame si on l&#8217;emploie au futur \u00ab\u00a0il y aura\u00a0\u00bb. C&rsquo;est un \u00ab\u00a0il y a\u00a0\u00bb pr\u00e9dictif, al\u00e9atoire, voire improbable&#8230;\u00a0\u00bbil y a un risque\u00a0\u00bb&#8230;oui mais lequel? s\u00fbrement pr\u00e9visible mais il faut \u00eatre plus pr\u00e9cis&#8230;une diseuse de bonne aventure dirait \u00ab\u00a0je vois&#8230;ou je pressens&#8230;\u00a0\u00bb quelle diff\u00e9rence entre ces verbes et cet \u00ab\u00a0il y a\u00a0\u00bb? aucune. Ils ne renvoient \u00e0 rien de concret.<\/p>\n\n\n\n<p>Le OUI, trois voyelles invers\u00e9es, est un adverbe court et puissant. Il est invariable, d&rsquo;humeur \u00e9gale, un perp\u00e9tuel optimiste qui n&rsquo;a qu&rsquo;un adversaire : le non. L&rsquo;un et l&rsquo;autre sont indissociables mais autonomes. Ils sont exclusifs. On ne peut \u00eatre l&rsquo;un et l&rsquo;autre&#8230;c&rsquo;est l&rsquo;un ou l&rsquo;autre mais on peut les trouver l&rsquo;un sans l&rsquo;autre, au d\u00e9tour d&rsquo;une conversation ou d&rsquo;une phrase. Le oui est beaucoup plus court en allemand \u00ab\u00a0JA\u00a0\u00bb en italien \u00ab\u00a0SI\u00a0\u00bb, en russe \u00ab\u00a0DA\u00a0\u00bb et aussi long en anglais \u00ab\u00a0YES\u00a0\u00bb ou en japonais \u00ab\u00a0HAI\u00a0\u00bb. Ils s&rsquo;expriment dans un souffle, d&rsquo;un signe de t\u00eate, d&rsquo;un battement de paupi\u00e8res. Le oui se pr\u00eate \u00e0 toutes les intentions, \u00e0 toutes les intonations, \u00e0 bon nombre de synonymes..il inspire la joie par des sautillements ou des danses improvis\u00e9es, il gonfle d&rsquo;orgueil, il fait du bien \u00e0 l&rsquo;\u00e2me, quand il ponctue un accord, un serment, une r\u00e9ussite. C&rsquo;est le oui du d\u00e9sir et de volupt\u00e9 quand on s&rsquo;abandonne dans les bras d&rsquo;un amant ou d&rsquo;une ma\u00eetresse, c&rsquo;est un oui solennel public prononc\u00e9 devant une autorit\u00e9 civile, religieuse ou militaire, un oui qui engage devant toute la communaut\u00e9. Oui je le veux&#8230;Il est imp\u00e9ratif et inconditionnel. Le oui est performatif au sens d\u00e9velopp\u00e9 par le philosophe John Austin&#8230;dire oui c&rsquo;est faire. Ce n&rsquo;est pas un verbe divin&#8230;c&rsquo;est juste un adverbe. C&rsquo;est un mot tellement fort qu&rsquo;il faut parfois le temp\u00e9rer, le nuancer. On peut l&rsquo;interroger \u00ab\u00a0Ah oui?\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0vraiment?\u00a0\u00bb comme pour en retarder ses effets. On peut le faire douter \u00ab\u00a0oui mais\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0oui peut-\u00eatre\u00a0\u00bb comme si certaines \u00e9vidences n&rsquo;allaient pas de soi, que la prudence s&rsquo;impose parfois&#8230;un moment de r\u00e9flexion suppl\u00e9mentaire peut s&rsquo;av\u00e9rer n\u00e9cessaire&#8230;la prudence n&rsquo;est pas synonyme d&rsquo;h\u00e9sitation. Il arrive que le oui n&rsquo;arrive pas \u00e0 s&rsquo;imposer, \u00e0 convaincre celui qui l&rsquo;affirme pour qu&rsquo;il faille l&rsquo;assortir d&rsquo;un \u00ab\u00a0assur\u00e9ment\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0absolument\u00a0\u00bb. Il faut le redoubler&#8230;le r\u00e9p\u00e9ter pour que le charme op\u00e8re. Le oui est universel. Il est le mot du consensus, de la majorit\u00e9 qualifi\u00e9e. Il est un juste un son qui rend vain tout discours. Puisque l&rsquo;on est d&rsquo;accord, n&rsquo;en parlons plus.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a&#8230;trois mots&#8230;impersonnels et neutres, applicables \u00e0 tous genres, toutes choses, dans cette locution pr\u00e9positive, ch\u00e8re \u00e0 nos grammairiens et autres passionn\u00e9s de langue, par hobby ou par obligation, soucieux de belle parlure et autres tournures joliment chantourn\u00e9es. Ils ponctuent nos conversations, nos \u00e9crits Ce trio d&rsquo;ins\u00e9parables, d\u00e9butent nos phrases, les interrogent, toujours ambigus, laissant planer le doute dans <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/recto-verso-03-a-condition-que\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\"># recto verso # 03\/  \u00e0 condition que<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":338,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-189289","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189289","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/338"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=189289"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189289\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":189375,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189289\/revisions\/189375"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=189289"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=189289"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=189289"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}