{"id":189308,"date":"2025-07-08T12:01:17","date_gmt":"2025-07-08T10:01:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=189308"},"modified":"2025-07-08T12:01:18","modified_gmt":"2025-07-08T10:01:18","slug":"rectoverso-03-les-couvreurs","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-03-les-couvreurs\/","title":{"rendered":"#rectoverso #03 | les couvreurs"},"content":{"rendered":"\n<p>Il y a cette joie d\u2019y arriver. Suffit d&rsquo;accepter de surmonter la ville, les jambes \u00e9cart\u00e9es comme tuteurs de plein corps, l&rsquo;appui essentiel pour tenir, pour regarder, pour \u00eatre des bras qui saisissent et replacent, des bras qui font la belle \u00e9toile dans le grand parc \u00e0 ciel. Ils se redressent et travaillent avec les yeux. De temps en temps les blagues comme de tomber dans la mare, les tuiles glissantes sous la pluie qui crachine, les ardoises in\u00e9gales qui ouvrent les doigts. Tout en bas c\u2019est une cacophonie qui murmure, on n&rsquo;entend pas ce qui se dit distinctement. Alors depuis l\u00e0-haut, les mains agissent seules, coup\u00e9es des bruits. Il faut rentrer dans le grain chaud de la terre cuite, oublier tout ce qui peut surgir, les oiseaux qui ourlent les \u00e9paules. Les ouvriers sur les toits n&rsquo;ont plus rien dans la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a ce jaune qui fait des joies d\u00e8s que t\u2019approches, des granul\u00e9s de petites noix dans la pupille si le soleil tape.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;un bord \u00e0 l&rsquo;autre on s&rsquo;envoie des coups de sifflet entre les dents, on comprend les codes, et \u00e7a fait moins fatiguer le corps. Juste de l\u2019air pouss\u00e9 de biais entre les dents, et c\u2019est ok pour toi.<\/p>\n\n\n\n<p>Autrefois, il y avait cet acharnement \u00e0 empiler les heures, et la vie inconfortable \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Alors c\u2019\u00e9tait au gr\u00e9 de la marine, le tempo lent, embourb\u00e9 de vapeurs d\u2019alcool, les verres trop pris dans le bistrot de la veille. Et puis \u00e7a venait, il y avait la suite&nbsp;: la chute monumentale au pli du lendemain, mal perch\u00e9 sur les toits, avec ce casque \u00e0 boulons dans la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce ciel-l\u00e0, y a jamais de femmes qui marchent sur le gril, c\u2019est une affaire solide de se hisser l\u00e0-haut. Le grand plateau bancal devient un ordre intime. Assurance dans le d\u00e9s\u00e9quilibre, recherche du sang qui bat dans les tempes. Pas de t\u00eate qui fleure les \u00e9toiles, pas de bras en balanciers. Rien ne danse. Il faut des brutes lagunaires qui broutent de leurs mains, avancent en macaques sur les parcelles de tuiles, gargouilles inf\u00e2mes sans joie ni hargne. Juste les mains, fr\u00f4lent savantes. Remplacent les tuiles endommag\u00e9es par des id\u00e9es plus neuves. Les choses d\u00e9cadentes seront jet\u00e9es au sol, quasi mortes d\u00e9j\u00e0 de tant de trous creus\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y aura quand m\u00eame le temps du m\u00e9got, petit b\u00e9cot de ciel dans la frimousse \u2013 gliss\u00e9 dans la poche \u00e0 peine \u00e9teint, qui br\u00fble encore le tissu et la peau. Les braises ils connaissent, c\u2019est ce qu\u2019on s\u00e8me en bas du dos quand faut tenir toute la journ\u00e9e, comme animal de cirque.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il y a cette joie d\u2019y arriver. Suffit d&rsquo;accepter de surmonter la ville, les jambes \u00e9cart\u00e9es comme tuteurs de plein corps, l&rsquo;appui essentiel pour tenir, pour regarder, pour \u00eatre des bras qui saisissent et replacent, des bras qui font la belle \u00e9toile dans le grand parc \u00e0 ciel. Ils se redressent et travaillent avec les yeux. 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