{"id":189509,"date":"2025-07-09T10:38:49","date_gmt":"2025-07-09T08:38:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=189509"},"modified":"2025-07-09T10:39:22","modified_gmt":"2025-07-09T08:39:22","slug":"rectoverso-02-camille-laurens-il-y-a-des-oui","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-02-camille-laurens-il-y-a-des-oui\/","title":{"rendered":"#rectoverso\u00a0#03 | Camille Laurens il y a des oui\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Recto<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des p\u00e9tales de coquelicot ressemblant \u00e0 des petites l\u00e8vres, fragiles, froiss\u00e9s rouges comme un aveu muet<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des baisers qui n\u2019ont jamais trouv\u00e9 de bouche, ils errent orphelins<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des miroirs qui refl\u00e8tent l\u2019attente<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des mains pleines de promesses non tenues<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des aiguilles qui tournent dans des montres arr\u00eat\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a de l\u2019orage dans l\u2019air et des nuages dans les flaques d\u2019eau<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des visages perdus au fond des tasses de caf\u00e9 quand le matin s\u2019\u00e9ternise<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des rires suspendus aux branches de l\u2019enfance et des mots qui dansent dans les chambres vides<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des fen\u00eatres qui donnent sur le mur des lamentations&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des lettres jamais post\u00e9es qui br\u00fblent les tiroirs elles sentent l\u2019encre s\u00e8che et le feu des mots jamais offerts<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des larmes brillantes au coin des sourires et des voix rest\u00e9es coinc\u00e9es dans la gorge du temps se cognant aux parois de l\u2019oubli<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a les parfums revenant avant les souvenirs<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des d\u00e9parts qui ne laissent pas de traces de pas, juste le vide apr\u00e8s le bruit de la porte quand l\u2019odeur du dernier serment s\u2019attarde sur les murs<\/p>\n\n\n\n<p>Et aussi\u00a0Il y a des chaussettes c\u00e9libataires, elles pleurent dans les placards en attendant celles aspir\u00e9es par les vidanges<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des parapluies qui r\u00eavent d\u2019\u00eatre des h\u00e9lices<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des cactus amoureux qui offrent des piq\u00fbres de tendresse<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des pigeons syndiqu\u00e9s r\u00e9unis sur le fil t\u00e9l\u00e9phonique, ils refusent de marcher dans la boue\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des poils de chat sur mes v\u00eatements<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des oranges jalouses des cl\u00e9mentines<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des escargots partis en vacances avant tout le monde<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a les r\u00eaves emb\u00eat\u00e9s par la sonnerie des r\u00e9veils&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des cafeti\u00e8res qui chantent du jazz en secret et improvisent \u00e0 la vapeur<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des rideaux qui font la sieste au soleil.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des agendas vides de jours<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des biscuits complotistes dans les placards, ils chuchotent \u00e0 la cannelle la pr\u00e9paration d\u2019une \u00e9vasion sucr\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des lunettes de soleil persuad\u00e9es d\u2019\u00eatre des stars elles posent seules sur la table l\u2019air myst\u00e9rieux&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des boutons de chemise qui tombent amoureux sans pr\u00e9venir d\u2019une autre chemise<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des livres de cuisine qui n\u2019ont jamais vu une cuill\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des fourmis qui organisent des soir\u00e9es karaok\u00e9 dans les murs, elles chantent \u00e0 minuit pile, dans des micros de miettes. Une reine siffle \u00ab Besame Mucho \u00bb entre deux grains de riz<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des murs qui rougissent quand on les regarde trop longtemps<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des mots crois\u00e9s qui veulent devenir po\u00e8tes<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des ombres qui changent de forme pour rire un peu<\/p>\n\n\n\n<p><em>Verso<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Oui, elle s\u2019est r\u00e9veill\u00e9e \u00e0 six heures&nbsp;; le corps s\u2019obstine quand la raison voudrait dormir. Oui, elle a chant\u00e9 en lavant les verres, une m\u00e9lodie \u00e0 peine un filet de voix, pour couvrir le vide le bruit du rien. Oui, elle a rang\u00e9 les assiettes par ordre d\u00e9croissant. Oui, elle a sorti les poubelles, c\u2019\u00e9tait jeudi, le jeudi, on sort les sacs et m\u00eame s\u2019il n\u2019y a presque rien dedans. Oui, elle a pris le parapluie il ne pleuvait pas, non mais ce genre de ciel donne l\u2019impression que quelque chose va tomber, pas forc\u00e9ment la pluie. Oui, elle a achet\u00e9 des fleurs pour mettre un peu de couleur dans la pi\u00e8ce parce que le gris s\u2019installe vite quand on le laisse faire. Oui, elle a attendu pas longtemps, juste assez pour que l\u2019attente commence \u00e0 ressembler \u00e0 un manque. Oui, elle l\u2019a dit : elle viendrait parce que c\u2019\u00e9tait plus simple que d\u2019expliquer pourquoi pas. Oui, elle a repos\u00e9 la tasse tout doucement comme si le silence pouvait se briser d\u2019un geste brusque. Oui, elle a referm\u00e9 le tiroir il n\u2019\u00e9tait pas vraiment ouvert, juste un peu pour fermer quelque chose. Oui, la lampe a clignot\u00e9 toute la nuit, une lumi\u00e8re h\u00e9sitante une lumi\u00e8re qui ne sait pas si elle reste ou si elle s\u2019\u00e9teint. Oui, elle a not\u00e9 la date sur un post-it jaune, \u00e9tait-ce inutile ou n\u00e9cessaire elle n\u2019en sait rien. Oui, la nappe \u00e9tait repass\u00e9e pour un d\u00eener sans importance ou justement pour \u00e7a, pour sauver un peu de tenue dans le d\u00e9sordre des jours. Oui, elle a tir\u00e9 la porte, presque assez pour qu\u2019on ne sache pas si c\u2019\u00e9tait une invitation ou un repli. Oui, le chat a miaul\u00e9 trois fois pour dire qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0, pour rappeler qu\u2019il compte aussi, dans le d\u00e9cor. Oui, le pain \u00e9tait ti\u00e8de parce qu\u2019il avait \u00e9t\u00e9 attendu comme elle et tout le reste. Oui, le ticket est tomb\u00e9 du portefeuille il datait d\u2019un jour quelconque il disait quelque chose, Oui, la radio parlait toute seule avec personne pour \u00e9couter, elle avait besoin qu\u2019on dise quelque chose. Oui, elle a souri en refermant le livre, une phrase l\u2019avait fr\u00f4l\u00e9e, une main famili\u00e8re. Oui, elle a tourn\u00e9 deux fois la cl\u00e9, un r\u00e9flexe un geste d\u2019assurance, de la peur, une habitude qui prot\u00e8ge. Oui, elle a pouss\u00e9 le tiroir, on ne sait jamais ce qui peut sortir d\u2019un tiroir mal clos. Oui ils ont dit oui.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Recto Il y a des p\u00e9tales de coquelicot ressemblant \u00e0 des petites l\u00e8vres, fragiles, froiss\u00e9s rouges comme un aveu muet Il y a des baisers qui n\u2019ont jamais trouv\u00e9 de bouche, ils errent orphelins Il y a des miroirs qui refl\u00e8tent l\u2019attente Il y a des mains pleines de promesses non tenues Il y a des aiguilles qui tournent dans <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-02-camille-laurens-il-y-a-des-oui\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#rectoverso\u00a0#03 | Camille Laurens il y a des oui\u00a0<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":604,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[],"class_list":["post-189509","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-atelier"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189509","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/604"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=189509"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189509\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":189513,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189509\/revisions\/189513"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=189509"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=189509"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=189509"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}