{"id":189538,"date":"2025-07-09T21:49:50","date_gmt":"2025-07-09T19:49:50","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=189538"},"modified":"2025-07-17T08:09:47","modified_gmt":"2025-07-17T06:09:47","slug":"recto-verso-3-cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/recto-verso-3-cinema\/","title":{"rendered":"# recto\/(verso) # 03 | cin\u00e9ma"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>il \u00e9tait une fois il y a cinquante-cinq ans mon fr\u00e8re qui faisait des \u00e9tudes de mises en sc\u00e8ne de t\u00e9l\u00e9vision, il y a Erroll Flyn et Trevor Howard ou Alan Ladd, il y a <em>Rome ville ouverte<\/em><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"386\" height=\"306\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/06\/Capture-decran-du-2025-06-30-08-10-35.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-189482\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>(j&rsquo;aimerais tant n&rsquo;en pas oublier&#8230;)<br>et Anna Magnani qui ressemble \u00e0 ma m\u00e8re, il y a la chambre 15 de ma tante pour les \u00e9preuves de Rollin, le son les images, il y a les turpitudes et la petite planchette d&rsquo;un routier destin\u00e9e aux auto-stoppeuses \u00ab\u00a0pas cucul pas toto\u00a0\u00bb du m\u00eame ordre que les fr\u00e8res weinstein ou d&rsquo;autres, le cin\u00e9ma c&rsquo;est \u00e7a, il y a les trahisons et les humiliations, il y a les autres changements de direction les produits opiac\u00e9s les redites les pertes les abandons les meurtrissures les plaies jamais ferm\u00e9es ou ferm\u00e9es \u00e0 jamais, il y a la joie de vivre, le vendeur d&rsquo;huile d&rsquo;olive sur une des presqu&rsquo;\u00eeles du P\u00e9lopon\u00e8se, et le promontoire du Gargano, le voyage en bateau pour l&rsquo;anniversaire de G., les \u00eeles les trains les rires les maux de dos les genoux qui l\u00e2chent les su\u00e9es les humeurs et par dessus tout \u00e7a <em>un bon bain chaud et il n&rsquo;y para\u00eet plus rien<\/em> de Claudia Cardinal, il y a et il y aura toujours Am\u00e1lia Rodrigues mais toi qui t&rsquo;en vas, il y a du bruit dans l&rsquo;escalier, des cris et des pleurs, des signes des joies \u00e0 nouveau, il y a ce mois de juillet o\u00f9, du c\u00f4t\u00e9 de Berlioz mon fr\u00e8re encore lui, enl\u00e8ve \u00e9nerv\u00e9 le mouchoir en forme de calot qu&rsquo;on veut lui poser sur la t\u00eate, il y a son regard vers le mien et mon sourire vers le sien, il y a mon oncle et ses lunettes noires \u00e0 grosse monture qui lui mangent tout le visage qui conduit sa grosse berline anglaise bi-ton vert qui nous emm\u00e8nent et ce n&rsquo;est pas par pure superstition dans un bar trop cossu du bois de Boulogne o\u00f9 il commande pour tout le monde, ses ni\u00e8ces et neveux, sa s\u0153ur et lui, du cognac ou du whisky si tu veux choisir il sourit sa s\u0153ur \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s a les yeux vaguement gonfl\u00e9s, il n&rsquo;enl\u00e8ve pas ses lunettes passe sa main sur sa joue humide, il y a du c\u00f4t\u00e9 de Moreuil un entrep\u00f4t de pneumatiques qu&rsquo;on compte \u00e0 la fin du mois d&rsquo;ao\u00fbt pendant une semaine de soixante quinze ou quatre-vingts heures, il y a la volont\u00e9 et la foi, la loi et le pays l&rsquo;arm\u00e9e la nation le fusil la revue de casernement comme la garde de nuit, il y a les chansons qu&rsquo;on entonnera dans la 4L, celles qu&rsquo;on criera dans les rues, les bras d&rsquo;honneur et les poings lev\u00e9s, les cris les pleurs les joies les chutes, et il y a aussi les films, toujours les films, les <em>Freaks <\/em>et cette <em>Nuit des forains <\/em>et cette <em>Strada<\/em> o\u00f9 Giulietta en Gelsomina meurt seule dans la paille, la puissance et la gloire (c&rsquo;est un titre \u00e7a), mais de litt\u00e9rature il ne me vient rien, il y a pourtant Hadrien au moins et ses m\u00e9moires, au noir cette \u0153uvre et il y a le petit Marcel en bas des Champs-\u00c9lys\u00e9es qui pourrait tout \u00e0 fait s&rsquo;il n&rsquo;y avait ce satan\u00e9 temps qui ne cesse de s&rsquo;\u00e9couler croiser le petit Georges pendant sa fugue, il y aurait aussi le violon et la coca\u00efne d&rsquo;Holmes tue et l&rsquo;\u00e9rotomane qui, en sept jours ou sept nuits ou les deux, produit cette histoire d&rsquo;un letton pr\u00e9nomm\u00e9 Pietr, il y a aussi son amiti\u00e9 avec Federico, le suicide de sa fille et le rapt de la fille de celui qui peignait de San Antonio et son B\u00e9ru, et le noir et le reste du monde, toutes ces guerres ces flots de sangs ces membres arrach\u00e9s ces montagnes de poussi\u00e8res on y retournera de toutes les mani\u00e8res, de quelque mani\u00e8re que ce soit, toutes ces \u00e9toiles et toutes ces galaxies, il y a ces revues de science-fiction lues par mon p\u00e8re, les <em>Fictions<\/em> et les <em>Galaxies <\/em>justement, il y a cette biblioth\u00e8que construite dans la chambre du haut, les livres de poche par centaines, les Pl\u00e9iade et la bouteille de Cointreau, en bas du confiturier au coin de la salle \u00e0 manger, il y a ces deux chiens, l&rsquo;un blanc l&rsquo;autre noir sur l&rsquo;\u00e9tiquette de la bouteille, ce samedi-l\u00e0, <em>il faisait si clair il faisait si doux<\/em> disait monsieur William, il y a la fille de Jean-Roger Caussimon qui se pointe vers cinq heures du matin au Trocad\u00e9ro pour compter les voyageur.es et qui, comme deux gouttes d&rsquo;eau diff\u00e9rentes pourtant, lui ressemble dans son si l\u00e9ger sourire dans la nuit lorsque, la voyant arriver, lui ayant demand\u00e9 son nom, j&rsquo;\u00e9voque son p\u00e8re et son amiti\u00e9 avec L\u00e9o, il y a tous ces gens, ces filles ces gar\u00e7ons, cette jeunesse qui cinquante ou soixante ans plus tard, il y a surtout, surtout, il y a cette formidable farandole, c&rsquo;est cette fin de film qui \u00e9meut toujours aux larmes, cette vision magnifiquement optimiste de la vie qui va, qui court et qui rit, toi et ta main sur mon bras, cette multitude qui descend de ces \u00e9chafaudages qui ne viennent de rien quand on l\u00e8ve le rideau, immense et blanc, cette multitude qui descend en parlant, en riant, s&rsquo;avance et va vers la vie, va vivre ces milliers d&rsquo;amours et de joies, ces milliers de vies et ces milliers de figurants, ces milliers de silhouettes qui  s&rsquo;\u00e9vanouissent en sortant du champ, ces images magnifiques, ce qu&rsquo;il y a c&rsquo;est \u00e7a et c&rsquo;est tout<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>oui<br>Oui me dit-elle ouvrant ses jambes et je l\u2019aimais tu sais mais elle non ou pas tant que moi ou j\u2019en sais rien, viens oui, je vins \u2013 mais quelle erreur, quelle turpitude, quelle tristesse (il y avait un truc qui disait <em>post co\u00eftum animal triste)<\/em> \u2013 je ne sais plus, diff\u00e9remment\u00a0? je ne sais pas, quelque chose avec Patrick Chesnais (son fils revient, comme un fant\u00f4me) qui dansait le tango ou qui \u00e9tait fait roi quelque chose qui me conduit toujours parfaitement \u00e0 ce <em>L\u2019homme qui voulut \u00eatre Roi <\/em>il me semble deux de mes silhouettes favorites, Sean Connery et Michael Caine \u2013 \u00e0 cause de James Bond et du Limier \u2013 il y avait aussi Stanley Baker \u2013 oui, des gens que j\u2019aime sans doute comme je l\u2019aimais elle, une esp\u00e8ce de goule, d\u2019illusion, une erreur peut-\u00eatre mais je l&rsquo;aimais, tant, oui, une disposition diff\u00e9rente probablement, pourtant oui disait-elle et je l\u2019aimais tant comme on tente de croire que le monde existe vraiment, la nuit toute la nuit et encore oui \u2013 oui \u2013 encore \u2013 oui \u2013 tu te souviens ce <em>nous nous sommes tant aim\u00e9s<\/em> des gar\u00e7ons et des filles, ou ce<em> parfum de femme<\/em> formidable\u00a0o\u00f9 Vittorio disait \u00ab\u00a0regarde les pieds\u00a0\u00bb un peu comme les chansons le cin\u00e9ma ne parle que de \u00e7a, l\u2019amour, les autres, il n\u2019y a que \u00e7a qui existe \u2013 que \u00e7a \u2013 oui, oui \u2013 c\u2019est \u00e0 sa fa\u00e7on qu\u2019elle m\u2019aimait et nous autres avons nos fa\u00e7ons, chacune comme chacun et nous nous entremettons pour tenter de garder quelque chose de vrai entre nous, toi comme moi, oui disait-elle et moi m\u00eame aussi oui disais-je oui \u2013 ou alors me suis-je tromp\u00e9 fourvoy\u00e9 comment savoir\u00a0? parfois je me demande, c\u2019est loin, c\u2019est vrai \u2013 loin un peu comme le cin\u00e9ma, comme le <em>Faux contact <\/em>mais elle n\u2019y appara\u00eet pas \u2013 mais oui m\u2019a fait \u00e0 elle revenir je crois qu\u2019elle appara\u00eet aussi dans quelques autres replis des textes, je transplante, je translate, j\u2019euph\u00e9mise et je cache je l&rsquo;aimais tant parce que \u00e7a n\u2019a pas \u00e0 \u00eatre dit \u2013 ce sont des choses qui se vivent, o\u00f9 \u00e9tait-ce tu te souviens Paris quatorze quand \u00e9tait-ce quatre-vingts peut-\u00eatre bien et pas une seconde les choses vraies d\u2019alors (par exemple cr\u00e2ne d\u2019\u0153uf qui va perdre) (mais \u00e7a a \u00e9t\u00e9 la m\u00eame chose avec Tien an men quelques ann\u00e9es plus tard) pas une seule chose du monde des vivants n\u2019effleurait cette r\u00e9alit\u00e9-l\u00e0 \u2013 je me souviens de cette chanson qui faisait \u00ab\u00a0oui j&rsquo;arrive\/ bien s\u00fbr j&rsquo;arrive\u00a0\u00bb c\u2019est l\u2019id\u00e9e qu&rsquo;aujourd\u2019hui j&rsquo;en ai ou que j&rsquo;en garde alors que dehors, oui, il fait un temps splendide parce qu&rsquo;il fait toujours un temps splendide quand on s&rsquo;aime (c&rsquo;\u00e9tait quoi, d\u00e9j\u00e0, Michel Legrand et Nana Mouskouri ? <em>on peut se croire \u00e0 New-York cinq heures du soir five o&rsquo;clock<\/em> ?) \u2013 alors oui je ne veux rien oublier mais tous les soirs et toutes les nuits le monde s\u2019\u00e9chappe, je dors r\u00eave m\u2019enfuis dehors le vent et les \u00e9toiles ou la pluie et le noir, vaguement le sentiment qu\u2019il ne restera que la musique, je me souviens qu\u2019elle me disait qu\u2019elle avait rang\u00e9 sa biblioth\u00e8que \u00e0 un moment par ordre alphab\u00e9tique, je me souviens du boulevard du Montparnasse et de cette petite rue qui en descend o\u00f9 je l\u2019attendais et il y a quelque impudeur \u00e0 parler de \u00e7a, oui, \u00e0 d\u2019autres \u2013 \u00e0 des \u00e9trangers et peut-\u00eatre pire encore \u00e0 des \u00e9trang\u00e8res \u2013 oui peut-\u00eatre quelque chose de ce genre \u2013 oui ce mot-l\u00e0 oui c&rsquo;est ce mot-l\u00e0 la musique de sa voix s\u00fbrement (fumait-elle ? je ne sais plus) ce mot-l\u00e0 oui comme une esp\u00e8ce de merveille de joyau de bijou oui<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>il \u00e9tait une fois il y a cinquante-cinq ans mon fr\u00e8re qui faisait des \u00e9tudes de mises 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