{"id":189693,"date":"2025-07-13T10:24:40","date_gmt":"2025-07-13T08:24:40","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=189693"},"modified":"2025-07-13T11:18:14","modified_gmt":"2025-07-13T09:18:14","slug":"rectoverso-4-marianne-alphant-memoire-interrogatoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-4-marianne-alphant-memoire-interrogatoire\/","title":{"rendered":"rectoverso #4 | Marianne Alphant, m\u00e9moire &amp; interrogatoire"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-left\">\u00ab\u00a0<em>La premi\u00e8re chose \u00e0 observer<\/em>\u00ab\u00a0. Est-ce vraiment une observation? N&rsquo;est-ce pas plut\u00f4t une sensation? Ces foug\u00e8res impassibles \u00e0 deux m\u00e8tres devant moi. Sur une butte, \u00e0 la hauteur de ma t\u00eate. Je pisse dans le foss\u00e9 en pleine nuit. La fraicheur de la nuit. Oui, je m&rsquo;en rappelle bien. Mais ce moment n&rsquo;est pas obligatoirement le plus repr\u00e9sentatif. Le vide et la libert\u00e9. Ou du moins la peur de d\u00e9railler. Livr\u00e9 \u00e0 un grand monde vide. La peur de ce grand vide qu&rsquo;\u00e9tait le monde. Soudain sans direction. Oui, mais il faudrait en dire plus. \u00c0 l&rsquo;avant de la petite maison en construction de D*****. Qu&rsquo;est ce qu&rsquo;on y faisait? J&rsquo;y venais quelques fois dans le mois pour une soir\u00e9e. J&rsquo;y dormais le week-end. Bref, ce sont les fioritures autour de ce vide. Trop conscient de soi. Du vide qu&rsquo;\u00e9tait devenu ce soi. Mais cela aurait pu bien \u00eatre pendant mes marches dans une ville nouvelle ou une angoisse irr\u00e9pressible me prenait. Soudain je me retrouvais comme Eugen Althager : flottant dans le vide; livrant \u00ab\u00a0<em>contre la libert\u00e9 une lutte sans merci. Chaque heure gagn\u00e9e sur elle \u00e9tait une victoire. Et les heures s&rsquo;enlisaient une \u00e0 une, sans rime ni raison, mais non sans dignit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em> Des jours \u00ab\u00a0<em>clairs et durs<\/em>\u00ab\u00a0. Sans cesse revenir \u00e0 cette duret\u00e9. A cette b\u00e9ance. Ou plut\u00f4t ces b\u00e9ances, ces vides ou l&rsquo;on s&rsquo;attendrait \u00e0 une fluidit\u00e9, du plein, du solide, du sol. N&rsquo;est-ce pas une preuve d&rsquo;immaturit\u00e9? D&rsquo;abord l&rsquo;humiliation, le rejet et l&rsquo;injustice. Comme trois petites chutes. Rien d&rsquo;inhabituel apr\u00e8s tout. Il s&rsquo;agit que de marches pour descendre&#8230; Descendre dans ce que j&rsquo;imagine \u00eatre une vielle cave. Puis viennent la trahison et l&rsquo;abandon&#8230; Et lorsque l&rsquo;on est au sol&#8230; Mais est-on vraiment au sol? \u00c7a devient trop path\u00e9tique. Apr\u00e8s tout, ce sont des choses de la vie. Des choses de la vie qui sont suivis de l&rsquo;impuissance et l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9. Comme un kal\u00e9idoscope, les multiples dimensions dans lesquels ses \u00e9l\u00e9ments se retrouvent, se chassent l&rsquo;une et l&rsquo;autre dans la m\u00e9moire tout en formant un tout. Un petit tout qui est une vie se d\u00e9clinant selon les r\u00e8gles d&rsquo;un cas, se conjuguant. A qui, \u00e0 quoi? A l&rsquo;horreur et \u00e0 la souffrance, bien souvent. Renoncer et accepter sans bloquer le long et lent tirage qui cr\u00e8ve l&rsquo;\u00eatre. Voil\u00e0 qui est un saut dans le fatalisme. Est-ce que rien d&rsquo;autre ne peux nous soulager? Tout n&rsquo;est qu&rsquo;illusion? Voil\u00e0 ce qui permet de vivre. Ne pas faire obstacle \u00e0 la vulgarit\u00e9, \u00e0 la \u00ab\u00a0violence de la b\u00eatise\u00a0\u00bb (G. Ringlet). R\u00e9sister au \u00ab\u00a0cynisme de l&rsquo;intelligence\u00a0\u00bb et \u00e0 ses aveuglements complices&#8230; Mais je l&rsquo;ai si bien int\u00e9gr\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ce que ce que je suis du c\u00f4t\u00e9 perdant. N&rsquo;ai-je pas \u00e9t\u00e9 le monstre que je critique? N&rsquo;ai-je pas pavaner plein d&rsquo;autosatisfecit aupr\u00e8s de ceux que je sentais encore trop niais. <em>\u00ab\u00a0Aveugl\u00e9s par la croyance en leur victoire finale, ils se d\u00e9lectaient de la certitude incompr\u00e9hensible de leur propre sup\u00e9riorit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em> Encore Amery. Cette phrase suit, offre une r\u00e9sonnance sans pour autant pousser la progression. Je retrouve dans l&rsquo;\u00e9criture le fil de tout ma r\u00e9flexion sur la notion de changement. Un peu vide. Mais aussi plein d&rsquo;espace. Sur les espoirs et les d\u00e9sillusions qu&rsquo;elle comporte. Cette qu\u00eate du changement suppose une forte r\u00e9ticence \u00e0 ce qui est. Ou au contraire une grande ad\u00e9quation \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque hypermoderne. Mais regarde-t-on assez ce qui est? L&rsquo;a-t-on condamn\u00e9 avant observation? Une fatigue me prend que l&rsquo;arabica \u00e0 port\u00e9e de main ne saurait secouer. J&rsquo;avance en terrain familier, sans int\u00e9r\u00eat et pourtant l&rsquo;\u00e9criture pourrait \u00eatre cette opportunit\u00e9 d&rsquo;aborder, de d\u00e9couvrir et de saborder. L&rsquo;inspiration me quitte au moment o\u00f9 l&rsquo;on aurait pu arriver \u00e0 une nouvelle destination. Une avanc\u00e9e dans la brume. Apr\u00e8s la cave et la chute, voici le marr\u00e9cage brumeux et son atmosph\u00e8re de danger. Avancer avec son histoire. Une pi\u00e8tre fin.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0La premi\u00e8re chose \u00e0 observer\u00ab\u00a0. Est-ce vraiment une observation? N&rsquo;est-ce pas plut\u00f4t une sensation? Ces foug\u00e8res impassibles \u00e0 deux m\u00e8tres devant moi. Sur une butte, \u00e0 la hauteur de ma t\u00eate. Je pisse dans le foss\u00e9 en pleine nuit. La fraicheur de la nuit. Oui, je m&rsquo;en rappelle bien. 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