{"id":189835,"date":"2025-07-11T12:21:38","date_gmt":"2025-07-11T10:21:38","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=189835"},"modified":"2025-07-11T14:43:08","modified_gmt":"2025-07-11T12:43:08","slug":"rectoverso-03-dialogue-du-reel-et-de-la-fiction","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-03-dialogue-du-reel-et-de-la-fiction\/","title":{"rendered":"#rectoverso #03 | Dialogue du r\u00e9el et de la fiction"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Recto | La ronde du temps<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>s\u00e9quence 1<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>1 &#8211; il y a dans la vitrine un piano \u00e0 queue et les grands yeux bruns de l\u2019ours en peluche qui penche sa t\u00eate en me regardant<br>2 &#8211; il y a le long de l\u2019avenue un d\u00e9fil\u00e9 de palmiers droits dans leurs bottes et sur leur t\u00eate verte un cimier dans le vent<br>3 &#8211; il y a toujours \u00e0 la m\u00eame place pr\u00e8s de l\u2019arr\u00eat de bus le clochard qui compte ses pi\u00e8ces jaunes dans le creux d\u2019une main mis\u00e9reuse<br>4 &#8211; il y a la terrasse du PMU et sur un gu\u00e9ridon une tasse de caf\u00e9 noir abandonn\u00e9e \u00e0 sa m\u00e9lancolie<br>5 &#8211; il y a la dame \u00e2g\u00e9e avec sa canne blanche guid\u00e9e par son chien qui tire sur sa laisse en grognant<br>6 &#8211; il y a devant les grilles du cr\u00e9dit municipal des gens p\u00e2les et silencieux t\u00eate baiss\u00e9e ils comptent les pav\u00e9s en croyant se cacher des passants<br>7 &#8211; il y a chemises ouvertes trois hommes assis sur des chaises rouges fumant leur cigarette en jactant<br>8 &#8211; il y a coiff\u00e9 de sa toque blanche le chef en train de punaiser le menu du jour sur la porte de son estaminet<br>9 &#8211; il y a les amoureux qui sur le quai se quittent en pleurant tandis que la nuit tombe dans la lumi\u00e8re pourpre des adieux<br>10 &#8211; il y a sur la fa\u00e7ade baroque et sable de la gare SNCF la pendule qui renonce \u00e0 donner l\u2019heure au grand dam du temps<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>s\u00e9quence 2<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>1 &#8211; il y a par-dessus les toits un avion ni bleu ni p\u00e2le qui prend son envol dans un vacarme assourdissant<br>2 &#8211; il y a dissimul\u00e9 dans l\u2019olivier le merle noir qui appelle et rend \u00e0 l\u2019aube le myst\u00e8re de sa splendeur<br>3 &#8211; il y a dans les tiroirs de la commode des vies en noir et blanc dentel\u00e9es d\u2019oubli et de souvenirs<br>4 &#8211; il y a parmi les hautes herbes une sculpture en ronde bosse repr\u00e9sentant une femme allong\u00e9e attendant d\u2019\u00eatre d\u00e9livr\u00e9e des ge\u00f4les grises de l\u2019indiff\u00e9rence<br>5 &#8211; il y a l\u2019ancienne devanture du magasin ferm\u00e9e par des plaques d\u2019agglom\u00e9r\u00e9 et cette exclamation \u00ab&nbsp;\u00e7a va !&nbsp;\u00bb grav\u00e9e sur un fond jaun\u00e2tre et pourrissant<br>6 &#8211; il y a tr\u00f4nant dans le ch\u0153ur de l\u2019\u00e9glise la vierge en majest\u00e9 habill\u00e9e de soie noire et tenant dans ses bras sa r\u00e9putation miraculeuse<br>7 &#8211; il y a sur son pi\u00e9destal au centre de la place Neptune \u00e9chevel\u00e9 r\u00e9gnant sur les eaux vertes de la fontaine et son bassin, paradis des enfants en \u00e9t\u00e9<br>8 &#8211; il y a dans tes yeux un bleu de jadis et les dentelles de notre amour<br>9 &#8211; il y a leur nom au pinceau blanc et leur visage flou sur des lambeaux de marbre et les lichens sont leur linceul<br>10 &#8211; il y a opulentes et fi\u00e8res toisant les plis de la rivi\u00e8re cinquante-deux tours se donnant la main pour danser la ronde du temps<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Verso | Oui, je suis toi<\/h2>\n\n\n\n<p>Oui, je suis le r\u00e9el. Les vitrines, les pianos, les avenues, les palmiers, le vent, les bus, les avions, les terrasses, les gu\u00e9ridons, les grilles, les pav\u00e9s, les chaises, le tabac, les cannes blanches, les chiens, les punaises, les portes des estaminets, les pendules, les valises, la nuit : tout cela m\u2019appartient. Le monde est moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, je te vois. Je sais o\u00f9 tu te caches. Je connais ton dessein. Tu veux me lib\u00e9rer de mes cha\u00eenes, dis-tu. Quelle pr\u00e9tention ! Mais au fond, tu n\u2019en as que faire. Tu ne penses qu\u2019\u00e0 toi. Tout est pr\u00e9texte pour te servir. Tu es l\u2019usurpatrice de mes jours. Tu voles mes instants. Tu les d\u00e9tournes. Devant le vrai tu te d\u00e9robes. N\u2019as-tu donc point de c\u0153ur ?<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, je suis la fiction. Mon horizon est ton ailleurs. Le bleu, le p\u00e2le, l\u2019aube, l\u2019oubli, les souvenirs, l\u2019indiff\u00e9rence, les miracles, les paradis, le jadis et la ronde du temps : tout cela est mon lot. Je ne te vole rien. Avec tes \u00e9l\u00e9ments je compose des mondes, j\u2019\u00e9cris les noms que tu effaces, je r\u00e9siste \u00e0 la rouille. Je suis l\u2019\u00e9t\u00e9, la lumi\u00e8re et la vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, moi aussi je te vois. Je ne te quitte pas des yeux. Je te suis pas \u00e0 pas. Je veille sur toi. Je suis ton ombre et tu n\u2019es rien sans moi qu\u2019un linceul de lichens sur des lambeaux de marbre. Je t\u2019en conjure, aime-moi. Ne sommes-nous pas d&rsquo;un m\u00eame sang ? Ne suis-je pas l&rsquo;autre versant de toi ?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Recto | La ronde du temps s\u00e9quence 1 1 &#8211; il y a dans la vitrine un piano \u00e0 queue et les grands yeux bruns de l\u2019ours en peluche qui penche sa t\u00eate en me regardant2 &#8211; il y a le long de l\u2019avenue un d\u00e9fil\u00e9 de palmiers droits dans leurs bottes et sur leur t\u00eate verte un cimier dans <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-03-dialogue-du-reel-et-de-la-fiction\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#rectoverso #03 | Dialogue du r\u00e9el et de la fiction<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":693,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7529,7558],"tags":[],"class_list":["post-189835","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recto-verso-le-cycle-ete-2025","category-rectoverso-03-camille-laurens-quelques-uns"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189835","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/693"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=189835"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189835\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":189857,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189835\/revisions\/189857"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=189835"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=189835"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=189835"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}