{"id":189863,"date":"2025-07-21T19:41:20","date_gmt":"2025-07-21T17:41:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=189863"},"modified":"2025-08-11T17:30:32","modified_gmt":"2025-08-11T15:30:32","slug":"rectoverso-04-nimporte-quelle-autre-ame","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-04-nimporte-quelle-autre-ame\/","title":{"rendered":"#rectoverso #04 | n\u2019importe quelle autre \u00e2me"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"622\" height=\"505\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-4.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-189868\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-4.png 622w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-4-420x341.png 420w\" sizes=\"auto, (max-width: 622px) 100vw, 622px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>RECTO<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui est soudain, qu\u2019on a attendu, mais qui surprend tout de m\u00eame par sa force, son incongruit\u00e9, la forme insoup\u00e7onnable de sa beaut\u00e9, le lever du soleil, les petites heures, la ville vide, les oiseaux encore silencieux, \u00eatre l\u00e0 l\u2019instant d\u2019avant qu\u2019ils ne chantent. Dans <em>La Cr\u00e9ation<\/em> de Haydn, les anges qui t\u00e9moignent de la cr\u00e9ation du monde, elle, du premier son du premier oiseau. Dans <em>Le Ciel au-dessus de Berlin<\/em>, la poign\u00e9e de main que lui \u00e9change avec un homme qui l\u2019appelle sans le voir. Le souvenir d&rsquo;une valse dans un corps seul.<\/p>\n\n\n\n<p>Le saut dans le vide, sans sol, sans le choc du sol, mais sans la dur\u00e9e, l\u2019instant du saut, Ch\u00e9rubin par la fen\u00eatre (une fois, il s\u2019est envol\u00e9, une autre, il a saut\u00e9 dans la fosse d\u2019orchestre et toute la salle s\u2019est lev\u00e9e d\u2019un coup pour voir), l\u2019instant de la bascule dans l\u2019amour, vertigineuse \u2014 ou naus\u00e9euse en l\u2019absence du d\u00e9sir&nbsp;\u2014. Plongeon de la vue chez le voisin d\u2019en face, dans la simplicit\u00e9 du r\u00e9veil, dans le plus simple appareil, ou demi-nu, ou habill\u00e9, mais seul, se croyant seul, le voir penser ou boire ou lire.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019invisibilit\u00e9, les manteaux et les capuchons qui ont le don de faire dispara\u00eetre \u00e0 la vue qui les porte. Par extension, tout ce qui cache, les cachettes les plus enfantines, derri\u00e8re ses mains, sous une table, dans un coffre et leurs suites abominables&nbsp;: la moquerie du monde qui n\u2019a pas disparu, la fausset\u00e9 de l\u2019ami et de la femme par-dessus la nappe, la mort par calcul ou par inadvertance et ce corps momifi\u00e9, mythique que l\u2019on devient, comme les babayagas enterr\u00e9es en haut des arbres.<\/p>\n\n\n\n<p>Les couteaux, les lames qui se r\u00e9tractent, qui se replient, qui rentrent dans le manche, qui s\u2019aiguisent, comme n\u2019importe quelle autre \u00e2me.<\/p>\n\n\n\n<p>Le grain de sable qui fait pencher la balance, le degr\u00e9 suppl\u00e9mentaire qui fait cuire, le mot juste, le regard qui change le paradigme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">VERSO <\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi Cinq S\u00e9quences ? Est-ce que le chiffre cinq est une porte d\u2019entr\u00e9e dans ce qui fait\u2026 (comment dire sans froisser, sans extrapoler)&nbsp;? Int\u00e9r\u00eat&nbsp;? Sujet&nbsp;? Recherche&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Froisser est le geste m\u00eame, mais mati\u00e8re, \u0153uvre, seraient mieux \u00e0 propos pour les Cinq S\u00e9quences. Le tissu, l\u2019ouvrage, le mati\u00e9rage du tissu reste au c\u0153ur de toutes mes installations. Les draps et les visages portent la trace des nuits, des corps, les draps sont l\u00e0 du d\u00e9but \u00e0 la fin.<\/p>\n\n\n\n<p>Du d\u00e9but de quoi&nbsp;? \u00c0 la fin de quoi&nbsp;? De la vie&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>De la vie, oui, mais aussi de la Vie, pour nous autres, qui pouvons en conserver la trace et la m\u00e9moire. Les draps tiss\u00e9s, ouvr\u00e9s comme les jours. L\u2019ouvroir de qui tisse. Hommes et femmes confondus dans un m\u00eame geste de travail. Simple, lent, r\u00e9p\u00e9t\u00e9. Dans l\u2019horizon de ce geste tombe la verticalit\u00e9 apparente d\u2019une histoire qu\u2019on raconte.<\/p>\n\n\n\n<p>Apparente&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, apparente, comme le coucher du soleil appara\u00eet dans une verticalit\u00e9, unique. <em>Comme la rose qu\u2019on respire tous les matins tant que dure l\u2019\u00e9t\u00e9 et une seule fois seulement<\/em>. C\u2019est une verticalit\u00e9 r\u00e9p\u00e9titive et vertigineuse sans point d\u2019arr\u00eat, sans sol o\u00f9 se fracasser et surtout d\u2019une infime dur\u00e9e. Tout le contraire d\u2019une chute libre dans un gouffre sans fond. Une petite morsure quotidienne.<em>Un saut sans sol, sans dur\u00e9e, et certainement sans voix \u2014 abstrait au possible, comme sorti de la t\u00eate de Monsieur Teste, si je ne me trompe pas : c\u2019est comme ces demi-marches, on va, on vient, on croit s\u2019\u00eatre habitu\u00e9, on bute toujours dessus<\/em>, disait Will qui toujours assiste et par l\u00e0 m\u2019assiste dans mes\u2026 <em>dispositifs<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><br>Tu ne vas pas t\u2019arr\u00eater l\u00e0&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que je fais est hautement addictif. J\u2019essaie de garder la t\u00eate froide. Mais c\u2019est hautement addictif. Je ne vais pas m\u2019arr\u00eater, ni l\u00e0 ni ailleurs. Pendant des ann\u00e9es, je n\u2019arrivais pas \u00e0 en concevoir la possibilit\u00e9\u2026 Lors d\u2019un \u00e9change avec l\u2019Acad\u00e9mie imp\u00e9riale des beaux-arts de Saint-P\u00e9tersbourg, j\u2019\u00e9tais log\u00e9e chez un couple d\u2019\u00e9tudiants russes, Tania et Vladimir. Ils \u00e9taient plus \u00e2g\u00e9s et plus sages surtout que mes interlocuteurs. Ils m\u2019ont demand\u00e9 de but en blanc si j\u2019\u00e9tudiais la peinture pour en faire mon m\u00e9tier. Ils voulaient dire l\u2019art en g\u00e9n\u00e9ral. Je ne savais pas quoi leur r\u00e9pondre. J\u2019avais 19 ans. Tout ce que je vivais \u00e9tait si intense que je ne savais rien de rien. J\u2019\u00e9prouvais seulement. Je me laissais traverser par la vie. La plupart du temps, j\u2019avais l\u2019impression d\u2019\u00eatre la Salle des Pas Perdus.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu n&rsquo;\u00e9tais donc pas perdue&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>(Rires). Perdue non, pas pour la cause, mais compl\u00e9tement paum\u00e9e, \u00e7a ne fait aucun doute. 19 ans&#8230; Mais Vlad m\u2019a dit&nbsp;: Si tu peux t\u2019arr\u00eater deux ans, alors renonce. Fais autre chose. L\u2019art est un m\u00e9tier de chien. Ils me parlaient en russe et je devais faire un effort pour bien comprendre. Un m\u00e9tier de chien, je traduis mal&nbsp;: un m\u00e9tier de b\u00eate. Il y avait une promesse de m\u00e9tamorphose ou au moins de seuil, de liminaire, de confins irr\u00e9sistible l\u00e0-dedans, mais j\u2019y reviendrai\u2026 En tous cas, je me suis aper\u00e7u que depuis l\u2019enfance, j\u2019avais toujours pratiqu\u00e9.<br><br>\u00c0 pr\u00e9sent, tu \u00ab con\u00e7ois&nbsp;\u00bb la possibilit\u00e9 d\u2019un arr\u00eat&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, mais je n\u2019en formule pas le souhait. Dans ma d\u00e9marche actuelle, il n\u2019y a pas vraiment d\u2019arr\u00eat possible, c\u2019est chronique, et apr\u00e8s Will, je peux pr\u00e9ciser&nbsp;: Ces demi-marches, si je ne me trompe pas, sont \u00e9galement celles contre lesquelles on bute et chute un instant, tombant dans le sommeil et en \u00e9mergeant imm\u00e9diatement sous le coup de la peur\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019agit que de cela, de demi-marches&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Et d\u2019un sursaut, d\u2019un clignement d\u2019yeux, oui\u2026 mais je compte sur la m\u00e9moire r\u00e9tinienne. L\u2019image est une prison mutuelle. On l\u2019emprisonne et elle nous tient. Je parlais du coucher du soleil, mais le soleil ne se couche pas, c\u2019est nous qui nous (en) retournons dans les draps. Il s\u2019inscrit en flammes dans notre \u0153il, nous le tenons, et pourtant chaque soir nous sommes au rendez-vous de cette bascule.<\/p>\n\n\n\n<p>Qui est le spectateur des <em>Cinq S\u00e9quences<\/em>&nbsp;? Ceux qui les traversent, qui en sont travers\u00e9s ou bien celle qui les pr\u00e9voit, les d\u00e9roule, les agit&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les deux, mais chacun \u00e0 son heure au spectacle et \u00e0 la barre.<\/p>\n\n\n\n<p>La barre du t\u00e9moin&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aime \u00eatre l\u00e0 quand \u00e7a se passe. \u00c0 l\u2019instant o\u00f9.<\/p>\n\n\n\n<p>Quitte \u00e0 la cr\u00e9er de toutes pi\u00e8ces&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019autre n\u2019est pas une pi\u00e8ce. C\u2019est un myst\u00e8re. On peut provoquer le myst\u00e8re \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de l\u2019autre. Je peux cr\u00e9er une provocation. Une pro-vocation. Un appel, une invite\u2026 Comme en latin voco\/vocare. Comme en latin toujours de-siderar, cess\u00e9 de contempler les \u00e9toiles, regarder l\u2019ici-bas. Le sol, les draps.<br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les couteaux, les lames qui se r\u00e9tractent, qui se replient, qui rentrent dans le manche, qui s\u2019aiguisent, comme n\u2019importe quelle autre \u00e2me. <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-04-nimporte-quelle-autre-ame\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#rectoverso #04 | n\u2019importe quelle autre \u00e2me<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":189868,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7529,7565],"tags":[],"class_list":["post-189863","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-recto-verso-le-cycle-ete-2025","category-rectoverso-04-marianne-alphant-exercice-de-memoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189863","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=189863"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189863\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":195865,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189863\/revisions\/195865"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/189868"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=189863"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=189863"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=189863"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}