{"id":189943,"date":"2025-07-11T22:43:43","date_gmt":"2025-07-11T20:43:43","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=189943"},"modified":"2025-07-14T20:42:09","modified_gmt":"2025-07-14T18:42:09","slug":"recto-verso-04-il-faut-la-prendre-dans-les-bras","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/recto-verso-04-il-faut-la-prendre-dans-les-bras\/","title":{"rendered":"#rectoverso #04 | Il faut la prendre dans les bras*"},"content":{"rendered":"\n<p>Entre eux deux c\u2019est une grande histoire. Une histoire qui pourrait ne pas avoir d\u2019\u00e2ge. Une histoire qui traverse le temps, qui pourrait remonter \u00e0 la pr\u00e9histoire. Une histoire \u00e0 soubresauts, \u00e0 rebondissements.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Quand on aime on ne compte pas<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Elle devait en r\u00eaver, b\u00e9b\u00e9, quand elle t\u00e9tait le sein de sa m\u00e8re. Depuis, elle s\u2019est bien rattrap\u00e9e. Pourtant des ruptures elle peut en compter, elle en serait m\u00eame fi\u00e8re. Pas des rechutes. Des r\u00e9conciliations, oui, qu\u2019elle d\u00e9vorait, et pas que des yeux.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Tu ne peux pas te passer de moi<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, il y a six mois, elle croyait bien avoir r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9finitivement s\u2019en d\u00e9tacher. Lib\u00e9r\u00e9e, d\u00e9livr\u00e9e. Elle pensait, apr\u00e8s avoir ramass\u00e9 \u00e7\u00e0 et l\u00e0 les miettes laiss\u00e9es sur la table, que tout \u00e9tait termin\u00e9, <em>basta<\/em>, qu\u2019elle ne serait plus sous son emprise, dans cette adoration qui lui faisait faire des kilom\u00e8tres, de nuit parfois, pour assouvir son besoin de l\u2019avoir pr\u00e8s d\u2019elle, avec elle, en elle.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Tu ferais bien un jour de m\u00e9diter \u00e0 ce que je repr\u00e9sente pour toi \u00e0 chaque fois que tu viens me chercher, parles-en \u00e0 ton psy il pourra peut-\u00eatre t\u2019aider<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Elle ne savait quelle partie de son cerveau avait pris la d\u00e9cision, mais cette fois \u00e9tait la bonne. Elle avait senti qu\u2019elle pourrait s\u2019en s\u00e9parer sans souffrir, sans ce sentiment de manque au bord de l\u2019insoutenable qui prend au creux du corps, aux tripes, qui donne un mauvais gout dans la bouche comme au d\u00e9but d\u2019un je\u00fbne. On croit que passer la deuxi\u00e8me la troisi\u00e8me la neuvi\u00e8me journ\u00e9e sans manger sera insurmontable. C\u2019est alors que chaque soir est un jour gagn\u00e9 sur la peur du vide et qu\u2019une sensation de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 devient pr\u00e9gnante, r\u00e9confortante, jouissive m\u00eame .<\/p>\n\n\n\n<p><em>Abandonn\u00e9, comme remis\u00e9 \u00e0 la cave, pire, au fin fond d\u2019un placard cadenass\u00e9, on est mal et dans cette obscurit\u00e9 abyssale on peut vite devenir fade, sans saveur, perdre sa couleur, se liqu\u00e9fier, fondre d\u2019ennui<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il aura suffi d\u2019un furtif instant d\u2019intense nervosit\u00e9, comme l\u2019annonce du d\u00e9part inopin\u00e9 de son fils \u00e0 l\u2019autre bout du monde ou l\u2019arriv\u00e9e d\u2019une folle facture d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, pour qu\u2019elle craque, qu\u2019elle court le rechercher pour un peu de r\u00e9confort, juste un peu.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Enfin sorti du noir, avec un peu beaucoup d\u2019amertume, comme tu l\u2019aimes, \u00e0 pas moins de quatre vingt cinq pour cent de ma concentration g\u00e9n\u00e9tiquement non modifi\u00e9e<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce jour-l\u00e0, \u00e9ni\u00e8mes retrouvailles prenant curieusement l\u2019allure d\u2019\u00e9pousailles \u00e0 la vie \u00e0 la mort, elle le prit d\u00e9licatement entre ses doigts, l\u2019admira, il \u00e9tait beau et doux et dur et noir. Elle le porta tout pr\u00e8s de ses narines, il sentait bon, et pour la premi\u00e8re fois plus que cela, il d\u00e9livrait une odeur de lointains paysages, nich\u00e9s quelque part dans des contr\u00e9es recul\u00e9es d\u2019Am\u00e9rique latine, une odeur d\u2019\u00e9corce ancestrale, primitive. Elle l\u2019approcha de ses l\u00e8vres gourmandes, il livra en glissant langoureusement dans sa bouche un gout dont la sensualit\u00e9 rivalisait avec le raffinement, c\u2019est peu dire de la subtilit\u00e9 de la sensation \u00e0 cet instant qu\u2019elle prolongea autant qu\u2019il fut possible de retenir ce qui fondait le long de son palais et sur sa langue toutes papilles excit\u00e9es, avant de f\u00e9brilement tout engloutir et de se sentir emport\u00e9e ailleurs comme envout\u00e9e par un gong de pleine conscience.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Enfin tu captes l\u2019information&nbsp;: tout communique avec tout. Le plaisir \u00e9tait \u00e0 la mesure de ma g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 n\u00e9e de mon h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, de la terre o\u00f9 j\u2019ai grandi, de l\u2019air que j\u2019ai hum\u00e9, de qui m\u2019a fabriqu\u00e9 comme tu m\u2019as trouv\u00e9. Pour une fois, la premi\u00e8re fois, tu ne m\u2019as pas d\u00e9vor\u00e9, en pensant \u00e0 autre chose, par gloutonnerie, par habitude, pour calmer ta nervosit\u00e9 et ton anxi\u00e9t\u00e9. Cette fois tu \u00e9tais pr\u00e9sente au moment pr\u00e9sent de notre communion et c\u2019\u00e9tait juste bon, d\u00e9licieusement savoureux<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Exit la passion, empoisonnante. Exit la crise de nerfs comme quand elle \u00e9tait en manque. En manque de quoi, d\u2019amour, de joie, de s\u00e9curit\u00e9. Avec des peurs alors, des peurs de perdre tout et n\u2019importe quoi, des peurs de mourir. Avant, elle pr\u00e9textait manque de dopamine, de s\u00e9rotonine, et invoquait des messagers tryptophano-th\u00e9obrominaires\u00a0pour faire alliance et la sortir indemne de l&rsquo;escalade de son cortisol au sommet de l\u2019ing\u00e9rable.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Enfin des mots sur notre relation, c\u2019est un bon d\u00e9but pour la suite. Tu vas pouvoir te d\u00e9livrer de moi sans te s\u00e9parer de moi. Une prouesse pour acc\u00e9der \u00e0 un amour sans emprise, un amour sans attachement, un amour tout court<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Exit aussi les crises de foie. Juste foi en elle. Il est l\u00e0, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle, elle n\u2019y touche pas. Il attend, patiemment, le juste moment. De la d\u00e9gustation dans la d\u00e9lectation. Sans addiction.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Entre toi et moi, c\u2019\u00e9tait une sacr\u00e9e histoire qui s\u2019est m\u00e9tamorphos\u00e9e en une histoire sacr\u00e9e comme \u00e9taient honor\u00e9es les f\u00e8ves cultiv\u00e9es par mes a\u00efeux maya qui accompagnaient les rites de naissance et de mort. Parait m\u00eame que tu es sur le point d\u2019\u00e9crire un roman sur moi, sur moi et toi, sur toi et toi, sur toi et les autres, tous les autres. Une histoire toute simple sur des vies compliqu\u00e9es.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il y aura, comme dans toutes les petites et grandes histoires, un personnage central. Le chocolat.<\/p>\n\n\n\n<p>*Extrait de <em>la chanson du chocolat<\/em> ( Salvatore Caltabiano)<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-embed is-type-video is-provider-youtube wp-block-embed-youtube wp-embed-aspect-16-9 wp-has-aspect-ratio\"><div class=\"wp-block-embed__wrapper\">\n<iframe loading=\"lazy\" title=\"La chanson du chocolat\" width=\"800\" height=\"450\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/KOHCpc6T7r4\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n<\/div><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entre eux deux c\u2019est une grande histoire. Une histoire qui pourrait ne pas avoir d\u2019\u00e2ge. Une histoire qui traverse le temps, qui pourrait remonter \u00e0 la pr\u00e9histoire. Une histoire \u00e0 soubresauts, \u00e0 rebondissements. 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