{"id":190075,"date":"2025-07-12T22:38:56","date_gmt":"2025-07-12T20:38:56","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=190075"},"modified":"2025-07-12T23:02:19","modified_gmt":"2025-07-12T21:02:19","slug":"recto-4-sous-le-bois-de-bergeolle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/recto-4-sous-le-bois-de-bergeolle\/","title":{"rendered":"#rectoverso #04 | Sous le Bois de Bergeolle"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">8 ans, \u00e0 bord d\u2019une Renault 6 de couleur bleu clair qui circule tranquillement sur une route goudronn\u00e9e. J\u2019ai le front coll\u00e9 \u00e0 la vitre et je trompe mon ennui en observant les alentours. Sur le bas-c\u00f4t\u00e9 gauche, se trouve un arbre isol\u00e9 dont j\u2019ai oubli\u00e9 l\u2019essence et juste en face de lui, un porche massif en pierres de taille qui donne acc\u00e8s \u00e0 une propri\u00e9t\u00e9. De longues lani\u00e8res de terres quadrangulaires, aux nuances brunes, jaunes et rouges, se chevauchent. Elles d\u00e9filent sous mon regard atone. Sur cette portion de chemin qui serpente et devient pentue, la v\u00e9g\u00e9tation est rare. Je cherche en vain pour rompre ma monotonie \u00e0 apercevoir, \u00e0 travers les champs, la fuite \u00e9perdue d\u2019un animal. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la banquette arri\u00e8re, mon petit fr\u00e8re s\u2019est endormi la t\u00eate pos\u00e9e contre la paroi m\u00e9tallique de la voiture. Son visage est rougi par la chaleur et sa petite t\u00eate dodeline doucement au rythme des obstacles rencontr\u00e9s par les roues de l\u2019automobile. Je farfouille dans un sac et en extrais un livre, \u00ab&nbsp;<em>Le temps des secrets&nbsp;<\/em>\u00bb. Je l\u2019ouvre et reprends ma lecture l\u00e0 o\u00f9 j\u2019avais laiss\u00e9 mon signet. On y parle de <em>souvenirs qui s\u2019envolent, qui dorment simplement\u2026 de voix, de bruits et de lumi\u00e8re qui suffisent pour les r\u00e9veiller<\/em>. Tr\u00e8s vite, <em>Lili les Belons<\/em> et <em>Isabelle<\/em> me rejoignent sur la banquette arri\u00e8re. <em>Marcel<\/em> est l\u00e0 lui aussi. Il a mon \u00e2ge et un dr\u00f4le d\u2019accent qui chante \u00e0 mes oreilles. Il me parle de sa m\u00e8re couturi\u00e8re aux poumons si fragiles. Je lui glisse tout doucement \u00e0 l\u2019oreille que la s\u0153ur de ma mamie maternelle, elle aussi \u00e9tait fragile, raison pour laquelle sa famille l\u2019a envoy\u00e9 dans un sanatorium.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">En bas d\u2019une c\u00f4te, la voiture freine devant un grand portail en fer. Ma m\u00e8re descend puis ouvre la grille ouvrag\u00e9e. Sans le savoir, elle vient de faire fuir mes compagnons imaginaires. Le v\u00e9hicule avance doucement, d\u00e9passe la grange, longe la porcherie puis vient se garer \u00e0 proximit\u00e9 de la zone habit\u00e9e, sous un immense tilleul en fleurs. Plus tard, nous en cueillerons les feuilles que nous ferons s\u00e9cher pour la tisane. Hormis la visite aux anciens, c\u2019est aussi pour cette raison que nous sommes venus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le Grand-Oncle sort de l\u2019\u00e9curie en boitant. La cigarette au bec, il me sourit. Il a un b\u00e9ret viss\u00e9 sur la t\u00eate qu\u2019il enl\u00e8ve prestement au moment de saluer ma m\u00e8re. Il porte une chemise blanche avec des bretelles et un pantalon \u00e0 grosse toile de couleur noire. Il est mince, presque maigre, et je ne peux d\u00e9tacher mon regard de sa jambe. Il donne l\u2019accolade \u00e0 mon P\u00e8re. La Grande Tante est sur le pas de sa porte, ses poings bien cal\u00e9s sur des hanches g\u00e9n\u00e9reuses. Son corps est bien en chair. Elle a les joues pleines et des bras robustes qui d\u00e9bordent de sa robe. Elle m\u2019embrasse tout en me serrant fort contre elle puis elle me chatouille le ventre et me passe rapidement la main dans les cheveux. Je sens la rugosit\u00e9 de ses mains. Ce ne sont pas celles si d\u00e9licates et douces de ma m\u00e8re. Son odeur n\u2019est pas la m\u00eame non plus. Elle sent l\u00e9g\u00e8rement la sueur mais il \u00e9mane \u00e9galement de son corps rond et opulent des effluves musqu\u00e9es et vari\u00e9es. Celles-l\u00e0 m\u00eame qui m\u2019ont saisi le nez depuis que j\u2019ai ouvert la porti\u00e8re de la voiture. Il y a toutes \u00e0 la fois chez elle des notes subtiles de terre retourn\u00e9e, la senteur duveteuse et poudreuse des c\u00e9r\u00e9ales m\u00fbres. Au sortir de l\u2019\u00e9table, elle exhale le fumier chaud et la paille ferment\u00e9e. La Grande-Tante parle sans fioritures ni mani\u00e8res avec des gestes vifs. Nous entrons dans la maison. Il y fait sombre. La Grande-Tante fait r\u00e9chauffer un caf\u00e9 sur une cuisini\u00e8re toute noire. Elle se dirige une premi\u00e8re fois vers le grand bahut. Celui-ci est align\u00e9 contre le mur le plus proche de la porte d\u2019entr\u00e9e. Elle sort quatre tasses et deux verres qu\u2019elle pose sur une grande table en bois recouverte d\u2019une nappe \u00e0 carreaux rouges et blancs. Je l\u00e8ve la t\u00eate et vois pendre du plafond, juste au-dessus de la vaisselle propre, une longue bande collante, semblable \u00e0&nbsp;une langue au foie malade, sur laquelle se sont englu\u00e9es de vilaines et r\u00e9pugnantes mouches. De son second voyage jusqu\u2019au vaisselier, la Grande Tante a rapport\u00e9 une bo\u00eete en m\u00e9tal dans laquelle ont \u00e9t\u00e9 rang\u00e9s pr\u00e9cautionneusement des petits Lu. Elle en tend un \u00e0 mon petit fr\u00e8re qui l\u2019enfourne directement dans sa bouche. Je le regarde amus\u00e9e. La Grande-Tante rit elle aussi. Je l\u2019observe. Il faut dire qu\u2019elle m\u2019intrigue. Sa vie est si diff\u00e9rente de celle de ma m\u00e8re qui travaille dans un bureau. Lev\u00e9e probablement \u00e0 la m\u00eame heure que cette derni\u00e8re, elle enfile quotidiennement ses bottes, met son foulard sur la t\u00eate pour aller parcourir les champs. Elle vit au rythme des saisons et conna\u00eet intuitivement la nature.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Plus tard, nous rendrons visite au cheval, aiderons le Grand-Oncle \u00e0 lui donner du foin. Nous irons voir les porcelets et les lapins dans leurs clapiers. Puis nous nous prom\u00e8nerons jusqu\u2019\u00e0 la clairi\u00e8re en coupant par la for\u00eat. Je chercherai des perce-neige et ne trouverai que des boutons d\u2019or et des violettes. Nous longerons la rivi\u00e8re, croiserons apeur\u00e9s le chemin d\u2019une couleuvre ondulant sournoisement au soleil. Ma Grande-Tante, joviale, le temps de notre passage, emprisonnera pendant quelques secondes la t\u00eate de l\u2019animal entre les deux branches de son b\u00e2ton fourchu. Nous verrons la pauvre b\u00eate, tout aussi effray\u00e9e que nous, d\u00e9taler dans l\u2019herbe. Mon p\u00e8re \u00e9voquera sa propre enfance, ce temps o\u00f9, dans les m\u00eames bois, il avait d\u00e9nich\u00e9 un nid de vip\u00e8res. Je garderai longtemps en m\u00e9moire l\u2019image hostile et effrayante n\u00e9e de sa narration : un enchev\u00eatrement fr\u00e9missant de serpents aux \u00e9cailles sombres et luisantes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">18 ans, fin de la matin\u00e9e, premier semestre de l\u2019ann\u00e9e en cours, l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre est plein et enfum\u00e9. Les conversations vont bon train. Une gr\u00e8ve se pr\u00e9pare. L\u2019enseignant arrive, descend rapidement les marches jusqu\u2019\u00e0 l\u2019estrade. Il semble venir tout droit du Quattrocento. Je lui trouve un petit air \u00ab&nbsp;\u00e0 la Angelo Branduardi&nbsp;\u00bb. &nbsp; En quelques secondes, un silence \u00e9pais nous envahit. Je d\u00e9couvre, subjugu\u00e9e et m\u00e9dus\u00e9e, la \u00ab&nbsp;figura serpentinata&nbsp;\u00bb. Je suis litt\u00e9ralement ensorcel\u00e9e. \u00ab&nbsp;De la peinture comme d\u00e9lectation&nbsp;\u00bb, comme le titreront une vingtaine d\u2019ann\u00e9es plus tard les actes de cette journ\u00e9e d\u2019\u00e9tude en l\u2019honneur de l\u2019enseignement et de la p\u00e9dagogie fabuleuse de ce professeur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans l\u2019apr\u00e8s-midi, Pontormo, Bronzino et Michel-Ange ont fait place \u00e0 Ma\u00eetre Eckhart et Jan van Ruysbroeck. L\u2019ornement des Noces spirituelles nous est pr\u00e9sent\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la traduction de Maurice Maeterlinck. Assise dans une petite salle aux murs blancs d\u00e9fra\u00eechis, nous ne sommes qu\u2019une maigre poign\u00e9e d\u2019\u00e9tudiants. Je scrute l\u2019auditoire et m\u2019aper\u00e7ois qu\u2019il est exclusivement f\u00e9minin. Que venons-nous chercher ici dans cette proximit\u00e9 avec les mystiques rh\u00e9nans ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le cours termin\u00e9, je file \u00e0 la biblioth\u00e8que de section. Dans mon souvenir, elle se situe au deuxi\u00e8me \u00e9tage mais je crains que ma m\u00e9moire ne me fasse d\u00e9faut. J\u2019ai l\u2019espoir de pouvoir y emprunter pour le week-end le 3\u1d49 volume de Vasari, \u00ab&nbsp;Les Vies&nbsp;\u00bb. La documentaliste est l\u00e0, assise derri\u00e8re son bureau \u00e0 l\u2019entr\u00e9e. Elle porte une chemise noire. Le cendrier pos\u00e9 devant elle d\u00e9borde de m\u00e9gots. Sa voix est caverneuse. Elle tousse fr\u00e9quemment. Elle m\u2019observe, sourire en coin. Dans cet espace confin\u00e9, il n\u2019y a aucune signal\u00e9tique visible, aucun plan de classement et les mouvements d\u2019ouvrages sont fr\u00e9quents. Je tourne un bon moment silencieusement, j\u2019identifie la collection Zodiaque, je croise quelques Mazenot mais je ne trouve pas mon livre. Cette femme m\u2019intimide et je n\u2019ai pas envie de lui demander de l\u2019aide. Elle a une quarantaine d\u2019ann\u00e9es. Elle est tr\u00e8s brune, cheveux courts. Elle me fait penser \u00e0 Duras, Beauvoir ou Simone Veil, \u00e0 toutes ces intellectuelles m\u00fbres et \u00e9mancip\u00e9es. J\u2019ai peur d\u2019\u00eatre ridicule, de ne pas para\u00eetre suffisamment d\u00e9gourdie. Je me dirige vers le rayon de litt\u00e9rature ancienne. J\u2019h\u00e9site, tends le bras puis saisis \u00ab&nbsp;Les Suppliantes&nbsp;\u00bb d\u2019Eschyle dans la collection Bud\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Avant de rentrer chez moi, je passe devant une librairie et d\u00e9cide de m\u2019y arr\u00eater. Surtout s\u2019efforcer de ne rien acheter, juste papillonner entre les rayonnages, humer l\u2019odeur des livres, palper leurs pages, sentir l\u2019\u00e9paisseur et le grain du papier. Je me penche sur leurs 4\u1d49 de couverture puis, m\u00e9thodiquement, religieusement, je les ouvre les uns apr\u00e8s les autres pour y puiser des mots, en faire provision. Je parcours syst\u00e9matiquement la premi\u00e8re phrase puis vais lire la derni\u00e8re et repose l\u2019ouvrage. Puis je prends le suivant. Mais soudain je m\u2019interromps. Un pr\u00e9nom me vient de tr\u00e8s loin, \u00e9voquant simultan\u00e9ment le masculin et le f\u00e9minin, suivi d\u2019un patronyme court et rugueux. C\u2019est presque comme un appel, une injonction \u00e0 aller vers\u2026 Je marche jusqu\u2019aux \u00e9tag\u00e8res sur lesquelles sont stock\u00e9s les romans fran\u00e7ais. Je cherche la lettre G\u2026 Gautier, Gide, Giono, Gary, Gracq\u2026 allons bon, que des hommes ! Tu songes \u00e0 ta m\u00e8re. Tu avais seulement onze ans lorsqu\u2019elle t\u2019a mis cet ouvrage entre les mains. N\u2019\u00e9tait-ce pas un peu trop t\u00f4t pour toi ? Qu\u2019en as-tu retenu et surtout qu\u2019en as-tu compris \u00e0 l\u2019\u00e9poque ? Tu te souviens ce qu\u2019elle n\u2019a eu de cesse de te r\u00e9p\u00e9ter : \u00ab Une femme doit travailler et subvenir \u00e0 ses propres besoins pour \u00eatre autonome. \u00bb Ton c\u0153ur bat maintenant la chamade. Tu r\u00e9alises que celle que tu cherches pourrait tr\u00e8s bien ne pas figurer parmi la multitude des auteurs de cette for\u00eat de livres. Tu angoisses, tu commences \u00e0 douter de ta m\u00e9moire. Ce nom n\u2019est peut-\u00eatre pas le bon. Tu confonds. Ta dyslexie te jouerait-elle encore un mauvais tour ? Mais non, c\u2019est bon, tu viens de reconna\u00eetre l\u2019illustration sur la couverture. La voil\u00e0, Groult ! Tu attrapes le livre et lis son titre : \u00ab&nbsp;Ainsi soit-elle&nbsp;\u00bb. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 se trouve \u00ab&nbsp;Les vaisseaux du c\u0153ur&nbsp;\u00bb. J\u2019h\u00e9site \u00e0 le prendre lui aussi mais je l\u2019abandonne, faisant de lui le seul orphelin de l\u2019\u00e9tag\u00e8re. \u00c0 ce jour, je ne l\u2019ai pas encore lu. Mais parcourant cet apr\u00e8s-midi sur ma tablette l\u2019extrait qui m\u2019est propos\u00e9 de ce roman, je comprends qu\u2019il eut \u00e9t\u00e9 certainement plus judicieux de le prendre avec moi ce jour-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><strong>#Verso 4# Conversation avec Ang\u00e9lique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-normal-font-size wp-block-paragraph\"><strong>Conversation avec Ang\u00e9lique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle appara\u00eet toujours dans le sillage d\u2019une col\u00e8re. Peu de temps apr\u00e8s un grand vacarme int\u00e9rieur, quand la rage redescend, apr\u00e8s que m\u2019ait quitt\u00e9 la lassitude. Quand la tension a c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 l\u2019amertume. Elle attend malicieusement que je m&rsquo;assoupisse. Puis quand elle sent que mes muscles se sont rel\u00e2ch\u00e9s et que je suis pr\u00eate \u00e0 franchir l\u2019autre rive, au moment du grand plongeon, elle surgit telle un spectre. Elle ne marche pas, elle effleure le sol, tra\u00eenant derri\u00e8re elle un long mannequin. J\u2019ai beau la conna\u00eetre, je sursaute \u00e0 chacune de ses apparitions. C\u2019est une v\u00e9ritable inquisitrice qui n\u2019a de cesse de me questionner.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2014 Alors ma petite, o\u00f9 en \u00eates-vous de vos gribouillages ? Avez-vous r\u00e9ussi \u00e0 parler de nous, de l\u2019importance de mon travail ? \u00cates-vous all\u00e9e aux archives d\u00e9partementales pour y consulter ce m\u00e9moire de ma\u00eetrise dont je vous ai parl\u00e9 la derni\u00e8re fois ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Oui, je m\u2019y suis rendue l\u2019autre samedi, Madame du Coudray, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tudier et je crois m\u00eame que je tiens une piste. Mais je crains que mon id\u00e9e ne vous chagrine.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Pensez-vous, mon enfant, ne craignez rien ! Exprimez-vous, j\u2019ai grande h\u00e2te de conna\u00eetre le fond de votre pens\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Finissant sa phrase, elle me toisa du regard. Ayant fini par m\u2019accoutumer \u00e0 ses apparitions, peu craintive d\u00e9sormais, je la jaugeais \u00e0 mon tour. Mais surtout, je l\u2019observais. Elle ne semblait pas avoir le m\u00eame \u00e2ge que la derni\u00e8re fois. Je d\u00e9busquais d\u2019infimes rides autour de ses l\u00e8vres et remarquais son teint l\u00e9g\u00e8rement fan\u00e9. N\u00e9anmoins, ses yeux \u00e9taient toujours aussi vifs et p\u00e9n\u00e9trants, donnant \u00e0 son regard ce m\u00e9lange ironique et empreint de fermet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Voyez-vous, ma ch\u00e8re Ang\u00e9lique\u2026 Euh, pardonnez-moi, me permettez-vous que j\u2019use de votre pr\u00e9nom ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">&#8211; Mais oui, faites donc ma petite et diantre, venez-en au but !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Elle posa par terre son \u00e9trange machine anatomique dont elle ne se s\u00e9parait jamais et, dans un souffle d\u2019exasp\u00e9ration, d\u00e9noua le cordon de sa coiffe blanche. Allong\u00e9e sur la dalle fra\u00eeche et momentan\u00e9ment d\u00e9sarticul\u00e9e, la grande poup\u00e9e de tissu et de cuir gisait \u00e0 ses pieds. Elle aussi avait parcouru des milliers de kilom\u00e8tres \u00e0 dos de cheval, enferm\u00e9e dans la&nbsp;malle de la c\u00e9l\u00e8bre parturiente. D\u00e9pourvue de la moindre pudeur, elle s\u2019\u00e9tait docilement laiss\u00e9e manipuler dans tous les sens, n\u2019avait pas h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 montrer sa partie d\u2019anatomie la plus intime \u00e0 de nombreuses jeunes femmes avides d\u2019apprendre le m\u00e9tier. Elle aussi avait entendu les trop nombreuses r\u00e9criminations des chirurgiens, essuy\u00e9 tout comme sa ma\u00eetresse leur refus de comprendre qu\u2019une femme qui sait est une femme qui sauve. Ayant per\u00e7u dans la voix de mon interlocutrice un soup\u00e7on d\u2019agacement, je stoppai nette ma r\u00eaverie marionnettique et repris ma conversation avec Ang\u00e9lique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>8 ans, \u00e0 bord d\u2019une Renault 6 de couleur bleu clair qui circule tranquillement sur une route goudronn\u00e9e. J\u2019ai le front coll\u00e9 \u00e0 la vitre et je trompe mon ennui en observant les alentours. Sur le bas-c\u00f4t\u00e9 gauche, se trouve un arbre isol\u00e9 dont j\u2019ai oubli\u00e9 l\u2019essence et juste en face de lui, un porche massif en pierres de taille <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/recto-4-sous-le-bois-de-bergeolle\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#rectoverso #04 | Sous le Bois de Bergeolle<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":704,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7529,7565],"tags":[],"class_list":["post-190075","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recto-verso-le-cycle-ete-2025","category-rectoverso-04-marianne-alphant-exercice-de-memoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/190075","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/704"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=190075"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/190075\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":190084,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/190075\/revisions\/190084"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=190075"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=190075"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=190075"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}