{"id":190153,"date":"2025-07-13T11:36:11","date_gmt":"2025-07-13T09:36:11","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=190153"},"modified":"2025-07-13T16:39:39","modified_gmt":"2025-07-13T14:39:39","slug":"rectoverso-04-de-l-a-a-beck-en-train","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-04-de-l-a-a-beck-en-train\/","title":{"rendered":"#rectoverso #04 | De L.A. \u00e0 Beck en train"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Recto<\/h2>\n\n\n\n<p>D\u00e9faire les livres et la m\u00e9moire. Celle des trains, des wagons chauds, froids. Une destination noire, de la fum\u00e9e et des soupirs criants. L&rsquo;espoir dans un violon mal accord\u00e9, une fl\u00fbte aux tampons secs, abandonn\u00e9e dans la boue puis jet\u00e9e sur un tas d&rsquo;objets pr\u00e9cieux. Le ventre vide. La d\u00e9personnalisation comme seule voie possible, fuite du r\u00e9el et premier pas vers la fiction.<\/p>\n\n\n\n<p>Gratter le bois, les kilom\u00e8tres d&rsquo;archives, de registres. Les comptes rendus de m\u00e9decins, d&rsquo;officiers. Voir et entendre de loin ce qui s&rsquo;y fait, ce qui s&rsquo;y passe. \u00c9crire la fiction qui y voit le diable, lui donne des traits, le personnalise, le d\u00e9mythifie. Le chemin du corps est un impossible d\u00fb \u00e0 l&rsquo;implosion in\u00e9luctable de l&rsquo;humain. De longues fresques int\u00e9rieures, des lieux froids et mystiques parce qu&rsquo;on les a rendus tels.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0 o\u00f9 les trains deviennent des bateaux. Le voyage transforme autant l&rsquo;int\u00e9rieur que l&rsquo;ext\u00e9rieur. Les chemises ouvertes et l&rsquo;eau qui pend au nez. Et encore les vestes trou\u00e9es qui ne l&rsquo;\u00e9taient pas quelques semaines avant. Les souvenirs de visages, de mer, d&rsquo;arch\u00e9types. Papiers, les signes qui font de vous des entit\u00e9s sans vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Et les images de ceux qui survivent, qui nous aident \u00e0 survivre. Le travail, l&rsquo;appartement, le trottoir. Les coups de feu, l&rsquo;esprit qui s&rsquo;\u00e9chappe. Les membres gel\u00e9s, et encore la poussi\u00e8re, et encore les cendres et encore la viande froide.<\/p>\n\n\n\n<p>Les couleurs du ciel : gris, noir, bleu, jaune. La couleur du sol : gris, noir, rouge, marron. Les yeux vides, les joues rouges. Les cartes entre les mains, les bouteilles, les agacements. Les mots durs \u00e0 la radio. Partout o\u00f9 la traque ne dit pas son nom, les membres s&rsquo;effacent, les yeux translucides tentent d&rsquo;attraper la joie par les cornes. Frotter les chemises, et les vestes, les pantalons jusqu&rsquo;\u00e0 ce que toute trace de l&rsquo;homme disparaisse. Et recommencer, transpirer, s&rsquo;\u00e9cailler. Saigner. Saigner encore et plus du tout. Du voyage dont on ne sait rien. Se r\u00e9veiller \u00e0 quai, comme si l&rsquo;on n&rsquo;avait pas dormi, sorti d&rsquo;un \u00e9tat de veille am\u00e9moriel.<\/p>\n\n\n\n<p>Des pages blanches que l&rsquo;on s&rsquo;efforce de gratter pour en effacer les spectres. Regarder tout cela de loin, en se demandant quel retour possible, traversant une autre mer. Comment devient-on un fant\u00f4me ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9chirement du bateau \u00e0 l&rsquo;Ouest, celui du train \u00e0 l&rsquo;Est. Les deux conduisent dans le m\u00eame lieu, celui de l&rsquo;instanciation de la souffrance, quelle qu&rsquo;elle soit, mais contre laquelle aucune lutte n&rsquo;est vaine.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Verso<\/h2>\n\n\n\n<p>Doit-on commencer par le macabre, demandait-il ? Ne focalise pas l\u00e0-dessus. Le vide d\u00e9vorant n&rsquo;est qu&rsquo;une excuse, un tremplin vers la joie. Chaque parcelle de corps qui dispara\u00eet est un feu qui d\u00e9marre. Pas celui d&rsquo;une for\u00eat &#8211; c&rsquo;est le feu qui \u00e9taient), mais celui qui d\u00e9vore tant l&rsquo;int\u00e9rieur que seul le vivant peut s&rsquo;en extraire, poussant les os de la cage thoracique aussi discr\u00e8tement que possible. Ne m&rsquo;enferme pas dans un wagon de marchandise ou au moins, isole-moi. Je ne veux pas mourir sous le poids des corps, mais sous le poids des arch\u00e9types. Enfin c&rsquo;est toi qui d\u00e9cides, mais ma mort \u00e9chappera \u00e0 sa destination. Sais-tu au moins o\u00f9 te conduisent les rails ? Je ne parle pas de g\u00e9ographie terrestre, je parle de ta g\u00e9ographie fictionnelle. \u00c0 quel point doit-elle jongler avec tes propres lieux ? Dresser les cartes de villes qui n&rsquo;existent pas \u00e0 partir des mouvements int\u00e9rieurs, initi\u00e9s par les repr\u00e9sentations de celles qui existent. Peu importe que cela soit vraisemblable. Elles existeront, quoi que tu fasses. Le bateau m\u00e8ne-t-il \u00e0 Beck ou \u00e0 L.A. ? Il se peut que la seconde n&rsquo;existe que pour incarner la souffrance alors qu&rsquo;elle ne prend m\u00eame pas le temps de s&rsquo;arr\u00eater pour y jeter un regard. C&rsquo;est une question de perspective. N&rsquo;oublie jamais que la zone de mise au point est faible.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Recto D\u00e9faire les livres et la m\u00e9moire. Celle des trains, des wagons chauds, froids. Une destination noire, de la fum\u00e9e et des soupirs criants. L&rsquo;espoir dans un violon mal accord\u00e9, une fl\u00fbte aux tampons secs, abandonn\u00e9e dans la boue puis jet\u00e9e sur un tas d&rsquo;objets pr\u00e9cieux. Le ventre vide. 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