{"id":190863,"date":"2025-07-17T09:48:00","date_gmt":"2025-07-17T07:48:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=190863"},"modified":"2025-09-04T23:05:17","modified_gmt":"2025-09-04T21:05:17","slug":"recto-verso-06-trous","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/recto-verso-06-trous\/","title":{"rendered":"#rectoverso #06 | Trous"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:19px\">La question de la vigilance, comme sur l&rsquo;autoroute en ligne droite quand tu roules, tout va bien, soudain tes paupi\u00e8res sont lourdes, lourdes &#8230; au cirque \u00e7a me fascinait le num\u00e9ro du magicien, la femme tombait d&rsquo;un coup \u2013 narcolepsie tu connais?\u2013, elle basculait \u00e0 l\u2019horizontale en l\u00e9vitation sans avoir touch\u00e9 le sol ; le magicien avan\u00e7ait vers elle avec le cerceau \u2013 le cerceau, la robe tout brillait\u2013, c&rsquo;\u00e9tait beau comme avant, l&rsquo;enfance&#8230; L&rsquo;autre soir sur ma chaise j&rsquo;ai eu une seconde d&rsquo;inattention, autour \u00e7a ronronnait \u2013 ronron ou \u00e9tat de gr\u00e2ce \u00e0 toi de voir \u2013, disons qu&rsquo;il n&rsquo;y avait aucun accroc, \u00e7a roulait; j&rsquo;ai d\u00fb me laisser aller \u00e0 penser \u00e0 demain : Oui, demain, tu fais quoi? pour un peu, l\u00e0, sur ma chaise, c&rsquo;est moi qui tr\u00e9buchais, \u2013 j&rsquo;aurais pu rentrer dans le d\u00e9cor -, mon texte est tomb\u00e9 et j\u2019ai comme on dit perdu le fil\u00a0: o\u00f9 en \u00e9tais-je \u00a0Ici on se doit d&rsquo;\u00eatre au pr\u00e9sent du pr\u00e9sent, doigt sur la couture des phrases, avec la lampe frontale bien dirig\u00e9e et le petit micro \u2013 Ah les progr\u00e8s de la technique\u00a0! Hier, demain : tu laisses\u00a0: \u00a0tu suis\u00a0? c\u2019est \u00e0 la virgule pr\u00e8s, tu redoubles de vigilance ; plus \u00e7a semble aller de soi plus \u00e7a risque de d\u00e9raper, et toi avec, elle m\u2019avait expliqu\u00e9. Au d\u00e9but c&rsquo;\u00e9tait juste un remplacement, elle partait en chimio : que tu aies des cheveux ou pas, une robe trop courte \u2013 mais pas verte non pas\u2013, tout le monde s&rsquo;en fout &#8211; dans sa bouche ce verbe c\u2019\u00e9tait vraiment inattendu, je dirai m\u00eame que \u00e7a sonnait faux, comme si elle parlait avec la bouche d&rsquo;une autre, d\u00e9formation professionnelle je suppose -, tu peux venir en chaussons ou en tutu si \u00e7a te chante, tu es et tu resteras dans l&rsquo;ombre, un pied au bord du gouffre : Ne perds jamais le fil ! l&rsquo;autre, tu es l\u00e0 pour l&#8217;emp\u00eacher de basculer dans le fleuve de l&rsquo;oubli : gardienne des mots, tu as compris \u2013 elle me gavait avec ses m\u00e9taphores : En gros suivre un texte et parer au trou de celui ou de celle qui dans la lumi\u00e8re d\u00e9roule son jeu \u2013 c&rsquo;est ton job, comme dirait Claudel \u2013 oui c\u2019est dans l\u2019\u00e9change \u2013 invisible mais indispensable, de la sensibilit\u00e9 et de l\u2019oreille il en faut bien entendu : On ne comble pas un trou n\u2019importe comment; des fois il ou elle se rattrape tout seul; une seconde comme une \u00e9ternit\u00e9 et Hop! ils, elles reprennent le cours du jeu : C\u2019est une question de filling &#8211; cet anglicisme dans sa bouche c\u2019\u00e9tait tout \u00e0 fait surprenant. Tu es mon indispensable ( adverbe et substantif) m&rsquo;a dit l&rsquo;autre jour le grand hyst\u00e9rique, juste parce que je lui ai renvoy\u00e9 la balle au bon moment; il faut dire qu&rsquo;avec ce texte, un monologue pour le moins acrobatique, des r\u00e9p\u00e9titions et des r\u00e9p\u00e9titions avec d\u00e9tours et, pas de musique \u00e0 laquelle se raccrocher, \u2013la musique des vers, Racine par exemple, \u00e7a aide, le risque avec Racine c\u2019est l\u2019\u00e9motion : comment suivre et renvoyer le texte des larmes plein les yeux \u2013, l\u00e0, il me recevait cinq sur cinq, dans l&rsquo;oreille, au creux; je lui distillais ses mots, je comblais ses absences : trois trous en vingt minutes, du sauvetage de pleine mer : Mon indispensable, Ma merveille il m&rsquo;a dit apr\u00e8s &#8211; ne pas croire que c\u2019est la r\u00e8gle\u2013, souvent apr\u00e8s, il ou elle t\u2019insulte : Tu as renvoy\u00e9 trop t\u00f4t ou pour rien, il ou elle respirait simplement la phrase : Tu ne comprends rien au jeu de l\u2019acteur, avait hurl\u00e9 la blonde, une bonne actrice et une sacr\u00e9 peau de vache : ne la contredis jamais, m\u2019avait dit le metteur en sc\u00e8ne : un l\u00e2che &#8230; Des fois je prends un truc, surtout pour les longs trajets, juste un peu de chimie\u2026 imagine avec le Soulier de satin : <em>Veiller<\/em> \u2013 moi qui suis du matin. C\u2019est vrai qu\u2019apr\u00e8s il m\u2019arrive de boire, jamais pendant le service, apr\u00e8s je rentre \u00e0 pieds : je marche, je marche \u2026 Rester des heures et des heures sur cette chaise, dans la coulisse, sur un cot\u00e9 ou l&rsquo;autre ; avant c&rsquo;\u00e9tait un trou devant, \u00e7a arrive encore, c&rsquo;est de plus en plus rare : Dans le trou c&rsquo;est l\u00e0 que tu es au plus pr\u00e8s des vivants et des morts, elle m&rsquo;avait dit- dans un trou parer au trou : joli paradoxe-, je l&rsquo;aimais bien, elle est morte, un trou dans la gorge, sans cheveux sans cils, sans voix. Sur ma chaise je reste des heures : cette chaise ils me l\u2019ont chang\u00e9e sous pr\u00e9texte qu&rsquo;elle est un peu branlante, sans pr\u00e9venir : j&rsquo;arrive je vois une autre chaise, un truc de conf\u00e9rence molletonn\u00e9 avec pieds en m\u00e9tal, lourde et d&rsquo;un moche : Ma chaise : Mon outil. Personne ne comprend la valeur d&rsquo;un l&rsquo;outil, on veut \u00e0 tout prix te refiler du neuf, un outil c\u2019est une histoire dit mon ami, un peintre, il garde ses pinceaux jusqu\u2019\u00e0 dissolution totale : regarde celui-l\u00e0, \u2013 on devinait \u00e0 peine les poils, un petit gris hirsute, couvert de taches\u2013 , je le pr\u00e9serve autant que je peux : regarde, on dirait qu\u2019il pense \u2026 Je l&rsquo;aime moi ma chaise, j&rsquo;ai dit aux technos : c&rsquo;est une bonne chaise comme on dit d\u2019une bonne b\u00eate : Ma chaise! Ma petite chaise ! ils ont ri, tout le monde a ri sauf moi : je veux retrouver ma chaise, ma chaise de sc\u00e8ne, qui a bu la lumi\u00e8re du plateau avant de se retrouver sous mon cul dans l&rsquo;ombre : mon accessoire n\u00e9cessaire, mon h\u00e9ro\u00efne : Ma chaise! Ma &#8230; L&rsquo;autre soir il a dit chaussette au lieu de cassette; le vieux con a du penser bas de laine : on se retrouve \u00e0 la fin \u00ab\u00a0c&rsquo;est ma tourn\u00e9e il crie avant d&rsquo;entrer en sc\u00e8ne, faites passer\u00a0\u00bb \u2013 apr\u00e8s il te fait le coup du portefeuille oubli\u00e9 ou mieux du vol, il a command\u00e9 son champagne et \u2013&#8230; Ma chaussette! Ma chaussette : le vieux radin\u2026 sur ce genre de coup, tu ne dis rien, la chaussette vole, tu restes de marbre sur ta chaise. Il s\u2019est trouv\u00e9 un mot de rechange, il a tr\u00e9buch\u00e9 sans tomber&#8230;<br>\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:19px\">Disons que c\u2019est un glissement, un r\u00eave qui se d\u00e9fait, se coule dans un autre r\u00eave qui n\u2019est pas tout \u00e0 fait un r\u00eave, un cauchemar? \u00catre ombre parmi les ombres. Entendre la musique des morts. Leurs voix t&rsquo;assaillent : est-ce que tout personnage n&rsquo;est pas d&rsquo;abord un mort ? J\u2019ai des phrases plein la t\u00eate : Je meurs Horatio.., mais Qu\u2019est-ce que tu fous, ce n\u2019est pas le texte : tu la renvoies la balle oui ou merde ? Tu connais l\u2019expression souffler n\u2019est pas jouer moi je souffle, je souffle sur le miroir sans laisser de trace. Ma voix s&rsquo;\u00e9teint dans une autre voix . Je suis une morte\u2026 je suis une morte : Non ce n&rsquo;est pas&#8230; Un jour Lear revient couvert d&rsquo;humus&#8230; tumulus&#8230; terre, Tertre&#8230; je r\u00eave des morts&#8230; Souffle, souffle, je souffle : gardienne des mots, gardienne des morts : Au Tombeau! Au tombeau : Non ce n&rsquo;est pas&#8230; Je la revois, sa t\u00eate nue, sans sourcils, elle avance vers moi, elle r\u00e9cite des vers de Racine et comme dans les contes, au lieu de fleurs, des vers tombent, noirs, de sa bouche<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:8px\">( La question de la vigilance, comme sur l&rsquo;autoroute en ligne droite : tu roules, tout va bien et, soudain, tes paupi\u00e8res sont lourdes, lourdes &#8230; au cirque \u00e7a me fascinait \u2013 les derniers jours, les pavillons encore debout sous la grande halle, le trou: chevaux, chiens \u00e0 pompons&#8230; surtout le num\u00e9ro du magicien : la femme tombait d&rsquo;un coup \u2013 narcolepsie tu connais \u2013, elle basculait, et sans avoir touch\u00e9 le sol, elle se dressait \u00e0 l&rsquo;horizontale, en l\u00e9vitation; le magicien marchait vers elle avec son cerceau \u2013 le cerceau, la robe tout brillait\u2013, nos bouches comme des trous \u00e0 gober la mouche, sept, huit ans : c&rsquo;\u00e9tait beau comme avant, l&rsquo;enfance \u2026 &nbsp;L&rsquo;autre soir j&rsquo;ai eu une seconde d&rsquo;inattention, autour il faut dire, \u00e7a ronronnait \u2013 ronron ou \u00e9tat de gr\u00e2ce : tu choisis, question de point de vue\u2013, disons qu&rsquo;il n&rsquo;y avait encore eu aucun accroc, \u00e7a roulait, \u00e7a glissait ou \u00e7a roulait les deux sont justes seulement il faut choisir, tu choisiras plus tard ; j&rsquo;ai d\u00fb me laisser aller \u00e0 penser \u00e0 demain : Oui, et demain, je fais quoi? pour un peu, l\u00e0, sur ma chaise, c&rsquo;est moi qui tr\u00e9buchais, \u2013 j&rsquo;aurais pu rentrer dans le d\u00e9cor\u2013, l\u00e0 sur ma chaise, : Payer quelqu\u2019un pour r\u00e9chauffer &nbsp;une chaise dit ton cousin m\u2019a dit ma m\u00e8re&nbsp;\u2013 elle ne peut pas s\u2019emp\u00eacher, il faut qu\u2019elle te \u2013 le negatif- comme s\u2019il se trouvait autre chose \u00e0 rapporter\u2013, avant mon cousin,  je veux dire dans l\u2019enfance, il m\u2019aimait:  lui et moi ensemble sur le sable de la baie, avant&nbsp;: regarde on dirait des jumeaux&nbsp;\u2026 : Ton cousin dit que as la bonne planque : sa chaise et autour de soi-disant artistes d\u2019exception avec de la vraie litt\u00e9rature sous les yeux et dans les oreilles : pas des des trucs de caf\u00e9-th\u00e9\u00e2tre ou des inepties de t\u00e9l\u00e9 &nbsp;dit ton cousin :  elle se prend pour qui en vrai \u2026 subvention et ch\u00f4mage \u00e0 volont\u00e9&nbsp;:  plus il y a de trous plus il y a \u2026&nbsp;: Facile ! Oui croit que je suis pay\u00e9e au trou : \u00ab\u00a0la planque\u00a0\u00bb, lui il enchaine les heures pour une mis\u00e8re debout &#8211; il va se faire r\u00e9op\u00e9rer &nbsp;des jambes\u2013 a &nbsp;ajout\u00e9 ma m\u00e8re \u2013 sa fille bac plus cinq qui a trois heures de trajet aller-retour et pas de week-end : des copies et un gosse, elle gagne peine plus que le SMIC\u2026 Appelle le a dit ma m\u00e8re \u00e7a lui fera plaisir a tu sais combien il t\u2019aime, rien ne remplace les liens de l&rsquo;enfance &nbsp;: Oui  combien  pour rester le cul sur une chaise \u00e0 combler des trous sans bouger \u2026 <em>Tout vaut tant tout vaut \u2026 c&rsquo;est son job \u2026 a cte personne\u2026  person\u2026&nbsp; mais qui entre ici&nbsp;: personne<\/em>&#8230; &nbsp;J\u2019ai perdu le fil comme on dit &#8211; o\u00f9 en \u00e9tais-je? Ici on se doit d&rsquo;\u00eatre au pr\u00e9sent du pr\u00e9sent, doigt sur la couture des phrases, avec la lampe frontale bien dirig\u00e9e et le petit micro ( ah les progr\u00e8s de la technique) : Hier, demain, tu laisses ; tu me suis&nbsp;? c\u2019est \u00e0 la virgule pr\u00e8s . Tu comprends? Redoubler de pr\u00e9sence, de vigilance ou d\u2019attentio : trouver le mot juste: le mot, la phrase \u2026 l\u00e0 c\u2019est \u00e9crit il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 lire \u2026 et mes lunettes qui ne sont plus assez&#8230; les lignes j\u2019ai dit, elles s\u2019embrouillent\u2026 les lignes, les mots j\u2018ai dit : c\u2019est mon travail si je m&#8217;emm\u00eale c&rsquo;est fichu&#8230; &nbsp;Plus \u00e7a semble aller de soi plus \u00e7a risque de d\u00e9raper, et toi avec, tu me suis? don calme, son professionnalisme, le m\u00e9tier on dit, c\u2019est irrempla\u00e7able le m\u00e9tier . Au d\u00e9but c&rsquo;\u00e9tait juste un remplacement, elle partait en chimio : que tu aies des cheveux ou pas tout le monde s&rsquo;en fout &#8211; dans sa bouche ce verbe c\u2019\u00e9tait vraiment inattendu, je dirai m\u00eame que \u00e7a sonnait faux, comme si elle parlait avec la bouche d&rsquo;une autre, d\u00e9formation professionnelle je suppose -, tu peux venir en chaussons si \u00e7a te chante, tu es et resteras dans l&rsquo;ombre, un pied au bord du L\u00e9th\u00e9 : Ne perds jamais le fil ! l&rsquo;autre, tu es l\u00e0 pour l&#8217;emp\u00eacher de basculer dans le fleuve de l&rsquo;oubli : gardienne des mots, tu comprends \u2013 elle me gavait avec ses m\u00e9taphores : En gros suivre un texte et parer au trou de celui ou de celle qui dans la lumi\u00e8re d\u00e9roule son jeu \u2013 c&rsquo;est ton job, comme dirait Claudel\u2013 \u00eatre invisible, et cependant indispensable, avec de la sensibilit\u00e9 et de l\u2019oreille bien entendu : On ne comble pas un trou n\u2019importe comment; des fois il ou elle se rattrape tout seul; une seconde comme une \u00e9ternit\u00e9 et Hop! ils, elles reprennent le cours du jeu : C\u2019est une question de filling &#8211; cet anglicisme dans sa bouche c\u2019\u00e9tait tout \u00e0 fait surprenant. Tu es mon indispensable ( adverbe et substantif) m&rsquo;a dit l&rsquo;autre jour le grand hyst\u00e9rique, juste parce que je lui ai renvoy\u00e9 la balle au bon moment; il faut dire qu&rsquo;avec ce texte, un monologue pour le moins acrobatique, des r\u00e9p\u00e9titions et des r\u00e9p\u00e9titions avec d\u00e9tours et, pas de musique \u00e0 laquelle se raccrocher, \u2013la musique des vers, Racine par exemple, \u00e7a aide, le risque avec Racine c\u2019est l\u2019\u00e9motion : comment suivre et renvoyer le texte des larmes plein les yeux \u2013, l\u00e0, il me recevait cinq sur cinq, dans l&rsquo;oreille, au creux; je lui distillais ses mots, je comblais ses absences : trois trous en vingt minutes, du sauvetage de pleine mer : Mon indispensable, Ma merveille il m&rsquo;a dit apr\u00e8s &#8211; ne pas croire que c\u2019est la r\u00e8gle\u2013, souvent apr\u00e8s, il ou elle t\u2019insulte : Tu as renvoy\u00e9 trop t\u00f4t ou pour rien, il ou elle respirait simplement la phrase : Tu ne comprends rien au jeu de l\u2019acteur, avait hurl\u00e9 la blonde, une bonne actrice et une sacr\u00e9 peau de vache : ne la contredis jamais, m\u2019avait dit le metteur en sc\u00e8ne : un l\u00e2che &#8230; Des fois je prends un truc, surtout pour les longs trajets, juste un peu de chimie\u2026 imagine avec le Soulier de satin : <em>Veiller<\/em> \u2013 moi qui suis du matin. C\u2019est vrai qu\u2019apr\u00e8s il m\u2019arrive de boire, jamais pendant le service, apr\u00e8s je rentre \u00e0 pieds : je marche, je marche \u2026 Rester des heures et des heures sur cette chaise, dans la coulisse, sur un cot\u00e9 ou l&rsquo;autre ; avant c&rsquo;\u00e9tait un trou devant, \u00e7a arrive encore, c&rsquo;est de plus en plus rare : Dans le trou c&rsquo;est l\u00e0 que tu es au plus pr\u00e8s des vivants et des morts, elle m&rsquo;avait dit- dans un trou parer au trou : joli paradoxe-, je l&rsquo;aimais bien, elle est morte, un trou dans la gorge, sans cheveux sans cils, sans voix. Sur ma chaise je reste des heures : cette chaise ils me l\u2019ont chang\u00e9e sous pr\u00e9texte qu&rsquo;elle est un peu branlante, sans pr\u00e9venir : j&rsquo;arrive je vois une autre chaise, un truc de conf\u00e9rence molletonn\u00e9 avec pieds en m\u00e9tal, lourde et d&rsquo;un moche : Ma chaise : Mon outil. Personne ne comprend la valeur d&rsquo;un l&rsquo;outil, on veut \u00e0 tout prix te refiler du neuf, un outil c\u2019est une histoire dit mon ami, un peintre, il garde ses pinceaux jusqu\u2019\u00e0 dissolution totale : regarde celui-l\u00e0, \u2013 on devinait \u00e0 peine les poils, un petit gris hirsute, couvert de taches\u2013 , je le pr\u00e9serve autant que je peux : regarde, on dirait qu\u2019il pense \u2026 Je l&rsquo;aime moi ma chaise, j&rsquo;ai dit aux technos : c&rsquo;est une bonne chaise comme on dit d\u2019une bonne b\u00eate : Ma chaise! Ma petite chaise ! ils ont ri, tout le monde a ri sauf moi : je veux retrouver ma chaise, ma chaise de sc\u00e8ne, qui a bu la lumi\u00e8re du plateau avant de se retrouver sous mon cul dans l&rsquo;ombre : mon accessoire n\u00e9cessaire, mon h\u00e9ro\u00efne : Ma chaise! Ma &#8230; L&rsquo;autre soir il a dit chaussette au lieu de cassette; le vieux con a du penser bas de laine : on se retrouve \u00e0 la fin \u00ab\u00a0c&rsquo;est ma tourn\u00e9e il crie avant d&rsquo;entrer en sc\u00e8ne, faites passer\u00a0\u00bb \u2013 apr\u00e8s il te fait le coup du portefeuille oubli\u00e9 ou mieux du vol, il a command\u00e9 son champagne et \u2013&#8230; Ma chaussette! Ma chaussette : le vieux radin\u2026 sur ce genre de coup, tu ne dis rien, la chaussette vole, tu restes de marbre sur ta chaise. Il s\u2019est trouv\u00e9 un mot de rechange, il a tr\u00e9buch\u00e9 sans tomber&#8230; )<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:8px\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:8px\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La question de la vigilance, comme sur l&rsquo;autoroute en ligne droite quand tu roules, tout va bien, soudain tes paupi\u00e8res sont lourdes, lourdes &#8230; au cirque \u00e7a me fascinait le num\u00e9ro du magicien, la femme tombait d&rsquo;un coup \u2013 narcolepsie tu connais?\u2013, elle basculait \u00e0 l\u2019horizontale en l\u00e9vitation sans avoir touch\u00e9 le sol ; le magicien avan\u00e7ait vers elle avec <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/recto-verso-06-trous\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#rectoverso #06 | Trous<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":12,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7529,7613],"tags":[354,557,7394,7616,370],"class_list":["post-190863","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recto-verso-le-cycle-ete-2025","category-rectoverso-06-gaelle-obliegly-le-personnage-ses-morts","tag-gardienne","tag-ombre","tag-souffler","tag-tombeu","tag-voix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/190863","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/12"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=190863"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/190863\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":198250,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/190863\/revisions\/198250"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=190863"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=190863"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=190863"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}