{"id":191087,"date":"2025-07-17T14:53:17","date_gmt":"2025-07-17T12:53:17","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=191087"},"modified":"2025-07-17T14:53:18","modified_gmt":"2025-07-17T12:53:18","slug":"rectoverso-06-les-flutistes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-06-les-flutistes\/","title":{"rendered":"#rectoverso #06 | les fl\u00fbtistes"},"content":{"rendered":"\n<p>On ne sait jamais o\u00f9 ils se trouvent dans l\u2019orchestre. Certains disent \u00ab&nbsp;tout au bout&nbsp;\u00bb, cach\u00e9s dans l\u2019ombre des joueuses de basson, le corps tendu rebelle des joueuses de basson, ces chercheuses de poux dans la profondeur des chairs, leur chaos interne et la d\u00e9b\u00e2cle des grands rires frais, casseroles d\u2019eau froide sur la t\u00eate quand trop de torts se bousculent. Les fl\u00fbtistes se collent aux parois des sages, on les sent venir quand la truffe aux poils drus contre le bras remonte jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9paule \u2013 le souffle chaud de la b\u00eate. Revient en g\u00e9ographe de tes promenades si seules. Le souffle fou d\u2019Eric Dolphy pos\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re du cou, doucement poussant sous l\u2019aine les petits bateaux de papier qui tra\u00eenent leur douceur vert\u00e9brale. Je te parle le langage de la fl\u00fbte qui r\u00f4de dans tes bonds de faune et d\u2019enfant. Et soudain te reviennent ces visages que tu as veill\u00e9s si souvent dans les pr\u00e9misses de l\u2019\u00e9t\u00e9, ces morts fabuleux de toute cette mort v\u00eatus, cette hardiesse d\u2019avoir en toi tant de patience pour les morts, \u00e0 les veiller jusque vers cinq heures alors que tu avais sept ans \u00e0 peine, c\u2019\u00e9tait une chose qu\u2019on faisait autrefois pr\u00e8s du lit appr\u00eat\u00e9 pour le mort, et la fl\u00fbte nous suivait toute la nuit, jusqu\u2019au caveau et plus profond encore. Tu n\u2019avais pas ce qui prot\u00e8ge des esprits mauvais. Tu avan\u00e7ais et tu chantais si fort que c\u2019\u00e9tait un adagio rempli de poumons&nbsp;! la joie, et puis les pleurs, ce fut tout, depuis le petit camarade de classe renvers\u00e9 par un camion parce qu\u2019il voulait rejoindre sa grand-m\u00e8re de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la route. Des mois \u00e0 l\u2019attendre l\u2019enfant, avec qui tu passais les r\u00e9cr\u00e9ations \u00e0 chanter, les mois \u00e0 entendre la fl\u00fbte revenue du Styx avec l\u2019ami sur le dos, parce que les fl\u00fbtes ram\u00e8nent les enfants, et puis l\u2019esprit des enfants, tu te souviens quand ta s\u0153ur avait perdu la t\u00eate, il a bien fallu remettre un air de fl\u00fbte, et puis vous les chantiez, ces bleus de for\u00eat et de chanson abrupte qui tombent des falaises. J\u2019ai port\u00e9 ces chants dans les romans de gare, aval\u00e9s pour oublier l\u2019avanie d\u2019existence, ces longs mois o\u00f9 je perdis dans des accidents d\u2019automobile les meilleurs de mes amis, et puis mon petit copain \u2013 de l\u2019\u00e9poque comme on dit. Aujourd\u2019hui on crache sur ceux qui pr\u00e9viennent, la vitesse et les lois. Mais je connais ces horreurs de la route, on apprend \u00e0 les b\u00e9nir ces petits airs de fl\u00fbte. C\u2019est ton visage ouvert, ma mie, sur l\u2019horizon de pierre et de floraisons bleues, die blaue blume cach\u00e9e sous tes paupi\u00e8res, la fl\u00fbte gliss\u00e9e l\u00e0 sous ta pierre, le son si transparent qu\u2019il soutire l\u2019eau des br\u00e8ches, et se rallie aux liquides qui liment les pens\u00e9es, les flots, l\u2019eau savonneuse, le vol \u00e9norme et lourd des abeilles charbonni\u00e8res. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour Sylvaine H\u00e9lary et Stewen Corvez<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On ne sait jamais o\u00f9 ils se trouvent dans l\u2019orchestre. 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