{"id":191091,"date":"2025-07-19T12:41:27","date_gmt":"2025-07-19T10:41:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=191091"},"modified":"2025-07-19T18:17:34","modified_gmt":"2025-07-19T16:17:34","slug":"rectoverso-06-deux-saisons-suite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-06-deux-saisons-suite\/","title":{"rendered":"#rectoverso #06 | Deux saisons (suite)"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>RECTO<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full is-resized\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"446\" height=\"623\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-8.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-191547\" style=\"width:251px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-8.png 446w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/image-8-301x420.png 301w\" sizes=\"auto, (max-width: 446px) 100vw, 446px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait simple comme bonjour de d\u00e9crocher le job, le petit job, bac en poche, libre \u00e0 la mi-juin pour se faire mettre les fers aux pieds pour la saison. Le job d\u2019\u00e9t\u00e9, le petit job, log\u00e9e, mais ni nourrie ni blanchie dans la station mi-chic, qui se donnait des airs de <em>comme l\u00e0-bas, dis<\/em>, avec tout le confort moderne et les tarifs raccords. Le job \u00e0 la boulange, le pain boulot dont on ne verrait pas une miche \u00e0 moins de le manger rassis ou de le payer de sa poche. Mais les poches sont pleines de livres, alors le t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique, c\u2019\u00e9tait hors budget, comme les petits g\u00e2teaux. Sorti des escaliers, descendre-monter toute la sainte journ\u00e9e ouvr\u00e9e, absence d\u2019ascension, d\u2019excursion, de randonn\u00e9e\u2026 <em>comme tu le sais, par ce destin qui r\u00e8gle la vie des hommes, il m\u2019a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 d\u2019habiter ces lieux d\u00e8s l\u2019enfance et ce mont que de partout l\u2019on contemple \u00e0 loisirs n\u2019a pour ainsi dire pas quitt\u00e9 mes yeux. L\u2019envie me prit enfin d\u2019accomplir ce que chaque jour je me promettais.&nbsp; <\/em>La montagne qui n\u2019avait pour ainsi dire pas quitt\u00e9 mes yeux, c\u2019\u00e9tait celle des touristes ou le <em>Ventoux<\/em> de P\u00e9trarque dans la poche du tablier. Quant \u00e0 l\u2019envie, restait surtout celle de dormir enfin une nuit biblique, avec un soir et un matin&nbsp;: dans la chambre de Cosette, avec le fournil derri\u00e8re la cloison et l\u2019absence de fen\u00eatre, mis\u00e9rablement compens\u00e9e par le regard de caniveau du soupirail, h\u00e9bergeait des nuits courtes. Le fournil et le laboratoire, la radio plein tube sonnaient le r\u00e9veil d\u00e8s 4h du matin, sans caf\u00e9 ni croissant. C\u2019\u00e9tait raide, mais on n\u2019allait pas mettre le pain \u00e0 l&rsquo;envers, <em>respect du travail<\/em>, oblige, et <em>\u00e7a fait pleure les anges<\/em>, et <em>je l&rsquo;ai pas gagn\u00e9 sur le dos<\/em>, alors on s\u2019attaquait au programme de la grande \u00e9cole qui attendait la fin de l\u2019\u00e9t\u00e9 pour accueillir l\u2019\u00e9lite de la soci\u00e9t\u00e9 et les ex-vendeuses en boulangerie dans les stations plus tr\u00e8s peuple, mais pas encore compl\u00e8tement bourgeoises des Alpes. C\u2019\u00e9tait raide, Edgar Morin d\u00e8s l\u2019aube, la pile des livres flambant neufs, la pile pour la quille, la pile pour la pile, parce le n\u00e9on d\u00e9primait tellement les pages qu\u2019on pr\u00e9f\u00e9rait encore la lampe de poche. Elle rappelait les lectures interdites, apr\u00e8s l\u2019heure du coucher, dans une vie o\u00f9 il y avait des vacances. Le sens de l\u2019\u00e9conomie, les R\u00e9volt\u00e9s du Bounty et une crainte ancestrale du scorbut et tu cr\u00e9tinisme des Alpes encourageait un r\u00e9gime \u00e0 base de thon en bo\u00eete. Par flemme, on s\u2019y tenait au premier petit-d\u00e9jeuner, celui de 4h30, pour les autres repas c\u2019\u00e9tait une autre farine. Pour les m\u00eames raisons (fric et paresse), les fringues se tenaient \u00e0 l\u2019extr\u00eame limite de la propret\u00e9, mais heureusement les robes de bonnes coupes, le cr\u00eape us\u00e9 et lustr\u00e9, le tablier blanc, faisaient illusion. Les horaires, ouverture de la boutique \u00e0 7h tandis que les filles de la patronne dormaient \u00e0 poings ferm\u00e9es, comme les s\u0153urs de Cendrillon. Au mieux, seule. Au pire, avec Madame, dont la peroxydation du blond se confondait avec les baguettes blanches, et l\u2019aigreur du timbre, avec la cr\u00e8me au beurre rance, le chignon brioche, avec la s\u00e9cheresse de c\u0153ur et la double couche du fond de teint, avec la ranc\u0153ur de la reine de c\u0153ur, la bourgeoisie du g\u00e2teau rassis et ses deux filles g\u00e2t\u00e9es, avec <em>La Psychanalyse des contes de F\u00e9es<\/em>. Elle exigeait qu\u2019on vende d\u2019abord les g\u00e2teaux de l\u2019avant-veille, les vieux g\u00e2teaux, les tartelettes aux myrtilles de deux semaines. Dans ce cadre, on ne faisait plus tr\u00e8s bien la diff\u00e9rence entre les becs sucr\u00e9s et les dentiers de vampire acidul\u00e9s. Les gla\u00e7ages vert amande des divorc\u00e9s refl\u00e9taient justement les teints d\u00e9cav\u00e9s des p\u00e8res consciencieux un weekend sur deux et la moiti\u00e9 des vacances premier lev\u00e9s pour le pain, les croissants et la pure tranquillit\u00e9 des heures d\u2019avant. Pas chiens, ils la partageaient volontiers avec la premi\u00e8re cigarette des jeunes papas aux nuits morcel\u00e9es par l\u2019allaitement et les premi\u00e8res dents. Ce qui plaisait le plus chez le p\u00e8re divorc\u00e9 le plus fid\u00e8le \u00e0 l\u2019ouverture de la boutique, c\u2019\u00e9tait son fils divorc\u00e9 qui avait le bon \u00e2ge mais aucune envie de plaire \u00e0 une petite vendeuse qui ne jouais pas au tennis, n\u2019\u00e9tait pas en vacances, marnait. Cela valait le coup malgr\u00e9 tout d\u2019\u00eatre la voix douce, la premi\u00e8re voix de la journ\u00e9e, la voix du caf\u00e9 noir, de tous ces types mal r\u00e9veill\u00e9s chez qui on pouvait entrevoir le petit gar\u00e7on qui leur restait et l\u2019envelopper dans la couette de mie chaude. La matin\u00e9e s\u2019\u00e9tirait dans la&nbsp; torr\u00e9faction et la chaleur humaine des habitu\u00e9s mieux \u00e0 leur affaire avec leurs gosses, leur couple, jusqu\u2019\u00e0 la canicule du d\u00e9jeuner. \u00c0 la pause de 13h, la fatigue avait pli\u00e9 le match&nbsp;: la paie serait perdue d&rsquo;avance, la paie boulott\u00e9e, la grenouille mang\u00e9e en terrasse de la petite cr\u00eaperie du r\u00e9confort sur les hauteurs. Deux heures \u00e9chapp\u00e9es, loin de la rue centrale du village qu\u2019on ne pouvait plus voir en peinture avec ses magasins de souvenirs qui caricaturaient pour trois sous ce qui \u00e9tait notre quotidien, ses locations de ski qui faisaient semblant de croire au tourisme d\u2019\u00e9t\u00e9 alors que les plus malins avaient fermer en avril pour descendre sur la c\u00f4te, nous laissant tous ici, ringards et balourds. La perspective de la reprise pour le th\u00e9, g\u00e2chait impitoyablement la deuxi\u00e8me heure. Le sommeil et le soleil s\u2019entendaient comme larrons en foire. La maladresse promise \u00f4tait tout courage \u00e0 servir le th\u00e9 en petit tablier blanc, \u00e0 d\u00e9plier les bo\u00eetes de g\u00e2teaux, \u00e0 les lier \u00e9l\u00e9gamment et efficacement avec le bolduc toujours trop long ou trop court. Et puis, \u00e7a se faisait, tandis qu\u2019on r\u00eavassait au dimanche \u00e0 Combray, aux livres qu\u2019on lirait et qu\u2019on \u00e9crirait, c\u2019\u00e9tait l\u2019heure du m\u00e9nage du soir. Il y avait bien eu les rappels \u00e0 l&rsquo;ordre, les coups de semonces entre les plateaux de tartelettes, mais finalement l\u2019heure sonnait du lent balayage. L&rsquo;apprenti sorcier main dans la main avec la sorci\u00e8re bien-aim\u00e9e venaient adoucir la surveillance de mirador de la patronne. Tout le petit personnel logeait \u00e0 la m\u00eame&nbsp;: balayage, fermeture. Quant aux autres esclaves, un grand et un petit mitrons au fournil qui ressemblaient \u00e0 une baguette et demie. Les deux assign\u00e9s \u00e0 demeure \u00e0 la table des patrons pour tous les repas de restes parcimonieux. Le plus \u00e2g\u00e9, beau gars avec des dents en moins, la drogue quel fl\u00e9au et la deuxi\u00e8me chance ch\u00e8rement pay\u00e9e aupr\u00e8s de notre m\u00e9g\u00e8re, gardait ses distances avec la petite vendeuse, mais de temps en temps d\u00e9cochait un sourire amoch\u00e9 en signe de solidarit\u00e9 et on se prenait \u00e0 r\u00eaver de foutre le feu \u00e0 la boutique et de foutre le camp en sa compagnie. L\u2019autre, l\u2019apprentie, abruti par la charge du travail, comme ployant \u00e0 toute heure sous un sac de farine, ne pipait pas mot et se cachait dans l\u2019ombre s\u00e8che du plus grand. Dans un VVF avoisinant, des camarades du lyc\u00e9e, camarades de d\u00e8che et donc d\u2019infortune, log\u00e9s en lits superpos\u00e9s dans une chambre taill\u00e9e dans une cave, tombaient de sommeil apr\u00e8s la journ\u00e9e d\u2019entretiens de la piscine, du local \u00e0 v\u00e9los, ski, luge, raquettes\u2026 des balcons des studios tous les oiseaux du monde venaient chier avec une r\u00e9gularit\u00e9 pendulaire, et des montagnes de vaisselles des trois repas par jour, qui dort d\u00eene. Et tous ces habitu\u00e9s interchangeables, les habitudes, les us et coutumes, pendant des jours qui font des semaines et le premier mois pass\u00e9, on se demande o\u00f9 on va trouver les forces pour en encaisser un deuxi\u00e8me pour une paie aussi minable. Tombe un jour de repos. Enfin. On est h\u00e9b\u00e9t\u00e9 \u00e0 la fermeture de la perspective d\u2019une soir\u00e9e sans petit matin \u00e0 suivre. Le village on ne peut plus le voir en carte postale, alors on fugue. En cheveux sales, les cernes marqu\u00e9s, en marini\u00e8re douteuse et bermuda bleu marine, chauss\u00e9 pour la marche, on descend dans la vall\u00e9e pour des retrouvailles avec d\u2019autres exil\u00e9s en stations plus lointaines encore. Le bar \u00e0 la ville ram\u00e8ne tout le monde au Lyc\u00e9e, en Terminale. L\u2019ombrelle du jus de fruits, le bord de sucre rose, l\u2019odeur des vaches, la nuit \u00e9toil\u00e9e\u2026 Sur la route du retour, deux auto-stoppeurs remontent vers la montagne dans la mauvaise voiture. Embrassades \u00e0 la crois\u00e9e des chemins, celui qui rentre \u00e0 la plus haute montagne s\u2019en va stopper une autre auto. Plus qu\u2019une seule auto-stoppeuse, dans la mauvaise voiture, avec la mauvaise rencontre. Il y a des virages en \u00e9pingle \u00e0 cheveux et une \u00e9pingle qui lui transperce le c\u0153ur jusqu\u2019au si\u00e8ge de cuir, la fixant l\u00e0, avec sa pr\u00e9monition inutile. <em>Va, va dans le bois, sinon rien ne t\u2019arrivera\u2026<\/em> la for\u00eat de r\u00e9sineux, le conducteur fait une allusion, la for\u00eat c\u2019est dangereux la nuit pour les jeunes filles. L\u2019air dans l\u2019habitacle \u00e0 couper au couteau, on ne sait plus la bien laquelle des deux routes, des \u00e9pingles ou des aiguilles il fallait \u00e9viter ou prendre. La for\u00eat noire, c\u2019est un g\u00e2teau aussi. Il demande, il veut la main de la jeune fille qui s\u2019est aventur\u00e9e, il ne fallait pas chercher, monter dans la voiture, dans l\u2019obscurit\u00e9, dans la for\u00eat si on ne voulait pas. Il n\u2019y a plus que les virages, les phares sur la for\u00eat. Il dit le mot GENTILLE en majuscules, un virage, on entend mal punais\u00e9 dans le fond du si\u00e8ge. Il dit que c\u2019est le prix de la course, un virage, la fausse assurance de r\u00e9pondre&nbsp;: Ah bon, je croyais que le stop c\u2019\u00e9tait gratuit, la voix se craquelle. Le cauchemar du loup est de retour apr\u00e8s toutes ces ann\u00e9es, on le reconna\u00eet, on sait qu\u2019il sait pour la peur, la for\u00eat, les phares. Dans un virage en \u00e9pingle, un sentier, \u00e7a s\u2019arr\u00eate l\u00e0. Les phares s\u2019\u00e9teignent. Personne ne viendra. Il y a assez de lune pour voir le couteau, la fin, la peur du sang, la peur de la cicatrice. Commence, on ne sait comment, une litanie, une supplication sans respiration travers\u00e9e par un souvenir hallucin\u00e9&nbsp;: le p\u00e8re, l\u2019homme qui est dit \u00ab&nbsp;le p\u00e8re&nbsp;\u00bb et qui mord dans l\u2019enfant. Il y avait la grande tabl\u00e9e des f\u00eates, avec les enfants tout au bout, et il la soul\u00e8ve du banc, baisse la petite culotte et mord la fesse. Il rit en la reposant l\u00e0 o\u00f9 il l\u2019a prise sous le regard effray\u00e9 des autres enfants. La honte ancienne submerge la for\u00eat. Le couteau sur la carotide, un couteau de chasse, c\u2019est pour le c\u0153ur de Blanche-Neige. La peur des marques, la peur des marques plus que des coups. Un instant qui vole le pr\u00e9sent pour toujours. La honte ancienne glisse entre cet instant et ce corps \u00e9pingl\u00e9 qu\u2019il p\u00e9trit de sa main libre. La honte ancienne, c\u0153ur d\u2019une biche. Il n\u2019y a plus qu\u2019une \u00e9gratignure au cou, un corps vide, un corps d\u00e9sert\u00e9, sa patte dessus. C\u2019est la f\u00eate des fous et tout est retourn\u00e9, retrouss\u00e9, ce qui est fait pour \u00eatre bon fait mal, mal fait. Une d\u00e9charge, rapidement, sur le bermuda bleu marine et la marini\u00e8re douteuse. Un flot d\u2019excuses sort de sa bouche. Avec le soulagement d\u2019\u00eatre enti\u00e8re, on croit \u00e0 des rubis et des perles. Il insiste pour finir la route. On laisse faire. Il y a du blanc sur la toile bleu marine. Il est comme r\u00e9veill\u00e9 d\u2019un mauvais r\u00eave. Si on promet de ne rien dire, de garder le silence sur ce qui s\u2019est pass\u00e9 alors peut-\u00eatre arr\u00eatera-t-il les excuses, qui \u00e9puisent le peu qu\u2019il reste pour tenir \u00e9veill\u00e9, debout. On dit la phrase CE N\u2019EST PAS GRAVE au moment o\u00f9 on passe le panneau MONTCHANIN cercl\u00e9 de rouge, les lettres capitales. <br>Sur le parking baign\u00e9 d\u2019un jus orange, dans le flot continu des excuses, la promesse de ne rien dire s\u2019est r\u00e9it\u00e9r\u00e9e. Deux choses occupaient tout l\u2019esprit&nbsp;: ces lampadaires sont \u00e9quip\u00e9s d\u2019ampoule appel\u00e9e \u00ab&nbsp;lampe \u00e0 d\u00e9charge&nbsp;\u00bb et une sentence maternelle&nbsp;: \u00ab&nbsp;la paix n\u2019a pas de prix&nbsp;\u00bb. Le village \u00e9tait d\u00e9sert \u00e0 cette heure, la nuit belle. Aucun autre souvenir ne reste du trajet qui m\u2019a amen\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la grotte des camarades pour rompre la promesse et tout dire. Dans le dortoir, leurs visages effar\u00e9s et si doux luisaient comme de petits astres\u2026 <em>et la lune tandis que je marchais m\u2019\u00e9tait d\u2019un doux r\u00e9confort. <\/em>On aurait dit des fr\u00e8res de conte, des cygnes rendus la nuit \u00e0 leur humanit\u00e9 dans leurs lits superpos\u00e9s, pour entendre le r\u00e9cit en charabia de leur petite s\u0153ur assise sur une chaise de bois. Ils ont offert le lit jumeau, essuy\u00e9 un refus argument\u00e9 \u2014 le travail, le matin, l\u2019\u00e9t\u00e9, l\u2019argent, les \u00e9tudes, ne pas manquer \u00e0 l\u2019appel, tout irait bien, \u00e7a va, \u00e7a va\u2026 \u2014, impos\u00e9 l\u2019escorte jusqu\u2019\u00e0 la chambre sans fen\u00eatre o\u00f9 la nuit sans sommeil pr\u00e8s du fournil attendait l\u2019h\u00e9ro\u00efne du conte. Le matin \u00e9tait tout \u00e0 fait comme les autres&nbsp;: les clients, les hommes du matin, les p\u00e8res de famille, les p\u00e8res divorc\u00e9s, les croissants du dimanche\u2026 le sourire peint, les yeux de biche, le mascara waterproof tenaient bien le coup. Mais la voix fr\u00eale soudain, les n\u0153uds dans le Bolduc, le broyage des grains dans la t\u00eate. Mais la peur des regards \u00e9tait le signe \u00e9vident d\u2019une m\u00e9tamorphose. La peur dans tout le corps, le caf\u00e9 ne tenait pas dans les tasses, comme si la terre tremblait. Cela arrive parfois en montagnes. Le mouvement infime des montagnes ne s\u2019interrompt jamais, c\u2019est pour ainsi dire un tremblement. Alors, on r\u00eave&nbsp;? demandait la patronne \u00e0 tout bout de champ, et surtout quand il y avait un homme au comptoir. \u00c0 la pause, les Fr\u00e8res Cygnes la guettaient \u00e0 sa chambrette. Ils avaient fui les corv\u00e9es de l\u2019h\u00f4tel par inqui\u00e9tude&nbsp;: que lui \u00e9tait-il donc arriv\u00e9 la veille pour qu\u2019elle vienne les voir dans leur grotte, \u00e0 une heure pareille et dans cet \u00e9tat. La petite s\u0153ur l\u2019avait d\u00e9j\u00e0 dit, d\u00e9j\u00e0 racont\u00e9, ce qui lui \u00e9tait arriv\u00e9, mais dans une langue qu\u2019aucun d\u2019eux n\u2019avait reconnue. Ils n\u2019avaient rien compris de son r\u00e9cit, hormis la grande gravit\u00e9 de la voir ainsi parlant un charabia. Elle vit, l\u00e0 encore, preuve de m\u00e9tamorphose, les serpents et les cailloux sortant de la bouche des mauvaises filles au lieu de diamants et de pierreries, mais dans un cas comme dans l\u2019autre, du charabia. Redire sonnait faux, \u00e9tranger, lointain. Pareillement, le r\u00eave qu\u2019on raconte dit mal le r\u00eave qu\u2019on a eu. Il n\u2019y avait pas de larmes avec les mots. C\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 une autre qui n\u2019\u00e9tait plus l\u00e0 pour le dire, maintenant, il y avait la s\u0153ur des six fr\u00e8res cygnes, et six ans \u00e0 ne pas parler ni rire, six ans \u00e0 coudre des chemises en fleurs d\u2019aster.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>VERSO<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-orange-to-vivid-red-gradient-background has-background\">Pas le temps pour l&rsquo;instant. Mais on voit bien quoi faire.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>RECTO C\u2019\u00e9tait simple comme bonjour de d\u00e9crocher le job, le petit job, bac en poche, libre \u00e0 la mi-juin pour se faire mettre les fers aux pieds pour la saison. Le job d\u2019\u00e9t\u00e9, le petit job, log\u00e9e, mais ni nourrie ni blanchie dans la station mi-chic, qui se donnait des airs de comme l\u00e0-bas, dis, avec tout le confort moderne <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-06-deux-saisons-suite\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#rectoverso #06 | Deux saisons (suite)<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":191547,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7529,7613],"tags":[],"class_list":["post-191091","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-recto-verso-le-cycle-ete-2025","category-rectoverso-06-gaelle-obliegly-le-personnage-ses-morts"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/191091","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=191091"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/191091\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":191613,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/191091\/revisions\/191613"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/191547"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=191091"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=191091"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=191091"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}