{"id":191109,"date":"2025-07-17T17:17:49","date_gmt":"2025-07-17T15:17:49","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=191109"},"modified":"2025-07-17T17:47:11","modified_gmt":"2025-07-17T15:47:11","slug":"rectoverso-05-lecole","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-05-lecole\/","title":{"rendered":"#rectoverso #05 | la rue de l&rsquo;\u00e9cole"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-center\">RECTO<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait le quartier familier, la rue de l\u2019\u00e9vidence, la rue de l\u2019\u00e9cole, toujours de l\u2019\u00e9cole m\u00eame s\u2019il y en avait trois, une pour chaque temps de l\u2019existence, de l\u2019\u00e9ternit\u00e9. La maternelle, les deux primaires. La rue reliait les maisons des grands-m\u00e8res, dans lesquelles vivaient les grands-p\u00e8res, mais c\u2019\u00e9tait celles des grands-m\u00e8res, elles qui accueillaient, pr\u00e9paraient le go\u00fbter, le d\u00e9jeuner, elles qui \u00e9coutaient. La rue donnait sur le stade, l\u2019\u00e9glise en haut, le stade en bas, les bonbons en haut, le champ de muguet en bas. C\u2019\u00e9tait la rue de l\u2019\u00e9cole. L\u2019\u00e9cole des gar\u00e7ons \u00e9tait faite de quatre cours. Des toilettes en b\u00e2ti, une cour ombrag\u00e9e, une petite \u00eele, autosuffisante. C\u2019est dans cette cour qu\u2019\u00e9tait la cloche qui annon\u00e7ait le temps de r\u00e9cr\u00e9ation, le temps de retourner en classe. Dans la classe des petits, une imprimerie. Objet sombre, aux formes aigu\u00ebs, d\u00e9tonant parmi le mobilier de bois .L\u00e0 s\u2019op\u00e9raient des miracles. L\u00e0, l\u2019intime, l\u2019informe, devenaient histoire lisible, mat\u00e9rielle, imprim\u00e9e. On collait ensuite le texte dans le cahier de classe. Ils sont aujourd&rsquo;hui enferm\u00e9s dans une malle, t\u00e9moins de ce qui fut, garants d\u2019une r\u00e9alit\u00e9, gages d\u2019une continuit\u00e9 entre ce qui fut et ce qui est.&nbsp;Un portique d\u00e9limitait le passage \u00e0 l\u2019autre cour, celle de la cantine,- la cantine aux murs blancs avec quelque chose de l&rsquo;univers d\u2019une clinique -, et dans la cour, des WC avec portes western. Pas de fronti\u00e8re ni de portail ni de portique pour rejoindre la troisi\u00e8me cour, une pente seulement. La troisi\u00e8me cour sur laquelle donnait le portail d\u2019entr\u00e9e de l\u2019\u00e9cole. C\u2019est par l\u00e0 qu\u2019arrivaient les \u00e9coliers, l\u00e0 qu\u2019ils embrassaient leurs parents avant de les quitter, l\u00e0 que se faisait la r\u00e9partition des classe le jour de la rentr\u00e9e, et que se jouaient des drames, des d\u00e9ceptions,&nbsp; se faisaient entendre des rires de soulagement. Un muret longeait un mur aveugle. On montait dessus en s\u2019aidant&nbsp; des maigres anfractuosit\u00e9s du mur, on avan\u00e7ait le plus loin possible. Un escalier. La derni\u00e8re cour.&nbsp; Deux pr\u00e9fabriqu\u00e9s sur la gauche : un couloir, des pat\u00e8res, des v\u00eatements oubli\u00e9s, des portes qui ressemblaient \u00e0 celles des soufflets de train, boyaux de plastique bruyant que l\u2019on traverse en tanguant. Dans la premi\u00e8re classe, deux tableaux, des cartes sur le mur, une frise chronologique, des plantations de lentilles et une caisse avec des vers \u00e0 soie, des herbiers, des vitraux faits \u00e0 partir de feuilles de couleur transparentes, des gravures sur papier d\u2019aluminium, des plantes vertes,&nbsp; une armoire et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur&nbsp; des serpents dans du formol, des poids rang\u00e9es par ordre d\u00e9croissant, une balance romaine, des plumes, buvards, bo\u00eetes de craie, des crayons et stylos, prot\u00e8ge-cahiers en carton ou en plastique, gommes, \u00e9ponges, ardoises, mines et porte-mines en laiton, colle blanche, compas en plastique, r\u00e8gles et r\u00e9glettes, des cahier <em>H\u00e9racl\u00e8s<\/em> et des cahiers de brouillon. Et dans le coin de droite de la classe, un carr\u00e9 de moquette, des coussins, des \u00e9tag\u00e8res. Sur les rayons,<em> le dernier des Mohicans<\/em>, <em>la guerre du feu<\/em>,&nbsp; <em>Micha\u00ebl chien de cirque<\/em>, <em>Quatrevingt-treize<\/em>, l<em>e G\u00e9n\u00e9ral Dourakine<\/em>,&nbsp; <em>sans famille<\/em>, <em>en famille<\/em>, des <em>Alice<\/em>, <em>Fant\u00f4mette<\/em>, <em>les six compagnons<\/em> et <em>le club des cinq.<\/em> Sur un bureau un classeur \u00e0 la couverture au tissu grenat et sur la page de garde un titre, <em>po\u00e8tes en herbe<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">VERSO&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Redescendre la rue, se garer dans l\u2019impasse, se tenir devant le portail ferm\u00e9, devant une cour vide. Tu n\u2019as plus le droit d\u2019entrer. M\u00eames pr\u00e9fabriqu\u00e9s, m\u00eame portail, m\u00eame peinture jaun\u00e2tre, m\u00eames portes. Seul a disparu le soufflet entre les deux classes, remplac\u00e9 par des portes en planche, et des arbres ont \u00e9t\u00e9 abattus. Dans la rue, des garde-corps en fer pour prot\u00e9ger les pi\u00e9tons. Les fa\u00e7ades sont l\u00e9preuses. Illusion que le temps n\u2019est pas pass\u00e9. Et toi qui esp\u00e8res quoi, l\u00e0?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1200\" height=\"1600\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/WhatsApp-Image-2025-07-13-at-13.47.00.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-191117\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>RECTO C\u2019\u00e9tait le quartier familier, la rue de l\u2019\u00e9vidence, la rue de l\u2019\u00e9cole, toujours de l\u2019\u00e9cole m\u00eame s\u2019il y en avait trois, une pour chaque temps de l\u2019existence, de l\u2019\u00e9ternit\u00e9. La maternelle, les deux primaires. 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