{"id":191685,"date":"2025-07-20T09:11:34","date_gmt":"2025-07-20T07:11:34","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=191685"},"modified":"2025-08-19T20:35:57","modified_gmt":"2025-08-19T18:35:57","slug":"recto-verso-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/recto-verso-2\/","title":{"rendered":"#rectoverso #01 #02 #03 #04 #05 #06 #07 #08 #09 #10 #11 #12 #13 #14| (titre \u00e0 venir)"},"content":{"rendered":"\n<h2 class=\"wp-block-heading\"># 1<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Recto<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le monde ne se ressemblait plus, avec presque rien, en partant de rien, il fallait inventer le bout de territoire, c\u2019est en marchant vers le territoire, dans une all\u00e9e d\u2019un jardin, ou sur la grande avenue d\u2019une capitale, c\u2019\u00e9tait pareil, qu\u2019on aboutisse au Taj Mahal, ou sur l\u2019envers d\u2019une autoroute &#8211; les bornes \u00e0 essence, le comptoir derri\u00e8re la baie vitr\u00e9e, l\u2019alignement des bornes , les panneaux publicitaires, qu\u2019on se trouve \u00e0 la porte du&nbsp; mausol\u00e9e ou devant les colonnes de marbres, dans un recoin de la M\u00e9dina, sur une art\u00e8re longeant le port,&nbsp; la m\u00eame louange. Il voit sur la ligne d\u2019horizon miroiter une \u00e9tincelle, un quelque chose de vivant -la terre pouvait trembler &#8211; en soulevant un nuage de poussi\u00e8re, l\u2019horizon vacillant \u00e9tait barr\u00e9 de tours reli\u00e9es entre elles par des passerelles, il devinait les jardins suspendus, les cours, les fontaines, chaque tour en terre pouvait \u00eatre reli\u00e9e par plusieurs passerelles, les ponts engendraient d\u2019autres ponts, et d\u2019autres passerelles. La ville s\u2019\u00e9tendait loin derri\u00e8re &#8211; il n\u2019avait aucune id\u00e9e de sa surface. Quand il les voit, il l\u00e8ve son b\u00e2ton, pour faire signe. Il marche, son b\u00e2ton lev\u00e9 vers l\u2019ouest &#8211; vers le couchant. Les meurtri\u00e8res, les terrasses en terre apparaissent, au balcon, ils ont l\u00e0 assis ou debout, perdus dans leurs r\u00eaves et regardant dans sa direction. Ils ne le voient pas, mais ils sentent une pr\u00e9sence.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Verso<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sur son visage, le trac\u00e9 de ce qu\u2019il sait d\u00e9j\u00e0, en arri\u00e8re derri\u00e8re la peau, les ridules des yeux, un autre paysage, petit \u00e0 petit sentant son corps se transformer, ayant abandonner plusieurs les masques, il reprend sa route cette fois d\u00e9pouill\u00e9 des artifices d\u2019une vie r\u00e9gl\u00e9e pour lui. Son visage \u00e0 l\u2019image de cette unique voie qui les contient toutes, dans la rigueur du comptage du temps \u2013 chaque seconde amplifi\u00e9e, chaque seconde directement issue de la clepsydre il veut se figurer cette marche dans le temps et l\u2019espace, ainsi d\u00e9pouill\u00e9 des derniers avatars, il se met en marche, avec son b\u00e2ton, il sorcier autant que proph\u00e8te, en son for int\u00e9rieur, brule, incandescent le feu du d\u00e9sert, les feux des phares et chaleurs issues des astres. Il pense pouvoir demander aux habitants de cette cit\u00e9 s\u2019ils le voit enfin, certains sur les balcons, d\u2019autres depuis les passerelles, on dirait qu\u2019il demande en vain si cela est un r\u00eave si la vall\u00e9e, circulaire, renvoie les \u00e9chos, s\u2019ils l\u2019entendent. Ceux qui marchaient sur les passerelles entre les tours ont rejoint le mausol\u00e9e. Un moment plus tard, ils ont tous disparus.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"># 2<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Recto<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A ce stade de la nuit, au commencement de la nuit, le narrateur m\u00e9lange un personnage fictif, et un personnage entrevu, il y longtemps&nbsp;: A.C. a un chat. A part Philom\u00e9na, c\u2019est la seule cr\u00e9ature qui entre dans son cabinet. Le chat vient se percher sur les \u00e9tag\u00e8res entre les porcelaines chinoises et les livres. Maintenant Monsieur C. est immobile, son pilulier \u00e0 port\u00e9e de main. Il porte une robe de chambre lie de vin, et feuill\u00e8te une ancienne revue. Il ne parle plus chinois depuis longtemps et se demande s\u2019il pourrait un jour\u2026 Il va vers un livre&nbsp;: c\u2019est son manuel de chinois, il entreprend de dire \u00e0 haut voix les premiers pictogrammes qu\u2019il a du mal \u00e0 prononcer. Les mots fleurs, puis, la d\u00e9clinaison des fleurs \u2026 le mot est, ouest sud et nord. Le chat ferme \u00e0 demi les paupi\u00e8res et ronronne. Le chuintement du mandarin et le ronronnement du chat sont en accord parfait. Monsieur s\u2019endort, le livre sur les genoux. L\u2019air est ti\u00e8de en ce d\u00e9but d\u2019\u00e9t\u00e9. Quand Philom\u00e9na arrive, elle le trouve assoupi, elle n\u2019ose pas le r\u00e9veiller. Elle retire le livre.<\/p>\n\n\n\n<p>A ce stade de la nuit, les souvenirs reviennent&nbsp;: le narrateur se souvient de la disparition de A.C. comment seulement par d\u00e9duction, elle compris qu\u2019il \u00e9tait parti d\u00e9finitivement, \u00e7 ce stade la nuit, elle voit la pi\u00e8ce tr\u00e8s \u00e9clair\u00e9e par un soleil froid, sans personne, une pi\u00e8ce vide&nbsp;: cependant un autre personnage appara\u00eet&nbsp;:&nbsp; je reviens ici pour trouver le livre de Monsieur C. Il avait laiss\u00e9 ce manuel de chinois, je le cherche, je veux savoir comment monsieur C. a appris le chinois et je savoir qui est l\u2019\u00e9diteur de cet ouvrage. Je suis bibliophile, j\u2019aime les livres anciens, quand je l\u2019aurais trouv\u00e9\u2026 mais le voil\u00e0 l\u2019\u00e9diteur, la date d\u2019\u00e9dition, et surtout une d\u00e9dicace sur la premi\u00e8re page, et une date. Une signature, mais elle est illisible. Monsieur C. m\u2019a permis d\u2019entrer en son absence \u2013 il est all\u00e9 \u00e0 la montagne pendant ces chaleurs. Philom\u00e9na l\u2019accompagne. Je suis un rare privil\u00e9gi\u00e9 qui ait acc\u00e8s \u00e0 sa biblioth\u00e8que. Je viens aussi donner \u00e0 manger au chat. Je regarde le livre de chinois pos\u00e9 sur la table et me demande qui a pu le lui d\u00e9dicac\u00e9. Il me semble pouvoir reprendre le puzzle. En 1957, Monsieur est parti en Chine, l\u00e0 il a rencontr\u00e9 au s\u00e9minaire, une \u00e9cole fran\u00e7aise le professuer Zu. C\u2019est m\u00eame l\u2019auteur du manuel, il le lui a d\u00e9dicac\u00e9 juste avant son d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<p>A ce stade de la nuit, \u00e0 partir de menus faits elle cherche \u00e0 raconter une histoire, \u00e0 r\u00e9inventer son histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>A ce stade de la nuit, l\u2019histoire semble \u00e9puis\u00e9e et ne conduire nulle part, \u00e0 ce stade de la nuit, la nuit ne livre pas ses myst\u00e8res, \u00e0 ce stade de la nuit, il faut sortir, regarder la voute c\u00e9leste et chercher les constellations, \u00e0 ce stade de la nuit, le phare donne ses \u00e9clats, \u00e0 ce stade la nuit, c\u2019est l\u2019appel de la mer. A ce stade la nuit, la pi\u00e8ce est un \u00e9l\u00e9ment voguant dans le cosmos au travers de l\u2019espace-temps, \u00e0 ce stade de la nuit, la terre tourne sur son axe, avec la r\u00e9gularit\u00e9 du m\u00e9tronome, \u00e0 ce stade la nuit, la nuit sera blanche. A ce stade de la nuit, souvenir d\u2019une rencontre&nbsp;: la quadrature du cercle, s\u2019en souvenir pour se demander encore si longtemps apr\u00e8s&nbsp;: qu\u2019est-ce&nbsp;? C\u2019est le moment o\u00f9 apparait ce qui devait apparaitre, c\u2019est le monde. A ce stade de la nuit, pas de quadrature, l\u2019\u00e9nigme du futur. A ce stade la nuit, un texte veut \u00eatre \u00e9crit.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Verso<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il sort. C\u2019est l\u2019heure ind\u00e9cise o\u00f9 l\u2019ombre commence \u00e0 \u00e9tendre son royaume, le ciel est encore clair en ce mois de juin, l\u2019air est ti\u00e8de et bleu. La lumi\u00e8re bleut\u00e9e et cuivre charg\u00e9e des derniers rayons de soleil insinue les espaces entres les arbres de la place, au-dessus des toits de tuile, la chaleur s\u2019exhale des murs, la lune pleine commence \u00e0 manger le ciel augment\u00e9 de son halo, le vent du sud apporte la poussi\u00e8re, et le sable recouvre les pierres, elles sortent de terre comme red\u00e9couverte, sorties de l\u2019\u00e9ternit\u00e9. Le parfum des acacias m\u00eal\u00e9es aux odeurs des pins cavalent des collines pour arriver sur la place pour se m\u00ealer au sable, et aux chaleurs de la mer. Il rejoint le tramway, bien que la distance soit courte, mais il a envie de se m\u00ealer aux voyageurs, la fen\u00eatre encadre les images qui d\u00e9filent&nbsp;: \u00e0 l\u2019arr\u00eat, le cadre est al\u00e9atoire morceau de ville, st\u00e8le, la nuit est l\u00e0 maintenant opaque ayant tout aval\u00e9, les enseignes, les feux, il descend. Le cin\u00e9ma se trouve sous les arcades, il aime ce passage, les arcades font un passage discret, secret jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entr\u00e9e le hall et le guichet, une dizaine de personnes, elles sont d\u00e9j\u00e0 dans les fictions, le cin\u00e9ma propose une r\u00e9trospective, les affiches sont align\u00e9es chaque spectateur a fait son choix, ils attendent. Il entre dans la salle, sur la droite au sixi\u00e8me rang un couple, une personne est assise pr\u00e9cis\u00e9ment au milieu de la salle, Il ajuste sa position. Les publicit\u00e9s arrivent puis le noir, pendant quelques minutes, il a le temps de repenser au titre&nbsp;: <em>Le Christ s\u2019est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Eboli<\/em>. Il sait que ce film est tir\u00e9 d\u2019un roman. Maintenant l\u2019image apparait, c\u2019est une image fixe, un dessin le personnage regarde l\u2019angle droit du cadre, l\u2019image est s\u00e9pia, c\u2019est une fillette, le g\u00e9n\u00e9rique s\u2019annonce et la premi\u00e8re image apparait, c\u2019est Gian Maria Volonte, le narrateur de cette histoire en gros plan et ressemblant au Christ, il se trouve dans un atelier, on suppose qu\u2019il est peintre, les personnages qu\u2019il peint apparaissent <em>Le Christ s\u2019est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Eboli<\/em>. 1935, le narrateur arrive en train \u00e0 vapeur, \u00e0 Eboli, un village d\u2019Italie, il est plac\u00e9 en r\u00e9sidence surveill\u00e9e par Mussolini. Le Christ s\u2019est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Eboli, il n\u2019a pas pris le bus rouge pour monter jusqu\u2019au village, voir les gamins jouer en bas dans les contrefort sur l\u2019esplanade, jouer, filouter, se battre, il n\u2019est pas arriv\u00e9 dans cette chambre sombre que la vielle paysanne vient ouvrir pour lui, il ne sait pas couch\u00e9 dans ces draps \u00e9pais et n\u2019 a pas attendu ici \u00e0 Eboli, quelque chose&nbsp;: les lettres de ses camarades, la fin de la guerre, l\u2019arriv\u00e9e de sa s\u0153ur (L\u00e9a Massari).<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"># 3<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Recto<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a une fontaine et en face de cette fontaine une table&nbsp;: des hommes sont assis et lisent le journal, l\u2019Equipe, le titre&nbsp;<em>?&nbsp; Y a de la joie<\/em>, il y a le cadran solaire et la phrase Tempus fugit. (Il y a le temps\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a la r\u00e9miniscence de tous les il y a de&nbsp; la terre&nbsp;: Il y a la terre, il y a la mer, il y a la course des \u00e9toiles et celles des chevaux, il y a la guerre, il y a la paix, il y a le premier jour de classe, on s\u2019assoit pour la premi\u00e8re fois devant cette table, il y a sur cette table quelqu\u2019un qui a \u00e9crit quelque chose, il y a la plume et l\u2019encrier, il y les premiers mots jamais trac\u00e9, il y a d\u00e9j\u00e0 tout de trac\u00e9&nbsp; du moins une bonne partie, il y a le devoir, o\u00f9 les il y a sont barr\u00e9s peut-\u00eatre, mais on essaye. Il y a la peur des il y a car \u2019il y a\u2019 o\u00f9 est-ce \u2026 il y a tout de ce qu\u2019on ne voit pas tout ce qu\u2019imagine&nbsp;: il y aurait, tout ce qu\u2019il y avait eu, il y avait, mais on ne se souvient plus, ou bien \u00e7a a disparu derri\u00e8re \u2018il y a\u2019- il y a que tu r\u00e9diges cette phrase Il y a &#8211; qu\u2019on t\u2019a dit de faire attention au <em>il y a<\/em>&nbsp;: trop vague, pas assez pr\u00e9cis, et un peu p\u00e9remptoire \u2013 trop \u00e9vocateur ou pas assez&nbsp;: qu\u2019en sais-tu de cet <em>il y a, en<\/em> es-tu s\u00fbre&nbsp;? Y-a-t-il&nbsp;? Tu voudrais choisir et tu as pressentis que derri\u00e8re cet <em>il y a<\/em>, il y a autre chose : le choix, il y a la libert\u00e9, il y a l\u2019amour, il y a des id\u00e9es, il y a une infinit\u00e9 d\u2019id\u00e9es&nbsp;? Une infinit\u00e9 d\u2019id\u00e9es au regard d\u2019un un <em>il y a <\/em>? <em>Il y a<\/em> reste au singulier pourtant,<em> il y a<\/em> est obstin\u00e9\u2026 Derri\u00e8re le saule au bord de la rivi\u00e8re, il y a bien le saule au bord de la rivi\u00e8re qui te permet d\u2019\u00e9crire&nbsp;: il y a le vent dans les branches du saule, il y a la maison avec ses volets il y a oui il y a le saule il y a la vague et la lune, il y a le saule, la lune et la vague, il y a deux personnages sous le saule. Ils mangent et la lune croit. Il y a&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a la nuit,<\/p>\n\n\n\n<p>Le vent souffle dans le bois&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a la lune<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a l\u2019\u00e9t\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>Un B\u0153uf rompt son joug<\/p>\n\n\n\n<p>La charrette est vide.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Verso<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Oui du premier au dernier oui, l\u2019inventaire des oui&nbsp;: dans un souffle, avec la respiration coup\u00e9e, les oui des origines les oui entendus, le oui de complaisance, les oui crisp\u00e9s, les oui de la t\u00eate, les oui peut-\u00eatre, le oui certainement, oui probablement, ou le vieux oui interrogatif oui&nbsp;? Le oui redoubl\u00e9 oui, oui blas\u00e9,&nbsp; fatigu\u00e9 mais oui quand m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"># 4<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Recto<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Emprise<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En voyant&nbsp; les contraires, en sentant l\u2019emprise du temps, pour l\u2019emp\u00eacher de fuir, par la phrase retenir quelques, en voyant les mots trac\u00e9s s\u2019effacer comme les empreintes dans le sables soulev\u00e9 par le vent, en le sentant se d\u00e9poser ailleurs, en regardant plus loin, la marque des soleils, les ombres r\u00e9verb\u00e9r\u00e9es de la lune, l\u2019emprise du temps, des \u00e9l\u00e9ments, la fuite des astres, l\u2019arriv\u00e9e le soir dans une maison d\u00e9sol\u00e9e, l\u2019emprise fugitive, l\u2019intuition que rien ne dure, que tout pourrait \u00eatre consign\u00e9e pour garder la m\u00e9moire, pour garder le souvenir et l\u2019intuition de la vanit\u00e9 de l\u2019entreprise, du livre, la d\u00e9couverte des accords et des d\u00e9saccords, la d\u00e9couverte de cette chose silencieuse qui pourrait hurler au fond de nous sans d\u00e9mettre les espaces, et revenir \u00e0 soi dans la tranquillit\u00e9 du r\u00eave.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Verso<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Interrogatoire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 sont les lectures&nbsp;? Est-ce que le gout des mots qui t\u2019enivrais t\u2019enivre encore, aimes-tu encore, lire ces textes que bien s\u00fbr tu as oubli\u00e9&nbsp;? Ils sont all\u00e9s rejoindre les songes vains, les r\u00eaveries, ils se confondent dans l\u2019antre de ta m\u00e9moire, ont-ils ce go\u00fbt du rythme hein, le rythme&nbsp;? Tout ce qu\u2019on peut dire avec des sonorit\u00e9s&nbsp;? L\u2019emprise des histoires \u00e0 raconter par ceux et celles qui comprennent le monde, quand pour soi le monde est une \u00e9nigme \u00e0 d\u00e9chiffrer.<br>Quand un r\u00e9cit rejoint la petite m\u00e9lodie au fond du cr\u00e2ne, ces m\u00e9lodies sont des blocs de musique ind\u00e9chiffrable et de temps \u00e0 autre se transforment en air, une chanson, et ces r\u00e9cits rejoindront ce fond tiss\u00e9 de mots, de mots et de notes inconsciemment r\u00e9p\u00e9t\u00e9s.<br><br><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"># 5<\/h1>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"># 6<\/h1>\n\n\n\n<p><strong>Recto<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le personnage devient narrateur<\/p>\n\n\n\n<p>Je tiens une petite boutique sur le boulevard, il y a une place avec des platanes devant moi, en traversant la route. \u00c7a fait 15 ans que je suis l\u00e0, je prends mes cong\u00e9s en hiver et je part toujours quelque part, j\u2019en profite pour faire mes achats pour la saison. A force, je me suis fait ma client\u00e8le. Je vends des petites choses, des boites d\u2019inspiration indienne, de l\u2019encens, des foulards, des portesencens beaucoup, des v\u00eatements, des pierres semi-pr\u00e9cieuses\u2026 Des tissus, des choses qui viennent de loin&nbsp;: d\u2019Inde, du Japon de Chine, d\u2019Afrique. Ma client\u00e8le vient en moyenne 1 \u00e0 2 fois par mois, pour un cadeau, pour une naissance, un mariage, pour No\u00ebl. Je finis par bien les connaitre&nbsp;: la dame \u00e0 la retraite, cette infirmi\u00e8re, une artiste, la fleuriste du quartier, souvent des femmes d\u2019ailleurs mais aussi quelques hommes, le monsieur qui travaille dans le cabinet m\u00e9dical juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, le monsieur qui fait des s\u00e9ances de Yoga chez lui et quo s\u2019approvisionne en bol tib\u00e9tains, et qui ach\u00e8te les petits sarongs que je fais venir expr\u00e8s pour lui\u2026 Tout se passe bien jusqu\u2019\u00e0 la semaine derni\u00e8re&nbsp;: quelqu\u2019un est venu et m\u2019a appris le d\u00e9c\u00e8s d\u2019une cliente, subitement, elle m\u2019a demand\u00e9 ce que je comptais faire, si je voulais cotiser pour la couronne fun\u00e9raire, j\u2019ai r\u00e9pondu bien s\u00fbr, et je lui naturellement demand\u00e9, \u00ab&nbsp;<em>quand sont pr\u00e9vu les obs\u00e8ques&nbsp;?&nbsp;\u00bb <\/em>Sur le moment, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 un peu sonn\u00e9 bien s\u00fbr, j\u2019ai ferm\u00e9 la boutique dix minutes en avance, il avait un fort orage, c\u2019\u00e9tait en ao\u00fbt , une pluie diluvienne, s\u2019est abattu sur la ville, j\u2019ai attendu sous le porche la fin de l\u2019averse&nbsp; et je suis rentr\u00e9e directement chez moi, sans parapluie,&nbsp; mes sandales totalement ruin\u00e9e, que j\u2019ai fini par garder \u00e0 la main, je suis rentr\u00e9 \u00e0 pied, ma jupe \u00e0 imprim\u00e9 \u00e0 fleur compl\u00e8tement d\u00e9tremp\u00e9e, mes cheveux mi-long brun se sont mis \u00e0 boucler tout de suite \u2013 alors que j\u2019ai horreur de ces cheveux quand ils bouclent, mon t\u00e9l\u00e9phone portable bien l\u2019abri dans le sac, je ne suis pas de g\u00e9n\u00e9ration portable, c\u2019est curieux, je pensais comme un vieux motif, au r\u00e9pondeur d\u2019avant, comme un r\u00e9flexe, je me suis dis je vais rentrer et je vais appeler, il faut que j\u2019en sache un peu plus sur le d\u00e9c\u00e8s de ma cliente. Que s\u2019est-il pass\u00e9. Je suis rentr\u00e9e, il m\u2019attendait sur le canap\u00e9 la mine d\u00e9faite, le chat sur les genoux.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Verso<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tout allait encore apr\u00e8s le repas, quand il est parti se coucher en me disant&nbsp;: \u00ab&nbsp;je suis claqu\u00e9 apr\u00e8s la journ\u00e9e d\u2019aujourd\u2019hui et ce rendez-vous \u00e0 Aix avec les embouteillages sur l\u2019autoroute, j\u2019ai eu la totale aujourd\u2019hui&nbsp;\u00bb. Je suis rest\u00e9 seule et alors j\u2019ai repens\u00e9 \u00e0 elle, \u00e0 ma cliente. Elle commen\u00e7ait \u00e0 apporter ici les autres de mes d\u00e9funts, tout ceux auxquels je ne pensais plus, avec cette froideur et cet ordre, ils sont venus se pr\u00e9senter ici dans la p\u00e9nombre de ce d\u00e9but de soir\u00e9e. Ceux que j\u2019ai entrevu et ne m\u2019ont pas laiss\u00e9 le temps d\u2019aller plus loin, leur d\u00e9part, leur mort survenue, ils m\u2019ont donn\u00e9 l\u2019impression d\u2019avoir gliss\u00e9 sur la vie, que c\u2019est un petit coin d\u2019espace-temps si bref, si t\u00e9nu, que j\u2019avais pu les entrevoir, l\u2019espace d\u2019une porte qui se referme doucement, ce petit temps, et ils avaient d\u00e9j\u00e0 disparu, comment garder le souvenir de la manifestation de leur \u00eatre comme si apr\u00e8s un brouhaha, le silence advenait pesamment, sans l\u2019ombre d\u2019une derni\u00e8re grimace, un dernier adieu, comme si leur existence avait pu cesser dans une cassure brusque et froide. Un instant, une t\u00e9nue effraction dans le temps, comme s\u2019ils s\u2019absentaient un moment. Oui, parce que je ne savais pas qu\u2019ils reviendraient, qu\u2019ils auraient cette pr\u00e9sence, alors je me suis tourn\u00e9e vers ceux qui \u00e9taient partis il y a longtemps, et ce qu\u2019ils n\u2019avaient pas dit et comment ils se tenaient sans bouger autour d\u2019une table, qu\u2019ils avaient cette mobilit\u00e9 et \u00e9taient aussi capable de rester l\u00e0 sans rien dire, ou bien ils me revenaient marchant en cohorte, venant vers moi &#8211; comme dans ces r\u00e9cits de personnes qui reviennent d\u2019un passage pr\u00e8s de la mort. Ils avaient habit\u00e9 l\u2019espace semblant vouloir dire quelque chose. Je regarde la for\u00eat, les collines baign\u00e9es de brume, ils semblent remonter le temps, fait des m\u00eames nappes de brume, finissant par s\u2019y confondre. J\u2019ai essay\u00e9 alors de mesurer le temps partag\u00e9 avec chacun d\u2019eux, mes souvenirs entrem\u00eal\u00e9s, j\u2019\u00e9valuais mal les distances entre nos rencontres ou leur influence sur moi et sentant que tout commen\u00e7ait \u00e0 se distordre, je me suis endormie.<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"># 7<\/h1>\n\n\n\n<p>Le fait que<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait confronter cette id\u00e9e de mettre tout sur enregistrement, les faits, les mots, pour tacher d\u2019en tirer une sorte de personnage&nbsp;: un personnage sorti de cette collection d\u2019aller et venue, d\u2019appel t\u00e9l\u00e9phoniques, de mobilit\u00e9, d\u2019immobilit\u00e9, de paroles, acheter un ticket de train, commander un caf\u00e9, planter une fleur, le plus difficile \u00e9tant le monologue int\u00e9rieur, le fait que le monologue int\u00e9rieur n\u2019est pas toujours audible \u2013 m\u00eame cach\u00e9 \u00e0 soi-m\u00eame, qu\u2019il \u00e9chappe qu\u2019il s\u2019\u00e9chappe, le fait de confronter cela au r\u00e9el, mettre la t\u00e9l\u00e9vision, attendre le journal de 20 h, ou pr\u00e9parer \u00e0 manger, le fait qu\u2019il faille se d\u00e9cider , le fait que l\u2019on doit prendre en compte la nutrition&nbsp;: pas de nourriture entour\u00e9e de plastique&nbsp;! ah \u00e7a jamais, toujours de la nourriture sortie de terre, et la terre sans pesticide svp&nbsp;! Le fait que lire les \u00e9tiquettes, d\u00e9coder les recettes, les pourcentages de produits nuisibles, le fait que c\u2019est pareil pour tout&nbsp;: les v\u00eatements, marcher, respirer, le fait que si on a compris cela, on peut penser il y a \u2026longtemps que \u2026 mais, vite il faut partir demain matin 7h, le bus les vapeurs d\u2019essence, ou le k\u00e9ros\u00e8ne, l\u2019odeur du k\u00e9ros\u00e8ne, le fiat que ces millions de v\u00e9hicules, le fait que on le sent\u2026 la terre ne vas se retourner, elle ne va pas basculer sur son axe, le fait qu\u2019elle continue de tourner, le fait de consigner pour nourrir un personnage, ou pour le faire s\u2019\u00e9vanoui, satur\u00e9 d\u2019objets, de faits et gestes, satur\u00e9 d\u2019interactions et de monde, satur\u00e9 de sensations, satur\u00e9s d\u2019\u00eatre \u2013 Tiens, satur\u00e9, comme le reste comme la saturation partout, sur le p\u00e9rif, ou sur les ondes \u2013 les ondes seraient satur\u00e9es elles aussi, satur\u00e9es de satellites, satur\u00e9es \u2026 Bon on calme le mental le fait de calmer le mental\u2026 le fait de laisser \u00eatre, le fait de laisser un espace vital, pour respirer, \u00eatre\u2026 (le personnage traine un peu sur le \u00ea de \u00eatre, le fait que il ne veut pas mettre de ton, le fait qu\u2019il veuille maintenant \u2013 il a ses exigences pas de ton du tout, il veut\u2026la neutralit\u00e9\u2026Tiens la neutralit\u00e9 Carbone\u2026. Le fait de planter un arbre, le fait de c\u00e9l\u00e9brer par des rituels des divinit\u00e9s \u00e9loign\u00e9es\u2026.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Verso<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Nous leur avons que les pouvoirs surnaturels les <em>taku wakan<\/em> ont donn\u00e9 aux Lakota le bison. Nous leur avons dit que le pays du bison \u00e9tait notre pays&nbsp;\u00bb. En terre Inuit, avec les derniers rois de Thul\u00e9, le fait que les chasseurs de morse ont connu une bonne saison, le fait d\u2019\u00eatre sous l\u2019igloo, un jour de f\u00eate, des souvenirs confus des esquimaux au sujet de l\u2019explorateur Mac Millan, le fait de voir les inuit habill\u00e9s de leur plus beaux pantalons en peau d\u2019ours , et anoraks en peau de phoque, le fait que l\u2019explorateur est en liaison radio avec Thul\u00e9, le fait qu\u2019il apprenne les nouvelles par le radio, les nouvelles du monde\u2026 le fait qu\u2019on ne reverra pas les derniers roi de Thul\u00e9, le fait qu\u2019on parle aujourd\u2019hui du Groenland, pour d\u2019autres raisons&nbsp;: strat\u00e9giques, \u00e9conomiques \u2026politiques. Le fait que la premi\u00e8re exp\u00e9dition de Jean Malaurie dans l\u2019extr\u00eame nord du Groenland date de 1951.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\">#8<\/h1>\n\n\n\n<p><strong>Recto<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ils \u00e9taient tous assis en \u00e9coutant celui qui nous faisait la classe. Il avait invent\u00e9 des histoires au sujet des f\u00e9es dans un but p\u00e9dagogique.&nbsp; Elles peuplaient la clairi\u00e8re dans la for\u00eat de la Mamo\u0302ora. Elles formaient un peuple. Elle habitaient aux bords des rivi\u00e8res, sortaient de l\u2019onde et visitaient les \u00e9l\u00e8ves de l\u2019ecole Andr\u00e9 Chenier. Elles devaient veiller sur tous samedi, dimanche et les mercredis, le soir quand on rentraient \u00e0 la maison. Elles se penchaient sur nos cahiers et v\u00e9rifiant nos devoirs, sans doute leurs longues chevelures nous frollaient on entendait leurs pas furtifs s\u2019\u00e9vanouir sous la lune, on comprenait qu\u2019elles \u00e9taient l\u00e0 tout le temps pr\u00e9s de nous. Veronique est toujours assise \u00e0&nbsp; c\u00f4t\u00e9 de moi. On se retrouve le matin, et on se quite plus. Elle sait comme moi sa le\u00e7on, elle sait au sujet des f\u00e9es. Ce n\u2019est pas la peine de se le dire, elle n\u2019a pas tourn\u00e9 la page du livre. Elle sait que le Maitre, Monsieur Perrin l\u2019aurait vu tout de suite, que les f\u00e9es dont c\u2019est la fonction seraient venues l&rsquo;avertir.&nbsp; Mais un jour, il nous dit un po\u00e8me &#8211; Le petit cheval blanc de Paul Fort. Pas un bruit dans la salle de classe. \u00ab\u00a0C\u2019\u00e9tait un petit cheval blanc\u00a0\u00bb. Quand l\u2019\u00e9clair blanc atteint le petit cheval et qu\u2019il meurt, plus rien n&rsquo;existe.&nbsp; C\u2019est la d\u00e9solation V\u00e9ronique \u00e0 c\u00f4t\u00e9,  les enfants dans la classe. Je me l\u00e8ve et  en larmes je sors de la classe. Un grand silence.&nbsp; Monsieur Perrin regarde sans un mot. A t-il vu?<br><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Verso<\/strong><br>Elle est sortie. Monsieur Perrin debout la regarde. Je ne comprends pas . Tous derri\u00e8re et lui devant, la musique des mots dans la t\u00eate, enchant\u00e9e de cette promenade avec le cheval blanc , une promenade imprevue, je la regarde avec \u00e0 peine. L\u2019\u00e9clair l\u2019a aussi atteinte&#8230; elle a vu le cheval tomber dans la foudre, le bruit des sabots dans la terres boueuses et terrass\u00e9 s\u2019effondre.&nbsp; Il est mort dans un \u00e9clair blanc&#8230;<br>Le blanc , c\u2019est la couleur du deuil.Elle \u00e9tait dehors et on a repris le refrain, de dehors elle nous entendait dire le po\u00e8me avec le Ma\u00eetre.&nbsp; Il nest plus question de f\u00e9es. Rien n\u2019illumine son ciel. En partant, je ne l\u2019ai pas vu. Elle est revenue le lendemain. On n\u2019en a jamais reparl\u00e9. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>#9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Nourriture<br>Fruit rouge avec p\u00e9pin, p\u00e9pin tr\u00e8s sombre, fruit issu du soleil, rouge comme lui, p\u00e9pin ast\u00e9ro\u00efdes pour ensemencement d\u2019autres soleils, r\u00e9plique des astres, m\u00e9lange de terre et de soleil, m\u00e9lange de terre jet d\u2019eau, \u00e9quilibre pour former la peau , fruit animal fruit tortue \u00e0 qui il faut transpercer la carapace boire \u00e0 sa source, elle reproduit la soif, elle<br>reproduit liquide le sang, le go\u00fbt la volupt\u00e9,&nbsp; l\u2019apaisement.<\/p>\n\n\n\n<p>Objet<br>Tissus cousus ensemble, amass\u00e9s les un sur les<br>autres, contours et pli, formes matelass\u00e9e,&nbsp; formes convexes et concaves, myst\u00e8res du pli, qui fait entrer l\u2019air, pi\u00e8ge \u00e0 oxyg\u00e8ne, pi\u00e8ge \u00e0 repos, \u00e0 contemplation.&nbsp; Sur la paterre, il s\u2019affal\u00e9, redevient quelquonque,&nbsp; au milieu des chapeaux, d\u2019un vieux manteau en peau, d\u2019un poncho en laine, d\u2019\u00e9charpes tricot\u00e9es main &#8211; on achetait les pelotes en choisissant angora, on choisissait le num\u00e9ro des aiguilles.<\/p>\n\n\n\n<p>Lieu<br>La buanderie<br>Lieu vide et l\u00e0, pierre grise dont sont fait les cuves, mais l\u2019eau pourrait couler, ici on r\u00eave d\u2019eau, cette pi\u00e8ce est faite pour l\u2019eau, elle ne vit que par l\u2019eau. Sa peau brune l\u2019habite, le matin, un matin, elle entre dans cette pi\u00e8ce, sa pr\u00e9sence emplit la pi\u00e8ce. Elles sont trois maintenant, elles se parlent, au retour plus tard quelques jours ou quelques semaines plus tard, la pi\u00e8ce est froide et absente de nouveau,&nbsp; elle existe \u00e0 peine, sauf par ses contours roides, son aspect but\u00e9, rude. Elle n\u2019attend rien et ne fait aucun signe. Elle est morne. Il ne faut plus s\u2019y arr\u00eater,&nbsp; cela deviendra un endroit clos, dont j\u2019entrouvre la porte seulement<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#10<\/h2>\n\n\n\n<p> <br>Recto <br><br>On dirait qu\u2019ils vont surgir de l\u00e0&#8230;<br>Des murs de pierre , une voie romaine <br>Les traces des passages : empreintes de sangliers&#8230; serpents, chants d\u2019oiseaux , traces de jeux de construction de cabane type tipie, une corde accroch\u00e9e \u00e0 une branche&#8230; combien de pistes.. des morceaux de pots cass\u00e9&#8230;au d\u00e9but, les all\u00e9es sont bien marqu\u00e9es, nettes , mais le fait de&nbsp; prendre un chemin de traverse &#8230;seul ou accompagn\u00e9,&nbsp; on arrive devant un autre plan circulaire am\u00e9nag\u00e9 en aire de jeu, ou naturellement les troncs d\u2019arbres et les pierres jouent le r\u00f4le de si\u00e8ges. <br><br>Verso<br>Sc\u00e8ne finale <br><br>L\u2019oeil pourrait s\u2019exercer \u00e0&nbsp; choisir un point de vue. Qu\u2019il y ait un personnage qui traverse le champs n\u2019est pas anodin, qu\u2019elle soit habill\u00e9e avec une robe rouge ou que le personnage ait disparu ne donne pas la m\u00eame tonalit\u00e9 \u00e0 l\u2019oeil. Que le personnage s\u2019arr\u00eate ou continue de marcher, l\u2019\u0153il per\u00e7oit le passage sur la place en diagonale, c\u2019est une sc\u00e8ne de film qui ressemble \u00e0 une image, un tableau. L\u2019\u0153il voit surgir le personnage sur un v\u00e9lo dans un sens, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9&nbsp; c\u2019est une femme&nbsp; &#8211; th\u00e9\u00e2tre antique. Les deux portes en arcades du fond pour sugg\u00e9rer le passage &#8211; la mort du personnage. D\u2019ailleurs, il s\u2019appelle Locke &#8211; ferm\u00e9. Le film se cl\u00f4t sur lui m\u00eame, la sc\u00e8ne est film\u00e9e depuis la fen\u00eatre de la chambre, on voit les barreaux. Le personnage n\u2019 a pu s\u2019 \u00e9chapper. Il n\u2019y a plus rien \u00e0 reconstruire.<br>Vu une photo d\u2019un groupe d\u2019Inuit prise en 1901. En \u00e9t\u00e9.&nbsp; Ils regardent l\u2019objectif souriants. Photo \u00ab\u00a0sid\u00e9rante\u00a0\u00bb. Ils sont un bloc,&nbsp; ce que l\u2019\u0153il per\u00e7oit c\u2019est leur existence li\u00e9e comme si l\u2019on pouvait rien retrancher .Ils regardent l\u2019objectif et ils semblent te regarder, communiquant une confiance en quelque-chose d\u2019insaisissable, comme s\u2019ils pouvaient savoir que tu serais l\u00e0 au rendez-vous. Merveilleuse perception &#8211;&nbsp; les esprits habitent la pellicule. Ils jouent avec eux. Le chaman est l\u00e0. Ils nous regardent.&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong># 11 <\/strong><br><br>Recto <br><br>Choses que l\u2019on regarde, qui se rapprochent, puis qui s\u2019eloignent <br><br>La cime d\u2019un arbre<br>La lumi\u00e8re du soleil \u00e9clair le lierre<br>Des pierres hautes et plates blanches<br>Le vent du soir passe entre les branches des pins un long moment.<br>Elles crissent et passer sous leur arches apr\u00e8s avoir attendu un peu. Passer doucement dans la m\u00e9lodie de leur bois. <br><br>Ensemble elles jouent comme un orchestre. Sentir comme leurs corps est vivant . Ne rien dire ou faire qui pourrait manifester une pr\u00e9sence inopportune. <br><br>Continuer de marcher en apprenant la langue d\u2019arbre. Se dire qu\u2019 on reviendra&nbsp; \u00e0 la m\u00eame heure, bient\u00f4t. <br><br>Se retourner avant de repartir. Sentir le soleil d\u00e9cliner. <br><br>Verso <br><br>Choses qu\u2019on dit ou qu\u2019on \u00e9crit <br><br>Choses qu\u2019on voit loin devant soi et qui paraissent toute petites.<br>Choses qui dans les r\u00eaveries paraissent toute petites. Comme si elles se cachaient ou comme si elles attendaient de grandir.<br>Chose qu\u2019 on pense \u00e0 collectionner, mais qu\u2019on laisse pourtant dans leur libert\u00e9 comme si on avait peur de les enfermer. <br>Choses que l\u2019on songe \u00e0 classer.<br>Choses qui voudraient entrer dans un r\u00e9pertoire et qui se d\u00e9robent.<br>Choses que l\u2019on nous donne et que l\u2019on garde toute la vie : un \u00e9ventail avec des fleurs ros\u00e9es, une dentelle, un sous- verre chinois, un sous-verre tiss\u00e9, un porte bonheur &#8211; une pi\u00e8ce en argent grav\u00e9e repr\u00e9sentant un animal,&nbsp; il y a \u00e9crit \u2019\u00a0\u00bbstrengh\u00a0\u00bb au dos<br>Choses qui se disent en inventant un langage&nbsp; : corps, chant ou marche<br>Choses oubli\u00e9es&nbsp; comme : la couleur mauve des montagnes au loin, couleurs diffus\u00e9es dans le corps, devenues irr\u00e9elles pour ton regard, elles se m\u00e9langent au temps, sont-elles du temps dans ton espace?<\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"># 12<\/h1>\n\n\n\n<p>Andr\u00e9 Chenier apr\u00e8s plusieurs tentatives, je parviens \u00e0&nbsp; retrouver les anciens d\u2019Andr\u00e9 Chenier sur facebook. J\u2019y apprend la mort de Ma\u00eetre Perrin. J\u2019apprends qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 professeur de musiue plus tard, qu\u2019il jouait au piano \u00ab\u00a0Madame la Marquise. J\u2019apprends que ceux d\u2019Andr\u00e9 Chenier ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9 par le carnaval, jour o\u00f9 d\u00e9guis\u00e9e en tyrolienne je considerais que cela \u00a0\u00bb est le plus beau jour de ma vie\u00a0\u00bb. Je v\u00e9rifie que l\u2019\u00e9cole se situe dans le quartier de la tour Hassan, rue Revoile, le domicile \u00e9tant sis non loin.<br>Je r\u00e9capitule : l\u2019horizon se situait l\u00e0,&nbsp; la pri\u00e8re du Muezzin chaque matin, la visite des Gnawas le dimanche, mon p\u00e8re me poussant \u00e0 la fen\u00eatre pour les \u00e9couter.<br>Souvenir d\u2019un d\u00e9part, \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 l\u2019oeil \u00e9coute, vers Sal\u00e9 en catastrophe. Quand nous sommes revenus, la facade \u00e9tait fracass\u00e9e d\u2019impact de balles venant du ciel.&nbsp; Il s\u2019 agissait d\u2019un attentat. C\u2019etait semblet-il Oufkir. Je vais voir les archives sur Gallica, je cherche une photo de classe avec Monsieur Perrin. Je trouve une petite qui n\u2019est pas moi mais qui pourrait l\u2019\u00eatre.&nbsp; Elle porte un manteau avec 2 boutons, un manteau avec un col en V. Je cherche sur Gallica par l\u2019entr\u00e9e des noms de familles. Je trouve Sal\u00e9.&nbsp; Georges a achet\u00e9 900 m\u00e8tres carr\u00e9s en 33. Je crois que c\u2019est Sal\u00e9. Georges est surement l\u2019arri\u00e8re grand-p\u00e8re. Gaz\u00e9 en 14-18.<br>Je cherche par \u00ab\u00a0Andr\u00e9 Chenier\u00a0\u00bb, Monsieur Perrin. Instituteur \u00e0 Rabat-Sal\u00e9-plateau. Je cherche sur ces ruines \u00e0 reconstruire le puzzle. Je trouve une fillette, une petite brune coiff\u00e9e au carr\u00e9 qui pourrait \u00eatre elle. Ma copine d\u2019alors, mon autre moi-m\u00eame.&nbsp; Mon double. Je trouve des choses, des bribes. Je consid\u00e8re ces informations. Je les p\u00e8se pour leur aspect t\u00e9nu, un fil tendu \u00e0 peine perceptible. Une arch\u00e9ologie intime. Je cherche \u00a0\u00bb Guignard, docteur \u00e0 Rabat\u00a0\u00bb, je le trouve \u00e0 Ifrane. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><br><br>,<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#13<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans le silence vient la question : qu\u2019est ce qui fait le mot, qu\u2019est ce qui rend sa texture au mot, comment retrouver l\u2019innocence du premier mot. Le premier son articul\u00e9.\u00a0 Un jour est revenu le premier sourire dans le silence de la neige. Un illumination, le sourire de la grande d\u00e9couverte. Ce sourire venu dans le silence s\u2019est prolong\u00e9.\u00a0 Alors le raccorder \u00e0 la \u00e7hair d\u2019aujourd\u2019hui.<br>Trac\u00e9es \u00e0 la plume avec une encre mauve les lettres majuscules,\u00a0 les pleins, les d\u00e9li\u00e9s de\u00a0 ces mots dont on entrevoit seulement le sens : Kleber, Turenne, Kent, Iena. Et plus tard , la plume glisserai sur la page avec rythme, les orages grondent au loin de ces phrases, les nuages accumul\u00e9s, tonnerre et grondement qu\u2019 am\u00e8ne le verbe. Une pluie torrentielle oblige \u00e0 relever la t\u00eate dans la p\u00e9nombre. Les phrases r\u00e9duites. Au d\u00e9but,\u00a0 il y a le crissement sur le papier,les h\u00e9sitations font comme des barrages\u00a0 \u00e0\u00a0 franchir.<br><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"466\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2988902-1024x466.webp\" alt=\"\" class=\"wp-image-197131\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2988902-1024x466.webp 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2988902-420x191.webp 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2988902-768x349.webp 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/2988902.webp 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">#14<\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Recto<\/p>\n\n\n\n<p>Personnages&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Les Empereurs<\/p>\n\n\n\n<p>Udill 1<sup>er<\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Lack<\/p>\n\n\n\n<p>Idull<\/p>\n\n\n\n<p>Etc..<\/p>\n\n\n\n<p>Le chef des migrants<\/p>\n\n\n\n<p>Les Carr\u00e9s Rouges<\/p>\n\n\n\n<p>King Lear 1er<\/p>\n\n\n\n<p>King Arthur IV<\/p>\n\n\n\n<p>King Kong III<\/p>\n\n\n\n<p>Ere du grand Onomatop\u00e9e&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Le Grand Ononomatop\u00e9e&nbsp;: Hamlet 1er<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;Les Grandes Fariboles&nbsp;: Le Doute, la Persuasion, la D\u00e9rive,<\/p>\n\n\n\n<p>Ere des Transformations&nbsp;: Essai de refroidissement des 3 galaxies, qui conjointement, malgr\u00e9 la fonte des concepts, continuaient de d\u00e9river.<\/p>\n\n\n\n<p>Essai de R\u00e9chauffements des 3 galaxies qui sous le contr\u00f4le des Empereurs successifs d\u00e9rivaient vers le point om\u00e9ga de leur cr\u00e9ation<\/p>\n\n\n\n<p>Apparition de la Grande Bible<\/p>\n\n\n\n<p>2001 L\u2019Odyss\u00e9e de l\u2019Espace, Les Reluctants, Minority Report, Matrix, Rencontre du 3<sup>\u00e8me<\/sup> type, Mars Attack, Jack Baron ou l\u2019Eternit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>Migration<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait en l\u2019an 2500.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pacte 322200222002 a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9 entre tous les parties, enfin apr\u00e8s toutes ses ann\u00e9es de lutte, les entit\u00e9s \u00e9lectro-particulo newtonienne peuvent se r\u00e9jouir&nbsp;: les donn\u00e9es des grands ordinateurs ont fait la synth\u00e8se entre les lois de la gravitation universelle, la fission de l\u2019atome et le calcul du temps post-elliptique int\u00e9grant le d\u00e9roulement de l\u2019espace, la vitesse de propagation du son et des entit\u00e9s \u00e9lectriques, les donn\u00e9es d\u00e9mographiques et l\u2019expansion de l\u2019univers.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne restait plus qu\u2019\u00e0 signer le pacte.<\/p>\n\n\n\n<p>Aucun migrant ne devait y r\u00e9chapper. Les parcours \u00e9taient trac\u00e9s d\u00e8s leur arriv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Il restait en r\u00e9alit\u00e9 une poche inconnue, toujours ce fameux no man\u2019s land de migrants inatteignables qui \u00e9chappait, r\u00e9sistait comme involontairement \u00e0 tous les pactes disponibles sur les interfaces des 3 plan\u00e8tes.<\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 se logeaient-ils<\/p>\n\n\n\n<p>Certains avaient avanc\u00e9 l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019ils \u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s dans la matrice, d\u2019autre encore qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient que le souvenir, l\u2019ombre projet\u00e9e des derniers migrants de l\u2019\u00e8re pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n\n\n\n<p>Une enqu\u00eate avait \u00e9t\u00e9 ouverte conjointement par les 3 Empires.\u2013\u2013\u2013\u2013<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait inconcevable que cette bande d\u2019hors la loi nargu\u00e2t encore la coalition mena\u00e7ant le fragile \u00e9quilibre post-galactique.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous \u00e9tions bien dans l\u2019\u00e8re nouvelle, cette concordance des migrations mettait fin symboliquement \u00e0 une sorte d\u2019errance de l\u2019univers au travers de lui-m\u00eame\u2026enfin tout \u00e9tait verrouill\u00e9, toutes questions r\u00e9solues&nbsp;: les tenant et les aboutissant de la vie cern\u00e9es jusqu\u2019au trou noir enfin \u00e9lucid\u00e9. M\u00eame les concepts de chute et de disparition devaient avoir pris corps quelque part, r\u00e9duisant ainsi totalement leur potentiel de man\u0153uvre. Le contr\u00f4le \u00e9tait absolu.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui ce no man\u2019s land inqui\u00e9tait les autorit\u00e9s. Les auteurs de science-fiction de cette \u00e9poque racontaient des r\u00e9cits cauchemardesques de r\u00e9gression abyssale.<\/p>\n\n\n\n<p>On faisait peur au quelque millier de milliard d\u2019ombres peuplant les 3 galaxies.<\/p>\n\n\n\n<p>On lan\u00e7ait des appels \u00e0 t\u00e9moin, la mode revint au western. On agitait le spectre de la grande D\u00e9cadence. Il \u00e9tait parvenu d\u2019anciens r\u00e9cits sur leur mode de vie, oui ils s\u2019\u00e9taient appropri\u00e9s les synth\u00e8ses successives des th\u00e9ories dominantes jusqu\u2019au derni\u00e8res illusions de contr\u00f4le de la gravitation. Qui \u00e9taient-ils et comment s\u2019effectuait ces migrations d\u2019un autre \u00e2ge&nbsp;? Comment leur corps r\u00e9sistait-ils au choc du nomadisme&nbsp;? Comment osaient-ils braver les commandements des Empereurs successifs&nbsp;?Un des strat\u00e8ges du Clan de la Grande Science eu l\u2019audace de sugg\u00e9rer un pi\u00e8ge&nbsp;: contrefaire l\u00e9g\u00e8rement le pacte et le laisser aux mains des fugitifs. Il fut largement battu au \u00e9lections \u00e9lectro-bacchanale de la Grande Cinqui\u00e8me. Les Sages s\u2019inqui\u00e9taient pour la morale intergalactique et leur r\u00e9putation, mais qui y avait-il pour entendre puisque l\u2019\u00e9cho \u00e9tait \u00e9galement sous verrouillage absolu par r\u00e9seaux d\u2019\u00e9quations&nbsp;? ET QUE L\u2019ON FAISAIT ENTENDRE CE QUE L\u2019ON VOULAIT PAR DISTORSION ECHOGRAPHIQUE&nbsp;? Leur cas \u00e9tait d\u00e9licat&nbsp;: comment faire une demande d\u2019asile, Le souhait-il seulement&nbsp;?Du reste c\u2019est leur existence m\u00eame qui posait probl\u00e8me. Les questions de cet ordre avaient \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9e par la Grande Guilde des Dogmatiens&nbsp;: l\u2019\u00eatre ou ne pas \u00eatre de cet auteur, Shakespeare, avait \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9e dans les atomes cel\u00e9s des grandes Fariboles. On ne lisait plus Shakespeare que l\u2019on confondait avec les graffitis des grottes pari\u00e9tales, ces remises en cause ne devait plus nuire \u00e0 l\u2019avancement du Grand Dogme Scientifico-\u00e9volutif qui d\u2019ailleurs avait port\u00e9 la Question \u00e0 son plus haut degr\u00e9. Et pourtant dans ces univers, c\u2019est la question qui rendait fou de rage les Membres du Cosmo Bureau. Ceux avaient entrepris depuis longtemps la r\u00e9organisation du monde post galactique incluant les notions de redistribution interstellaire. Les membres de la galactocratie avaient dans les faits \u00e9galement redistribu\u00e9es les propri\u00e9t\u00e9s physiques, chacun poss\u00e9dait son lopin de cosmos o\u00f9 il pouvait se relaxer tranquillement non d\u2019angoisse mais de trop de bonheur galactique. Il \u00e9tait temps&nbsp;: le monde allait \u00e0 sa perte, on y entrait et sortait comme dans un moulin, d\u2019ailleurs d\u2019autres esp\u00e8ces y avait fait leur apparition. Par exemple les nodules migrateurs \u00e9taient venus perturber certains atomes donnant des \u00eatres cun\u00e9iformes. Si nous avions d\u00e9pass\u00e9 les notions de fronti\u00e8res, les normes furent pourtant reconduites d\u00e9pla\u00e7ant les probl\u00e8mes jusqu\u2019\u00e0 la racine de l\u2019id\u00e9e, du concept. Quand le second Grand Empereur d\u00e9cida de recourir \u00e0 la manipulation de l\u2019\u00e9radication du concept m\u00eame. Ce fut un jeu de massacre \u2013 une saint-Barth\u00e9lmy des concepts, les concepts tombant les uns sur les autres comme des dominos. Ce fut la Grande S\u00e9cheresse. Les humains erraient sur les routes, dans leurs engins interstellaires compl\u00e8tement hagards, <a>insensibles<\/a>. Ceci n\u2019avait pas \u00e9tait pr\u00e9vu. Ce fut une sorte de maintenance g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de tout qu\u2019il fallut mettre en place, un premier Grand Contr\u00f4le\u2026 Ce fut le d\u00e9but de notre Ere. Et nous historiens de cette fin des temps datons de ce moment l\u2019apparition du no man\u2019s land, de la poche migratoire.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, il semblerait que ces individus r\u00e9chapp\u00e8rent \u00e0 l\u2019Eradication Premi\u00e8re. Car il n\u2019y eu pas d\u2019autodaf\u00e9, comme pendant l\u2019autre Ere. Il y eu bonnement et simplement variation de la th\u00e9orie du Grand Tout celui \u00e9tant simplement parcellis\u00e9 et accessible. Mais eux, n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s, eux continuaient de fonctionner avec. D\u2019o\u00f9 leur r\u00e9surgence, d\u2019o\u00f9 le doute m\u00eame sur leur existence alors que notion de doute \u00e9tait parfaitement r\u00e9voltante. Il apparut le Grand Carr\u00e9 Rouge. Le Grand Carr\u00e9 Rouge\u2026\u00e9manation des g\u00e9n\u00e9rations pr\u00e9c\u00e9dentes&nbsp;: le seul \u00e0 pouvoir \u00e9mettre et conceptualiser \u2026le doute. Un h\u00e9ritage du pass\u00e9, le doute sans application n\u00e9anmoins. Toutes \u00e9quations r\u00e9solues, il n\u2019avait plus lieu d\u2019\u00eatre. Ce pouvoir extraordinaire du Grand Carr\u00e9 Rouge n\u2019\u00e9tait pas soutenable. Il fallut math\u00e9matiser le doute m\u00eame le rendre visible et ce fut l\u2019Ere suivante, l\u2019Ere du Grand Onomatop\u00e9e, o\u00f9 l\u2019on se relayait sous sa statue. Et Certains le prirent en grippe&nbsp;:&nbsp; n\u2019\u00e9tait-ce pas une r\u00e9gression&nbsp;? Et tout \u00e7a \u00e0 cause du no man\u2019s land\u2026 .Certains plaid\u00e8rent pour le silence absolu&nbsp;&#8211; Mais ne risquait-on pas d\u2019entendre le doute ou pire d\u2019entendre le bruit des paroles venues du no man\u2019s land comme une musique inqui\u00e9tante venues des confins&nbsp;? Ces superstitions firent rire les Grands Carr\u00e9s Rouges des 3 g\u00e9n\u00e9rations suivantes. On s\u2019empress\u00e2t de les num\u00e9riser puis de les oublier\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Quand enfin la traque fut ouverte\u2026<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\" \/>\n\n\n\n<p><a id=\"_msocom_1\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;<a href=\"#_msoanchor_1\">[IDM1]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p># 1 Recto Le monde ne se ressemblait plus, avec presque rien, en partant de rien, il fallait inventer le bout de territoire, c\u2019est en marchant vers le territoire, dans une all\u00e9e d\u2019un jardin, ou sur la grande avenue d\u2019une capitale, c\u2019\u00e9tait pareil, qu\u2019on aboutisse au Taj Mahal, ou sur l\u2019envers d\u2019une autoroute &#8211; les bornes \u00e0 essence, le comptoir <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/recto-verso-2\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#rectoverso #01 #02 #03 #04 #05 #06 #07 #08 #09 #10 #11 #12 #13 #14| (titre \u00e0 venir)<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":328,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7529,7530,7548,7558,7565,7583,7613,7632,7658,7669,7721,7727,7744],"tags":[4989,298,885,228,79,474,370],"class_list":["post-191685","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recto-verso-le-cycle-ete-2025","category-rectoverso-01-annie-ernaux-dehors","category-rectoverso-02-maylis-de-kerangal-nuit","category-rectoverso-03-camille-laurens-quelques-uns","category-rectoverso-04-marianne-alphant-exercice-de-memoire","category-rectoverso-05-joy-sorman-avant-apres","category-rectoverso-06-gaelle-obliegly-le-personnage-ses-morts","category-rectoverso-07-lucy-ellmann-rapide-lent","category-rectoverso-08-nathalie-sarraute-lucienne-panhard","category-rectoverso-09-gertrude-stein-la-robe-le-flan-le-couloir","category-rectoverso-12-helene-gaudy-les-peut-etre","category-rectoverso-13-laure-gauthier-amonts-de-lecriture","category-rectoverso-14-archives-futures-de-nous-memes","tag-apprendre-a-lire","tag-corps","tag-eau","tag-enfance","tag-memoire","tag-peau","tag-voix"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/191685","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/328"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=191685"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/191685\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":197138,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/191685\/revisions\/197138"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=191685"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=191685"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=191685"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}