{"id":191806,"date":"2025-07-20T12:59:28","date_gmt":"2025-07-20T10:59:28","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=191806"},"modified":"2025-07-20T18:12:51","modified_gmt":"2025-07-20T16:12:51","slug":"rectoverso-07-mama","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-07-mama\/","title":{"rendered":"#rectoverso #07 | mam\u00e1<gwmw style=\"display:none;\"><\/gwmw>"},"content":{"rendered":"\n<p><gwmw style=\"display:none;\"><\/gwmw><gwmw style=\"display:none;\"><\/gwmw><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"747\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/img-18-747x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-191807\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/img-18-747x1024.jpg 747w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/img-18-306x420.jpg 306w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/img-18-768x1053.jpg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/img-18-1120x1536.jpg 1120w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/img-18.jpg 1292w\" sizes=\"auto, (max-width: 747px) 100vw, 747px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Pl. 32, Figs 20-24. Nom manuscrit dans la l\u00e9gende de la Planche&nbsp;:<em>&nbsp;Spirolina pedum.<\/em>&nbsp;Nom disponible et d\u00e9nomination actuelle&nbsp;:<em>&nbsp;Spirolina pedum<\/em>&nbsp;Alcide d\u2019Orbigny, 1850<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Le fait que chaque matin elle vient l\u00e0 et qu\u2019elle s\u2019assoit toujours \u00e0 la m\u00eame table, derri\u00e8re la vitre, dos \u00e0 la rue, le fait qu\u2019elle le fait volontairement, m\u00eame si elle sait qu\u2019il faut surveiller ses arri\u00e8res, qu\u2019elle connait des gars qui ont pris une balle dans la nuque l\u00e0-bas, ici elle ne risque rien, pas encore, journalistes g\u00eanants, Reporters sans fronti\u00e8res, \u00ab&nbsp;<em>il ne reste plus un seul journaliste vivant \u00e0 Gaza&nbsp;<\/em>\u00bb, ex\u00e9cution, proc\u00e9dure-b\u00e2illon, intimidation, autocensure,&nbsp;<em>Des os dans le d\u00e9sert<\/em>, le fait qu\u2019elle se force \u00e0 tourner le dos \u00e0 la rue, le fait que le caf\u00e9 la r\u00e9veille, pas la boisson le lieu, le bar, animation matinale, bruit des discussions dont elle capte quelques bribes, J\u2019en peux plus de cette ville, ses travaux. T\u2019as qu\u2019\u00e0 laisser ta voiture et prendre le bus. Le bus? Tu rigoles, le fait que c\u2019est la merde, elle ouvre son ordi, juste apr\u00e8s avoir dit bonjour, ramass\u00e9 le journal sur le comptoir et s\u2019\u00eatre assise face au bar, \u00e0 regarder la valse des caf\u00e9s noirs (et aussi des noisettes, moins nombreuses), le fait que \u00e7a se bouscule dans sa t\u00eate, qu\u2019elle a souvent envie de r\u00e9pondre, mais elle se tait, grande gueule, ferme ta bouche, t\u2019es qui toi? elle a entendu tout \u00e7a d\u00e9j\u00e0, elle ouvre son blog, commentaires, revue de presse en ligne, Gaza, b\u00eatise du pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis (elle s\u2019est promise de ne jamais \u00e9crire son nom), elle ne peut pas \u00e9crire sur Gaza, le fait que le 7 octobre elle est rest\u00e9e des jours \u00e0 traquer les vid\u00e9os sur les r\u00e9seaux sociaux, elle a commenc\u00e9 plusieurs billets jamais publi\u00e9s, le fait que l\u2019indicible l\u2019est vraiment, que les sourires des bourreaux marquent plus que les corps abattus, le fait que les sourires des soldats dans les ruines de Gaza aussi, un n\u2019\u00e9gale pas un, le fait que souvent son caf\u00e9 refroidit, qu\u2019elle est aspir\u00e9e par les infos, qu\u2019elle se demande o\u00f9 est Pedro, qu\u2019elle sort le livre qu\u2019il lui a laiss\u00e9, le pose \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ordi, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du caf\u00e9 froid, elle en lira quelques pages avant de partir,&nbsp;<em>Siamo tutti antifascisti<\/em>, le fait est qu\u2019elle entend souvent ce slogan sur Youtube, le fait qu\u2019elle n\u2019a pas connu la dictature mais que sa m\u00e8re, oui, le fait qu\u2019elle n\u2019a pas connu sa m\u00e8re, mam\u00e1, ni son p\u00e8re, le fait est que les queers sont \u00e9nerv\u00e9\u00b7es, ici et l\u00e0-bas, au Chili, en Argentine, au Br\u00e9sil, au Mexique, chez elle en Bolivie (est-ce encore chez elle?),&nbsp;<em>los pollitos dicen p\u00edo, p\u00edo, p\u00edo, cuando tienen hambre, cuando tienen fr\u00edo<\/em>, les poules caqu\u00e8tent et on les entend, #metoo, Epstein, Grand rassemblement \u00e0 la m\u00e9moire de G\u00e9raldine, le fait que T veuille \u00e9liminer les migrants et les trans \u00e7a la bouffe, le fait que l\u2019incomp\u00e9tent des \u00c9tats-Unis fait beaucoup de mal, Imane Khelif est un homme et un homme ne doit pas boxer avec les femmes, le fait que parmi les mecs qui disent \u00e7a il y en a qui cognent leur femme, le fait qu\u2019elle sait o\u00f9 sont les couilles au cas o\u00f9 et qu\u2019un coup de genou \u00e7a soulage, le fait qu\u2019elle connait plus de trans mortes que de trans meurtri\u00e8res, le fait qu\u2019elle en a vu \u00e0 San Pedro et que c\u2019\u00e9tait l\u2019enfer (puis la mort), le fait que quand elle voit la rousse, pas la poule, la patronne, \u00e7a lui fait quelque chose dans le ventre<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Le fait que ta m\u00e8re soit morte en couches, c\u2019est un sacr\u00e9 poids, le fait qu\u2019en France 85 femmes meurent chaque ann\u00e9e en donnant la vie, le fait que pour la Bolivie les chiffres sont plus \u00e9lev\u00e9s, le fait que tu te dis que tu es n\u00e9e de la mort d\u2019une pute emprisonn\u00e9e, le fait qu\u2019on trouve les donn\u00e9es des morts maternelles sur le web pour tous les pays, sauf pour les \u00c9tats-Unis qui effacent les leurs, sur les infections, les vaccins, le climat, les migrations, les suicides, le VIH, sur l\u2019avortement, le fait qu\u2019au Texas qui a durci sa loi sur l\u2019avortement, le nombre de d\u00e9c\u00e8s en couches a augment\u00e9 en quelques semaines, le fait que c\u2019est une fatalit\u00e9 puisqu\u2019il n\u2019y a plus de donn\u00e9es, le fait que si Dieu le veut, inondations meurtri\u00e8res, filles noy\u00e9es au Texas o\u00f9 elle n\u2019auront pas \u00e0 avorter, le fait que conna\u00eetre les chiffres des mortes en couches c\u2019est pas \u00e7a qui ram\u00e8nera ta m\u00e8re, le fait que tu sais tr\u00e8s peu de choses d\u2019elle, tu n\u2019as qu\u2019une photo que t\u2019a donn\u00e9e Maribel Torres que tu n\u2019as jamais appel\u00e9e Mam\u00e1 m\u00eame si tu as v\u00e9cu plus de dix ans dans sa cellule avec Mariana, le fait que Maribel aussi a accouch\u00e9 en prison et qu\u2019elle a surv\u00e9cu, le fait que c\u2019est facile d\u2019y entrer mais on sait jamais quand on en sort, ni comment, ta m\u00e8re en est sortie apr\u00e8s t\u2019avoir donn\u00e9 la vie, don, contre-don, dodo, l\u2019enfant-do, dans un sac en plastique blanc, le fait que tu n\u2019as jamais appel\u00e9 personne Mam\u00e1, sauf dans ta t\u00eate, tu lui parles, comme Charles Juliet que tu as lu, le fait que tu ne lis pas tu d\u00e9vores depuis que tu as appris le fran\u00e7ais avec Pedro, tu faisais rire tout le monde avec tes livres et tes carnets, \u00ab\u00a0<em>Un de ces matins-l\u00e0, un jour de juillet \u2014\u00a0tu viens d\u2019avoir trente-huit ans\u00a0\u2013 on constate ton d\u00e9c\u00e8s. Tu es morte de faim<\/em>\u00a0\u00bb, tu l\u2019as relu souvent ce texte, tu n\u2019as rien \u00e9crit sur ta m\u00e8re, tu lui parles, le fait qu\u2019elle n\u2019a pas de corps, tu parles \u00e0 l\u2019invisible en toi et autour, l\u2019invisible dont tu viens qui a \u00e9t\u00e9 un corps qui t\u2019a port\u00e9e, dont les cris se sont m\u00eal\u00e9s aux tiens et qui maintenant t\u2019apaise quand tu lui parles, le fait qu\u2019en Bolivie, les femmes accouchent encore beaucoup chez elles, accompagn\u00e9es des autres femmes, le fait que ta m\u00e8re a accouch\u00e9 en prison, o\u00f9 tu as tout appris m\u00eame le fran\u00e7ais, comme si tu \u00e9tais all\u00e9e au lyc\u00e9e fran\u00e7ais de la Paz, le fait qu\u2019Alcide Charles Victor Marie Dessalines d&rsquo;Orbigny lui a donn\u00e9 son nom, le fait que quand on apprend \u00e0 lire \u00e0 San Pedro, on ne vas pas \u00e0 Alcide d&rsquo;Orbigny, le fait que c\u2019est un sp\u00e9cialiste des foraminif\u00e8res qui sont un indicateur des pollutions littorales et du r\u00e9chauffement climatique et que c\u2019est un bon projet d\u2019article pour ton blog, les foraminif\u00e8res dont la richesse et la densit\u00e9 disparaissent et tout le monde s\u2019en fout, le fait que d\u2019Orbigny a \u00e9crit un\u00a0<em>Tableau m\u00e9thodique de la classe des C\u00e9phalopodes<\/em>, qu\u2019il a produit des m\u00e9moires de 9 tomes en 11 volumes et 4747 pages, qu\u2019il a laiss\u00e9 inachev\u00e9e sa\u00a0<em>Pal\u00e9ontologie fran\u00e7aise<\/em>\u00a0dont plus de 4 000 pages r\u00e9dig\u00e9es, 1 440 lithographies et 2 800 esp\u00e8ces recens\u00e9es, le fait qu\u2019Alcide d\u2019Orbigny est all\u00e9 \u00e0 la Paz, tu as vu sur Gallica la carte de la Bolivie qu\u2019il a dessin\u00e9e en 1842, il parle de Cochabamba, tu connaissais Cochabamba Mam\u00e1? le fait que personne ne connait les foraminif\u00e8res et que personne ne se souvient de ta m\u00e8re, le fait qu\u2019il faut que tu \u00e9crives<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le fait que chaque matin elle vient l\u00e0 et qu\u2019elle s\u2019assoit toujours \u00e0 la m\u00eame table, derri\u00e8re la vitre, dos \u00e0 la rue, le fait qu\u2019elle le fait volontairement, m\u00eame si elle sait qu\u2019il faut surveiller ses arri\u00e8res, qu\u2019elle connait des gars qui ont pris une balle dans la nuque l\u00e0-bas, ici elle ne risque rien, pas encore, journalistes g\u00eanants, <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-07-mama\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#rectoverso #07 | mam\u00e1<gwmw style=\"display:none;\"><\/gwmw><\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":171,"featured_media":191807,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7529,7632],"tags":[],"class_list":["post-191806","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-recto-verso-le-cycle-ete-2025","category-rectoverso-07-lucy-ellmann-rapide-lent"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/191806","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/171"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=191806"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/191806\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":191857,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/191806\/revisions\/191857"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media\/191807"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=191806"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=191806"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=191806"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}