{"id":192041,"date":"2025-07-21T16:33:44","date_gmt":"2025-07-21T14:33:44","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=192041"},"modified":"2025-07-21T18:17:24","modified_gmt":"2025-07-21T16:17:24","slug":"5-lieu-memoire-rue-couche-paris-14e","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/5-lieu-memoire-rue-couche-paris-14e\/","title":{"rendered":"#rectoverso #05 |\u00a0Lieu m\u00e9moire \u2013 Rue Couche, Paris 14\u00e8"},"content":{"rendered":"\n<p>Recto<\/p>\n\n\n\n<p>Elle n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 propri\u00e9taire, jamais vraiment eu de maison \u00e0 elle, de ces maisons qui suscitent disputes d&rsquo;h\u00e9ritages, pleurs apr\u00e8s la foudre, un incendie ou une inondation, \u00e9voquent enfance et amiti\u00e9s, familles enti\u00e8res puis d\u00e9chir\u00e9es ou dispers\u00e9es, r\u00e9unions organis\u00e9es o\u00f9 tous se retrouvent dans un jardin, sous un tilleul ou un lilas tr\u00e8s vieux, et constatent que la distance entre eux s&rsquo;est creus\u00e9e, qu&rsquo;ils n&rsquo;ont plus grand chose \u00e0 se dire, que ces retrouvailles sont artificielles mais font tout de m\u00eame plaisir, un peu, mais on ne recommencera pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Locataire toujours, comme ses parents avant elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c9lev\u00e9e dans un minuscule appartement, dans un quartier populaire de Paris, sans confort, sans ascenseur. L&rsquo;escalier comme pivot central des journ\u00e9es d&rsquo;\u00e9cole pour elle, de travail pour ses parents&nbsp;: six \u00e9tages mont\u00e9s et descendus plusieurs fois par jour \u2013 petite, remont\u00e9e parfois dans les bras de son p\u00e8re, faisant semblant de s&rsquo;\u00eatre endormie dans la voiture du retour, quand on allait un peu \u00e0 la campagne, prendre l&rsquo;air.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait un septi\u00e8me \u00e9tage, celui qui menait \u00e0 la cave, dans le noir, pour aller recharger le seau \u00e0 charbon qu&rsquo;il fallait ensuite porter jusqu&rsquo;en haut &#8211; dans le noir et la peur, malgr\u00e9 la lampe de poche soigneusement rang\u00e9e au fond du cartable&nbsp;: contribuer aux efforts de la famille, et allumer le po\u00eale pour chauffer la maigre surface sous les toits avant le retour des parents travailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est cet appartement l\u00e0 qui lui semble le plus proche d&rsquo;une demeure \u00e0 elle, celui que sa solitude d&rsquo;enfant unique avait meubl\u00e9 de r\u00eaves et d&rsquo;imaginaire, comme l&rsquo;aurait fait un enfant de la campagne d&rsquo;une cabane dans les arbres. Elle y passait tant de temps seule qu&rsquo;elle se sentait ch\u00e2telaine, propri\u00e9taire de plein droit.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se souvient encore que la cinqui\u00e8me marche du deuxi\u00e8me \u00e9tage grin\u00e7ait plus fort que les autres, qu&rsquo;au troisi\u00e8me habitait un couple de violonistes qu&rsquo;on entendait r\u00e9p\u00e9ter, qu&rsquo;elle \u00e9tait \u00e0 ce moment-l\u00e0 le seul enfant dans tout l&rsquo;immeuble, que certaine vieille dame lui reprochait de faire trop de bruit en descendant ou en montant les marches deux \u00e0 deux \u2013 on a le sport qu&rsquo;on peut -, qu&rsquo;une autre la guettait pour lui offrir les g\u00e2teaux qu&rsquo;elle fabriquait pour des petits-enfants qui ne venaient jamais, qu&rsquo;avoir sa clef \u00e0 elle \u00e9tait un privil\u00e8ge, une conqu\u00eate d&rsquo;ind\u00e9pendance, au regard de tous ces autres qui rentraient dans des appartements o\u00f9 les attendait une m\u00e8re qui ne travaillait pas au dehors, qui n\u2019enfourchait pas chaque matin un vieux v\u00e9lo qui la m\u00e8nerait en vingt minutes \u00e0 un bureau gris dans une rue grise.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ne se retournait pas le matin, pour regarder d&rsquo;o\u00f9 elle sortait, elle se moquait de voir ce qu&rsquo;elle retrouverait plus tard, et qui serait alors \u00e0 elle, rien qu&rsquo;\u00e0 elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Verso &#8211; Cinquante ans plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a lui a pris comme \u00e7a, retourner voir, l\u00e0 bas, la rue Couche <em>(ing\u00e9nieur en chef du service des eaux de la Ville de Paris, \u00c9douard Couche, (1832-1889), en raison du voisinage des\u00a0<a href=\"https:\/\/www.bing.com\/ck\/a?!&amp;&amp;p=1ade4711b9ea76476cab2c93d70138a8be401a551825ab30233b32634a2b608cJmltdHM9MTc1MzA1NjAwMA&amp;ptn=3&amp;ver=2&amp;hsh=4&amp;fclid=30aa2137-a81e-6c59-26d9-3707a9f56d20&amp;u=a1L3NlYXJjaD9xPUFxdWVkdWNzJTIwZGUlMjBsYSUyMFZhbm5lJTIwZXQlMjBkdSUyMExvaW5nJTIwd2lraXBlZGlhJmZvcm09V0lLSVJF&amp;ntb=1\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">r\u00e9servoirs<\/a>\u00a0de la\u00a0<a href=\"https:\/\/www.bing.com\/ck\/a?!&amp;&amp;p=d95a0ca022000d6d4baf6713940e2e9a3869fa6790018696d0adbea29091fe8eJmltdHM9MTc1MzA1NjAwMA&amp;ptn=3&amp;ver=2&amp;hsh=4&amp;fclid=30aa2137-a81e-6c59-26d9-3707a9f56d20&amp;u=a1L3NlYXJjaD9xPVZhbm5lJTIwKHJpdmnDqHJlKSUyMHdpa2lwZWRpYSZmb3JtPVdJS0lSRQ&amp;ntb=1\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Vanne<\/a>\u00a0et du Loing).<\/em> Elle n&rsquo;y avait plus remis les pieds, jamais, trouvant souvent vaine la nostalgie exprim\u00e9e par les uns, les regrets affich\u00e9s par les autres. Elle n&rsquo;\u00e9prouvait ni nostalgie, ni regrets\u00a0; de la curiosit\u00e9, oui.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout a chang\u00e9. Rien n&rsquo;a chang\u00e9. L&rsquo;immeuble est tel qu&rsquo;elle l&rsquo;avait oubli\u00e9, les murs beaucoup plus propres que dans son souvenir. Elle ignorait qu&rsquo;elle avait v\u00e9cu dans un immeuble qu&rsquo;on dirait &lsquo;bourgeois&rsquo;, il \u00e9tait noir alors, elle ne savait pas qu&rsquo;il \u00e9tait de pierre et de briques, que la porte &#8211; qu&rsquo;elle ne peut plus pousser pour cause de digicode \u2013 \u00e9tait belle, que des ornements sculpt\u00e9s ornaient la fa\u00e7ade. Elle n&rsquo;avait jamais remarqu\u00e9 \u00e7a. Le quartier, comme bien d&rsquo;autres dans la capitale, s&rsquo;est embourgeois\u00e9, gentrifi\u00e9, plus de cr\u00e9mi\u00e8re au coin de la rue, la grange du marchand de charbon a fait place au seul immeuble d&rsquo;allure r\u00e9cente de la rue, le reste est l\u00e0, l\u2019immeuble bas juste en face, suffisamment bas pour qu&rsquo;elle puisse faire des signes \u00e0 sa copine qui habitait encore plus loin, derri\u00e8re, mais au dessus. Les fen\u00eatres ont \u00e9t\u00e9 repeintes, c&rsquo;est tr\u00e8s coquet. La rue semble presque campagnarde, malgr\u00e9 le peu de verdure. Elle se dit qu&rsquo;elle pourrait y revenir, y revivre, que ce serait sans doute le seul lieu de cette immense ville qui lui ferait oublier \u00e0 quel point elle appr\u00e9cie d\u00e9sormais le calme de ses montagnes. Qui sait &#8230;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Recto Elle n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 propri\u00e9taire, jamais vraiment eu de maison \u00e0 elle, de ces maisons qui suscitent disputes d&rsquo;h\u00e9ritages, pleurs apr\u00e8s la foudre, un incendie ou une inondation, \u00e9voquent enfance et amiti\u00e9s, familles enti\u00e8res puis d\u00e9chir\u00e9es ou dispers\u00e9es, r\u00e9unions organis\u00e9es o\u00f9 tous se retrouvent dans un jardin, sous un tilleul ou un lilas tr\u00e8s vieux, et constatent que la <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/5-lieu-memoire-rue-couche-paris-14e\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">#rectoverso #05 |\u00a0Lieu m\u00e9moire \u2013 Rue Couche, Paris 14\u00e8<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":375,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[7529,7583],"tags":[],"class_list":["post-192041","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-recto-verso-le-cycle-ete-2025","category-rectoverso-05-joy-sorman-avant-apres"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/192041","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/375"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=192041"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/192041\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":192050,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/192041\/revisions\/192050"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=192041"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=192041"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=192041"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}