{"id":19231,"date":"2019-11-20T17:08:27","date_gmt":"2019-11-20T16:08:27","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=19231"},"modified":"2019-11-20T17:08:28","modified_gmt":"2019-11-20T16:08:28","slug":"le-passant-de-soi-meme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-passant-de-soi-meme\/","title":{"rendered":"Le passant de soi-m\u00eame"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Un passant sans nom, un\nregard, un parfum, une silhouette, une peau, une pause arr\u00eat, des yeux\nbrillants, si brillants, pr\u00e9cis. Tu te dis&nbsp;: je. Le tutoiement t\u2019emporte\ndans les mots de distance\/ombre chinoise de l\u2019\u0153il de soi-m\u00eame\/la veste de\nmouton retourn\u00e9e&nbsp;; qui de la peau&nbsp;?qui du muscle&nbsp;? qui du sang&nbsp;?\nJE t\u2019ancre dans les guerriers de l\u2019hiver qui s\u2019\u00e9tendent les uns contre les\nautres, troupeaux de bois morts abattus le long des rivi\u00e8res qui h\u00e9sitent \u00e0\nruisseler. Paysage intime\/illusion d\u2019un thaumaturge acari\u00e2tre ranim\u00e9 par le\nd\u00e9sir imm\u00e9diat. Une envie de finir ce que nul n\u2019a commenc\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Je\/Tu vas bien&nbsp;? Des\nmots usuels, presqu\u2019us\u00e9s. Des mots d\u2019ailleurs attendus et \u00e9crits qu\u2019on entend par-ci\npar-l\u00e0, ceux qui volent, te caressent, ceux qui craignent, qui te tuent. Se\ndire sans comprendre\/ se dire&nbsp; de se\nlever\/ se dire de se coucher\/ l\u2019autre temps\/ celui du sentiment discret\/ celui\ndu tremblement\/ celui de la porte qui claque\/ en silence\/ l\u2019autre vie\/ celle qu\u2019on\n\u00e9courte en dormant\/ celle qui s\u2019insinue\/ celle qui se donne s\u2019all\u00e8ge en riant\/\nl\u2019autre cri\/ dans l\u2019image impossible\/ dans l\u2019absence sublim\u00e9e\/l\u2019autre signe\/ se\ndire le va bien[ r\u00e9ponse \u00e0 la premi\u00e8re question] se dire l\u2019utopie\/ se dire le\nbanal&nbsp;: le soleil luit, les oiseaux chantent, ta fille a grandi[ ou ton\nfils, ou ton chat ou ton chien suivant l\u2019interlocuteur]il fait chaud ce soir[ \u00e0\nvarier suivant les saisons&nbsp;: il va neiger, il fait froid, il pleut, l\u2019automne\nest en avance]. &nbsp;Je me te r\u00e9ponds sans arri\u00e8re-pens\u00e9e,\npens\u00e9e r\u00e9flexive, pens\u00e9e en arri\u00e8re. Concevoir l\u2019irr\u00e9alit\u00e9 de la mati\u00e8re, les r\u00eaves\nfa\u00e7onn\u00e9s sur la pr\u00e9sence de l\u2019en-corps. Face \u00e0 la mer\/fixer les vagues\nlongtemps\/regarder brusquement la terre\/elle bouge\/elle n\u2019est qu\u2019un masque, une\nfine couche au-dessus du magma\/ la peau du feu. <\/p>\n\n\n\n<p>Je me te remonte les\ns\u00e9quences du temps. Enfant placide, brusques col\u00e8res, d\u00e9cal\u00e9es, un soldat en miettes,\ndes chants souterrains. Enfant remuant, curieux, fugueur, loin d\u00e9j\u00e0 des\nobsessions des ordres. Enfant rebelle, totalement abandonn\u00e9 aux autres qui lui\nressemblent, chaque pierre rec\u00e8le un tr\u00e9sor, chaque caresse scintille. Menteur,\ndiseur, raconte encore ces histoires frileuses, ces histoires sans traces&nbsp;:\nles tarentes aux yeux rouges accroch\u00e9es au plafonds les soirs de sirocco, les\nsorci\u00e8res \u00e9chevel\u00e9es, \u00e9dent\u00e9es, des marmites qui dansent, des morts qui se\nrel\u00e8vent qui r\u00e9clament leurs d\u00e9jeuners aux pleureuses incr\u00e9dules. Raconte encore,\nles tigres verts et blancs[ il jure en avoir vu, l\u00e0 sur le pas de la porte] les\nchemins de cristal qui \u00e9clairent la colline la nuit, les animaux m\u00e9lomanes.\nR\u00eaveur spontan\u00e9 au carrefour des yeux sans sommeil, une euphorie glac\u00e9e,\nstatique sans objets.<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps s\u2019\u00e9coule \u00e0 colmater des failles, &nbsp;les rouler, les enrouler, les d\u00e9rouler. Passion\nendormie du ressac. Rouleaux de machines qui s\u2019\u00e9crivent dans des cycles de\nm\u00e9moire. Sentir les larmes des roches dans leur \u00e9crin volcanique, rouge du sang,\norange du feu.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soleil se fond dans\nune nuit solitaire. Les mots rayons ont \u00e9t\u00e9 dits sur la surface de ta peau.<\/p>\n\n\n\n<p>Les souvenirs veillent\nentre les pav\u00e9s vivants de ta m\u00e9moire absurde. Les bruits s\u2019\u00e9clairent<\/p>\n\n\n\n<p>lanternes de peu de\nchoses.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu es l\u00e0, bouche b\u00e9e \u00e0\nboire l\u2019\u00e9ther qui se d\u00e9verse. Les mots chev\u00eatres, les mots lignes<\/p>\n\n\n\n<p>s\u2019agrippent \u00e0 ton cou comme\nles tigres \u00e0 l\u2019envers du monde.[les verts et blancs]<\/p>\n\n\n\n<p>Un corps suspendu dans\nl\u2019Eden d\u2019avant l\u2019Eden. Une jungle folle de d\u00e9sespoirs en fuite.<\/p>\n\n\n\n<p>Et toi au milieu de la\nperdition de nuit les racines te poussent entre tes doigts meurtris<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 n\u2019entendre que les\nbruissements profonds de la d\u00e9rive des corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Blackout rock and roll\/ des sir\u00e8nes de flics \u00ab&nbsp; <em>avant\n&nbsp;d\u2019entendre du rock je ne savais pas que<\/em>\n<em>les humains existaient<\/em>&nbsp;\u00bb une phrase de Lou Reed avec celle des lunettes\nnoires et de l\u2019avenir \u00e9clatant\/ Je tu les mets m\u00eame quand le soleil se cache\/sombrer\ndans les d\u00e9rives \u00e9lectriques, \u00e9clectiques. Tu penses aux peaux, celles qui te\ntouchent, des peaux d\u2019hommes, \u00e9paisses et douces. Un bout de papier dans une\nenveloppe ferm\u00e9e. Un corps derri\u00e8re une porte ferm\u00e9e. Enti\u00e8rement nu. Un\napr\u00e8s-midi d\u2019\u00e9t\u00e9. Une chaleur qui fait craquer les boiseries de la fen\u00eatre. L\u2019air\nest tellement \u00e9pais que les bruits de la rue sont assourdis. Un corps nu d\u2019homme.\nLes volets sont clos. Un peu de sueur, l\u00e9g\u00e8re sur le torse. Les yeux sont\nferm\u00e9s. Une sieste d\u2019\u00e9t\u00e9. Errance ferm\u00e9e aux bruits des quais derniers \u00e9clats\nflamboyants suffocation de sirocco dans des draps blancs mouill\u00e9s lignes des\ncorps de l\u2019eau lignes de l\u2019eau des corps pour souvenirs encr\u00e9s sculpture\nd\u00e9jant\u00e9s d\u2019occupant absent l\u2019avion de 23 h traverse les larmes atrophi\u00e9es\nbaiser avec mes souvenirs \u00e9trange histoire les eaux sont profondes ces temps-ci\nun sillage du sexe engrang\u00e9 dans des mers froides sans noms\/ reprendre la route\nde l\u2019asphalte, des rues mal \u00e9clair\u00e9es, des caf\u00e9s enfum\u00e9s. <em>Station to station<\/em> de Bowie, <em>Transeurop\nexpress<\/em> de Kraftwerk, les lignes de Carzou dans la chapelle de Manosque,\nune toile de lignes noires, des raclements d\u2019essieux, des bruits d\u2019aiguillages\net les souffles des vieux trains, Gabin et la \u00ab&nbsp;B\u00eate Humaine&nbsp;\u00bb. Des\nusines, des entrep\u00f4ts, des for\u00eats, profondes s\u00fbrement, flash-back de mes\nrencontres, bords des quais, cin\u00e9s, sex-shops, parcs sombres, jardins miteux,\nchambres inconnues, ascenseur, terrasse, naissance, retour, r\u00e9verb\u00e8res, lumi\u00e8res\nde nuits, de jours, sentiers de vent, promesses, four, chemin\u00e9es, isolement, marques,\nrep\u00e8res, bateaux, pluies cadenass\u00e9es, \u00e9clairs, sueurs, sexes, vertiges, sourd,\nvestiges, ruines, d\u00e9fense, interdit, caves, oubli, comptoirs, bouteilles, ivresses,\nlits, statues, buissons, enlacements, attente, d\u00e9livrance, r\u00e9veil, sommeil, \u00e9treintes,\nsonges, reflets miroirs, gardien \u00e9chevel\u00e9, chim\u00e8res de latex, chevauchements,\ncrissements, rails, traces, nasses, obscurit\u00e9 perdue. Je me te dis&nbsp;: il\nest bien tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a de r\u00e9cit que celui qui coule en toi\/j\u2019entends des\nbruits fugaces voraces\/ les mains se plongent dans ton corps passerelle\/les\nliens fixent l\u2019image&nbsp; dans tes veines haineuses.\nNe m\u2019attend pas ce soir. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un passant sans nom, un regard, un parfum, une silhouette, une peau, une pause arr\u00eat, des yeux brillants, si brillants, pr\u00e9cis. Tu te dis&nbsp;: je. Le tutoiement t\u2019emporte dans les mots de distance\/ombre chinoise de l\u2019\u0153il de soi-m\u00eame\/la veste de mouton retourn\u00e9e&nbsp;; qui de la peau&nbsp;?qui du muscle&nbsp;? qui du sang&nbsp;? JE t\u2019ancre dans les guerriers de l\u2019hiver qui s\u2019\u00e9tendent <a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/le-passant-de-soi-meme\/\">Continuer la lecture<span class=\"screen-reader-text\">Le passant de soi-m\u00eame<\/span><span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":59,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"h5ap_radio_sources":[],"footnotes":""},"categories":[1490],"tags":[],"class_list":["post-19231","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-ete-2019-12-loeil-interieur"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19231","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/users\/59"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=19231"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19231\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=19231"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=19231"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=19231"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}