{"id":192515,"date":"2025-07-24T12:08:39","date_gmt":"2025-07-24T10:08:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=192515"},"modified":"2025-07-24T23:06:04","modified_gmt":"2025-07-24T21:06:04","slug":"rectoverso-08-vers-le-paysage","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso-08-vers-le-paysage\/","title":{"rendered":"#rectoverso #08 | Vers le paysage"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"768\" src=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/IMG_4160-1024x768.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-192520\" srcset=\"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/IMG_4160-1024x768.jpeg 1024w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/IMG_4160-420x315.jpeg 420w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/IMG_4160-768x576.jpeg 768w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/IMG_4160-1536x1152.jpeg 1536w, https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/IMG_4160-2048x1536.jpeg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Photographie @michael-saludo<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\"><br>Il fut convenu de se rendre en bas. De la maison, \u00ab\u2009en bas\u2009\u00bb d\u00e9signe les cinq cents m\u00e8tres qui d\u00e9clinent jusqu\u2019au cimeti\u00e8re, plus loin le ch\u00e2teau. Mais il y a un autre \u00ab contre bas\u00bb \u00e0 rebours, plus abrupt, qui m\u00e8ne droit vers le fleuve, o\u00f9 les p\u00e2tures glissent dans les eaux qui serpentent, travaillent et se fatiguent autour d\u2019\u00eelots de verdure et de bras morts. En suivant son chemin taiseux, la vieille sans le d\u00e9signer m\u2019am\u00e8ne vers son \u00e9den. Un foulard bleu-gris pour se prot\u00e9ger la t\u00eate, ses pas chauss\u00e9s de sabots vont bien d\u00e9cid\u00e9s vers le plancher des vaches. Nous passions ici tant de fois depuis mon enfance sans jamais bifurquer vers cet amas de branches, de feuilles et de paquets suffocants de ronces ondulantes. Ses sabots mart\u00e8lent le sol. Des arbres jouent la garde et pointent haut vers le bleu tach\u00e9. Rien ne me laisse supposer la suite\u2009; arm\u00e9e de son b\u00e2ton, elle ouvre le passage. Et la verdure dense r\u00e9tr\u00e9cit plusieurs fois jusqu\u2019\u00e0 s\u2019accrocher aux v\u00eatements; et je me saigne en \u00e9gratignant ma peau. Puis l\u2019espace mobile se d\u00e9multiplie pour ouvrir un chemin praticable. Les taillis disparaissent, les orties caressent nos genoux. Elle s\u2019arr\u00eate. Il n\u2019y a que des herbes folles. Elle cherche, interdite. Par-dessus son \u00e9paule, je cherche du regard. Un trou d\u2019eau clapote et s\u2019\u00e9coule de scintillements fragiles bord\u00e9s d\u2019un duvet de mousses mafflues. Je m\u2019agenouille, mouille mes doigts dans l\u2019eau cristalline. Rien ne bouge. La vieille s\u2019\u00e9meut de red\u00e9couvrir la source qui abreuvait les b\u00eates. Elle avait toujours \u00e9t\u00e9 l\u00e0. Nos voix s\u2019att\u00e9nuent presque l\u00e9thargiques. Une anxi\u00e9t\u00e9 nous met tout \u00e0 coup en garde.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:17px\"><br>Sans doute se d\u00e9tourne-t-on de ces chemins, au seuil de raviver la douleur, parce qu\u2019ils effleurent tous nos bonheurs perdus. Une perturbation inconnue, proche, se cache. Sombre \u00e0 se mouvoir sans se mouvoir dans un \u00e9cho mat. Des arbres align\u00e9s bordent un large bras d\u2019eau silencieux sur une cinquantaine de m\u00e8tres. S\u2019ouvre l\u2019aboutissement des traces du sentier, l\u2019espace long d\u2019une clairi\u00e8re plane. Des jambes parcourent amus\u00e9es le champ, courant derri\u00e8re ce troupeau de ch\u00e8vres qui venaient pa\u00eetre. En ce temps lointain, le sourire heureux se tournait vers le chien de berger qui aboyait. L\u2019insouciante p\u00e2ture baigne dans l\u2019ombre et le soleil, bien gard\u00e9e sans barbel\u00e9s, entre bras mort et talus infranchissable. Toute la sc\u00e8ne se propage de b\u00ealements radieux ; le troupeau, le chien, les enfants, le panier pos\u00e9 cach\u00e9 sous un foulard bleu-gris ab\u00eem\u00e9, sur le tronc d\u2019arbre mort avec les pots de grillon, le pain et la chopine du midi. Peign\u00e9 dans les fibres de l\u2019herbe verte, il y avait eu un centre du monde au bout de ce chemin o\u00f9 toute une maisonn\u00e9e et son troupeau vivaient en symbiose. Avant que les temps qui changent, brisant les plaisirs simples, se saignent en broutant les interdits v\u00e9t\u00e9rinaires\u2009; un temps suspendu juste avant la modernisation prudentielle qui abat depuis tout les troupeaux, et qui aveugle les lieux de p\u00e2ture.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il fut convenu de se rendre en bas. De la maison, \u00ab\u2009en bas\u2009\u00bb d\u00e9signe les cinq cents m\u00e8tres qui d\u00e9clinent jusqu\u2019au cimeti\u00e8re, plus loin le ch\u00e2teau. 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