{"id":192586,"date":"2025-07-24T15:02:20","date_gmt":"2025-07-24T13:02:20","guid":{"rendered":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/?p=192586"},"modified":"2025-07-24T15:07:05","modified_gmt":"2025-07-24T13:07:05","slug":"rectoverso08-i-sarraute","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.tierslivre.net\/ateliers\/rectoverso08-i-sarraute\/","title":{"rendered":"#rectoverso #08 | Sarraute"},"content":{"rendered":"\n<p>VERSO<\/p>\n\n\n\n<p>Ses mains, la poterie bleue noir entre les deux. &nbsp;D\u2019un bord l\u2019autre, un roulis de poignets et le th\u00e9 qui tangue. Dispara\u00eet. Nous remettons le chandail de nos univers, repartons vers nos journ\u00e9es, pont-levis relev\u00e9 jusqu\u2019au prochain appel. Un incalculable jour de r\u00e9cup, o\u00f9 elle grimpera jusqu\u2019ici sans savoir si j\u2019y suis.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle a suivi le Bertrand. Un ressaut de paysannerie d\u2019une de mes lign\u00e9es, qui va bien avec son pr\u00e9nom vieillot. Une coul\u00e9e inattendue. Elle parle une seule fois de celui qu\u2019elle a suivi en formation de contr\u00f4leur a\u00e9rien, il y a une quinzaine d\u2019ann\u00e9es. Vite elle a su que lui ne la suivait pas. Lui c\u2019\u00e9tait le contr\u00f4le, moi, tu vois, \u00e7a devait \u00eatre l\u2019a\u00e9rien. Quand il a d\u00e9croch\u00e9 Athis-Mons, elle est descendue du tandem en douceur. Elle l\u2019imagine montrant la carte du ciel \u00e0 ses enfants, puis aux petits-enfants, la carte \u00e0 peine \u00e9corn\u00e9e dans son \u00e9tui.<\/p>\n\n\n\n<p>Je reconnais le bruit de la fiat, pr\u00e9pare thermos et croquants. Un miracle qu\u2019elle me grimpe jusqu\u2019ici, celle-l\u00e0\u00a0! Une aviatrice s\u2019extirpe de son biplan qu\u2019elle vient de poser en territoire inconnu. Elle passe la journ\u00e9e entre le col, le lac et la batterie en ruine, le nez dans les mousses, le dos sur les schistes chauff\u00e9s. Entre deux grappes de cyclistes elle se faufile jusqu\u2019\u00e0 mon aff\u00fbt avec la Thermos. Nous silence. Nous fou rire. J\u2019aimerais dire nos moments ensemble qui croquent les verbes comme l\u2019acide troue le v\u00eatement. Trouver un d\u00e9but. A l\u2019\u00e9choppe de Roland, une femme venue proposer un Nikon des ann\u00e9es 70 avec des objectifs de macro. Roland n\u2019est pas l\u00e0. Un nuage en noir et blanc \u00e9pingl\u00e9 au-dessus du bac des tirages papiers. On en demande encore. Elle s\u2019arr\u00eate, n\u2019\u00e9coute plus mes conseils revenir le surlendemain plut\u00f4t fin d\u2019apr\u00e8s-midi il est rarement dans le labo \u00e0 ce moment-l\u00e0 il sera disponible. J\u2019ai conscience de parler dans le vide. C\u2019est lui, la photo\u00a0? Euh, non, c\u2019est moi. Trois jours plus tard, Roland a pris l\u2019appareil et un des trois objectifs, elle est en haut, il lui a indiqu\u00e9 l\u2019itin\u00e9raire. Je sors la couverture du coffre.<em> Enfance<\/em> de Sarraute en tombe quand je la d\u00e9plie. Elle sourit, prend le poche comme elle retrouverait enfin une broche \u00e9gar\u00e9e, et commence \u00e0 lire \u00e0 voix haute. Le d\u00e9but efface ses propres traces. Elle vient de plus en plus souvent.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne sais qui le plus.<\/p>\n\n\n\n<p>RECTO<\/p>\n\n\n\n<p>Ne plus. Je ne peux plus les voir. Je ne peux plus les entendre. L\u2019\u00e9pine dans le doigt. Les insomnies de 6h du matin. Le taxi me sera rembours\u00e9\u00a0? Vous verrez avec le docteur vous verrez avec le docteur. Avec lequel je ne sais pas trop ce qu\u2019ils voient, car ils reviennent. Les m\u00eames. La maison m\u00e9dicale me p\u00e8se malgr\u00e9 sa douce architecture et la sage-femme qui d\u00e9marre son activit\u00e9 et n\u2019a pas les moyens d\u2019une assistante. On d\u00e9jeune ensemble dans la salle de st\u00e9rilisation, dehors s\u2019il fait tr\u00e8s beau. Elle essaye de m\u2019aider \u00e0 trouver des compl\u00e9ments aupr\u00e8s de confr\u00e8res. Si je veux bouger, il va falloir.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne peux plus les supporter. Alors je monte. La fiat tient encore le coup, jusqu\u2019au jour o\u00f9. Je passe en seconde le plan d\u2019eau, la ferme, la premi\u00e8re buvette, le lac, et finis en premi\u00e8re et ronflements du moteur.&nbsp;Un jour je monterai \u00e0 pied par les sentiers. Quand je dis \u00e7a \u00e0 la femme-nuage, elle \u00e9clate de rire. Le sentier, c\u2019est cette route. Y en a pas d\u2019autres, et tu as vu les ravins&nbsp;? C\u2019est la premi\u00e8re personne que je rencontre ici qui ne me jette pas sa d\u00e9couverte de la vall\u00e9e \u00e0 la figure. Un v\u00e9ritable coup de foudre, vous savez, c\u2019est incroyable et on n\u2019est jamais repartis depuis. Ni un m\u00e9tier, ni une cinqui\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration d\u2019\u00e9leveurs. La premi\u00e8re fois, elle a l\u2019air \u00e0 peine surprise de me voir d\u00e9barquer dans son aire. Quand <em>Enfance<\/em> roule de la toile qu\u2019elle d\u00e9balle, je ne lui dis pas mes \u00e9tudes de russe, la vie \u00e0 Moscou et la traduction de Sarraute. Je lis, elle retourn\u00e9e \u00e0 ses images de grimpeurs et de ciel.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle danse entre les v\u00e9los, se plie et d\u00e9plie entre ferrailles et fluorescences plastiques. Puis replie sourire, appareil et tr\u00e9pied et me fait un geste. Elle marche vers la cr\u00eate, revient lentement, cet intercalaire ins\u00e9r\u00e9. <\/p>\n\n\n\n<p>Nous partageons le silence et la lumi\u00e8re , un th\u00e9 et quelques lignes d\u2019<em>Enfance<\/em>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>VERSO Ses mains, la poterie bleue noir entre les deux. &nbsp;D\u2019un bord l\u2019autre, un roulis de poignets et le th\u00e9 qui tangue. Dispara\u00eet. 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